(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, Volume 6"

This is a digital copy of a book that was preserved for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 
to make the world's books discoverable online. 

It bas survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 
are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that 's often difficult to discover. 

Marks, notations and other marginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book' s long journey from the 
publisher to a library and finally to y ou. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prevent abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automated querying. 

We also ask that y ou: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain from automated querying Do not send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attribution The Google "watermark" you see on each file is essential for informing people about this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are responsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can't offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
any where in the world. Copyright infringement liability can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full text of this book on the web 

at http : //books . google . com/| 



Nouveau dictionnaire de 
médecine et de chirurgie ... 



Benjamin Anger, Sigismond Jaccoud 



Digitized by VjOOQIC 



Digitized by VjOOQIC 




Digitized by VjOOQIC 



Digitized by VjOOQIC 



Digitized by VjOOQIC 



* fc.l 



INOIJVEAU DlCT101N>iAlUE 

DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 

PRATIQUES 

VI 



Digitized by VjOOQIC 



PARIS. • WP, »11fO?( RAÇOR FT COUP., KVt D*FIiFIJHTn. I- 



Digitized by VjOOQIC 



NOUVEAU DICTIONNAIRE 

DE MEDECINE ET DE CHIRURGIE 

PRATIQUES 

ILLUSTRÉ DE FIGURES INTERCALÉES DANS LE TEXTE 

RÉDIGÉ PAR 

E. BAILLY, A. M. BABALLIER. BERMUTZ, P. BERT, B(ECKEL. BUIGNET. CUSCO. DENARQUAY. 

IBfVCÉ. DGSK06. DESORMEAUX. DEVILUERS. Alf. FOURNIER. T. GALLARD, H. GINTRAC. GOSSELIN. 

Alpii. GUÉRIN. A. HARDY. HÉRARD. HIRTZ, JACCOUD. JACQUEHET. 

RŒBERLÉ. S. LAUGIER, LIEBREICH. P. LORAIN, LUNIER, MARGE. A. NÉLATON, 

ORl PANAS, PÉAft. Y. A. RACLE. M. RAYNAUD, RIGHET. Pb. RIGORD, Jules ROCUARD (de Lorirnt), 

Z. ROUSSm. SAINT-GERMAIM. Cr. SARAZIN. Germa» SÉE, Jules SIMON, 

SIREDEY. STOLTZ, A. TARDIEU, S. TARNIER. TROUSSEAU. VALETTE. Aug. VOISIN, 



TOME SIXIÈME 



CAS — CHAL 

AVEC 1~5 FIGUHK!» IMTERCALfKâ DJIpifS LE TEXTE 



PARIS 

J. B. BAILLIÈRE et FILS 

LIBRAIRES DE l\\ G A D É M I E IMPÉRIALE DE MÉDECINE 

19, vue Hautefeuillo, |»rè> le houlovard Saint-Germain 

Londres I Madrid 

HIPPOLTTE BAILLIÈRE | C. BAILLT - BAILM^RB 

LEIPZIG, E. JUNO-TREUTTEL, 10, QUERSTRASSE 

1867 • ^v ^* 

Tous droits réservés 



Digitized by VjOOQIC 



BOSTON MED»C^iL LIBRARY 

MIHE 

FRANCIS A. COUNTWAY 

LBRARYOFMEDICINE 



Digitized by VjOOQIC 



NOUVEAU DICTIONNAIRE 



DB 



MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 

PRATIQUES 



CABARET. Voy. AsARUM. 

CACAO. — Le Cacaoyer oriinzireTheobr orna Cacao, Linn., est origi- 
naire du Mexique et de plusieurs parties de rAmérique méridionale. Il 
appartient à la famille des Btttmériagées. 

Description. — C'est un arbre qui peut atteindre jusqu'à 15 mètres de 
hauteur, son bois est tendre et léger ; le tronc se divise en branches allon- 
gées et grêles. Les feuilles sont alternes, entières, courtement pctiolées, 
lisses, glabres, obovales, accuminées, munies à la base de leurs pétioles 
de deux stipules caduques. Les fleurs sont rougeàtres, placées par petits 
bouquets; les seules fleurs fertiles naissent sur le vieux boisl Aux fleurs 
succède un fruit ovoïde, allongé, à surface inégale et raboteuse, marqué 
de dix sillons longitudinaux (fig. 1). Sa loge est unique par la dispari- 
tion des cloisons; dans cette cavité on trouve les graines nageant au milieu 
d'une pulpe acidulé. Les graines ou Cacaos, au nombre de 15 à 40 dans 
chaque fruit, sont ovoïdes, comprimées, d'un brun-violet, charnues. Leur 
tégument propre est blanchâtre ; flexible à Tétat frais, il devient parche* 
miné en séchant. L'amande est oléagineuse, grise à l'extérieur et rosée 
au centre. L'embryon est gros et présente deux cotylédons découpés en 
un grand nombre de lobes. 

Ohfi peut préparer les Cacaos en les séparant directement de la pulpe 
qui les entoure ; mais le plus souvent on enfouit le fruit et la fermenta- 
tion laisse les graines à Tétat de liberté; on a, dans ce cas, ce qu'on ap- 
pelle les Cacaos terrés. Par opposition, les premiers sont appelés Cacaos 
noti terrés. 

KOUV. DICT. MâO. ET CHIA. VI. — 1 . 



Digitized by VjOOQIC 



2 CACAO. — DESCRIPTION. 

Parmi les Cacaos terrés nous trouvons : 1** ceux qui viennent de Cara- 
cas, et qui, pour cette raison, sont appelés Caraques. On en connaît deux 
variétés : les gros et les petits. Cette espèce est la plus estimée, sa saveur 
est douce et agréable ; 2° ceux qui viennent de Tîle de la Trinité ; ils ont 
des graines plus petites que les précédents et sont de qualité inférieure. 



Fia. i. — Cacaoyer ordinaire (Theobrama Cacao ^ Linn.). 

Les Cacaos non terrés sont importés pour la plupart de Saint-Domingue, 
de la Martinique, des Antilles, de Bourbon ; ils sont en général désignés 
sous le nom de Cacaos des Iles. On les estime peu pour la fabrication du 
chocolat, mais on les préfère pour la préparation du beurre de Cacao. 
Les Cacaos dits de Soconusco et de Maraignan^ quoique rentrant dans la 
classe des cacaos non terrés, sont assez estimés et souvent employés. 

On ne doit prendre dans le commerce que les graines dont Tenveloppe 
est bien intacte, non piquée des vers, lisse, unie, très-brune. L'amande 



Digitized by VjOOQIC 



CACAO. — BEURRE DE CACAO, CHOCOLAT. 3 

doit être pleine, couleur noisette, rougeâtre à T intérieur, de saveur 
agréable, d'une amertume modérée et sans odeur. Les Cacaos en poudre 
devront être regardés conmie suspe^, car souvent ils ont été privés de 
leur huile, et falsifiés par diverses substances. 

AffALTSE. — Le Cacao contient une matière grasse nommée huile ou 
beurre de Cacao, du tannin et de la théobromine, de Talbumine, une 
gomme acide, de la cellulose et des matières minérales. 

Usages. — Le Cacao sert à fabriquer le chocolat et la médecine utilise 
souvent la matière grasse que contiennent ses graines. Les enveloppes des 
graines bouillies dans Peau ou le lait, donnent une boisson aromatique 
agréable; les pauvres en usent dans certains pays comme de café 
au lait. 

L Beurre de Cacao. — Pour l'obtenir, on prend le Cacao des Iles, 
on le torréfie, on sépare les enveloppes, on réduit en pâte dans un mor- 
tier chauflé et après avoir ajouté im dixième du poids d'eau bouillante, on 
soumet à la presse. 

Récemment préparé et bien pur, il est d'une couleur blanc-jaunâtre ; 
il devient complètement blanc en vieillissant; il est solide à la température 
ordinaire, mais il fond vers 24 ou 25*^ cent.; sa densité est 0,91 ; il a une 
odeur douce et agréable qui rappelle celle du Cacao ; il est complètement 
soluble dans Téther et l'essence de térébenthine, mais il ne se dissout pas 
ou fort peu dans l'alcool; il rancit difficilement. 

Emplois. — Le beurre de Cacao est regardé comme adoucissant, stoma- 
chique, expectorant. On en a fait des loochs, des pilules, des pastilles, il 
entre dans la crème pectorale de Tronchin; mais il semble plus particu- 
lièrement réservé pour l'usage externe : il sert à faire des suppositoires 
et on l'indique pour le pansement des gerçures du sein. 

Falsifications. — La cire, l'huile d'amandes douces, les graisses ani- 
males, surtout celles de bœuf et de veau, sont les substances dont on se 
sert le plus fréquemment dans le commerce pour falsifier le beurre de 
Cacao. Cette substance ainsi sophistiquée se reconnaît à son peu de con- 
sistance et à sa moins grande solubilité dans Péther; d'un autre côté sa 
cassure n'est pas uniforme, elle présente des nuances, des marbrures 
dans certains endroits, son odeur est moins agréable, elle rancit faci- 
lement. 

U. Cliocolat. — Historique. — Longtemps avant la découverte de 
PAmérique, les Mexicains préparaient, avec le Cacao délayé dans l'eau 
chaude, de la bouillie de Maïs, du Piment et du Rocou, un aliment auquel 
ils donnaient le nom de Chocolat. Les Espagnols et les Portugais 
trouvèrent ce breuvage agréable et l'adoptèrent en lui conservant son 
nom. Vers 1520, il fut introduit en Espagne, puis en Italie, d'où il 
passa en France. Considéré d'abord comme substance médicamenteuse, 
il prit rang parmi les préparations pharmaceutiques, mais peu à peu 
son usage devint plus étendu, et on Padmit comme substance ali- 
mentaire. Depuis son importation, on lui fit subir bien des transfor- 
mations, et aujourd'hui le Chocolat est une pflte alimentaire dont la base 



Digitized by VjOOQIC 



4 CACAO. — CHOCOLAT. 

est le Cacao, on édulcore et on aromatise en général avec la Cannelle. Les 
doses sont : Cacao, 12 parties; sucre, 10 parties et Ton ajoute 3 grammes 
de Cannelle par kilogramme de suci^» Le Cacao caraque, à cause de sa sa- 
veur et de son odeur, est celui qui est le plus estimé pour la fabrication 
du chocolat, mais il a l'inconvénient de donner une pâte trop sèche, aussi 
lui associe-t-on du Cacao des Iles en quantités variables. Dans les chocolats 
de qualités inférieures, ce dernier seul est eny)loyé. 

Préparation. — Pour faire du chocolat on torréfie les graines sur un feu 
doux et avec soin, puis on enlève les enveloppes à la main avec grande 
attention. Cette opération terminée, les graines sont de nouveau portées sur 
le brûloir et torréfiées sur un feu plus vif. Le Cacao est alors jeté dans un 
mortier chaud où on le pile en y incorporant les quatre cinquièmes du 
sucre. La pâte est ensuite broyée, soit à la main, soit par des rouleaux 
mus par des machines sur une pierre chaufTée. Le mélange bien opéré 
on reporte la pâte dans le mortier, on ajoute le reste du sucre et la 
poudre de Cannelle. Après une nouvelle manipulation la pâte est jetée 
dans des moules qui lui donnent la forme désirée. Les moules sont reti- 
rés après refroidissement et c'est à ce moment que le chocolat est, si on 
le désire, recouvert de feuilles d'étain. 

Le chocolat ainsi préparé est celui que Ton connaît sous le nom de 
Chocolat de santé. Le Chocolat à la Vanille se fait de la même manière, 
mais de plus on ajoute par kilogramme de chocolat 4 grammes de Va- 
nille pulvérisée avec du sucre. Ce mélange s'opère au moment où la pâte 
est portée pour la dernière fois dans le mortier. 

Le goût du chocolat varie en outre avec le degré de torréfaction. En 
Italie on cuit beaucoup les amandes et le chocolat est plus amer et plus 
aromatique; en Espagne on le torréfie à peine, il est plus doux et plus 
gras ; nos chocolats français tiennent le milieu entre ces deux extrêmes. 

Emploi. — Le chocolat est un aliment très-répandu en France, il s'en 
consomme annuellement plus de sept millions de kilogrammes. On le 
prépare avec l'eau ou le lait. Le bon chocolat est un excellent aliment, 
mais on conçoit que ses propriétés doivent varier suivant le mode 
de préparation, ce qui explique le désaccord des auteurs, les uns le re- 
gardant comme de facile digestion, les autres le rangeant dans les ali- 
ments lourds et indigestes, a Le bon chocolat, dit Fonssagrives, est un 
a aliment très-nourrissant, mais il rentre toujours dans la classe des ali- 
« ments thermogènes, c'est-à-dire qu'il fournit plutôt aux besoins de la 
« respiration et à Tcntretien de la chaleur. » 

Le chocolat sert de base à une grande quantité des médicaments dont 
l'administration devient par ce moyen très-facile et même agréable. Le 
nombre des Chocolats médicinaux est fort considérable, car il est fort 
peu de substances qu'on n'ait pas trouvé le moyen d'administrer sous 
celte forme. 

En unissant le Chocolat au Sagou, au Tapioka, à l'Arrow-root, au 
Café, au Guarana, on a obtenu des préparations toniques-analeptiques. 
Avec l'iodure de fer, le carbonate de protoxyde de fer, le fer ré- 



Digitized by VjOOQIC 



CACAO. — CHOCOLAT. 5 

liuît, le chocolat est devenu un médicament reconstituant, il est devenu 
pectoral par l'addition du Lichen. On a fait des chocolats vermifuges 
en incorporant à la pâte la Mousse de Corse, la racine de Fougère, 
l'écorce de Grenadier, Téthiops minéral. Dans la fièvre intermittente, 
on a employé des chocolats à la quinine et dans les dyspepsies on a or- 
donné le chocolat uni aux extraits de Quinquina, de Colombo, de Gen- 
tiane, de Houblon, de Petite Centaurée, de Germandrée, deChardon-bénit, 
de Noyer, etc., etc. On a prescrit des .chocolats purgatifs avec le mercure 
doux, la poudre de Jalap, etc.; des chocolats aphrodisiaques avec le Musc, 
la Civette, etc. Pour les obtenir il sufflt, en général, de chauffer le cho- 
colat, et quand il est à l'état de pâte, d'incorporer la dose déterminée 
du médicament. 

Nous devons signaler en particulier un Chocolat médicamenteux à 
rhuile de foie de morue. Cette préparation, que Ton doit à E. Allais 
(de Rouen), a été le sujet d'encouragements très-vifs de la Société de 
médecine de la Seine-Inférieure. Duménil, rapporteur, conclut en ces 
termes : « Le Chocolat à l'huile de foie de morue constitue une prépara- 
tion pharmaceutique de nature à rendre de très-grands services et méri- 
tant d'être sérieusement encouragée ; elle masque, autant qu'on peut le 
désirer, le goût désagréable du médicament et facilite son absorption 
en permettant de le donner à doses fractionnées. » 

Le Cacao entre, en outre, dans la composition de deux poudres analep- 
tiques dont l'une surtout jouit d'une certaine réputation, ce sont le Pala- 
moud et le Racabout. 

Le Palamoud a pour formule : 

Cacao lorréfié 250 

Farine de rix • , . . iOOO 

Santal rouge 30 

Fécule de pommes de terre iOOO (Soubeibas). 

On a donné plusieurs formules du Racahout. 

Cacao torréfié 8 

Farine de rii 24 

Fécale de pommes de terre 24 

Sucre 72 

Vanille 1 (Scdwiraw). 

F. S. A. 

Cacao 4 

Salep.. 1 

Fécule de pommes de terre 8 

Sucre 8 

VanUle Q. S. (CAOET^- 

F. S. A. 

FALsmcATioNs ET ALTÉRATIONS. — Quo le chocolal soit pris comme ali- 
ment ou qu'il soit ordonné comme médicament, on conçoit Tintérct que 
l'on doit attacher à l'avoir pur et bon ; il est cependant peu de sub- 
stances, qui aient été aussi fréquemment falsifiées. Elle est chaque jour 



Digitized by VjOOQIC 



6 CACHEXIES. — aperçu historique et dépinition. 

adultérée sur une grande échelle; il est même certains fabricants qui 
6nt trouvé, presque, le moyen de faire du chocolat sans Cacao ; arôme, 
odeur, couleur, consistance, tout a été imité et souvent avec un art tel 
qu'il est difficile de démasquer la fraude. 

L'arôme, nous l'avons dit, est souvent la Vanille. On a trouvé le moyen 
de la remplacer, par le Storax calamité, le Baume du Pérou, le Baume 
de Tolu et le Benjoin, c'est la moins grave et la moins préjudiciable 
de toutes les sophistications. 

Certains fabricants, après avoir enlevé le beurre de Cacao pour les 
usages que nous avons vus, emploient le marc des graines pour faire du 
chocolat et alors pour leur donner le moelleux qu'on demande à cette 
substance, ils incorporent à ce marc de Thuile d'olive, de l'huile d'a- 
mandes douces, des jaunes d'œufs, du suif de veau et de mouton ou encore 
d'autres graisses. Pour découvrir la fraude, il faut isoler le principe gras 
et voir s'il présente les caractères que nous avons indiqués plus haut pour 
le beurre de Cacao. 

La consistance de la pâte de chocolat a été imitée à l'aide de substances 
diverses telles que les enveloppes des graines broyées et réduites en pou- 
dre impalpable, les amandes grillées, la gomme adragante, la gomme ara- 
bique, la dextrine, la sciure de bois, et plus fréquemment encore par les 
farines de blé, de riz, de lentilles, de pois, de haricots, de fèves, de maïs, 
la fécule de pomme de terre. 

Enfln la couleur a été donnée par le cinabre, l'oxyde rouge de mercure, 
le minium, le carbonate de chaux, les terres ocreuses rouges. 

On comprend comment, par suite de ces adultérations, le chocolat, qui 
est un aliment excellent, peut dans certains cas, devenir d'un emploi même 
dangereux. 

Jiwtsih (de Ronen), Vnm médicale de la Setne-Inférieure. 1866. 

L. Marchand. 



CACWElLIEfi^. — Aperça lilstorliine et déflnUlon. — A s'en 
tenir au sens étymologique, le mot Cachexie (xaxT] e^t(;, malus habitus 
corporis), désigne simplement un mauvais état du corps. A ce titre, et si 
l'on voulait se contenter d'une donnée aussi vague, il est clair que toute 
maladie serait, en un certain sens, une cachexie. Mais ici, comme partout 
en médecine, l'étymologie n'est pas tout. Ce mot a un sens traditionnel 
qui remonte aux temps les plus reculés; et malgré quelques obscurités, 
il comporte un peu plus de précision que ne semblent croire ceux qui 
le rayeraient volontiers du langage médical. 

L'on trouve déjà ce sens assez bien indiqué par Arétée, lorsqu'il ap- 
pelle la cachexie « l'aboutissant commun de toutes les souffrances et le 
résultat de toutes les maladies. » — Pour compléter la pensée du méde- 
cin de Cappadoce, qui serait plus claire s'il n'eût fait de la cachexie, à 
son tour, une source de maladies, il faut ajouter que c'est à propos des 
affections chroniques qu'il s'exprinie a^insi; et nous trouvons en effet 



Digitized by VjOOQIC 



CACHEXIES. — APEBÇU historique et DéFUlITlON. 7 

ridée de chronicité implicitement contenue dans la plupart des défini* 
tiens de la cachexie que nous ont laissées les médecins de l'antiquité, 
Hippocrate, Celse, Cœlius Aurelianus. 

Ainsi état fâcheux, à la fois chronique et terminal, déterminé par une 
foule de circonstances diverses, voilà ce que signifiait ce mot dans Tesprit 
de ceux qui l'employèrent les premiers. — C'est donc à tort, selon nous, 
que les auteurs du Compendium de médecine considèrent cette signi- 
fication comme peu philosophique, en ce qu'elle s'applique, disent-ils, à 
des maladies très -différentes par leur siège et par leur nature. Quoi de 
plus philosophique, au contraire, que de rechercher en toutes choses, au 
milieu de la diversité des phénomènes, les points de contact et les traits 
de ressemblance? Le reproche, sans doute, serait mérité s'il fallait en- 
tendre par cachexie une maladie ou une classe de maladies. Mais il n'en 
est point ainsi, comme on vient de le voir. 

Ce qui est peu philosophique, et contraire^à la bonne méthode, c'est 
de confondre l'effet avec la cause, le symptôme produit avec la mala- 
die qui l'engendre. Or, c'est là, il faut en convenir, une confusion qui 
ne date pas d'aujourd'hui. Elle fut commise de très-bonne heure, et le ga- 
lénisme y contribua beaucoup pour sa part. Galien, on le sait, ramenait 
la plupart des troubles de l'économie à une double lésion humorale, lésion 
de quantité ou de qualité : à côté de la pléthore, venait la cacochymie 
caractérisée par l'intempérie des humeurs. — A proprement parler donc, 
et dans l'esprit de Galien lui-même, la cacochymie était la cause de la 
cachexie : la première menait à la seconde. Mais grâce à une sorte de con- 
sonnance, peu à peu on s'habitua à confondre ces deux termes, qui, dans 
les écrits d'une foule de médecins, devinrent trop souvent synonymes. 

De là, à considérer les cachexies comme des maladies, il n'y avait 
qu'un pas, et c'est malheureusement l'erreur où sont enfin tombés les 
nosographes du siècle dernier. Cette erreur n'était d'ailleurs que la 
conséquence du principe vicieux qui leur servait de point de départ, et 
en vertu duquel la symptomatologie était prise comme unique base des 
classifications. 

On a beaucoup reproché à Bordeu d'avoir encore renchéri sur ses pré- 
décesseurs, en multipliant outre mesure le nombre des cachexies. Il est 
certain que ses cachexies laiteuses, séminales, sanguines, bilieuses, mu- 
queuses et autres, quelque vivantes et pittoresques que soient d'ailleurs 
les descriptions qu'il en donne, prêtent singulièrement le flanc à la critique 
et semblent, de prime abord, un emprunt aux plus fâcheuses tendances 
de rhumorisme antique. Malgré tout, et la part faite aux ardeurs d'une 
imagination méridionale qui l'emportait souvent au delà du but, on ne 
peut s'empêcher de reconnaître dans les écrits de Bordeu un retour aux 
saines traditions, et une grande idée médicale. D'abord ses cachexies ne 
sont point, quoi qu'on en ait dit, des entités morbides, ce qui est déjà 
un mérite, mais de plus elles reflètent la pensée première qui a inspiré 
r Analyse médicinale du sang^ à savoir que le sang, cette chair fondue et 
coulante^ comme l'appelle Pordeu, loin d'être un liquide jner|e à la ma- 

Digitized by VjOOQIC 



8 CACHEXIES. — aperçu historique et défiïiitioii. 

nière dont reniendaient les anciens, est un fluide essentiellement vivant, 
d'où tout vient, où tout retourne, et où se trouvent éminemment repré- 
sentées toutes les parties solides et liquides de l'organisme. De cette in- 
time et parfaite solidarité entre le sang et les organes qu'il anime, résulte 
un nécessaire retentissement de ceux-ci sur celui-là et réciproquement, 
de sorte que toute altération de nutrition portée au delà de certaines li- 
mites et durant un certain temps devra compromettre l'un et l'autre de 
ces éléments du tout vivant. 

N'est-ce pas, au fond, ce que nous dit la physiologie moderne? A 
mesure que la chimie précisait la nature des altérations humorales, à 
mesure que le microscope révélait une relation constante entre ces alté- 
rations et certaines modifications de texture, un retour manifeste s'est 
effectué vers ce que Ton pourrait appeler l'humorisme expérimental, 
et il est remarquable qu'après avoir disparu de la science pendant bien 
des années, les mots cachexie, états cachectiques tendent aujourd'hui à 
occuper une place de plus en plus grande dans le langage contemporain. 

Il importe donc essentiellement que ces mots aient une valeur bien 
déterminée, et pour cela il faut avant tout éviter les malentendus. 

Une cachexie n'est point une maladie : nous l'avons déjà dit, elle n'en 
présente aucun des caractères; en particulier il lui manque le premier 
de tous, à savoir cette unité d'évolution sans laquelle une maladie ne 
saurait être admise dans le cadre nosologique. 

Pas davantage ne faudrait-il confondre la notion de cachexie avec celle 
de diathèse. Quelques divergences qui puissent exister sur la nature des 
diathèses (voy. ce mot), toujours est-il que tout le monde s'accorde à 
attacher à cette expression l'idée d'une cause présidant au développement 
successif d'une série de manifestations morbides; et c'est précisément ce 
caractère de cause qui manque essentiellement à la cachexie, puisque 
toute cachexie est un résultat. Par exemple, pour fixer les idées, la dia- 
thèse tuberculeuse amènera à sa suite la cachexie tuberculeuse ; et ainsi 
des autres. De plus, une diathèse peut exister sans aucune manifestation 
actuelle, tandis qu'on ne saurait concevoir une cachexie en l'absence des 
phénomènes cachectiques. 

Est-il besoin d'insister longuement pour montrer que les mots anémie 
et cachexie ne sont point synonymes? Ce qui caractérise une anémie, 
c'est une modification spéciale dans la constitution du liquide sanguin, 
et c'est cela uniquement. Sans doute, il entre dans toute cachexie un 
certain degré d'anémie, mais celle-ci est insuffisante pour la constituer. 
L'anémie peut exister sans cachexie; à la longue elle pourra en amener 
l'apparition, mais seulement lorsque à la déperdition d'un ou de plusieurs 
des éléments du sang se seront jointes des altérations profondes dans 
la nutrition générale. 

Dire qu'une cachexie est toujours un résultat, c'est reconnaître, en 
d'autres termes, qu'elle est toujours symptomatique. Pourtant le nom 
de symptôme lui convient-il absolument? L'usage a prévalu de désigner 
par ce mot un phénomène morbide envisagé isolément. Par exemple, le 



Digitized by VjOOQIC 



CACHEXIES. — CARACTÈRES GinéRAUX. H 

marasme, la fièvre hectique, la diarrhée colliquativc constituent autant 
de symptômes. Chacun d'eux pourra figurer dans Fensemble symptoma- 
tique qui constitue la cachexie, mais non d'une manière nécessaire et 
constante. Pour qu'il y ait cachexie, il faut qu'un certain nombre de phé- 
nomènes marchent associés ensemble. C'est cette association de plu- 
sieurs phénomènes en un tout complexe que les anciens pathologistes 
appelaient un syndrome, et c'est ce qu'on peut désigner tout simplement 
sous le nom d^état morbide. 

On pourrait donc, pour résumer dans une définition les notions qui pré- 
cèdent, entendre par cachexie un état morbide variable produit par les 
maladies chroniques, et caractérisé par une altération profonde de la 
nutrition, par suite de lésions portant à la fois sur la texture des princi- 
paux organes et sur la composition du sang. 

J'ai dit un état morbide variable; en effet (et c'est bien là que gît l'ex- 
trême difficulté du sujet) il n'y a pas un état cachectique unique et toujours 
identique à lui-même, terminant d'une manière uniforme les maladies 
chroniques; sorte de vestibule de la mort, où viendraient s'entasser 
pêle-mêle toutes les affections qui, après avoir lentement miné l'orga- 
nisme, sont enfin parvenues aux phases ultimes de leur évolution. Il n'y 
a pas, en un mot, quelque chose que l'on puisse appeler la cacheaÀe^ mais 
il y a efos cachexies; chacune fait partie intégrante d'une maladie, dont 
elle constitue, à vrai dire, une période. Ces états ont entre eux une res- 
semblance frappante et des différences non moins réelles ; et le problème 
sans cesse posé au clinicien, c*est de tenir compte à la fois et de ces 
ressemblances et de ces différences. 

Caractères généranx des cacliexles. — Passons rapidement on 
revue les principaux phénomènes qui se rencontrent à des degrés cl 
sous des formes variables dans la plupart des cachexies, et qui, diver- 
sement groupés entre eux, constituent, pour ainsi dire, le fond com- 
mun d'où se tirent les différents types que l'on rencontre au lit du 
malade. 

Le caractère qui frappe le premier, c'est une modification profonde 
dans la coloration de la peau. Presque toujours existe une pâleur mani- 
feste qui parfois, mais seulement lors des redoublements de la fièvre hec- 
tique, s'accompagne d'une vive injection des pommettes. Cette pâleur, 
indice certain d'anémie, est répandue sur toute la surface du corps, et se 
complique souvent d'une teinte spéciale, tantôt d'un blanc blafard, tan-, 
tôt plombée, ou jaune paille, ou bistre, etc. La physionomie exprime la 
souffrance ou tout au moins la tristesse et l'abattement, et ces caractères 
peuvent se prononcer jusqu'à imprimer au faciès l'aspect hippocratique. 
En même temps on remarque une émaciation progressive, qui est peut- 
être le caractère le plus constant des états cachectiques, et qui peut aller 
jusqu'au marasme. Après la fonte du tissu cellulo-adipeux, vient celle des 
masses musculaires elles-mêmes, et il arrive un moment où le malade 
n'ayant plus, comme on dit, que la peau sur les os, l'on voit les arcades 
orbitaires et les apophyses zygomatiques se dessiner de plus en plus, et 



Digitized by VjOOQIC 



iO CACHEXIES. — CARAGTiBES ACCESSOTBES. 

des saillies osseuses accuser la forme du bassin, le relief des c6tes et des 
grosses articulations. 

Cependant cet état de maigreur peut être masqué, dans un bon nombre 
de cas, par des infiltrations séreuses, qui se font surtout aux extrémités. 
Parfois ces hydropisies généralisées s'expliquent tout naturellement par 
un obstacle mécanique à la circulation veineuse, ou par d'abondantes dé- 
perditions d'albumine qui se font par les reins altérés dans leur struc- 
ture. Mais, indépendamment de ces circonstances spéciales, et par le fait 
même de l'état de cachexie, l'œdème a grande tendance à se produire, 
probablement sous rinfluence d'une véritable désalbnminisation du sang. 
C'est surtout au pourtour des malléoles qu'il feut en rechercher la pré- 
sence, particulièrement lorsque le malade a gardé quelque temps la po- 
sition verticale. 

La fièvre, qui peut manquer jusqu'à la fin, revêt, lorsqu'elle existe, 
les caractères de l'hecticité avec le type rémittent ou intermittent à 
paroxysmes vespéraux. La constatation de cette fièvre a une importance 
majeure, car on peut établir en règle très-générale qu'il n'y a pas de 
fièvre hectique sans cachexie déjà confirmée ou pour le moins immi- 
nente. 

Les fonctions du tube digestif s'altèrent presque invariablement. L'ap- 
pétit est quelquefois conservé au début, et fait un singulier contraste 
avec la rapidité du dépérissement, mais il ne tarde pas à faire place à 
une anorexie plus ou moins invincible. Bientôt se manifestent des alter- 
natives de diarrhée et de constipation, ou une lienterie qui dénote la pa- 
resse fonctionnelle de l'intestin. En dernier lieu apparaît une diarrhée 
colliquative, qui, souvent consécutive à l'état cachectique, devient à son 
tour une cause puissante de détérioration. 

L'appareil respiratoire n'offre à noter qu'une excessive tendance à l'es- 
soufflement, qui reconnaît pour cause la diminution des globules san* 
guins et, par conséquent, l'insuffisance de l'hématose. Cette aglobulie est 
d'ailleurs fréquemment accusée par un bruit de souffle à la base du cœur et 
dans les gros vaisseaux. Les fonctions des appareils glandulaires sont tou* 
jours plus ou moins altérées. Les sueurs sont profuses ou froides et vis* 
queuses, quelquefois elles se suppriment, la peau est alors sèche, rude et 
sans souplesse; les sécrétions buccales se tarissent, ce qui rend Thaleine plus 
ou moins fétide ; les urines, diversement modifiées dans leur composition, 
sont presque toujours diminuées dans leur quantité. C'est un phénomène 
qu'il n'est pas rare d'observer même dans les diabètes parvenus à la pé- 
riode cachectique. Au milieu de cette décadence universelle et radicale, 
avec une prostration des forces qui dépasse parfois tout ce que l'on peut 
imaginer, il est bien remarquablede voir l'intelligence demeurer presque 
toujours très-longtemps intacte. A la fin seulement elle s'obscurcit, 
s'embarrasse dans des rêvasseries opiniâtres ; c'est le commencement de 
l'agonie qui vient terminer ce triste tableau. 

Caractères «cee«0olre«. — Il convient de placer ici, sur un se- 
cond plan, un certaiin nombre de phénomènes moins intimement liés que 



Digitized by VjOOQIC 



CACHEXIES. — CARACTÈRES ACCESSOIRES. H 

les précédents à l'état cachectique, mais qui en constituent des compli- 
cations très-habituelles. 

De ce nombre sont certaines hémorrhagies évidemment en rapport 
avec l'altération profonde du sang. Telles sont celles qui se font par les 
fosses nasales, par les gencives ramollies, par l'intestin. Tel est surtout 
le purpura cachectique, remarquable par sa tendance à se localiser aux 
membres inférieurs. 

Un autre phénomène du même ordre, que l'on remarque chez les indi- 
vidus cachectiques, c'est l'excessive facilité avec laquelle se forment chez 
eux les concrétions sanguines. On n'est point encore bien fixé sur la 
nature de la modification particulière du sang que l'on désigne empiri- 
quement sous le nom d'inopexie ; mais c'est un fait bien avéré que la 
fréquente apparition des thromboses veineuses et de la phlegmatia alba 
dolens chez les malades épuisés par des affections de longue durée. Plus 
d'une fois cet accident survenu dans le cours d'une cachexie de nature 
douteuse a servi à diagnostiquer un cancer viscéral qui se dérobait aux 
moyens ordinaires d'investigation. 

Mentionnons encore les gangrènes qui se forment avec tant de facilité, 
soit par suite des pressions prolongées résultant du décubitus auquel les 
malades sont forcément condamnés , soit autour des mouchetures que 
l'on est obligé de pratiquer pour évacuer le liquide des hydropisies, etc. 

Divers accidents observés du côté des membranes tégumentaires sont 
aussi trop fréquents pour ne pas mériter de nous arrêter un instant. Ce 
sont des érysipèles de mauvaise nature, c'est Verythema.lxve qui se déve- 
loppe sur les membres œdémateux ; c'est surtout une variété d'ecthyma 
(ecthyma cachecticum de Bateman) caractérisée par des pustules phlyza- 
ciées remplies d'un liquide roussâtre, à marche 'essentiellement chro- 
nique, à tendance ulcéreuse, et dont la localisation se fait surtout aux ex- 
trémités. Quant au pemphigus, c'est certainement une affection cachectique, 
en ce sens qu'elle amène, et quelquefois très-rapidement, une détériora- 
tion profonde de l'organisme, mais il est fort douteux qu'on puisse y voir 
légitimement un symptôme de cachexie. Si l'on met de côté le pemphigus 
des nouveau-nés, qui n'est peut-être qu'une expression de la syphilis 
congénitale, on peut toujours se demander, à propos de chacun des faits 
invoqués, si la cachexie ne s'est pas développée à l'occasion du pemphi- 
gus, en d'autres termes si Ton n'a pas pris l'effet pour la cause. 

Nous avons enfin à signaler deux particularités intéressant le système 
tégumentaire, qui se rencontrent à une période avancée des cachexies : 
d'une part la perte du système pileux, d'autre part la facilité avec laquelle 
les surfaces se laissent envahir par les parasites. Gubler, on le sait, a pu, 
jusqu'à un certain point, expliquer par l'acidité des liquides de la bouche 
le développement de la mucédinée du muguet (oïdhim fl/6icans), considéré 
avec raison comme un signe du plus sinistre augure à la fin des maladies 
chroniques; mais il serait difficile d*invoquer des raisons analogues pour 
rendre compte des parasites cutanés, et surtout de leur prédilection pour 
certaines affections déterminées. Pourquoi la germination du champi- 



Digitized by VjOOQIC 



42 CACHEXIES. — étiologte. 

gnon du favtis est-elle favorisée par Ja scrofule? Pourquoi le trichophy- 
tontonsuram se fixe-t-il plus particulièrement sur les sujets dartreux? 
II y a là des conditions de terrain qu*il faut se borner à constater. La 
même remarque s'applique à certains parasites animaux : chacun sait 
qu'une véritable prédisposition pour les pediculi corporis est constituée 
par toutes les cachexies et particulièrement par celle qu*engendre la 
vieillesse unie à de mauvaises conditions hygiéniques. 

iitloloirle. — Cette étiologie peut se résumer en un seul mot : toutes 
les maladies chroniques peuvent produire les cachexies. Disons plus : 
toutes les maladies chroniques qui déterminent la mort, paissent fatale- 
ment par une période cachectique avant de parvenir à ce dernier terme 
de leur évolution. 

L'on est allé plus loin encore, et Ton a voulu admettre des cachexies 
déterminées par certaines maladies aiguës, on a même fait de la conva- 
lescence une cachexie. Il y a là une véritable confusion ; pour qu'une ca- 
chexie existe, il faut, pour le moins, qu'il y ait un mauvais état du corps; 
or, on conviendra que la convalescence est, en tout cas, un état relati- 
vement meilleur que la maladie qui Ta précédée. Sans doute, c'est un 
état fôcheux encore, mais ce n'est là qu*un reliquat des désordres causés 
par la maladie, lequel tend à disparaître de jour en jour. Dans une ca- 
chexie on a affaire à un organisme qui se détériore; dans la convales- 
cence c'est, au contraire, un organisme qui se répare. Abandonnées à 
elles-mêmes, l'une aboutira à la mort, l'autre à la santé. Semblables en 
apparence, ces deux états sont donc en réalité le contraire l'un de l'autre. 

L'on a encore cité, comme exemple de cachexie précoce, la cachexie 
saturnine. Mais précoce ne veut pas dire aiguë. Quelque rapidement que 
se manifeste l'intoxication par le plomb, elle n'en a pas moins les carac- 
tères d'une affection chronique. Elle s est produite insensiblement, pro- 
gressivement; elle tend à se perpétuer. Si la cachexie en a été la première 
manifestation, c'est que l'imprégnation était profonde et par là même 
durable ; en fait, elle subsiste toujours fort longtemps et survit aux autres 
accidents de cet empoisonnement professionnel. 

Toutes les maladies chroniques pouvant être causes de cachexie, c'est 
donc la moitié de la jpathologie qu'il faudrait ici passer en revue. Une 
telle énumération serait assurément possible; mais aurait-elle grande 
utilité pratique? Sans doute, il serait facile d'établir quelques grands 
groupes assez naturels; ainsi l'on envisagerait séparément les cachexies 
causées par les maladies diathésiques, le cancer, le tubercule; par les 
maladies constitutionnelles, la goutte, le rhumatisme, les affections dar- 
treuses ; par les maladies virulentes, la syphilis, le farcin chronique ; on 
formerait une classe très-naturelle des cachexies toxiques, une autre des 
cachexies liées à une altération primitive du sang, et dont la cachexie 
scorbutique présenterait un type remarquable, etc., etc. Mais en dehors 
de ces cadres tracés d'avance, il resterait toujours une foule d'états patho- 
logiques n'ayant entre eux d'autre lien que d'aboutir à déterminer des 
cachexies, et dont le classement serait par là même tout à fait arbitraire. 



Digitized by VjOOQIC 



CACHEXIES. — ÉTioLOGiE. 13 

Ajoutons que les groupes en apparence les mieux définis se sauveraient 
difficilement du même reproche. Soit, par exemple, le groupe des ca- 
che2Ûes virulentes : la cachexie syphilitique en offre certes le modèle. Et 
pourtant, qui oserait affirmer que, dans la syphilis tertiaire, c'est le virus 
seul qui doit être mis en cause? Qui ne voit, au contraire, qu'en ce cas 
la cause déterminante et directe de la cachexie, ce sont les ostéites mul- 
tiples, les tumeurs gommeuses suppurées, les dégénérescences des prin- 
cipaux viscères, et qu'à ce titre la syphilis n'agit pas autrement que toutes 
les suppurations profondes, quelle qu'en soit l'origine ? 

C'est qu'en eiïet, dans l'immense majorité des cas, une cachexie se 
rattache à un long enchaînement de causes subordonnées les unes aux 
autres, véritable série morbide dont il n'est au pouvoir de personne de 
dissocier les éléments. Qu'un rhumatisant contracte, dans l'une de ses 
attaques, une endocardite; celle-ci deviendra le point de départ d'une 
affection organique du cœur; par suite de l'enrayement de la circulation, 
les congestions, les hydrophlegmasies iront se multipliant du côté des 
principaux viscères; l'hématose deviendra incomplète; partant, le sang 
sera impropre à l'entretien des échanges nutritifs ; le foie subira la dégé- 
nérescence graisseuse, le rein s'altérera profondément dans sa structure ; 
de là l'albuminurie, de là l'épanchement de sérosité dans les cavités 
splanchniques, de là les accidents urémiques, et enfin la mort, aboutis- 
sant nécessaire de cette longue série. La cachexie qui la précède immé- 
diatement pourra donc être attribuée indifféremment à l'urémie ou à 
l'albuminurie, ou à l'altération du sang, et ainsi de suite en remontant 
jusqu'au rhumatisme, cause première de toute cette succession de maux; 
ou, pour mieux dire, chacune de ces causes aura eu son rôle et sa part dans 
le résultat final. — H serait aisé d'établir pour un organe quelconque une 
série morbide analogue à celle qui vient d'être indiquée à propos du 
cœur. 

Ce qu'il importe de connaître, c'est donc bien moins une étiologie né« 
cessairement banale à force de tout embrasser, que les conditions or- 
ganiques intimes qui, sous les influences les plus diverses, président au 
développement des états cachectiques ; en d'autres termes, le mécanisme 
de production des cachexies, ou, si Ton veut, leur pathogénie. 

Mais il nous est impossible d'aborder ce sujet, sans protester d'abord 
contre une fâcheuse tendance qui se fait jour depuis quelques années, et 
qui consisterait à créer, sous le nom de cachexies spéciales, une classe de 
maladies dites cachectiques. C'est revenir par une autre voie aux erre- 
ments des vieux nosographes. On ne met plus dans cette classe, comme 
au temps de Sauvages et de CuUen, les marcores^ les iabes^ les hecii-' 
sies, mais on y mettrait volontiers, sous une étiquette commune, une 
cachexie splénique, une cachexie lymphatique, une cachexie surrénale, 
une cachexie exophthalmique, etc. 

Il y a là un véritable abus de langage. Ces divers états morbides ré- 
cemment décrits n'ont de commun entre eux que d'être encore très- 
imparfaitement connus les uns et les autres. Sans doute la leucémie, la 



Digitized by VjOOQIC 



U CACHEaiES. — PATHOGÉWIE. 

maladie bronzée, la maladie de Grades, déterminent des cachexies, mais 
elles possèdent cette triste propriété ni plus ni moins que le cancer ou le 
tubercule. Elles finissent par là, mais après des périodes initiales varia- 
bles; témoin Yexophthalmos^ qui n'est vraisemblablement qu'une névrose 
du grand sympathique, et qui peut, en tout cas, subsister des années 
entières avant de produire l'état de cachexie. 

pafiioféBle. — La nutrition, dont l'altération profonde constitue 
en définitive les cachexies, a été souvent, et non sans raison, comparée à 
une sorte de budget bien réglé, dans lequel il doit y avoir équilibre entre 
les recettes et les dépenses. La plaie de tout budget, c'est le délidtj qui 
peut être amené par deux voies diiïérentes, ou par Texcès des dépenses, 
ou par rinsuffîsance des recettes. Changez les mots, dites excès de pertesi 
insuffisance de réparation, et vous avez sous ces deux chefs toutes .les 
lésions nutritives essentielles dont les cachexies sont lexpression dernière. 

1*" Nous pouvons être très-bref sur le premier point, la chose allant 
de soi. Il est évident que Paccroissement insolite des déperditions est, 
dans une foule de circonstances, un agent direct et très-puissant de dété- 
rioration. C'est, par exemple, ce qui arrive à un degré remarquable chez 
les phthisiques : hémoptysies répétées, expectoration muco-purulente très- 
copieuse, diarrhée incessante, sueurs profuses, voilà autant de causes 
d'épuisement auxquelles il faut ajouter les combustions interstitielles acti- 
vées par l'état fébrile, et dont l'organisme doit faire les frais. Toutes les 
suppurations abondantes et prolongées, toutes les diarrhées chroniques, 
quelle qu'en soit la cause, placent les malades, sous le rapport des pertes 
journalières, dans des conditions analogues à la phthisie. De même encore 
l'albuminurie soustrayant sans cesse les matériaux plastiques de la nutri- 
tion constitue Téconomie dans un état de déficit permanent. La glyco- 
surie, qui n'enlève que des éléments non azotés, a une action beaucoup 
plus lente à se produire, et le fait est qu'on voit des malades vivre avec 
ce symptôme pendant des années sans présenter de cachexie ; mais ce 
n'en est pas moins une perte réelle qui finit par amener tôt ou tard l'é- 
puisement de la constitution. 

D'autres voies, moins apparentes, sont encore ouvertes aux déperdi- 
tions* Dans les hydropisies, la sérosité chargée d'albumine, qui pleut sans 
cesse dans les cavités séreuses et dans le tissu cellulaire, constitue, rela- 
tivement à l'ensemble de l'économie , une non-valeur, et par conséquent 
un véritable déchet. Dans les affections dartreuses chroniques, la quan- 
tité de liquides sécrétés ou de produits épidermiqués sans cesse éliminés 
arrive parfois à des proportions colossales ; ainsi s'explique parfaitement 
le marasme dans lequel finissent par tomber certains individus atteints 
d'eczéma généralisé ou de pémphigus invétéré, etc. Il serait très-facile 
d'allonger cette liste, et chacun saisit toute l'importance de ces pertes 
exagérées de l'organisme. 

2"* L'insuffisance de la réparation constitue le deuxième grand mode 
des lésions nutritives. Pour que la réparation soit complète, il faut non- 
seulement que les substances aUbiles pénètrent dans le corps, il faut 



Digitized by VjOOQIC 



CACHEXIES. — PATUOGÉMiE. 15 

qu elles y subissent une série d'élaborations, jusqu'à être transformées en 
éléments histologiques, en organes vivants. Chacun des termes de cette 
longue série peut venir à manquer ou rencontrer des obstacles dont les 
effets retentiront nécessairement sur la nutrition. 

a. Et d'abord la quantité des substances alimentaires ingérées peut rester 
au-dessous des besoins; c est ce qui constitue Y alimentation insuffisante^ 
dont les effets désastreux présentent, à la durée près, une frappante ana- 
l<^e avec les résultats expérimentaux obtenus par Chossat dans ses célè- 
bres recherches sur l'inanition. Il a été lait, dans ces dernières années, 
un nombre considérable de travaux sur la ration normale d'entretien 
qui convient à Phomme, dans les différentes conditions d'existence. Ce 
n'est pas ici le lieu d'aborder dans ses détails cette grave question. Rap- 
pelons seulement que l'alimentation peut n'être pas insufBsante par sa 
quantité absolue, et l'être par sa qualité, lorsqu'il n'existe pas, entre les 
substances ternaires et quaternaires introduites dans l'estomac, le rapport 
normal indiqué par l'expérience; d'où suit l'insuffisance réelle de cer- 
taines alimentations exclusives, quelque copieux usage qu'on en puisse 
faire d'ailleurs. On peut mourir de faim en ne mangeant que de la viande, 
à plus forte raison le peut-on si les substances azotées viennent à faire à 
peu près entièrement défaut dans le régime. Dans tous ces cas, il se pro- 
duit un véritable phénomène d'autophagisme ; Téconomie, avant de suc- 
comber, vit un certain temps aux dépens d'elle-même; elle use d'abord 
la graisse, puis le sang, puis les muscles ; l'individu, en un mot, con- 
somme sa propre substance ; triste nourriture assurément I 

Ces phénomènes, si intéressants au point de vue physiologique, consti- 
tuent, médicalement parlant, une véritable et profonde cachexie, car il est 
impossible de refuser ce nom à l'état de délabrement qui accompagne cette 
fièvre de famine^ dont Meersman a tracé le saisissant tableau. Ce que l'on a 
observé à l'état quasi-épidémique, dans la disette des Flandres, nous lé 
voyons tous les jours se produire autour de nous. Une foule d'individus 
entrent dans nos hôpitaux, pâles, blafards, amaigris, anémiques, minés 
par le besoin, prédisposés à toutes les maladies, mais n'en présentant pas 
d'autre actuellement, que cet état déplorable énergiquement caractérisé 
par Bouchardat sous le nom de misère physiologique; et nous devons 
ajouter ici, une fois pour toutes, que les conditions d'épuisement créées 
par la misère ne jouent que trop souvent le rôle de causes adjuvantes 
dans la production d'une foule de cachexies. 

b. Supposons maintenant que les aliments soient introduits en quantité 
et en qualité suffisante, mais qu'ils ne soient qu'imparfaitement élaborés 
par le canal intestinal ; le résultat produit sera évidemment le même. C'est 
ce qui arrive dans toutes les dyspepsies. Or la dyspepsie se rencontre 
à chaque pas, soit primitive, soit à Tétat de retentissement sympathique 
des souffrances d'un organe éloigné. Beau, on le sait, en faisait la clef 
de voûte de la pathologie tout entière; son seul tort, croyons-nous, c'était 
d'avoir exagéré le nombre des dyspepsies initiales, tandis qu'en réalité, 
le plus grand nombre des dyspepsies sont un résultat secondaire d'autres 



Digitized by VjOOQIC 



i6 CACHEXIES. — pathogêmie. 

états morbides. Mais le fait en lui-même, c est-à-dire l'inlluence immense 
des troubles gastro-intestinaux sur les altérations de la nutrition, était 
profondément observé et reste d'une application journalière. A une épo* 
que avancée, Tappétit finit presque toujours par s'éteindre, si bien que 
les malades perdent non-seulement Taptitude à réparer leurs forces dé- 
faillantes, mais jusqu'au sentiment même du besoin de réparation. 

Cette grande vérité pathologique est applicable d'abord aux maladies 
caractérisées par une lésion organique appréciable ; elle devient, pour 
ainsi dire, palpable, lorsque la lésion est de nature à entraver directe- 
ment le travail de la digestion. Soient deux individus atteints de cancer 
stomacal ; chez l'un, la lésion siège au cardia ou au pylore, chez l'autre, 
sur une des faces ou des courbures de Testomac. Tous deux ressentiront 
également les effets de la diathèse cancéreuse, et finiront par devenir 
cachectiques; mais ce résultat se produira plus rapide et plus intense 
chez celui des deux malades dont le cancer siège à l'un des orifices. 

Ce sont des phénomènes du même ordre, quoique d'une interprétation 
beaucoup plus difficile, qui se passent dans les maladies chroniques 
caractérisées par une simple perversion des fonctions nerveuses. Il y a 
certainement des cachexies par douleur, et il n'est pas besoin d'avoir 
vieilli dans la pratique pour avoir rencontré de ces névralgies rebelles, 
de ces névropalhies protéiformes, qui déterminent à la longue un dépé- 
rissement porté à l'extrême, véritable cachexie hypochondriaque, pour 
employer le langage des anciens. Mais que l'on se donne la peine de 
suivre la filiation des accidents, et l'on trouvera presque toujours, entre 
le fait primordial, douleur, et les troubles de la nutrition, un intermé- 
diaire, qui n'est autre chose que la dyspepsie. 

c. Pénétrons plus avant : l'aliment a été introduit dans le tube digestif, 
il est entré par les voies de l'absorption dans le système» circulatoire; il 
n'est point encore assimilé. Si nous étions plus avancés dans la connais- 
sance des fonctions du foie, dont la glycogénie et la fabrication de la bile 
ne représentent vraisemblablement que la moindre portion, nous pour- 
rions préciser, mieux qu'il ne nous est permis de faire, la nature des 
désordres nutritifs qui résultent de Tenrayement de l'action hématopoié- 
tiquetle ce grand viscère. Il nous est du moins possible de considérer les 
résultats dans leur ensemble ; or ces résultats sont frappants : il n'est 
peut-être pas de maladie où la nutrition soit plus manifestement atteinte 
à sa source que la cirrhose; c'est vraiment un type de maladie cachec- 
tique. Si le dépérissement est moins rapide dans les autres aflections du 
foie, c'est probablement parce que l'organe, au lieu d'être atrophié 
en totalité, n'est atteint que dans une portion de sa substance, et peut 
continuer à fonctionner par la partie subsistante de ses éléments. 

Mais le foie n'est pas le seul organe de hématopoièse, il n'est peut-être 
pas le plus essentiel. Les recherches contemporaines tendent en effet de 
plus en plus à établir que la formation des globules est dévolue aux organes 
lymphoïdes (rate, corps thyroïde, thymus, ganglions lymphatiques). Les 
leucocytes créés par l'activité propre de ces organes ne représenteraient 



Digitized by VjOOQIC 



CACHEXIES. — PATH06É«iE. . 17 

qu'une phase de l'évolution des corpuscules sanguins, et ne seraient que 
des globules rouges en voie de formation. Déjà, dans ses savantes leçons 
sur les anémies, G. Sée a insisté sur la part étiologique qu'il convient de 
faire aux glandes vasculaires sanguines. C'est un point qui touche de 
trop près à notre sujet pour ne pas nous arrêter un moment. 

Il est certain qu'en réfléchissant à ces données physiologiques, qui pa- 
raissent bien établies, on ne peut s'empêcher d'être singulièrement frap- 
pé par le fait suivant : plusieurs des maladies les plus remarquables par 
l'intensité et la rapidité avec laquelle elles déterminent les cachexies ont 
entre elles ce trait commun, de porter leurs principales manifestations, 
soit sur le système lymphatique, soit sur la rate. De ce nombre sont : la 
scrofule, et tout particulièrement la scrofule abdominale, le carreau ; l'in- 
toxication palustre qui, lorsqu'elle détermine une cachexie, s'accompagne 
presque invariablement d'un gonflement énorme de la rate ; la leucocy- 
thémie, avec sa double forme, tantôt lymphatique, tantôt splénique, ou 
réunissant ces deux caractères; l'adénie ou hypertrophie générale des 
glandes lymphatiques, sans augmentation des globules blancs. 

La première explication qui se présente à l'esprit, c'est que les modi- 
fications de texture plus ou moins profondes survenues dans les organes 
lymphoïdes doivent avoir pour résultat commun d'entraver la formation 
des globules blancs et conséquemment celle des globules rouges. Mais 
cette explication, qui ne rendrait compte, en tout cas, que de l'un des 
éléments des cachexies, à savoir de l'anémie globulaire, ne saurait être ac- 
ceptée comme expression générale de la réalité. 
h Pour la scrofule, par exemple, il est bien vrai que l'hypertrophie gan- 
ttglionnaire est souvent tout à fait illusoire, l'accroissement du volume n'c- 
■tant dû qu'à l'augmentation de la trame conjonctive des glandes, ou 
|méme à leur dégénérescence caséeuse ou amyloïde. Mais il existe pour- 
tant des cas où la tumeur ganglionnaire, plus ou moins semblable, à 
l'œil nu, à une masse encéphaloïde, est réellement constituée par un ac- 
croissement des éléments glandulaires. C'est dans des cas de ce genre que, 
chez de jeunes enfants, Rokitansky a trouvé l'hypertrophie du thymus et 
des corpuscules de Malpighi de la rate, le tout accompagné d'une re- 
marquable augmentation des globules blancs du sang, c'est-à-dire, en 
d'autres termes, les lésions de la leucocythémie. 

Si ce rapport entre la constitution du sang et l'hypertrophie des organes 
lymphoïdes avait été constamment rencontré, il aurait une grande impor- 
tance ; car c'est sur cette considération qu'ont été construites toutes les 
théories de la leucocythémie. Mais Wunderlich a montré que, dans 
l'affection scrofuleuse, l'hypertrophie ganglionnaire la plus franche pou- 
vait exister sans augmentation du nombre des globules blancs ; et, quant 
à l'ensemble morbide désigné classiquement sous le nom de leuco- 
cythémie proprement dite, il donne lieu, encore aujourd'hui, aux plus 
sérieuses difficultés. Il s'agit, bien entendu, de la leucocythémie vraie, 
c'est-à-dire permanente, et non de cette leucocytose passagère qui se ren- 
contre dans une foule de circonstances physiologiques ou pathologiques. 

ItOOf. DICT. ■&>. ET CHIA. VI. — 2 

Digitized by VjOOQIC 



iS CACHEXIES. — PATHOGÉHIE. 

Deux doctrines, on le sait, sont en présence, depuis les premiers travaux 
de Virchow et de Bennett : Tune' considérant la rate comme un lieu de 
destruction pour les globules rouges, admet que la suractivité de ce 
viscère doit avoir pour résultat l'augmentation relative des globules 
blancs ; Pautre, localisant dans les organes lymphoïdes la formation des 
globules blancs, pense que l'hypertrophie des premiers doit nécessaire- 
ment amener la multiplication des seconds. 

Ces deux théories ne sont peut être pas absolument incompatibles. La 
vie est un perpétuel renouvellement, et il n'est pas impossible que, dans 
certains organes, les destructions et les formations nouvelles marchent 
de pair. En tout cas, voici des faits : plusieurs fois on a signalé dans la 
circulation générale des leucocythémiques des produits spéciaux (xan- 
thine, acides urique, lactique, formique), qui normalement ne se ren- 
contrent que dans le sang de la veine splénique; nouvelle lésion humo- 
rale qui s'ajoute aux autres comme cause de cachexie; il est difficile de 
ne pas admettre qu'en pareil cas cette altération est due à un excès d'ac- 
tion de la rate. D'une autre part, les cas exceptionnels où l'on avait 
signalé l'excès des globules blancs sans hypertrophie des organes lym- 
phoïdes, ont trouvé leur explication dans des faits nouveaux et bien 
singuliers qui les font rentrer dans la règle commune. C'est, en effet, 
dans des cas de ce genre que Friedreich, Leudet, puis Bôtcher et Billroth 
ont observé l'apparition de nouvelles glandes lympathiques se formant de 
toutes pièces dans les plèvres, le foie, les reins, les intestins. 

Voilà, on le conçoit, une donnée bien intéressante, car elle permet de 
présenter comme expression de l'état actuel de la science la proposition 
suivante : il n'y a pas de leucocythémie sans hyperplasie des éléments 
glandulaires lymphoïdes. 

Malheureusement pour la théorie, la réciproque est loin d'être vraie, 
et nous trouvons ici, comme pour donner tort à tout le monde, Vadénie^ 
dont on peut résumer l'histoire, en disant qu'elle présente avec la leu- 
cocythémie une complète identité de lésions, sauf l'augmentation des 
globules blancs. Chose curieuse! il n'est pas jusqu'au développement hé- 
térotopique des éléments lymphatiques qui n'y ait été retrouvé ; consé- 
quemment cette lésion ne saurait être considérée comme exclusivement 
propre à la leucocythémie. C'est du moins ce qui résulte d'une très-belle 
observation publiée récemment par Hérard et Cornil, et dans laquelle on 
trouva des éléments lymphatiques de nouvelle formation dans le péri- 
toine et le tissu conjonctif sous-péritonéal, dans le poumon, dans les 
ovaires, dans le tissu conjonctif intermédiaire aux glandes en tube de 
l'estomac. Cependant le sang ne présentait pas plus de leucocytes qu'à 
l'état normal. II est à présumer que la cachexie qui se produit dans une 
période avancée de l'adénie est, pour une bonne part, un résultat se- 
condaire des compressions multiples exercées par les ganglions de plus 
en plus volumineux. — ie ne puis quitter ce sujet sans signaler une parti- 
cularité peu connue, et qui a bien son intérêt au point de vue du pronostic 
de l'adénie : c'est la fréquence de la mort subite survenue par syncope, au 



Digitized by VjOOQIC 



CACHEXIES. — PATiioGÉNiE. 19 

moment où rien ne semblait faire prévoir cette terminaison fatale; c^est 
ce qui est arrivé dans un cas dont j'ai été témoin, et qui m'a d'autant 
plus vivement frappé, que Ricord, qui avait vu le malade, avait, d'après 
les souvenirs de son expérience personnelle, appelé d'avance mon atten- 
tion sur la possibilité de cette catastrophe. 

La cachexie palustre compléterait au besoin la démonstration que vient 
de nous fournir Tadénie, car elle aussi est constamment accompagnée d'un 
développement considérable de la rate ; or, malgré rhypertrophie main- 
tes fois constatée des éléments propres du parenchyme splénique dans les 
fièvres paludéennes, on ne note pas ordinairement d'augmentation des 
globules blancs. Souvent, il est vrai, Taccroissement de volume de l'or- 
gane résulte, en partie du moins, de congestions sanguines, d'infiltrations 
plastiques et d'épaississement des trabécules. Quoi qu'il en soit, à l'abais- 
sement du chiffre des globules rouges et de celui de Talbuminc, il faut 
ajouter, d'après les recherches modernes, la fréquente présence, dans le 
sang, de granulations pigmentaires que Ton retrouve encore dans d'au- 
tres organes, le foie et le cerveau en particulier. 

Cette théorie de la mélanémie, telle qu'elle était formulée par Fré- 
richs, a, non sans cause, beaucoup perdu de la faveur qui l'accueillit dans 
les premiers temps. L'explication qu'on en prétendait tirer des accidents 
pernicieux est inacceptable ; l'origine du pigment dans la rate seule est 
au moins sujette à contestation ; mais il reste probable néanmoins que 
cette glande vasculaire sanguine prend une part importante à ce travail de 
destruction des globules rouges, qui amène la pigmentation. Quel que 
soit le mécanisme de cette destruction, il y a là, en toute hypothèse, un 
élément important dans la production de la cachexie. 

Un autre variété toute différente de pigmentation est connue, depuis 
les travaux d'Addison, sous Je nom de maladie bronzée. Mais c'est déjà 
bien assez de la difficulté sérieuse qu'on éprouve à établir la réalité 
du rapport entre la lésion surrénale et la couleur de la peau, sans qu'il 
faille y joindre encore la prétention de rendre compte des phénomènes 
cachectiques qui terminent la scène. {Voy. maladie Bronzée.) Bornons-nous 
à rappeler que le trait dominant de la maladie d'Addison, c'est encore 
moins l'état de cachexie, dans le sens propre que nous nous efforçons de 
maintenir à ce mot, qu'une asthénie profonde allant à ce point que, dès 
les premières périodes, les malades peuvent à peine se soutenir sur leurs 
jambes. Il y a là une distinction qui a sa valeur, et le savant auteur de l'ar- 
ticle auquel nous renvoyons le lecteur a eu soin d'y insister, en faisant 
ressortir la large part qui revient aux troubles fonctionnels du système 
nerveux dans la symptomatologie de cette affection. Quant aux troubles 
nutritifs, jusqu'à quel point sont-ils sous la dépendance des éléments 
lymphatiques qui entrent dans la constitution des capsules surrénales 7 
Jusqu'à quel point ces dernières pourraient-elles être supplées, à cet égard, 
par des organes analogues^ Autant de questions qu'il faut se contenter de 
poser, et que la science n'est point actuellement en état de résoudre. 
En résumé, Ton voit combien il plane encore d'obscurités sur le rôle 



Digitized by VjOOQIC 



20 CACHEXIES. — patuocénie. 

joué par les organes lymphoïdes dans les lésion de nutrition, et combien 
il serait prématuré de vouloir enfermer ce rôle dans une formule unique. 
Mais qu'il y ait là une influence réelle et profonde, c'est ce que l'on ne 
saurait désormais contester, et ce qui légitime le rapprochement que nous 
venons de faire. 

5° Après les nombreuses conditions dont nous avons énuméré les prin- 
cipales, et qui toutes concourent à l'élaboration du fluide nourricier, il en 
est une autre, absolument indispensable pour qu'il soit propre à entre- 
tenir la nutrition; c'est qu'il soit incessamment renouvelé par son contact 
avec Toxygène atmosphérique. Cette condition peut venir à manquer 
brusquemment ; on observe alors l'asphyxie proprement dite; mais par 
suite d'un obstacle permanent à l'intégrité de l'hématose, il peut s'établir 
aussi une sorte d'asphyxie chronique dont les effets se traduisent d'abord 
par une véritable anémie ; car les glqbules, véritables organes respira- 
toires, subissent un déchet, comme tous les organes qui fonctionnent 
incomplètement; et, à la longue, cette altération du sang retentit sur la 
nutrition tout entière, parce qu'il manque aux combustions interstitielles 
leur élément essentiel, l'oxygène. Cette condition se trouve réalisée par 
une infinité de circonstances diverses; il est aisé de concevoir qu'il en doit 
être ainsi dans toutes les maladies qui entravent le jeu de l'appareil respi- 
ratoire et la circulation centrale. Voilà donc encore un élément de cachexie 
dont on ne devra pas négliger l'appréciation dans toutes les maladies de 
poitrine et les affections organiques du cœur; c'est, du reste, par un mé- 
canisme identique que Ton voit, chez de jeunes sujets, l'hypertrophie 
chronique des amygdales amener un étiolement profond et cet état par- 
ticulier de l'économie que l'on a quelquefois désigné sous le nom de 
cachexie amygdalienne. 

4° Mais il peut se faire encore que sans rien gagner ni rien perdre 
dans la quantité absolue de ses éléments constitutifs normaux, le sang 
subisse certaines modifications isomériques qui facilitent son entravasa- 
tion dans les tissus et entravent sérieusement les échanges nutritifs. C'est 
ce qui arrive dans le scorbut, ainsi que dans les maladies caractérisées 
par l'altération connue, depuis Huxham, sous le nom d'état dissous du 
sang. G. Sée a, dans ces derniers temps, fait ressortir avec raison toute 
l'importance clinique que ces faits donnent aux belles recherches de 
Denis (de Commercy) sur la plasmine du sang. La fibrine, telle que noue 
la retirons par le battage, n'est, en effet, qu'un produit de dédouble- 
ment d'une substance protéique tenue en dissolution dans le liquide san- 
guin et susceptible de se partager en deux portions, l'une qui reste li- 
quide, l'autre qui passe à l'état concret. Ainsi s'expliquent les résultats 
en apparence contradictoires obtenus par les observateurs modernes dans 
l'analyse du sang scorbutique : pour les uns, il y aurait diminution 
constante de la fibrine ; pour d'autres, ce principe resterait en quantité 
normale; parfois même on l'a trouvé augmenté. Mais, suivant que le 
dédoublement est plus ou moins complet, la portion concrète peut se 
trouver en quantité plus ou moins abondante. Avant de dire que la fi- 



Digitized by VjOOQIC 



CACHEXIES. — PATHOGÉNIE. 21 

brine a augmenté ou diminué en totalité, il faudrait donc tenir compte 
de la fibrine dissoute. C'est malheureusement ce qu'on n'a pas fait jus- 
qu'ici pour le sang scorbutique; ce qu'on peut dire, c'est que le plus 
souvent la plasmine y reste liquide, de sorte que le sang est incoagula- 
ble, comme celui qui sort, à Tétat normal, du foie et de la rate. 

S"" Enfin il nous sera permis de réunir dans un dernier groupe toutes 
les circonstances où l'atteinte portée à la nutrition résulte de l'introduction 
dans le sang d'un principe anormal. 

Au premier rang se placent les empoisonnements chroniques, qui se 
divisent naturellement en deux classes d'après la nature des agents toxi- 
ques, les uns minéranXy les autres organiques. C'est surtout pour les pre- 
miers, et particulièrement pour les poisons métalliques, que l'on a pu 
étudier de près la nature des modifications subies par le liquide sanguin 
et par les différents organes. L'on sait aujourd'hui, par exemple, que le 
plomb, que le mercure forment avec les substances protéiques des combi- 
naisons définies, de véritables albuminates tenus en dissolution dans le 
sang par le chlorure de sodium. Il en résulte à la fois une soustraction 
directe des éléments qui servent à la réparation des tissus, et, dans tous 
les points où ces corps sont fixés, un obstacle puissant aux mouvements 
moléculaires qui doivent s'accomplir dans l'intimité des organes. 

Nous sommes beaucoup moins édifiés sur le mode d'action d'une foule 
de substances végétales t comme le maïs altéré, l'ergot de seigle, l'opium, 
le tabac, qui, h la suite d'un abus prolongé, amènent notoirement une 
détérioration profonde de l'économie tout entière. Il est peu vraisemblable 
que toutes ces substances agissent d'une façon identique; pour la plupart 
nous sommes obligés de nous en tenir à la simple constatation du fait. Il 
est pourtant un poison végétal, et le plus important de tous, sans contre- 
dit, dont l'action délétère peut être rapportée aujourd'hui à une cause 
déterminée : c'est Y alcool. Il y a longtemps déjà queMagnus Huss a signalé 
dans l'alcoolisme chronique un état graisseux du sang, parfois assez pro- 
noncé pour étrereconnaissableà l'œil nu. Depuis lors, cette même dégéné- 
rescence a été rencontrée dans une foule d'organes; Lancereaux, en parti- 
culier, en a (ait l'objet d'une intéressante étude. Cette stéatose alcoolique 
est surtout apparente dans les artères, dans les capillaires, dans le foie, 
les reins, le cœur, les muscles de la vie de relation, etc. Reste à savoir 
si c'est là le résultat d'une action chimique, d'une absorption de l'oxygène 
des tissus par l'alcool, ou s'il ne faut y voir qu'un effet rétrograde de l'ir- 
ritation, et d'une manière plus générale, le mode nouveau qu'imprime à 
.la nutrition des organes toute déchéance fonctionnelle. Cette question est 
encore litigieuse. Ce qui peut faire pencher vers la seconde hypothèse, 
c'est que les stéatoses se rencontrent à chaque pas dans l'histoire des em- 
poisonnements les plus divers, et que chaque jour en multiplie le nombre. 

Parmi les poisons (Vorigine animale, nous n'avons guère à citer, au 
point de vue de la détermination des cachexies, que l'introduction de 
certains produits infectieux dans le torrent circulatoire par les voies de 
l'absorption. C'est ainsi que le pus fétide d'une o«ène tombant par le 



Digitized by VjOOQIC 



22 CACHEXIES. — pathooémie. 

pharynx dans le tube disgestif, fa matière ichoreuse d'un cancer de Testo* 
mac s^écoulant sans cesse sur une surface muqueuse riche en vaisseaux, 
ne peuvent pas pénétrer impunément dans le sang, et doivent y produire 
à petites doses, mais d'une façon continue, des modifications plus ou 
moins analogues à celles de l'infection putride. Mais, puisqu'il s'agit ici 
du cancer, nous ne devons pas négliger cette occasion d'étudier, au moins 
sommairement, le mécanisme de l'infection cancéreuse. 

Un fait bien digne d'attention, et qui a frappé tous les observateurs, 
c'est qu'un cancer reste d'habitude un temps plus ou moins long à l'état 
de lésion locale, et qu'il ne détermine l'état général dit cachexie can- 
céreuse qu'à une certaine période de son évolution. Il est non moins 
certain qu'on ne voit jamais la diathèse cancéreuse produire d'emblée la 
cachexie; avant l'apparition de celle-ci, on trouve, comme intermédiaire 
obligé, la production d'une tumeur en un point quelconque du corps ; et 
force est bien de reconnaître dans cette tumeur le point de départ des ac* 
cidents généraux. 

En quoi consiste la modification spéciale du sang qui caractérise cette 
seconde période si différente de la première? La chimie seule est impuis- 
sante à nous en révéler la nature. Diminution des globules, qui de 1 27 peu- 
vent tomber à 21 ; diminution moins prononcée, mais appréciable encore, 
de l'albumine du sérum ; variations peu considérables du chiffre de la 
fibrine, voilà en peu de mots, tout ce que nous indiquent les analyses 
d'Andral et de Franz Simon. Il n'y a là rien qui diffère de ce qui se voit 
dans les autres anémies; encore ce résultat peut-il n'être dû qu'aux 
hémorrhagies répétées, qui ne font guère défaut pour peu qu'un cancer 
ait duré quelque temps. Et pourtant l'examen le plus superficiel fait 
pressentir qu'il doit y avoir là quelque chose de plus. Tout récemment, 
Fcltz (de Strasbourg) hasardait l'explication suivante : selon lui une 
prolifération luxuriante comme celle du cancer ne peut se faire qu'aux 
dépens de l'ensemble, et il doit arriver ici quelque chose d'analogue à 
ce qu'on observe dans une société où le luxe de quelques-uns fait la mi- 
sère du plus grand nombre. Mais c'est là une pure hypothèse, car l'on 
ne voit pas pourquoi les tumeurs malignes auraient seules ce singulier 
privilège de vivre aux dépens de la masse commune, et pourquoi il n'en 
serait pas de même des lipomes, des fibromes, des kéloïdes, voire même 
de l'hypertrophie simple d'un organe quelconque. 

On est donc ramené à la pensée que les phénomènes de l'infection sont 
dus à la pénétration dans le sang de quelque principe morbide. Dans des 
recherches récentes, Kaulich parait avoir démontré la présence de l'acé- 
tone dans le sang des individus atteints de cancer de l'estomac ; il re- 
trouve cette substance dans les produits de la respiration et dans les 
urines, et, forçant un peu les conséquences, il attribue à cette cause les 
phénomènes de dépression nerveuse observés par lui chez ses malades, 
et qui sont, dit-il, semblables à ceux que Ton peut artificiellement dé- 
terminer chez les animaux. Quoi qu'il en soit de cette théorie fort sujette 
à contestation, elle ne saurait^ en tout cas, s'appliquer qu'au caQcer dç 



Digitized by VjOOQIC 



CACHEXIES. — PATHOGiNiE. 25 

l'estomac, et la formation de l'acétone ne serait due qu'à une fermenta- 
tion anormale développée dans cet organe sous Tinfluence de la lésion. 
Mais pour expliquer l'infection cancéreuse considérée dans sa généralité, 
force est bien de faire intervenir un autre principe. Ce principe ne serait-il 
pas simplement la substance cancéreuse elle-même? Telle est la doctrine 
que Broca vient de soutenir avec autant de conviction que de talent. 

•On connaît la célèbre expérience de Langenbeck, renouvelée depuis 
avec succès par Follin et Lebert : en injectant de la matière encéphaloïde 
dans le sang veineux d'un chien, ces observateurs sont parvenus à pro- 
duire des noyaux cancéreux disséminés dans les poumons, dans le foie^ 
dans les parois du cœur, le tout accompagné d'un dépérissement évident. 
Il y a là certainement une grande analogie, quant au procédé et quant au 
résultat, avec les anciennes expériences de Castelnau et Ducrest sur l'infec- 
tion purulente. Un fait assez curieux, c'est que ce sont précisément les 
mêmes organes, surtout le foie et le poumon, qui deviennent le siège des 
productions secondaires dans les deux cas. 

En rappelant ces expériences, Broca se demande si ce qu'on obtient 
artificiellement chez les animaux n'est pas ce qui se produit spontanément 
chez l'homme. Il fait voir d'abord (et nul n'a concouru plus que lui à cette 
démonstration), que le prétendu cancer du sang, que l'on croyait autrefois 
avoir rencontré dans les veines, n'existe pas, qu'il ne faut y voir que des 
champignons encéphaloïdes ayant pénétré, en manière de hernie, dans la 
cavité des gros troncs veineux à travers la paroi préablement ulcérée. Grâce 
à cette pénétration, des particules de cancer doivent être incessamment 
balayées par le sang et emportées dans le torrent circulatoire. — Pour 
concevoir dans toute sa simplicité la théorie de l'ulcération intra-veineuse 
mise en avant par Broca, on n'a qu'à transporter par la pensée dans les 
veinules de petites dimensions le phénomène grossièrement apparent ob- 
servé sur les gros troncs. Or, il est impossible, ajoute l'auteur, qu'une 
tumeur cancéreuse ait acquis un développement un peu considérable, 
sans avoir rencontré sur son chemin et plus ou moins détruit un certain 
nombre déveines; car du grand au petit, le mode d'envahissement est 
toujours le même. 

La démonstration serait complète, si les cellules cancéreuses se re- 
trouvaient en nature dans le sang ; et l'on conçoit que l'absence de cette 
contre-épreuve doive jeter un certain doute sur la théorie. Cependant cette 
objection a moins de valeur qu'on ne pourrait lui en supposer. D'abord le 
microscope a permis, dans des circonstances rares il est vrai, de re- 
connaître dans le sang des corpuscules semblables à ceux qui constituaient 
la tumeur primitive; puis, quant aux cas beaucoup plus nombreux où 
cette constatation a fait défaut, on peut, jusqu'à un certain point, s'en 
rendre compte en admettant qu'il y a eu destruction très-rapide des 
cellules en question. C'est ce qui arrive, en effet, pour les cellules de 
pus introduites dans la circulation, et l'on peut se demander si ce n'est 
pas par cette destruction même que se produit l'infection du sang. Il est 
possible, d'ailleurs, (jue la pénétration des éléments ne soit pas néces- 



Digitized by VjOOQIC 



24 CACHEXIES. — valeur sémbiologique. 

saire, et que la portion liquide du suc cancéreux suffise à produire un 
pareil résultat. 

C'est donc à titre d'hypothèse très-probable, bien plutôt que comme 
vérité acquise, que Ton peut accepter cette théorie de l'infection et de la 
cachexie cancéreuse. Peut-être y aurait-il lieu de poser des questions 
analogues pour le tubercule, depuis que les recherches de Willemin ont 
appelé l'attention sur la possibilité de l'inoculation de ce produit patho- 
logique. Mais c'est là un sujet de recherches trop récemment entré dans 
la science, pour qu'il nous soit possible de faire ici autre chose que de 
l'indiquer. 

En résumé donc : déperditions excessives de toute nature ; absence de 
réparation tenant, soit aux vices de Talimentalion, soit à Pimperfection 
des fonctions assimilatrices et de la crase sanguine, soit à l'insuffisance 
de l'hématoçe; enfin, viciation du sang par l'introduction de substances 
nuisibles, toxiques ou pathologiques ; tels sont les éléments principaux 
auxquels nous parait pouvoir être ramenée la pathogénie des cachexies. 
Mais ce qu'il faut ajouter par-dessus tout, c'est que cette analyse est essen- 
tiellement artificielle, et qu'en clinique tous ces éléments se trouvent asso- 
ciés entre eux dans des proportions infiniment variables, dont l'apprécia- 
tion est pour le praticien la source d'indications de toutes sortes.' Il ne 
devra non plus jamais oublier qu'au delà de ces éléments secondaires 
accessibles à l'analyse, il y a la cause morbide, dont la nature nous 
échappe le plus souvent, mais qui se révèle par ses effets d'une manière 
si frappante, surtout lorsqu'il s'agit d'une diathèse. C'est le propre de 
toute diathèse de tendre à l'extension continue, d'envahir progressive- 
ment les dernières profondeurs de l'organisme, paralysant de plus en 
plus la résistance vitale, et finissant par faire concourir toutes les fonc- 
tions, dans une certaine mesure, à la destruction de l'individu. L'on 
s'exposerait à des déceptions de toutes sortes en perdant de vue cette 
notion première. 

Valear ifémélologlqno de* caeliexles. — Les cachexies, avons- 
nous dit, sont multiples comme les maladies qui les engendrent; l'alté- 
ration intime de la nutrition, qui est le trait commun à toutes, tend à 
revêtir dans chacune une forme et une physionomie spéciales. Il suit de 
là que cette simple considération du mode cachectique affecté par chaque 
individualité morbide peut avoir une certaine valeur diagnostique, et 
même une valeur considérable, puisque c'est le premier signe qui frappe 
l'attention du médecin, et qui va lui tracer la voie dans laquelle il doit 
diriger ses investigations. 

Il serait donc fort à désirer que l'on possédât des caractères précis, 
nettement tranchés, qui permissent, une cachexie étant donnée, de 
la baptiser d'un nom, et de lui assigner une cause. Malheureusement, 
dans une foule de cas, ces caractères n'existent point, et tout se borne, 
pour l'observateur, à une première et vague impression, qui n'apprend 
rien tant que l'on n'est pas descendu dans l'analyse minutieuse des 
symptômes. — Or, du moment que Ton fait intervenir la notion des 



Digitized by VjOOQIC 



CACHEXIES. — VALEUR sAméiologique. 25 

lésions ou des troubles fonctionnels propres à chaque maladie, ce n'est 
plus, à proprement parler, la cachexie qui sert de guide aux inductions 
diagnostiques : si je const^ite, par exemple, qu'un individu est cachec- 
tique, et que, de plus, il présente des exostoses multiples, des ulcéra- 
tions taillées à pic, une destruction des os propres du nez, etc., je n'au- 
rai pas grande peine, sans doute, à reconnaître qu'il s'agit là d'une 
syphilis tertiaire. Mais est-ce bien la cachexie qui m'aura fourni ce ren- 
seignement? 

Diversité des types cliniques. — Voilà donc une première difficulté; 
mais ce n'est pas tout. Supposons que les caractères cherchés existent; et, 
dans un bon nombre de cas, ils existent en effet; la preuve en est que 
les praticiens exercés savent alors, au premier coup d'œil, de quel côté 
ils doivent porter leurs recherches. Mais ce jugement sommaire, souvent 
inconscient, qui résulte d'une grande habitude, est bien difficile à for- 
muler. Comment décrire et surtout comment définir les mille nuances do 
coloration de la peau, les degrés de Tamaigrissement, Tair du visage, les 
infinies variétés d'expression que peut prendre la souffrance? 11 y a pour 
tout cela un long apprentissage qui ne peut se faire qu'au lit du malade, 
et qu'aucune description ne saurait suppléer. Cela n'empêche pas qu'il 
n'existe un certain nombre de types cliniques assez bien accentués pour 
qu'il soit légitime de leur attribuer une importance réelle. Quelques 
exemples ne seront peut-être pas inutiles. 

Cachexie syphilitique congénitale. — Un enfant vient au monde et 
présente, dès les premières semaines, un dépérissement précoce ; toute 
son habitude extérieure a je ne sais quel air atrophié, flétri, rabougri; 
il a de la diarrhée; son cri est éteint, son visage ridé ; on dirait un petit 
vieillard ; les cils sont tombés ou ne se sont pas développés. Le visage a 
un ton bistré spécial; il semblerait, dit Trousseau, qu'on a passé sur les 
traits une légère couche de marc de café ou de suie délayée dans une 
ample quantité d'eau ; ce n'est ni de la pâleur, ni de l'ictère, ni le jaune 
paille; cette teinte, beaucoup moins foncée, mais presque du même ton 
que le masque des accouchées, ne s'étend pas ou s'étend à peine au reste 
du corps. — A ce tableau, qui ne reconnaît la syphilis héréditaire des 
enfants nouveau-nés? La considération de tout cet ensemble n'a certes 
pas moins de valeur aux yeux du médecin que les éraillures et les érup- 
tions spéciales qu'il pourra 'rencontrer à la surface du corps. 

Cachexie rachitique. — Il est une autre cachexie propre à l'enfance, 
dont les caractères sont aussi fort remarquables : c'est celle du rachitisme 
parvenu à ce qu'on a appelé la période de consomption. Indépendam- 
ment des déformations osseuses, qu'il faut quelquefois un certain soin 
pour reconnaître, l'attention est immédiatement sollicitée par l'étiolement 
de plus en plus prononcé, par l'air souffreteux de ces petits êtres, par 
un certain aspect d'abattement et de tristesse qui contraste singulière- 
ment avec la gaieté habituelle à cet âge, par une extrême aversion pour 
tout mouvement, et surtout par des sueurs abondantes et profuses qui se 
montrent particulièrement vers la tête, et ne sont jamais plus prononcées 



Digitized by VjOOQIC 



39 CACHEXIES. — valeur sûiûologiqdb. 

que pendant le sommeil. Ajoutez à cela de fréquents accès fébriles, et 
vous avez tout un cortège de symptômes cachectiques qui trompent rare- 
ment un praticien attentif, et le portent immédiatement à explorer l'état 
des fontanelles et des épiphyses. 

Cachexie scroftdeuse. — La cachexie scrofuleuse, qu'il ne faudrait pas 
confondre avec la précédente, possède une grande uniformité d'expres- 
sion, quel que soit l'âge auquel on l'observe. La peau, ainsi que l'avait 
déjà remarqué Alibert, est d'une teinte sale et comme terreuse ; elle est en 
outre molle, flasque, pendante. Il existe, Bazin insiste beaucoup sur ce 
point, une grande tendance aux infiltrations séreuses, qui présentent 
cette particularité, de n'être point fort abondantes, mais d'être, en 
revanche, très-générales; on les rencontre aux membres supérieurs 
aussi bien qu'aux inférieurs; d'où un sentiment de tension tout particu- 
lier du côté des doigts; les joues, les paupières s'oedématient, et donnent 
au visage une bouffissure étrange. L'amaigrissement, d'ailleurs, est moins 
prononcé que dans d'autres cachexies. Il ne commence que fort tard, et 
ne va pas jusqu'au marasme. Avec cela, peu ou point de fièvre, absence 
de réactions générales, douleurs médiocres ou nulles ; on dirait que l'é- 
conomie n'a pas même la force de souffrir; l'apathie et la torpeur vont 
se prononçant de plus en plus jusqu'à la mort. 

Cachexie tuberculeuse. — Il en est tout autrement dans la variété de 
cachexie propre aux tuberculeux; car nous n'avons pas à prouver ici 
que ces deux expressions scrofule et tubercule ne doivent pas être con- 
sidérées comme synonymes. Chez le phthisique vrai, l'amaigrissement 
atteint ses dernières limites; la peau est véritablement collée sur les os; 
le malheureux est, en quelque sorte, desséché et réduit à l'état de sque- 
lette. L'infiltration œdémateuse est l'exception ; si elle se manifeste, elle 
reste bornée aux pieds et aux jambes. La diarrhée est continuelle, les 
sueurs sont intarissables; la peau se desquame ou se couvre de crasse, 
les cheveux tombent; la pâleur du visage est d'un ton mat que fait res- 
sortir la rougeur des pommettes. Les accès de fièvre hectique se suc- 
cèdent avec une régularité désespérante. Inutile d'insister longuement 
sur ce tableau, dont chacun n'a que trop d'occasions de vérifier l'exac- 
titude. 

Cachexie cancéreuse. — La cachexie cancéreuse, lorsqu'elle est bien 
établie, se reconnaît, au premier coup d'œil, à une couleur jaune paille 
qui, d'abord visible à la face, au pourtour du nez et des lèvres, finit par 
envahir toute la surface tégumentaire. Joignez-y l'extrême souffrance, 
l'abattement prodigieux des forces, le caractère lancinant des douleurs, 
le trouble très-prématuré des fonctions digestives. L'émaciation porte sur 
tous les tissus à la fois, à tel point que l'on voit chez les cancéreux les os 
raréfiés se fracturer par un simple mouvement dans le lit. La fièvre, 
d'ordinaire, fait défaut jusqu'à la fin. Si elle se montre, la mort est pro- 
chaine. 

n ne faudrait pourtant pas exagérer : quelque remarquable que soit la 
couleur jaune paille dçs çaqcérepx^ elle n'est pourtant pathognomonicjue 



Digitized by VjOOQIC 



CACHEXIES. — VALEDA SÉMilOLOGIQUB. 27 

qu'à la condition d'être à son maximum. Dans ses nuances les moins 
prononcées, qui sont, il faut le dire, les plus ordinaires, elle peut se con- 
fondre, surtout chez les gens âgés, avec la teinte de Tanémie. Abstraction 
faite des douleurs, rien ne ressemble plus à un cancéreux qu'un vieil- 
lard épuisé par des flux hémorrhoïdaires. La ressemblance est telle, qu'elle 
a fait commettre plus d'une erreur de diagnostic dans les asiles réservés 
à la vieillesse. 

Cachexie syphilitique tertiaire. — Ce serait ici le lieu de placer la 
cachexie syphilitique, qui se développe à l'époque des accidents tertiaires, 
et qu'il ne faudrait pas confondre avec la simple anémie de la période ini- 
tiale. J'ai déjà fait pressentir l'excessive difficulté de décrire cette cachexie 
séparément des lésions propres de la syphilis. Auguste Dumoulin, qui en 
a fait l'objet d'une étude spéciale, donne les caractères suivants : l'abat- 
tement, la prostration des forces, l'amaigrissement porté souvent à un 
degré extrême, la sécheresse et la décoloration de la peau, qui est plutôt 
terne que blanche; l'insomnie, les douleurs très-vives; la fétidité très- 
prononcée de l'haleine, même en l'absence d'ulcérations de la gorge; 
enfin, la diarrhée et la fièvre, d'abord irrégulièrement intermittente, 
puis continue... On voit que tout cela n'a rien de bien spécial; et tou- 
tefois on ne saurait nier que le vieux syphilitique n'ait dans son habitus 
/ extérieur, dans toute sa personne, quelque chose qui lui appartient en 
propre, un air de découragement et de prostration profonde, dont la 
plume seule ne peut donner l'idée, mais que l'expérience apprend à re- 
connaître. 

Cachexie dartreme. — La cachexie dartreuse est presque toujours 
sèche, sans infiltrations; l'émaciation y est considérable. Les caractères 
anatomiques des diverses éruptions cutanées finissent par se confondre 
dans une exfoliation épidermique mal déterminée qui recouvre la surface 
du corps, et qui peut même disparaître à la fin. D'après Bazin, la fièvre 
hectique aurait ici cette particularité bien remarquable, de pouvoir se 
montrer sous presque tous les types de la fièvre d'accès, tierce, quarte, 
quotidienne, double tierce, pour devenir continue dans les derniers jours. 
C'est là un fait qui mérite vérification. 

Cachexie palustre. — La cachexie palustre fournit au diagnostic des 
éléments peu nombreux, mais extrêmement nets. Le principal est encore 
ici la couleur de la peau ; cette teinte jaune, spéciale, qui n'a aucun rap- 
port ni avec l'ictère, ni avec la teinte cancéreuse, a été comparée, tantôt 
comme celle de la chlorose, à la couleur de la cire vieillie, tantôt à celle 
du pain d'épice; il vaudrait mieux l'appeler simplement la teinte pa- 
ludéenne, car rien n'y ressemble. Elle peut commencer à se mani- 
fester dès le troisième ou quatrième accès de fièvre intermittente; elle 
existe, même sans fièvre, chez les individus soumis à l'intoxication ma- 
remmatique. Dans un degré plus avancé, il s'y joint des hydropisies, 
d'abord dans le tissu cellulaire des extrémités, puis dans les séreuses. 
Aussi, tous les observateurs, depuis Hippocrate, ont-ils été frappés de cet 
aspect malingre, moll^isse, boursouflé^ livide^ prfois verdàtre, qu'il est 



Digitized by VjOOQIC 



28 CACHEXIES. — valedii sÉMiiOLocïQnE. 

si fréquent de rencontrer dans les pays marécageux. Constater un tel 
état, c'est avoir fait la moitié du diagnostic. 

Cachexie cardiaque, — Quoi de plus significatif encore que 1 état de 
cachexie qui se déclare dans la période ultime des aRections organiques 
du' cœur? Beau réunissait, comme on sait, sous la dénomination com- 
mune d*asy$tolie tous les troubles qui surviennent alors. Cette notion d'à- 
systolie comprend à la fois les désordres locaux de l'appareil circulatoire 
et l'état général par lequel ils se traduisent ; c'est à cet état général seul 
que convient le mot de cachexie. L'embonpoint est d'ordinaire conservé, 
ou peu s'en faut. La face a une teinte jaune, cireuse, demi transparente ; 
les paupières inférieures sont légèrement bouffies ; les lèvres sont d'une 
couleur vineuse ; souvent il existe des varicosités des veinules du visage ; 
la physionomie exprime une vive anxiété. Un certain arrondissement 
de toutes les formes, la tuméfaction œdémateuse des membres, la cou- 
leur violacée des extrémités complètent tout un ensemble auquel il est 
difficile de se méprendre. 

Cachexie albuminurique. — A côté de la cachexie cardiaque, on peut 
placer celle de la maladie de Bright. Entre les deux, l'anasarque établit 
la transition. Mais tandis que, dans la première, l'anasarque se complique 
d'un élément congestif, dans la seconde, l'hydropisie occupe presque 
exclusivement la scène; c'est la vraie cachexie séreuse des anciens au- 
teurs. — Tous les tissus sont, en quelque sorte, noyés dans les liquides 
épanchés. La peau, d'un blanc absolument mat et blafard, se laisse dis- 
tendre au point de s'érailler; le visage est défiguré par l'enflure. Devant 
une prédominance symptoma tique aussi accentuée, tous les autres phé- 
nomènes s'effacent, et il en résulte un type morbide capable, au plus 
haut degré, de frapper l'attention du médecin. 

Cachexie cirrhotique, — Le type de la cirrhose hépatique n'est guère 
moins frappant : maigreur excessive des parties sus-diaphragmatiques du 
corps, gonflement énorme de toutes les parties sous-jacentes, voilà un 
contraste qui ne se rencontre nulle part ailleurs, et qui par là même est 
caractéristique. 

Cachexie scorbutique. — Cette cachexie est sans contredit l'une de 
celles qui possèdent l'expression phénoménale la plus accentuée. La peau 
n'a pas simplement la pâleur de l'anémie; elle est d'un blanc sale ou 
bleuâtre; les lèvres ont une lividité particulière. Les suffusions sanguines 
se faisant par poussées successives, et revêtant toutes les teintes des 
ecchymoses, donnent à la surface cutanée un aspect marbré des plus bi- 
zarres. Les gencives sont fongueuses, l'haleine fétide. Les malades accu- 
sent une fatigue toute particulière ; les moindres causes provoquent chez 
eux des lipothymies et des syncopes. Beaucoup ont de la diarrhée, de 
l'œdème des membres inférieurs. — On le voit, nous ne pouvons guère 
parler de la cachexie scorbutique sans toucher à la description du scorbut 
lui-même ; et c'est précisément parce que le scorbut est essentiellement 
cachectique de sa nature, qu'il fut pris autrefois pour la souche commune 
d'oii provenaient une ioule de lésions, et qu'un grand nombre de mala- 



Digitized by VjOOQIC 



CACHEXIES. — VALBUR séméiologique. 29 

dies furent considérées comme n'étant que des transformations de cette 
affection. C'est encore pour la même raison que la pellagre a été dési- 
gnée sous le nom de scorbut alpin, qui rappelait assez bien plusieurs des 
manifestations de cette maladie, mais qui avait le tort de confondre sous 
un même mot deux espèces morbides parfaitement distinctes. 

Cachexies métalliques. — Les cachexies métalliques exigent un peu 
plus d^âttention , et il y aurait peut-être quelque exagération à leur attri- 
buer dans tous les cas une valeur séméiologique considérable. Toute- 
fois, elles présentent quelques particularités intéressantes. Ainsi la ca- 
chexie saturnine se fait remarquer par une coloration de la peau, sur 
laquelle Grisolle a beaucoup insisté, et qui se distingue parfaitement de 
celle de la chlorose. Dire que c'est une teinte jaune pâle est bien insuffi- 
sant; c'est pourtant tout ce que nous pouvons faire. Il est probable que 
cette teinte spéciale est le résultat mixte de Tanémie et de la présence 
des molécules plombiques sur la peau ; les chairs deviennent flasques, 
mais sans œdème; l'haleine a une fétidité particulière. Mais de toutes les 
circonstances propres à cette cachexie, celle qui mérite le plus d'attention, 
c'est la rapidité de son développement; on la voit survenir chez les cé- 
nisiers au bout d'une ou deux semaines de travail ; or il n'est point de 
maladie spontanée qui produise un effet aussi rapide, et cela seul sufGrait 
pour faire soupçonner un empoisonnement professionnel. On trouverait 
alors le liseré gingival, l'analgésie cutanée, et les autres signes de l'in- 
toxication saturnine. 

La cachexie mercurielle peut aussi se déclarer au bout d'un petit nom- 
bre de jours, mais cela n'arrive guère que dans les cas où elle est pro- 
duite par un traitement hydrargyrique actif, ce dont il est facile de 
s'assurer ; chez les miroitiers, doreurs, chapeliers, et autres artisans qui 
manient le mercure, la cachexie ne se développe qu'à la longue, mais 
alors elle s'accompagne presque toujours d'un tremblement significatif. 
Ce qu'elle offre avec cela de plus caractéristique, c'est la bouffissure de 
la face, la facile infiltration des membres, et l'horrible fétidité de l'ha- 
leine due non-seulement à un ramollissement des gencives, mais à une 
véritable stomatite. 

Cachexie alcooliqtœ. — Citons enfin, comme dernier exemple, la 
cachexie alcoolique. Nous parlons, bien entendu, de celle qui se développe 
indépendamment des lésions spéciales du foie ou des reins. 11 y a long- 
temps que l'on a noté les allures spéciales qu'affecte la dégradation phy- 
sique chez les vieux ivrognes, la teinte blême et cadavéreuse qui succède 
chez eux à l'aspect enluminé de la face, l'amaigrissement qui porte 
principalement sur les membres, tandis que l'abdomen conserve un cer- 
tain développement, grâce à la persistance des masses adipeuses de l'épi - 
ploon, la sécheresse de la peau; enfin, et par-dessus tout, la caducité 
anticipée, le mélange de tristesse et d'abrutissement qui se peint sur la 
physionomie. 

Nous ne poursuivrons pas plus loin cette étude, qui finirait par être 
monotone. Notre seul dessein était de montrer que beaucoup de cachexies 



Digitized by VjOOQIC 



30 CACHEXIES. — valedr sémbiologiqle. 

possèdent par elles-mêmes des caractères assez dessinés pour pouvoir 
servir puissamment au diagnostic souvent si difficile des maladies chro- 
niques. Au surplus cette proposition cesserait d'être vraie, si on voulait 
la généraliser outre mesure, et dans les cas même que Ton vient de voir, 
les types cliniques n'ont de signification qu'à la condition d'être bien 
tranchés. Dans une foule de circonstances, qui restent peut-être les plus 
nombreuses, tout ce que dit un premier examen du malade, c'est qu'il 
est cachectique. Voici comment Ton pourra s'y prendre pour transformer 
cette première notion en une donnée utile au diagnostic de la maladie. 

Il peut arriver d'abord que Tétiologie présumée soit le premier rensei- 
gnement fourni par le malade; il ne reste plus dès lors qu'à rechercher 
si ce renseignement concorde en effet avec les phénomènes observés. A 
défaut d'une semblable indication, on devra analyser les principales cir- 
conslances de l'état cachectique observé. Ainsi, on notera soigneusement 
la coloration de la peau; on a vu, par ce qui précède, combien cette teinte 
est variable et instructive dans ses variétés ; rien, sous ce rapport, ne 
peut remplacer l'éducation de la vue, que donne seule une longue ha- 
bitude. 

Puis on recherchera s'il existe ou non de l'œdème, et dans les cas 
douteux, l'attention se portera surtout vers le pourtour des malléoles^ et 
vers la face postérieure des cuisses, qui par sa situation déclive dans le 
décubitus horizontal, est très-propre à déceler l'existence d'une légère 
infiltration du tissu cellulaire. La présence ou l'absence de l'œdème a, 
en effet, une importance de premier ordre. On pourrait, au point de vue 
symptomatique, diviser pratiquement les cachexies en sèches et humides; 
et cette distinction est si naturelle, que les anciens ne voulaient pas les 
désigner par le même mot : Femel donnait à la première variété le nom 
de tabès sicctty et réservait pour la seconde celui de cachexia; Yan Swieten 
accepte cette manière de voir. C'était évidemment aller trop loin, car il 
n'est pas impossible de voir une cachexie, sèche au début, devenir humide 
à la fin ; il n'en est pas moins vrai que la tendance à l'œdème appartient 
très-spécialement à certaines cachexies, et qu'elle fait presque totalement 
défaut dans certaines autres. 

Supposons Tœdème constaté ; on songera immédiatement à s'enquérir 
de l'état des urines. Selon que celles-ci seront ou non albumineuses, 
l'examen se portera vers le rein ou vers le cœur, ou vers ces deux organes 
à la fois. Une hydropisie localisée à une partie du corps seulement fera 
songer à un obstacle circulatoire partiel, par exemple à une cirrhose du 
foie. Enfin il arrivera des cas où l'on sera réduit à expliquer Tœdème 
par la cachexie elle-même. Mais cette donnée, toute négative qu'elle est, 
servira du moins à mettre provisoirement hors de cause les cachexies où 
cet accident est le moins habituel. 

De même encore la présence ou l'absence de fièvre hectique établira de 
prime abord un départ entre les différentes cachexies. Il en est, comme 
celle du cancer, de l'intoxication saturnine, où la fièvre est exceptionnelle 
et se lie à quelque complication. Il en est d'autres où elle existe invaria- 



Digitized by VjOOQIC 



^ 

CACHEXIES. — iHDiCATioits pronostiqdes et thérapeutiques. 31 

blement. Parmi ces dernières, la cachexie tuberculeuse occupe sans 
conteste le premier rang par sa fréquence. En Tabsence de tubercules, 
on cherchera s'il n'existe pas quelque suppuration profonde, Ton son- 
gera à la possibilité de lésions chroniques du côté de la vessie et des 
reins, etc. 

Dans le cas où toutes les investigations seraient restées stériles, où 
rien ne dénoterait un trouble important dans les fonctions des princi- 
paux appareils, il ne faudrait pas négliger d'explorer la région de l'hy- 
pochondre gauche. La tuméraction delà rate ferait immédiatement soup- 
çonner une intoxication paludéenne, et Ton devrait rechercher avec soin 
dans les antécédents, non-seulement l'existence d'accès intermittents 
bien avérés, mais le fait de l'habitation dans des contrées marécageuses. 
En cas de réponse négative, il faudrait se rejeter sur la possibilité d'un 
leucocythémie, et l'on ferait l'examen microscopique du sang; l'on n'ou- 
blierait pas non plus d'examiner l'état des ganglions lymphatiques, prin- 
cipalement aux aines et aux aisselles. 

Enfin on s'informera, cela va sans dire, de l'état de santé antérieur, 
des conditions hygiéniques d^alimentation, de logement, et des habitudes 
professionnelles du malade. 

C'est ainsi que d'approximation en approximation, le diagnostic arrive 
à se circonscrire dans un petit nombre d'hypothèses entre lesquelles il 
ne reste plus qu'à choisir au moyen d'une série d'éliminations succes- 
sives, en faisant appel aux données ordinaires de la pathologie. 

Indications pronostiques et ttiérapeatl^ues. — Il serait pour 
le moins superflu d'insister longuement sur la gravité extrême du pro- 
nostic que comportent les cachexies. La plupart constituent, à vrai dire, 
la période désespérée des maladies chroniques, et par conséquent, dans 
un trop grand nombre de cas, on ne peut guère prétendre qu'à prolonger 
un peu les jours du malade et à lui adoucir les derniers moments. 

Il y a pourtant des exceptions à faire pour certaines maladies nées ma- 
nifestement sous l'influence de causes délétères bien connues : on peut 
encore espérer la guérison lorsqu'il est possible de soustraire le malade à 
ces influences. Il en est ainsi pour plusieurs cachexies toxiques; par exem- 
ple, dans les cachexies métalliques, l'organisme tendant naturellement à 
l'élimination du poison, si le sujet cesse d'en absorber journellement de 
nouvelles doses, il pourra finir par se débarrasser de ces principes fu- 
nestes, et récupérer la santé. 

De même la cachexie paludéenne, la cachexie scorbutique pourront 
guérir. Tune si le malade cesse d'habiter les régions d'où s'exhalent les 
miasmes telluriques, l'autre si les conditions hygiéniques mauvaises 
viennent à disparaître, et si l'on peut fournir au malade de l'air sec, une 
température douce, une nourriture composée de végétant frais et de 
viandes de bonne qualité. 

Dans tous ces cas et d'autres semblables, il s'agit de causes extérieures 
à l'homme, et dont il est, jusqu'à un certain point, e^n notre pouvoir de 
disposer. Encore faut-il, pour que la guérison survienne, que la maladie^ 



Digitized by VjOOQIC 



52 CACHEXIES. — indications pronostiques et théiupedtiqoes. 

n*ait pas déterminé des lésions assez profondes pour prendre droit de do- 
micile dans 1 économie et survivre à la cause morbide. 

Mais lorsque le mal procède d'une de ces causes internes, aussi incon- 
nues dans leur nature que spontanées dans leur évolution, qui occu- 
pent une si grande place dans Thistoire des maladies chroniques, la 
période de cachexie correspond au moment où la résistance vitale est dé- 
cidément vaincue, et oiî la nature défaillante n'est plus apte à répondre 
aux sollicitations de l'art. Dès lors, que reste-t-il à faire à la thérapeu- 
tique? 

C'est une chose bien remarquable et qui ajoute singulièrement à 
ce que le pronostic a déjà de fâcheux, que l'inutilité des médications 
dites spécifiques dans le traitement des cachexies. La syphilis en ofîre 
un frappant exemple : autant le mercure et l'iodure de potassium étaient 
des moyens héroïques pour combattre la maladie dans ses phases suc- 
cessives, autant ces merveilleux agents deviennent inefficaces et parfois 
même nuisibles lorsque, à la suite de suppurations et de diarrhées pro- 
longées, la cachexie syphilitique s'est enfin déclarée. Dans les cas les 
moins avancés, ceux où le traitement a encore quelque prise, il faut, 
pour rendre aux spécifiques leur puissance d'action, commencer par re- 
monter l'économie au moyen des toniques généraux et des ressources de 
l'hygiène; c'est la condition, trop souvent méconnue ou négligée, du suc- 
cès de l'iodure de potassium. 

Il n'est pas jusqu'à la cachexie paludéenne elle-même à laquelle cette 
remarque ne s'applique dans une certaine mesure. Non que les prépara- 
tions de quinquina y soient contre-indiquées, bien au contraire ; tout le 
monde sait, depuis les travaux de Torti et de Lancisi, le parti qu'on en 
peut tirer en pareil cas. Mais il n'y a plus ici celte action directe, rapide, 
infaillible, que l'on observe dans les cas de fièvre intermittente légitime;! 
d'ailleurs, ainsi que Forget l'a fait voir un des premiers, le sulfate de qui- 
nine est loin de posséder ici l'efficacité du quinquina en nature, ce qui 
tend à faire penser que ce dernier agit alors comme tonique névrosthé- 
nique bien plutôt que comme spécifique proprement dit. 

Cette impuissance des spécifiques contre les cachexies porte avec elle 
un enseignement : elle prouve que tout en paraissant agir sur la cause 
morbide elle-même, ces médicaments ne l'atteignent pas directement, avec 
la nécessité et l'invariabilité d'action qui n'appartient qu'aux phénomènes 
physico-chimiques; c'est, en définitive, à l'organisme vivant que le remède 
s'adresse avant tout, c'est lui qui doit l'accepter et l'utiliser, parce que 
c'est lui qui doit faire les frais de la guérison. 

Que conclure de tout cela? Devant la gravité trop évidente des ca- 
chexies, la thérapeutique doit-elle abdiquer son rôle? Une telle propo- 
sition n'aurait pas seulement l'inconvénient d'être décourageante, elle 
aurait celui d'être fausse. En toutes choses il y a des degrés, et en mé- 
decine pratique plus que partout ailleurs. Une cachexie ne survient point 
d'emblée ; elle se développe lentement et par progrès successifs, laissant 
au médecin le temps d'agir, avant que les choses arrivent à ce degré 



î 



Digitized by VjOOQIC 



CACHEXIES. — UfDICATIONS PRONOSTIQUES ET THERAPEUTIQUES. 55 

ultime après lequel il n'y a plus que la dissolution et la mort. Comment 
donc agira-t-il ? Est-ce en s'adressant aux éléments primitifs, de la ma- 
ladie, à la cause connue ou présumée telle? N'est-ce pas plutôt en allant 
au plus pressé, en s'efTorçant de remédier avant tout à l'état d'épuise- 
ment qui menace d'une façon directe et prochaine les jours du malade? 
Nous l'avons montré il n'y a qu'un instant : cette médication d'urgence 
est le préliminaire indispensable de toute autre que l'on voudrait insti- 
tuer ultérieurement ; ajoutons que, dans la grande majorité des cas, elle 
est la seule possible. Donc l'indication étiologique sera ici tout à fait 
secondaire, et la nécessité d'un traitement tonique et analeptique devra 
primer toute autre considération. 

Les agents que la matière médicale fournit pour atteindre ce but sont 
très-peu nombreux, et l'habileté consiste moins à savoir les choisir, qu'à 
les manier convenablement en graduant les doses à propos, en variant 
le mode d'administration, en ménageant les susceptibilités individuelles. 
Ce sont d'abord les amers, et à leur tête les préparations de quinquina, 
qui, outre leur action incontestable sur le système nerveux, ont l'avan- 
tage précieux d'exciter l'appétit, de tonifier l'estomac, et de préparer 
ainsi les voies à l'alimentation. C'est ensuite l'huile de morue, qui a mal- 
heureusement l'inconvénient opposé, et qui, excellente au point de vue 
de la réparation plastique, n'est souvent tolérée qu'avec une extrême 
difficulté, ce qui rétrécit le cercle de son application ; ce sont enfin les 
préparations ferrugineuses infiniment variées dans leurs formes, mais 
identiques quant à leur manière d'agir. 

Il faut savoir seulement que le fer est loin de posséder une égale effi- 
cacité dans les différentes cachexies. En réalité, c'est à l'anémie seule 
qu'il s'adresse, et plus l'anémie est le fait primitif et essentiel de Tétat 
morbide auquel on a affaire, plus la médication martiale a de chances 
de succès; c'est pour cela qu'elle réussit admirablement dans la chlorose, 
et qu'elle échoue presque toujours dans les anémies symptomatiques des 
diathèses. Ce n'est pas que nous croyions beaucoup aux dangers qu'on 
a imputés au fer administré comme tonique chez les individus prédisposés 
à la tuberculisation. Mais la vérité est qu'ils en retirent peu de profit, ce 
qui est une raison suffisante pour n'employer ce moyen qu'avec beaucoup 
de réserve, et pour en cesser l'usage dès qu'il est mal supporté. A plus 
forte raison en est-il de même de l'anémie des cancéreux, qui n'a ja- 
mais été sérieusement modifiée par les ferrugineux. 

A côté des moyens précédents, et sur un rang au moins égal, il faut 
placer l'hydrothérapie et la médication thermale. Les douches froides, 
méthodiquement administrées, constituent a.ssurément aujourd'hui l'un 
de nos plus puissants agents reconstituants, et sont pour la thérapeutique 
une précieuse conquête. Elles trouvent surtout leur emploi lorsque les 
fonctions de calorification ont conservé assez de vigueur pour permettre 
à la réaction de s'établir avec promptitude et régularité après l'impression 
du froid. Elles ont pu même, dans quelques cas de maladies incurables, 
procurer parfois une amélioration, il est vrai relative et passagère, mais 

■OBY. OICT. UEO. IT CIIR. VI. — 3 

Digitized by VjOOQIC 



34 CACHEXIES. — BIBLlOGRiLPUIB. 

assez évidente encore pour mériter de n'être pas négligée. Quant aux 
eaux minérales, surtout celles qui appartiennent au groupe des eaux 
sulfureuses et ferrugineuses, l'usage un peu banal qui en est fait trop 
souvent, et qui n'est pas sans inconvénient, ne les empêche pas d'être 
un héroïque moyen, à la condition toutefois qu'on ne pousse pas au delà 
du degré nécessaire la stimulation générale qu'elles déterminent. Comme 
pour tous les modificateurs énergiques, l'abus se trouve ici tout près de 
r usage, et il y a là une question de mesure dont Tappréciation est 
laissée au tact du praticien. 

Des indications secondaires seront fournies par les symptômes pré- 
dominants de chaque cachexie; ainsi, combattre les complications inflam* 
matoires au voisinage d'un produit pathologique, modérer la diarrhée ou 
les sueurs profuses par les astringents, les accès réguliers de fièvre hec- 
tique par les antipériodiques, déterger les surfaces sanieuses, évacuer les 
épanchements séreux par des hydragogues, calmer -la douleur, cette 
cause si fréquente d'épuisement, etc., tout cela rentre dans le détail des 
cas particuliers, et n'a pas besoin d'être développé. 

Mais l'indication qui prime toutes les autres, et qui les résume, c'est 
ce qu'on pourrait appeler l'indication nutritive. Tous les toniques ne 
serviraient de rien sans l'alimentation; la plupart même n'ont pour but 
que de lui préparer les voies, et par alimentation il faut entendre non- 
seulement le fait de fournir au tube digestif une nourriture plus ou 
moins succulente et réparatrice, mais Tart infiniment délicat de faire 
accepter cette nourriture à un estomac qui se révolte, de varier suivant 
les besoins le nombre et l'heure des repas, de faciliter et de rendre pro- 
fitable le travail de la digestion, soit par les moyens pharmaceutiques, 
soit plus encore par ceux que fournissent l'hygiène, l'exercice, les pro- 
menades en plein air, la distraction, les occupations agréables. 

Il n'est, pour ainsi dire, point de cachexie où ces moyens diététiques 
joints aux toniques proprement dits, ne trouvent leur place dans une cer- 
taine mesure; et c est précisément cette uniformité des indications qui, 
mieux que toute autre raison, et malgré ce qu'il reste forcément de dispa- 
rate et d'artificiel dans le groupe des cachexies, justifie par un avantage 
pratique incontestable leur maintien sous une dénomination commune et 
l'étude collective que nous leur avons consacrée. 

Arétée, De causis et sign. morb. dint. Lib. I, cap. xxn. 

CsLius AuRELiANus, Morb. acut et chron. Lib. III, cap. vi. 

Van SwiETERf Gomment., t. III, p. 636. Lugd. Bâta?., 1753. 

GuLLCN, Élém. de méd. prat. t. III. 

BoRDEo, Recherches sur les maladies chroniques; et Analyse médicinale du sang. Ëdit. Richerand. 

Paris, 1818. 
Dumas (de Montpellier), Doct. gén. des mal. cbron. Paris, 1824. 

Dans l'impossibilité de renvoyer aux innombrables monographies relatives aox différentes ma- 
ladies chroniques qui peuvent déterminer les cachexies, nous nous bornerons aux indications sui- 
vantes concernant quelques points spéciaux abordés dans cet article : 
DoMouLHf (Aug.), De la cachexie en général, et de la cachexie syphilitique en particulier. Thèse de 

Paris, 1848. — Gonsid. sur quelques affect. scrofuleuses observées chez le vieillard. Paris, 18&4- 
VwcHOW, Gesammelte Abhandl. zur wissenschafl. Medicin. Art. Leuksmie, Frankfurt, 1855. 
Friedreicb, Arch, fur path, Anat., t. XII, p. 37, 1856. 
BôTCHER, ibid., t. IIV, p. 483, 1858. 



DigitizQd by VjOOQIC 



CACHOUS. — ôACkotJS proprbment dm. 35 

FoBGiT, Des cachexies et de leur tnitement {Bullet, de thérap,), t. LUI, p. 145, 1857. — Prin. 

cipes de thérapeutique. 
Bisir, Leçons théor.et clin, sur la scrofule, p. 53 et suiv. Paris, 1861. 
KjivLicH (Jos.), Prag. med, Wochentchr., p. 34-27, 1864. 
Tboosskau, Clin. méd. de l'H6tel-Dieu, t. III, p. 555. Paris, 1865. 
CoB5iL, De Tadénie ou hypertrophie ganglionnaire suirie de cachexie, sans leucémie [Arch aén 

de méd. Août, 1865). • \ y '•• 

Broca, Traité des taroeurs, 1. 1, p. 310 et soir. Paris, 1866. 
FiLTi, Des ditthèses et des cachexies. Thèse d'agrég. Strasbourg, 1866. 

Maurice Raymaud. 

CACHOUS. — Longtemps on a pensé que le Cachou était une terre 
d'une nature particulière, et comme on le recevait du Japon, on lui don- 
nait le nom de Terra Japonica. Plus tard on vit que c'était une produc-. 
tion végétale; mais, quoique dès 1624 Herbert de Jager ait nettement af- 
firmé qu'il provenait d'une espèce à^Acaciay on resta de longues années 
sans bien connaître quelles étaient ses vraies origines. — Pour A. L. de 
Jussieu (1720), tous les Cachous, quelles que soient leurs formes, sont 
fournis par YAreca Catechu Linn. ; cette opinion-fut admise jusqu'au mo- 
ment où Kerr démontra que certains de ces produits étaient fournis par 
l'Acacia Cat^cftuWilld.: une révolution s'opéra alors, et Ton professa que, 
seul, cet arbre donnait cette substance. Enfin, on fut bientôt forcé d'ad- 
mettre que le Cachou était non-seulement produit par ces deux plantes, 
mais que beaucoup d'autres végétaux, et en particulier un grand nombre 
d'espèces du genre Acacia^ en fournissaient des quantités considérables. 

Les Cachous peuvent être définis dans l'état actuel de nos connaissances : 
des sucs épaissis et astringents qui doivent leurs propriétés au tannin 
qu'ils renferment. 

L'analyse y a démontré, de plus, des matières extractives, du muci- 
lage, de la catéchine et un résidu insoluble. On peut dire, en général, 
que ce sont des substances brunes, solides, non déliquescentes, infusibles, 
très-acerbes, d'une densité qui varie entre 1,28 et 1,39; solubles dans 
l'eau, le vin et Talcool. 

Nous trouvons en pharmacie cinq groupes de substances qui présentent 
ces caractères. Ce sont : l«*les Cachous proprement dits; 2® les Cachous de 
l'Arec ; 3** les Cachous Gambirs ; 4° le Suc d'Acacie ; 5<» les Kinos. 

Ces substances sont, penchant la vie de la plante, des liquides renfer- 
més dans des cellules dont la nature et la forme ont été parfaitement 
étudiées et décrites par Trécul* 

L CJaelioas proprement dits. — OniGmE. — On le retire de Y Acacia 
Catechu Willd. (LÉGUitiNEfTSEs)^ bel arbre des Indes orientales, et qu'on 
trouve surtout au Bengale (fig. 2). 

Pour l'extraire, on prend la partie intérieure du bois, qui est rouge 
foncé, noir même en certains endroits, on la débite en petits fragments 
qu'on fait bouillir avec de l'eau dans un vase à ouverture étroite. On fait 
déduire le liquide de moitié, puis on le verse dans un vase en terre à 
large sui^ace, et Ton concentre au tiers.. La matière est laissée au repos 
pendant vingt-quatre heures, alors on la jette sur une natte ou sur un drap 
saupoudré de bouse de vache préparée ; cela fait, on divise en morceaux 



Digitized by VjOOQIC 



36 CACHOUS. — CACHOUS de l'arec. 

quadrangulaires, dont on complète la dessiccation au soleil, et on livre au 
commerce. 

Le Cachou se présente en 
pains carrés de 50 millimètres 
de côté sur 28 millimètres d'é- 
paisseur ; propre à l'extérieur, 
non mélangé de glumes de riz ; 
à l'intérieur, il est un peu com- 
pacte, brunâtre près de la sur- 
face, mais tout à fait grisâtre 
et terne au centre. Il est stra- 
tifié et peut être divisé en lames 
suivant les couches. C'est le Ca- 
chou en manière (Técorce (Tar- 
bre^ d'A. L. de Jussieu; Gui- 
bourt le nomme, à cause de ses 
caractères, Cachou terne pa- 
rallélipipède. Avec Talcool, il 
laisse un résidu amylacé. 
FiG. 2. — Acacia à Cachou (Acacia Catecku Willd.]. Le Cachoubrun en gros pains 

parallélipipèdes est en masses 
carrées de 10 cent, de côté, de 6 cent, d'épaisseur, pesant de 6 à 700 
grammes, brun-gris à la surface ; à l'intérieur présentant une couleur 
brune-rougeâtre ; peu luisant, à peine translucide en lames minces. 

Quand on falsifie le Cachou brun avec du sable ou a une autre variété 
nommée par Guibourt Cachou brun siliceux; ce Cachou séparé de la silice 
forme ce que les débitants ont appelé extrait de Cachou brun. 

On connaît encore différentes variétés, qui sont : le Cachou noirmucila- 
gineux^ le Cachou de Siam en masses coniques, le Cachou blanc enfumé, le 
Cachou brun rouge polymorphe, et enfin, le Cachou de Pegu en masses : 
Torigine de ce dernier est encore tout à fait incertaine; il est brun 
rougeàtre ou noirâtre, à cassure brillante; sa saveur est astringente 
amère; il est en masses rectangulaires de 16 à 20 centimètres de lon- 
gueur, de 5 ou 6 d'épaisseur; on dirait un extrait solide; de plus, il est 
enveloppé de feuilles. Le Cachou de Pegu petit encore être en boules, et 
Guibourt en décrit un autre lenticulaire. 

II. Catsiioos de TAree. — Il est produit par l'Arec Cachou, Areca 
Cfir^^c/mLinn.,dela famille des Palmiers. 

Description. — On en connaît quatre variétés ; 
1** Cachou du Bengale ; Cachou en boules ternes et rougeâtres. — Il 
est en masses du poids de 90 à 125 grammes, qui, arrondies d'abord, se 
sont, par compression réciproque, déformées et ont pris des contours 
plus ou moins anguleux. Il est brun rougeàtre, terne, couvert de glumes 
de riz ; sur la cassure, on remarque une partie extérieure brune, un peu 
brillante, dure, et une partie centrale molle, grise, friable. Il s'écrase 
sous la dent et se fond complètement dans la bouche. Sa saveur est 



Digitized by VjOOQIC 



CACHOUS. — GAMBiRs. 37 

très-astringente, un peu amère, puis suivie d'un goût sucré agréable. 

2** Cachou de Ceylan : Cachou brun noirâtre orbiculaire. — Il est ho- 
mogène dans sa masse, qui est aplatie de 5 à 6 centimètres de diamètre 
sur 15 à 20 millimètres d'épaisseur. 

3^ Cachou brun noirâtre amylacé, — Son caractère le plus marqué 
est de se colorer en grande partie en bleu par Tiode. Guibourt le divise en 
deux sous-variétés, le brun, plat^ amylacé (Cachou de Bombay), et le 
brun noirâtre intermédiaire. 

4** Faux Cachou orbiculaire et plat. Il est rare. 

Ces Cachous se préparent avec les noix de YAreca Catechu. On les coupe 
en morceaux et on les fait bouillir dans l'eau en ajoutant un peu de chaux. 
L'opération dure deux ou trois heures ; après ce temps, il se dépose une 
bouillie épaisse féculente qu'on expose au soleil jusqu'à ce qu'elle soit 
assez consistante pour qu'on puisse lui donner la forme arrondie globu- 
leuse. — A Mysore, on fait deux Cachous auxquels on donne des noms 
différents, suivant qu'on les pré- 
pare avec les noix vertes ou les noix 
sèches ; la première sorte est ap- 
pelée KassUj la seconde Coury. 

III. «ainMn. — C'est une 
RuBiACÉE ïUncaria Gambir Roxb., 
qui fournit cette substance (6g. 3); 
elle croit à Sumatra, à Malacca, à 
Pulo-Pinang, à Singapore. 

Ce Cachou est en pains cubiques 
de 25 à 30 millimètres de côté, pe- 
sant 12 à 20 grammes. A sa sur- 
face, on trouve une substance dure, 
brune jaunâtre ou noirâtre, en cou- 
che très-mince : à l'intérieur, il est 
poreux, léger, blanchâtre ou jaune 
fauve, bu encore rouge jaunâtre. 
Sous la dent, il fait pâte, puis il se 
délaye dans la bouche. Sa saveur est 
amère, astringente, mais le goût 
sucré qui lui succède est bien moins 
prononcé que dans le Cachou de 

l'Arec. On prépare ce Gambir brun F>«- 3- — Uncana Gambir Roxb. 

par décoction des feuilles ; on ob- 
tient un liquide qu'on amène â consistance sirupeuse ; on laisse refroidir; 
la matière se durcit assez pour qu'on puisse la couper en petits pains 
qu'on fait sécher au soleil. Par infusion des feuilles et des jeunes ra- 
meaux, on obtient un liquide qui, évaporé, séché et façonné comme le 
précédent, donne le Gambir blanc. 

Guibourt décrit dix autres espèces de Gambir, que nous ne mentionne- 
rons pas, car on ne les trouve que rarement dans le commerce. 



Digitized by VjOOQIC 



38 CACHOUS. — KiNOs. 

IV. Mue d*A€aele. — C'est le suc de VAeacia vera Willd. (LÉcuin- 
NEUSEs), On le prépare, en Egypte, avec les fruits qu'on pile dans un 
mortier, et dont on exprime le suc. Ce suc est exposé au soleil, et 
quand il est arrivé à consistance voulue, on en fait des boules de 225 
à 250 grammes, que Ton enveloppe dans des morceaux de vessie pour 
l'envoyer en Europe. 

Ce Cachou est très-rare. Il est en masses solides, de couleur brune ti- 
rant sur celle du foie; il a une saveur acide, styptique, douceâtre, muci- 
lagineuse. 11 se dissout promptement dans l'eau, mais sa dissolution est 
incomplète. On le remplace, en Europe, par un suc qu'on nomme Acacia 
nostras^ et qui est préparé de même avec les fruits du Prunus spinosa 
Linn. (Rosacées); il nous vient d'Allemagne. 

V. KiDos. — On donne le nom de Kinos à certains Cachous qui nous 
arrivent, les uns des Indes, des Moluques et de la Nouvelle-Hollande, les 
autres de la Colombie, de la Jamaïque, du Mexique. Ils ont un aspect rou- 
geâtre et résineux. D'après les provenances, on en connaît six espèces 
principales. 

l"" Le Kino de Gambie. — Ce nom a été donné à deux produits du même 
arbre, le Butea frondosa Roxb. (Kueni) (fig. 4). 



FiG. 4. — Butea frondosa Roxb. 

a. Roxburgh décrit un suc astringent qui découle des fissures de l'ar- 
bre ou des blessures qu'on lui fait. Cette substance est friable, rouge, 
facilement et complètement soluble dans l'eau, en grande partie soluble 
dans Talcool. 

b. Guibourt décrit une gomme astringente naturelle. Ce produit se 



Digitized by VjOOQIC 



CACHOUS. — KiKos. 39 

présente sous la forme de larmes, petites, allongées ; présentant sur un de 
leurs côtés des débris de Técorce dont elles ont été détachées, ridées, 
plissées du côté oppose. Cette substance rouge par transparence est opa- 
que et noire en masse; elle n'est point friable, elle est même difficile 
à puWériser : elle ne se dissout pas dans Teau et y forme un mucillage 
plus ou moins épais. Cette seconde variété n'est probablement qu'un mé- 
lange d'une gomme insoluble avec le suc astringent décrit par Roxburgh. 

2* Ktno d*Amboine ou Kino de l'Inde orientale. — Il est fourni par le 
Pterocarpus marsupium Roxb. (LÉGUMiifEusEs) ; arbre originaire du Mala- 
bar. Au moment où Farbre .est en fleur, on fait, dit-on, des incisions 
longitudinales au tronc, il en découle en abondance un suc rouge-sang. Ce 
suc est desséché ; alors il se fendille et se divise en petits fragments qu'on 
livre au commerce. Si ces fragments sont assez épais, ils sont opaques; 
mais si ce ne sont que des lames minces, ils sont transparents, et ont une 
couleur rubis. Ils sont inodores, friables, se ramollissent dans la bouche. 
Ils sont facilement solubles, même à froid, dans Teau et l'alcool : ces 
solutions ont une couleur rouge-sang, la poudre rappelle celle du colco- 
thar. Cette substance est toujours identique avec elle-même et bien pré- 
parée (Guibourt). 

3* Kino du Sénégal. — C'est une autre espèce du même genre de Lé- 
GuiimEusES, le Pterocarpus erinaceus Lamk., qui nous donne cette sub- 
stance. Elle rappelle beaucoup la précédente par ses caractères physi- 
ques, mais elle est très-rare. 

4'' Kino de la Colombie. — On le retire par incisions du Hanglier 
{Rhizocarpus mangle^ Linn.). On le rencontre dans le commerce sous 
forme de pains de 1 kil. à 1 kil. 500 gr., gardant sur leurs faces Tem- 
preinte d'une feuille de Balisier ou de Palmier. Il est recouvert d'une 
poussière rouge qui, au premier abord, le fait ressembler au Sangdra- 
gon ; mais il s'en distingue parce qu'il se dissout un peu dans l'eau et 
qu'il est complètement soluble dans Talcool. Sa saveur est amère, très- 
astringente; ses fragments rappellent beaucoup ceux du Kino de l'Inde. 

5"* Kino de la Jamaïque. — Guibourt en décrit deux variétés fournies, 
du reste, par le même arbre, le Coccoloba uvifera Linn. PoltgoiNéc con- 
nue encore sous le nom de Baisiniei' à grappes. 

a. n se rencontre en petits fragments de 4 à 12 grammes, d'un brun 
foncé, couvert d'une poussière rougeâtre, portant parfois des empreintes 
en réseau rectangulaire ; ces débris ont une cassure brillante, noire, iné- 
gale; opaques, en masses, ils sont transparents en lamelles; leur poudre 
est couleur chocolat. Ce Kino est très-friàble, sa saveur est astringente, 
amère ; il est peu soluble à froid dans l'eau et l'alcool, mais il s'y dis- 
sout complètement à chaud. Il n'est pas fusible, ce qui le distingue de 
certains Kinos falsifiés à l'aide du bitume. 

b. Cette variété, qu'on doit regarder comme une préparation plus soi- 
gnée de la précédente, n'en diffère que par ses fragments plus petits sans 
empreintes, et ses lamelles transparentes d'un rouge foncé. 

è"" Kino de l'Australie ou Kino de Botany-Bay.—n est retiré de l'Euca- 



Digitized by VjOOQIC 



40 CACHOUS. — pitoPBiâTÉs et modb d'admimistration. 

lyptus resinifera Smith. Arbre de la famille des Mtbtacés, très-commun 
en Australie. Il se distingue des précédents en ce qu'il est en gros mor* 
ceaux en général arrondis d'un côté, et portant des débris de limbe de 
feuilles de Palmier et même des portions de pétiole. La cassure récente 
est noire et brillante, cette cassure devient terne par la suite, en se cou- 
vrant d'une poussière rouge brun, il est inodore, un peu astringent, 
assez soluble dans Teau, donnant une liqueur qui précipite par Talcool. 

On a décrit, on outre, les variétés suivantes qui présentent moins 
d'intérêt : le Kino de l'ile Maurice, le Rino de Tile Bourbon ou Fakaali, 
le Kino de Sidney, le Kino brun terne, le Kino brun violacé, le Kino noir 
à poussière verdâtre, le Kino de la Vera-Cruz, le Kino du Brésil, appelé 
aussi Kino de New- York, le Kino à feuilles de Balisier, etc. 

Propriétés, usages et mode d'administration des Cachous. — L'analyse 
montre dans tous les Cachous une quantité considérable d'acide tanni- 
nique ; aussi ne doit-on pas s'étonner de les trouver placés pour leurs 
emplois médicinaux, près du ratanhia et du tannin (voir Tannin). Il agit 
comme eux, et peut leur être substitué partout. C'est dire assez qu'il est 
styptique et astringent. 

On a voulu en faire un spécifique de la phthisie pulmonaire, mais il 
ne jouit pas de vertus spéciales, il peut tout au plus calmer la toux et 
l'expectoration. Ainsi, en administrant dans ces cas l'extrait de Cachou à 
la dose de 1 à 6 grammes. Trousseau et Pidoux ont vu la fièvre, la toux, 
l'expectoration diminuer, mais la diarrhée n'a pas cédé et les sueurs n'ont 
pas été modifiées. 

On donne le Cachou en poudre, en infusé, en teinture, en sirop, en 
pastilles, en grains; enfin, on en fait un extrait. La dose posologique va- 
rie entre 5 cent., 1 gramme et 1 gramme 50. 

Il entre dans la composition du Diascordium, duCachundé, du Cachou 
de Bologne, appelé, à cause de son usage principal. Cachou des fumeurs. 

Pour préparer le Cachou de Bologne, on fait fondre dans 100 grammes 
d'eau : extrait de Béglisse par infusion : 100 grammes; on ajoute : 
Cachou en poudre, 30 grammes, et gomme pulvérisée, 30 grammes. On 
évapore en consistance d'extrait, et on incorpore après les avoir réduits 
en poudre fine: Mastic, 2 grammes; Cascarille, 2 grammes: charbon, 
2 grammes; Iris, 2 grammes. On rapproche la masse en consistance, et on 
ajoute encore : huile volatile de Menthe anglaise, 2 grammes; teinture de 
Musc, 5 gouttes; teinture d'Ambre, 5 gouttes. — La masse est alors jetée sur 
un marbre huilé et étendue avec un rouleau en une plaque de l'épaisseur 
d^une pièce de cinquante centimes. On laisse refroidir, puis, avec du pa- 
pier sans colle, on frotte les deux faces pour enlever l'huile ; on humecte 
ensuite avec de l'eau les deux faces, et on y applique des feuilles d'ar- 
gent. Il ne reste plus, pour l'avoir tel que nous le trouvons dans les 
pharmacies, qu'à couper ces plaques d'abord en lanières étroites, puis à 
séparer successivement à coups de ciseaux chacune des lanières en carrés 
ou en losanges. Cette préparation est souveraine pour masquer l'odeur du 
tabac, mais on peut la prescrire comme carminative et stomachique. 



Digitized by VjOOQIC 



CADMIUM. 41 

Le Kino sert à composer un élixir dentifrice astringent, utile pour rar- 
fermir les gencives : Kino pur, 100 ; racine de Ratanhia, 100; teinture de 
Tolu, 2; teinture de Benjoin, 2; essence de Menthe, 2; essence de Ca* 
nelle de Ceyian 2; essence d'Anis, 1 (D. Mialhe). 

Pour les autres usages, voir Astringents et Tannin. 

Incompatibles. — On devra se garder d'associer les Cachous avec Témé- 
tique, les alcaloïdes, les ferrugineux, les substances albumineuses. 

SoprasTicATiONS. — On falsilie le Cachou avec de l'amidon. Pour recon- 
naître la fraude, on traite à froid par l'eau et l'alcool ; la fécule reste pour 
résidu, et on la décèle avec la teinture d'iode. 

On falsifie le Cachou avec du grès et du sable. Il suffit de soumettre à 
l'incinération, le poids du résidu donne le poids de substances étrangères. 

On falsifie le Cachou avec des terres argileuses. Par l'incinération, on 
obtient encore un résidu ; de plus, la substance ne fond pas dans l'eau, 
l'alcool et le vin, avec la même facilité que le Cachou pur. 

Quand les Cachous seront mélangés à d'autres extraits astringents, il 
faudra avoir recours au goût d'abord, puis essayer le soluté par le per- 
chlorure de fer : si le Cachou est pur, le précipité sera vert, s'il est 
mélangé à d'autres extraits astringents, le précipité sera noir ou violet. 

Léon Marchand. 

CADAITRE. Voy. Autopsie et Mort. 

CABIIIIJIII. — Le cadmium est un métal qui fut découvert, en 1818, 
par Stromeyer et Hermann. Il accompagne ordinairement le zinc dans ses 
minerais, et se rencontre, soit à l'état d'oxyde dans la calamine, soit à 
l'état de sulfure dans la blende. Lorsqu'on chauffe ces minerais dans un 
appareil approprié, le cadmium plus volatil que le zinc se concentre dans 
les premiers produits de la distillation ; on dissout ceux-ci dans l'acide 
sulfurique étendu, et on traite la solution par Thydrogène sulfuré, qui en 
précipite le cadmium à l'état de sulfure jaune. On fait bouillir ce sulfure 
dans l'acide chlorhydrique concentré, on filtre et on ajoute à la solution 
un excès de carbonate d'ammoniaque. Il se dépose du carbonate de cad- 
mium, que Ton sèche, que Ton calcine, et que l'on chauffe ensuite 
dans des cornues de grès, après l'avoir mêlé avec du charbon. Le cadmium 
passe à la distillation. 

Le cadmium est d'un blanc légèrement bleuâtre, assez semblable à 
l'élain, quoiqu'un peu moins blanc. Il est mou, flexible, se laisse limer 
et couper facilement. Quand on le frotte sur du papier, il laisse des traces 
grises, comme le plomb. Sa densité est 8,7. Il fond à 320<>, et bout à 
860**. Sa vapeur s'enflamme et brûle avec éclat. Il ne donne qu'un seul 
oxyde qui a l'aspect d'une poussière brunâtre. 

Oocyde de Cadmium, — Lorsqu'on traite une dissolution de cadmium par 
la potasse ou la soude caustique, on voit se former un dépôt blanc, gélati- 
neux qui est l'oxyde de cadmium hydraté, CdO,HO. Cet hydrate est peu 
stable, et il suffit de le chauffer pour qu'il perde son eau, et devienne brun. Il 
sje décompose même en partie dans le sein du liquide où il a pris naissance. 



Digitized by VjOOQIC 



42 CADMIUM. — oxyde, sels, sulfure, iodure et sulfate de cadmium. 

Sels de cadmium. — L'oxyde de cadmium peut se combiner aux acides 
et former des sels qui ont beaucoup d'analogie avec les sels de zinc, mais 
qui présentent cependant des réactions caractéristiques spéciales. La po- 
tasse et la soude y font naître un précipité blanc d'oxyde hydraté, inso- 
luble dans un excès de réactif. Le même précipité se forme avec l'ammo- 
niaque, mais un excès d'alcali le redissout. L'acide sulfhydrique, versé 
dans une dissolution d'un sel de cadmium, y détermine immédiatement 
la formation dun précipité jaune, à quelque état que se trouve la disso- 
lution : cette réaction est caractéristique. 

. Sulfure de cadmium. — Le précipité jaune qui se forme, toutes les fois 
que l'on traite une dissolution de cadmium par l'acide sulfhydrique, est 
le sulfure de cadmium, CdS. Sa nuance est si vive, qu'elle le fait recher- 
cher pour les usages de la peinture, et sa coloration est d'ailleurs si 
intense, qu'elle permet d'introduhre jusqu'à 25 pour iOO de craie dans le 
sulfure de cadmium sans que sa teinte jaune soit sensiblement affaiblie. 
C'est là une fraude qui se produit fréquemment dans le commerce; on la 
reconnaît à l'aide de l'acide chlorhydrique étendu qui dissout la craie, et 
n'attaque pas le sulfure. 

Iodure de cadmium. — Ce sel se prépare très-facilement par le simple 
contact du cadmium en limaille avec Tiode au sein de l'eau. En ayant 
soin de maintenir un faible excès de métal, on obtient une dissolution 
limpide et incolore qui renferme l'iode et le cadmium combinés à équiva- 
lents égaux. Par évaporation lente et ménagée de cette dissolution, on 
obtient un très-beau produit d'apparence nacrée qui est l'iodure de cad- 
mium, CdL C'est un sel blanc, brillant, inaltérable à l'air, très-soluble 
dans l'eau et dans l'alcool. Certains médecins en ont adopté l'usage de 
préférence aux iodures de potassium et d'ammonium, en raison même 
de l'inaltérabilité dont il jouit. D'après les observations faites en Angle- 
terre par Garrod, l'iodure de cadmium associé à l'axonge, serait beaucoup 
plus absorbable par la peau que l'iodure de potassium. 

Carbonate de cadmium. — On l'obtient par double décomposition en 
traitant le sulfate de cadmium par le carbonate de soude. C'est un sel 
blanc, pulvérulent, insoluble dans l'eau, mais soluble dans les liquides 
acides de l'estomsfc, et pouvant produire alors les accidents toxiques dont 
il sera question ci-après. 

Sulfate de cadmium. — L'acide sulfurique, concentré ou étendu, froid 
ou chaud, n'exerce aucune action directe sur le cadmium. Aussi, est-il 
nécessaire, pour obtenir le sulfate de cadmium, de traiter d'abord le 
métal par l'acide nitrique qui l'oxyde et le dissout, et de précipiter en- 
suite la dissolution par un carbonate alcalin. C'est sur le carbonate de 
cadmium ainsi obtenu, que l'on fait agir l'acide sulfurique préalablement 
étendu d'eau, en ayant soin de n'ajouter de cet acide que la quantité 
strictement nécessaire pour dissoudre le carbonate. En évaporant la solu- 
tion, on obtient des prismes droits, rectangulaires, contenant 25,5 pour 100 
d'eau de cristallisation. Ces cristaux représentent le sulfate de cadmium 
cristallisé dont la formule chimique est CdOSO'^éHO. Soumis à l'action 



Digitized by VjOOQIC 



CAFÉ. — EVPLOrTH^RAPEUTlQirE. 4S 

de la chaleur, le sulfate de cadmium perd d'abord son eau de cristalli- 
sation, puis dégage une partie de son acide, et se transforme en un sous- 
sulfate qu'une température rouge décompose complètement en acide sul- 
fureux, oxygène et oxyde de cadmium. 

Thérapeutique. — Le sulfate de cadmium est astringent et même irri- 
tant. Il agit à la manière du sulfate de zinc, mais avec beaucoup plus 
d'énergie. Schubarth (de Berlin) lui a reconnu des propriétés vomitiTCs, 
et Grimaud en a obtenu de bons effets dans le traitement de la syphilis, du 
rhumatisme et de la goutte. Mais c'est surtout dans les cas d'inflamma- 
tions de l'oeil, lorsque celles-ci ont une cause dyscrasique, que l'em- 
ploi du sulfate de cadmium parait présenter des avantages. Rosembaum 
a indiqué la formule du collyre^ suivant, dont l'usage est assez répandu 
en Allemagne : 

Sulfate de cadmium 0»',10 à 0»',40 

Eau distillée SOt'.OO 

Pour instiller dans l'œil, contre les taches de la cornée. 

Toxicologie. — Les composés de cadmium paraissent ^avoir une action 
toxique assez marquée, d'après une observation de Soret, qui a signalé 
un cas d'empoisonnement de trois individus par l'inhalation d'une poudre 
consistant en carbonate de cadmium. Les symptômes principaux ont été 
des selles, des vomissements, des étourdissements, de la gène dans la 
respiration, un sentiment de constriction à la gorge, des crampes dou- 
loureuses. Ces faits montrent qu'il faut être râervé dans l'emploi théra- 
peutique des sels de cadmium. 

ScBOBARTH [de Berlin), Quelques observations sur les effets du cadmium sur l'économie animale 
(Huflawrs, Journal et Bibliothèque médicale. Paris, 1S22, t. LXXVII^p. 400). 

RosmBAim, De effectibos kadmii in organismum animalem ejusque usu medico. Bnmsfigae, 1820. 
Bibliothèque ofhthalmologique par Guillé. Paris, 1820, 1. 1. 

SORET, Bulletin de thérapeutique, action toxique du carbonate de cadmium, 1858, t. LIV, p. 556. 

Henri Buigket. 
CABIJ9IJE (MembF^ae). Voy. Œuf HUMAm. 

CAFÉ. — Bnipiol ti»ërapeatl«ae. — A l'article Boissons on a 
étudié le Café au point de vue botanique, physiologique, chimique, ali- 
mentaire et hygiénique; nous ne l'envisagerons ici qu'au point de vue 
thérapeutique. 

Le café est une boisson aromatique, agréable; mais par les principes 
qu'il contient il peut, sagement et méthodiquement administré, devenir 
entre les mains du médecin un puissant agent médicamenteux. Dans un 
cas il rentre dans Thygiène alimentaire, dans l'autre, au contraire, il est 
réclamé par la thérapeutique. Jusqu'ici on n'a pu trouver le moyen de le 
maintenir à la fois dans ces deux branches de la médecine, et malgré 
Chaumeton, qui voulait peut-être d'une manière trop absolue le réserver 
comme médicament, le café est resté une liqueur délicieuse, dont on use 
à tout propos, souvent sans sagesse et sans discernement. 

Une fois le café établi comme boisson journalière et vulgaire, scTn em- 



Digitized by VjOOQIC 



U CAFÉ. — empijoi thérapeutiqo^. 

ploi thérapeutique devenait plus difficile à introduire, d'abord parce que 
SCS effets médicamenteux se trouvent modifiés chez ceux qui en prennent 
habituellement (et leur nombre augmente tous les jours), et ensuite 
parce qu'en France on croit encore qu'un médicament doit, comme pre- 
mière condition, être un poison très-difficile à prendre et d'un goût désa- 
gréable. Enfin, tout le monde, les médecins eux-mêmes répugnent à 
ajouter foi aux vertus médicamenteuses d'une boisson dont chacun fait 
usage en temps de santé. 

Cependant Tempirisme, cette clinique des siècles, prouvait que, dans 
certains pays, le café était utile contre quelques affections; la physiologie 
raisonnée expliquait quelques effets thérapeutiques, la chimie en décou- 
vrait d'autres, et les expériences cliniques démontraient d'une manière 
péremptoire que le café possédait des propriétés spéciales qui permettaient 
de l'opposer à la maladie. Les auteurs qui ont étudié tour à tour cette ques- 
tion intéressante sont très-nombreux, mais jusqu'ici leurs efforts ont été 
vains. Ce médicament sort un moment de l'oubli et y rentre presque aussitôt. 

Il nous a semblé curieux de rapprocher tous ces travaux et de mettre 
en regard les données chimico-physiologiques, empiriques et thérapeu- 
tiques ; nous avons trouvé qu'elles se corroboraient et qu'elles s'expli- 
quaient les unes par les autres, et nous en sommes arrivé à conclure que 
l'oubli thérapeutique dans lequel restait le café était immérité. Car si l'on 
doit se tenir en garde contre les médications entrevues par l'empirisme, 
si l'on doit ne pas accepter sans réflexion les vues quelquefois trop larges 
ouvertes par la physiologie, et les applications trop directes de la chimie 
organique, on a tort de ne pas croire aux propriétés d'un remède que 
propose l'expérience des peuples, d'un agent dont les propriétés sont ex- 
pliquées en même temps par la chimie et la physiologie, et sont prou- 
vées par l'observation. 

I. L'infusion de café, prise chaude, agit d'abord à la façon des exci- 
tants du système sanguin : le cœur bat avec plus de précipitation, le 
pouls s'élève et devient plus plein, les fonctions s'exagèrent par l'effet de 
cet afflux du liquide nutritif, la sueur perle sur la peau, et les urines 
sont rendues en abondance, claires et limpides. Cette première période, 
qui est, suivant les tempéraments, plus ou moins marquée et plus ou 
moins prolongée, a été attribuée par certains auteurs à l'action de la tem- 
pérature du liquide de l'infusion ; mais on est obligé de reconnaître qu'il 
y a un élément particulier d'excitation, et qu'une tasse de café agit d'une 
autre façon qu'une même quantité d'eau chaude; en un mot, il faut ad- 
mettre, avec Mantegazza, que, si une certaine quantité de l'action est due 
à la température du véhicule, la plus grande part revient à la substance 
elle-même. En jetant un regard sur la composition chimique du café, 
nous sommes porté à penser que c'est l'huile essentielle qui ici, comme 
partout ailleurs, produit cette excitation sanguine, analogue dans ses effets 
à celle des alcooliques ; ce qui explique l'engourdissement et la somno- 
lence immédiate qu'on voit se produire chez certaines personnes après 



Digitized by VjOOQIC 



CAFÉ. — EMPiOl THÉRAPEUTIQUE. 45 

l'ingestion d'une forte tasse de café comme couronnement du repas. Cet 
effet est surtout marqué quand on ajoute à cette boisson une quantité 
plus ou moins considérable d'eau-de-vie ; Ton comprend alors comment 
on peut dire que Talcool combat l'action hypnotique du café, et comment 
on donne le conseil assez peu raisonnable de faire suivre la tasse de café 
d'un ou de plusieurs petits verres. 

Cette action physiologique du café explique son usage dans les mala- 
dies suivantes. 

Aménorrhée, dysménorrhée. — Les femmes arabes et égyptiennes, au 
dire de Prosper Alpin, se servent du café pour rappeler leurs règles. Mo- 
seley rapporte qu'en Amérique on guérit les suppressions de règles en 
prenant, après le repas, cette infusion très-chaude et très-forte, et en 
faisant suivre son ingestion d'un bon exercice. Sparschuch, de filegny. 
Gentil, Buchoz, etc., ont reproduit les mêmes indications; Sparschuch va 
même jusqu'à le défendre dans la grossesse : « Ne igitur in statu gravidi- 
tatis abortum timeant, ab coffex tisu copiosiori abstinere consultum habe- 
mus. » J. Roques l'employait dans les mêmes affections, et lui attribuait 
une influence heureuse dans les pâles couleurs, la langueur, la mélancolie 
et les dégoûts qui tourmentent les jeunes filles chlorotiques mal réglées. * 

HÉMORRHobEs. — « Quo vero hagmonhoides exdtet et pellit^ res adeo 
hsemorrhoidariisestnotaut demonstratione nonindigeat » (Sparschuch). 
Tous les auteurs reconnaissent cette action excitante du café, soit pour 
le prescrire, soit pour le défendre. 

Toux, catarrhe chronique. — Les Chinois donnent l'infusion de café 
dans la toux des phthisiques : Huxham la vante dans celle qui accom- 
pagne la petite vérole. Monin (de Grenoble) la préconise unie au lait dans 
les mêmes circonstances. Audry affirme qu'il guérit la toux la plus rebelle 
et la plus opiniâtre. Roques s'exprime ainsi : « Cette boisson sucrée favo- 
rise l'expectoration dans les catarrhes chroniques, et dissipe les toux les 
plus opiniâtres. ]» Offret (de Nantes) a constaté les mêmes faits : « Peu 
torréfié, dit-il, son effet se produit sur les muqueuses, et je ne connais 
pas de meilleure médication que son emploi à la dose de trois à quatre 
tasses par jour dans les rhumes et les bronchites à leur début. » Et plus 
loin : « Dans les cas de rhume et d'aphonie, j'ai observé bien souvent 
que l'infusion de café peu torréfié^ couleur sapin^ diminue l'aphonie, 
calme la toux, soutient l'état général, ne trouble pas le sommeil, quoique 
étant pris à la dose de trois ou quatre tasses par jour, même le soir avant 
de se coucher; ladiaphorèse se produit pendant la nuit; et que plus torré- 
fié, son emploi diminue l'appétit et augmente l'aphonie et l'irritabilité du 
système nerveux, suspend la sécrétion salivaire et trouble le sommeil. » 

Fièvres éruptives. — « Boerhaave a également recommandé le café à 
fortes doses dans cette forme grave de la petite vérole qu'il désignait sous 
le nom de petite vérole cristalline^ dans laquelle les pustules se réunis- 
sent en phlyctènes, ne contenant qu'une sérosité louche, et ont une ten- 
dance extrême à l'ulcération » (Fonssagrives). Plusieurs médecins ont cru 
devoir l'administrer au début des fièvres éruptives. 



Digitized by VjOOQIC 



46 CAFÉ. — EMPLOI THéBAPEUTIQUE. 

Dyspepsie. — Presque tous les auteurs qui ont écrit sur le café, le signa- 
lent comme excitant digestif. Après un bon repas Ton comprend com- 
ment il peut agir pour accélérer les fonctions de Testomac. Mais, pour 
des raisons que nous expliquerons tout à Theure, nous croyons que, dans 
ces cas, Tinfusion doit être faite aTec du café peu torréfié, être prise aussi 
chaude que possible, et que la quantité doit varier avec TefTet que Ton 
veut obtenir. C'est sans doute dans le même but que, dans son Traité 
sur la phthisie, Thomas Reid conseillant le café comme excitant des di- 
gestions, le donne en infusion légère à la dose d'une cuillerée à bouche 
après chaque repas. 

Le café ne sera indiqué comme digestif que dans le cas de tempéra*- 
ment sanguin, car il agit d'une tout autre façon sur les tempéraments 
nerveux, et nous le verrons, non sans raison, accusé de produire la 
dyspepsie elle-même. 

Diarrhée. — Lanzoni prétend avoir arrêté avec le café des diarrhées 
des plus opiniâtres. Le chevalier Chardin et Vialla se guérirent de la 
même affection en buvant quatre tasses de café par jour, et Grindel ra- 
conte qu'une grande dame dut au café de conserver son dixième enfant, 
atteint d'une diarrhée coUiquative qui lui avait successivement enlevé 
les neuf premiers. 

On a expliqué l'action du café dans ce cas par la présence du tannin 
qu'il contient. Nous ferons observer toutefois qu'on est, en général, 
d'accord pour regarder comme purgatives les hautes doses d'infusion de 
café très-torréfié. 

Dtsuries, HYDROPisiEs. — Pendant la première période qui suit l'in- 
gestion du café, nous avons constaté l'augmentation de la sécrétion uri- 
naire; nous ne devons donc pas nous étonner de le voir essayer comme 
diurétique. 

Lamare-Picquot (de Honfleur) a rapporté en 1861 un cas de dysurie 
grave qui a été guérie par Tusage de l'infusion de café. 

Ph* Dufour croit devoir attribuer à Tusage fréquent qu'on fait en Tur- 
quie de la fève de l'Yémen^ la rareté des cas d'hydropisies dans ce pays. 
La même réflexion pourrait s'appliquer à tous les peuples du Levant^ car, 
chez eux, dit-on, cette maladie est à peu près inconnue. 

Dès 1725, un médecin hollandais, Th. Zwinger, préconisait le café 
dans l'hydropisie. En 1859, le Bulletin de thérapeutique a enregistré trois 
observations dans lesquelles les syiqptômes furent améliorés par l'usage 
de ce médicament. Depuis, en 1859, Lehmann constata expérimentale- 
ment les propriétés diurétiques de cet agent et les qualités de l'urine. 
Le professeur Bouchardat dit que cette propriété l'a engagé à remettre en 
honneur son usage dans l'hydropisie; dans ce cas, il ne faudrait pas le 
donner uni au lait, car il agit alors comme purgatif sur beaucoup de 
personnes; 

n. Après l'ingestion du café, dans un laps de tempà qui varie suivant 
les tempéraments, les phénomènes d'excitation sanguine disparaissent 

Digitized by VjOOQIC 



CAFÉ. — EMPLOI THfiRAPEUTIQDE. 47 

pour faire place à des phénomènes d'un ordre tout opposé. Le pouls 
devient plus lent, plus large, plus mou ; il s'est produit une détente, une 
liyposténisation ; la face pâlit, les fonctions se ralentissent, la diurèse 
s'arrête, les sueurs sont supprimées, le cerveau engourdi, comme nous 
TaTons vu, par Tafflux du sang, se décongestionne, s'éveille; les idées 
deviennent plus nettes, plus faciles, plus vives. Chea les personnes ner- 
veuses, cette période vient vite et se dissipe lentement; c'est alors que 
se développe a cet état d'éréthisme , cette disposition spasmodique et 
vaporeuse, qu'Hoffmann et Gorter ont décrite sous le nom de motUitéï^ 
(Trousseau et Pidoux). C'est une sorte de névrose passagère. On 
s'accorde à attribuer à la caféine cette décongestion des organes; les 
conséquences physiologiques de celte action et les déductions thérapeu* 
tiques sont curieuses à étudier. 

A. La déplétion du système vasculaire peut agir directement, et, dans 
certains cas, pour ainsi dire mécaniquement ; la turgescence, l'érection, 
font place à des phénomènes inverses ; aussi comprend-on qu'on ait pu 
avoir des résultats favorables dans des affections même inflammatoires et 
dans bien d'autres maladies contre lesquelles ceux qui ne veulent voir 
dans le café que son action d'excitation sanguine, s'étonneront toujours 
de l'entendre préconiser. L'erreur est d'autant plus facile que les phéno- 
mènes d*excitation continuent à se montrer, mais, tandis qu'il y avait eu, 
dans la première période, excitation par réplétion des vaisseaux sanguins, 
il y a dans la seconde excitation nerveuse qui est due justement à la dé- 
plétion de ces vaisseaux. Voici conynent Petit (de Château-Thierry) expli- 
que ce fait : « Deux systèmes bien distincts sont en présence dans notre 
économie, le système sanguin et le système nerveux; sans cesse ils réa- 
gissent l'un sur l'autre pour établir un équilibre physiologique; et si, 
avec Hippocrate, on doit dire : « Sanguis moderator nervorumy » on doit 
lyouter pour être complet : a Nervi moderator es sanguinis; » car, si le 
sang abondant et riche peut faire disparaître les phénomènes nerveux, il 
me parait certain aujourd'hui, et acquis à la science, que les nerfs ayant, 
par une cause quelconque, une action prédominante, empêcheront les 
effets plus ou moins fâcheux qui peuvent résulter d'un état pléthorique, 
et principalement la congestion cérébrale. )» 

Voyons si les observations cliniques sont d'accord avec ces vues phy- 
siologiques. 

Hernies fiTRANGLÉEs. — A la Havane, l'empirisme a découvert que le café 
possède la propriété spéciale de réduire les hernies étranglées^ et Un usage 
immémorial a consacré ses vertus dans cette affection. Durand (de Bati- 
gnolles) avait eu l'occasion de reconnaître dans ce pays l'efGcacité du trai- 
tement; lui-même Tavait, dans ce cas, plusieurs fois employé avec succès, 
lorsqu'en 1857 le hasard lui permit de l'essayer en France. Une hernie, 
ilatant de treize ans, étant venue à s'étrangler, le médecin requis avait 
essayé tous les moyens reconnus, le taxis, la glace, les potions bellado- 
nées, etc., rien n'avait réussi, et on allait en venir à l'opération, quand 
Durand apprit ce fait et déclara avoir un remède souverain contre cet 



Digitized by VjOOQIC 



48 CAFÉ. — EMPLOI th£rapedtiqoe. 

accident. On accepta le remède et il ordonna : poudre de café torréfié, 
250 grammes pour douze tasses d'eau bouillante ; une tasse de quart 
d'heure en quart d'heure ; les quatre dernières peuvent être administrées 
de demi-heure en demi-heure. La prescription fut suivie exactement; à la 
cinquième.tasse le malade sentit quelques gargouillements dans la tumeur, 
et à la neuvième la hernie rentra d'elle-même. Le fait, publié par Triger, 
excita un vif étonnement et devint le point de départ d'essais nombreux. 

Un vieillard de soixante-deux ans vit sa hernie se réduire spontanément 
à la sixième tasse (Meyer). Czernicki rapporte un fait analogue, mais la 
réduction se fait dès la quatrième tasse. La même année, Barascut vit 
un exemple semblable. Une hernie, datant de douze ans, s'était étran- 
glée ; la femme qui la portait avait essayé, comme elle le faisait ordinai- 
rement, de la réduire, mais en vain; des bains avaient été pris, des 
cataplasmes appliqués, la hernie résista et l'étranglement survint; après 
vingt-quatre heures les vomissements apparurent; alors on appela Ba- 
rascut, qui administra le café comme il a été dit plus haut. A la troisième 
tasse, des gargouillements se firent entendre, et, à la quatrième, la hernie 
rentra au moment où l'on plongeait la malade dans un bain. 

L'année suivante, 1859, Ronxier-Joly (de Clermont-rHérault) publie 
deux observations nouvelles. A la médication intérieure il joint des onc- 
tions belladonées sur l'anneau, et il insiste pour qu'on agisse toujours 
ainsi. Dans les deux cas il y eut des hémorrhagies intestinales qu'il re* 
garde comme de nature dysentérique, et qu'il attribue aux fortes doses 
du médicament. « Cependant, dit-il, ^es accidents ne doivent pas faire 
renoncer à une médication aussi active et aussi heureuse ; seulement on 
peut procéder avec plus de ménagement et affaiblir les doses.» A la même 
époque, Sammut (en Angleterre) est témoin d*un autre cas de guérison. 

En 1860, Paultrier ; en 1861, Lamare-Picquot (de Honflèurj et E. Cel- 
larier, apportent de nouvelles preuves de Texcellence du café dans l'étran- 
glement des hernies. Lamare-Picquot et Cellarier, tout en étant d'accord 
pour préconiser le médicament, diffèrent quand il s'agit d'interpréter son 
action : le premier croit qu'il agit en décongestionnant les portiojis de 
l'intestin étranglées par l'anneau, le second pense qu'il agit en excitant 
une contraction des fibres intestinales, qui dégageraient ainsi peu à peu 
l'intestin hernie. 

Rhumatisme aigu. — Meffre prétend que Feste (de Marseille) donna du 
café à une dame atteinte de cette affection, les douleurs furent calmées. 
Un rhumatisant, docteur aujourd'hui, lassé de toutes les boissons qu'on 
lui avait prescrites, s'imagina de prendre du café très-léger en tisane ; il 
me déclare qu'il se sentit soulagé, que la douleur diminua, et que le mieux 
commença avec cette médication. 

Blenkorrhagie. — Ricord, CuUerier, Vidal (de Cassis), et la presque 
totalité des médecins avec eux, défendent expressément à leurs malades 
atteints de blennorrhagie de prendre du café, parce que te café est un 
excitant. Cette raison, comme on Ta fait remarquer, est de peu de valeur, 
si tant est qu'elle soit juste, car les mêmes praticiens donnent dans cette 



Digitized by VjOOQIC 



CAFÉ. — EMPLOI THERAPEUTIQUE. 49 

affection une série de médicaments excitants, Poivre cubèbe, Copahu, et 
même Coloquinte; de plus, s'il est vrai que l'excitation soit essentielle- 
ment nerveuse, il n'y a plus de motif pour le proscrire. On comprendra 
comment Phillips déclare ne pas regarder le café comme nuisible dans 
celte affection, comment plusieurs médecins disent que « la marche de 
la maladie et la guérison n'étant nullement entravés par Fusage du café, 
on peut en prendre pendant le traitement. » L'observation, citée tant de 
fois et toujours dénaturée, publiée dans le Bulletin de thérapeutique ^ n'a 
jamais dit autre chose. Un boulanger, porteur d'une gonorrhée, la voit 
disparaître sous l'influence d'un refroidissement, et gagne une leuco- 
phlegmasie; il prend du café, la leucophlegmasie est guérie j tandis que 
la gonorrhée reparaît et reprend sa marche. 

Le café peut cependant rendre des services dans la blennorrhagie, en 
agissant un peu comme diurétique et beaucoup comme anaphrodisiaque. 
Nous' avons eu un malade qui était atteint de blennorrhagie cordée^ rien 
n'avait pu calmer ce symptôme, qui se montrait surtout au moment où 
le malade commençait à s'endormir. Âpres cinq jours d'insomnie, la fati- 
gue devenant extrême, le symptôme se reproduisait à chaque instant ; 
'C'est alors que le malade, dans le but de lutter contre le sommeil, prit 
du café noir très-fort. L'effet obtenu fut tout autre que celui qui était 
attendu : le malade dormit et n'eut aucune érection. Le lendemain, il ne 
s'endormit qu'au matin, et le sommeil ne fut pas troublé. Averti, nous 
crûmes devoir l'engager à suspendre son café, et, la nuit, la corde reparut; 
il fallut accepter le moyen que le hasard nous offrait, et reconnaître l'effet 
anaphrodisiaque du médicament. La maladie parcourut ses périodes sans 
pari^tre ni accrue ni diminuée. 

Céphalalgie. — Le café a toujours été regardé comme un médicament 
céphalique. L'opinion des auteurs anciens et modernes semble se résumer 
dans cette phrase de Buchoz : « Il soulage infailliblement tout le monde 
du mal de tête, quelque furieux qu'il soit.» Cependant nous pensons que 
l'auteur se laisse un peu emporter par son enthousiasme, quand il con- 
tinue : <( Il y en a des exemples surprenants jusque sur des personnes 
qu'on était près de trépaner. » 

Linné se guérit par ce moyen d'une céphalalgie qui avait résisté à tous 
les médicaments, et qu'il attribuait aux miasmes de la flotte. Pope, Nebe- 
lius, Baglivi, Percival, ont cité des exemples de cette action du café, et 
eux-mêmes lui ont dû la disparition de céphalalgies intenses. « Une 
expérience vulgaire, disent Trousseau et Pidoux, a consacré l'usage du 
café dans les céphalalgies, surtout celles qui surviennent après le repas 
chez les personnes nerveuses. » 

Boileau (de Castelnau) et Albers (de Bonn) ont cru devoir, dans ces 
cas, associer l'opium au café. Ils ont cité des observations dans lesquels la 
maladie, après avoir résisté à ces deux médicaments employés séparé- 
ment, guérit parfaitement grâce à leur administration simultanée; ainsi 
on fait prendre du chlorhydrate de morphine dans une tasse de café chaud 
et fort, 

IIOUT. DIOT. Mfo. ET CHIA. VI. ~ 4 

Digitized by VjOOQIC 



50 CAFÉ. — EMPLOI THilUPEUnQlE. 

Nous verrons plus loin ee qu'on doit penser de Tusage du café dans lee 
migraines. 

Somnolence, état APWLEcrioiŒ:. — Le café empêche de dormir ; aussi 
Ta-t-on conseillé à tous ceux qui, à cause de leur ftge, et par suite d'une 
constitution sanguine trop marquée^ sont engourdis, somnolents; à ces 
vieillards qui semblent être sans cesse sous le coup d'une apoplexie. Per- 
cival le vante dans les fièvres, s'il y a somnolence ; et, suivant lui, les 
vapeurs en inspirations font en partie disparaître ces symptômes. BuchoE 
connaissait parfaitement cette propriété du café, puisqu'il écrit : « On 
prétend qu'il est même un préservatif contre Papoplexie et la paralysie, 
empêchant qu'il ne se fasse au cerveau des obstructions fatales. » Fons- 
sagrives insiste sur son utilité pour combattre la tendance soporeuse qui 
se manifeste chez les vieillards disposés à l'apoplexie. « Nous considérons, 
dit-il, dans ces cas Tusage quotidien du café noir, principalem^t après 
le dernier repas de la journée, comme une précaution prophylactique de 
la plus grande importance. )» 

Ces considérations nous amènent à parler de son emploi dans l'apo- 
plexie cérébrale elle-même. 

Héuorrhagies cérébbales. — Cette indication semble découler natn- 
rellement de la précédente, cependant les faits cités sont peu nombreux. 
On lit dans les Mémoires de l'Académie [des sciences de 1702, la relation 
présentée par le père Malebranche, d'une apoplexie qui fut traitée avec le 
plus grand succès par les lavements de café. Cette obsei^ation restait 
isolée, quand, en 1860, Petit (de Château-Thierry) publia un mémoire 
sur l'emploi du café dans cette maladie. 

Parti des considérations physiologiques que nous avons analysées. plus 
haut, Petit a été conduit à donner le café dans les congestions et les apo* 
plexies cérébrales, après avoir appliqué la saignée. Il a vu constamment 
ce médicament diminuer les congestions, et quand le malade cessait d'en 
faire usage, « les accidents menaçaient de reparaître, la face redevenait 
rouge, les idées s'embarrassaient, et les membres paralysés devenaient 
plus lourds et plus insensibles. » Il prescrit 50 grammes de café torréfié 
pour un litre d'eau, et il fait prendre 200 grammes de cette infusion deux 
fois, puis trois fois par jour. 

Commotion cérébrale. — Robert a employé avec avantage l'infusion de 
café dans un cas de commotion cérébrale. 

ÉtAT léthargique. — On ne s'étonnera point de voir le café préconisé 
à titre d' antihypnotique dans cette singulière maladie, la léthargie, qui 
semble être au premier abord un sonmieil indéfini. Pouppe-Desportes 
rapporte l'histoire d'un homme qui resta pendant quinze jours dans un 
état léthargique accompagné de fièvre j et qui ne put en être délivré que 
par le café. 

Fièvre typhoïde. — Dans certaine forme, les malades sont plongés 
dans un coma dont rien ne peut les tirer. L'idée d'employer le café pour 
vaincre ce sommeil, devait venir naturellement. Pour nous, c'est à Martin 
Solon que revient le mérite d'avoir signalé le premier l'emploi du café 



Digitized by VjOOQIC 



CÂFÉ« — BMPLOI THÉRAPBUTIQOE. 51 

dans la forme adynamique des fièvres typhoïdes ; mais, dit-il, il faut choisir 
le moment et faire alors la médecine des symptômes. Il cite trois obser- 
Tations remarquables dans lesquelles il yii sous rinfluence de ce médica- 
ment, la céphalalgie, la somnolence, la stupeur, TaHaiblissement des facultés 
intellectuelles, tous les symptômes cérébraux, en un mot, disparaître d'une 
manière rapide par Tusage du. café. Il l'administre le douzième jour à la 
dose de 8 à 15 grammes pour 250 grammes d'eau dans les vingt-quatre 
heures ; il choisit de préférence les miNoacnts où la réaction fébrile pré- 
sente le moins d'intensité. Il ne le donne pas s'il' y a des symptômes de 
méningite ou de gastro-entérite. <( Nous en faisons, dit Fonssagrives, un 
naage constant dans la fièvre typhoïde adynamique, et nous en rappro- 
chons les doses jusqu'à ce que nous ayons obtenu une stimulation suffi- 
sante. Quelquefois nous donnons T infusion de café noir frappé de glace; 
et dans les cas où le malade reste plongé dans une torpeur dont rien ne 
triomphe, nous lui prescrivons du café dont le véhicule est une forte 
infusion de thé vert. » Trousseau, dans ces cas, semble préférer les exci- 
tants du système circulatoire : ce Cependant, ajoute-t-il, nous avons quel- 
quefois éprouvé rincontestable efficacité du café dans ces circonstances. x> 

Cholèiu. — Guéneau de Mussy employait le café avec succès dans la 
période algide du choléra. Trousseau et Pidoux en ont fait un usage fort 
uUle dans la période qu'ils appellent période de réaction typhoïde ou 
période d'asphyxie chaude, a Les malades, disent ces auteurs, éprouvent 
alors un état soporeux et une adynamie avec inertie de la circulation 
capillaire, contre laquelle l'inhision du café nous a réussi, malgré une 
fièvre quelquefois assez vive. » 

Empoisonnements par les narcotiques. — a II n'y avait qu'un pas, 
disent Trousseau et Pidoux, pour utiliser le café dans le narcotisme des 
intoxications par l'opium et toutes les préparations stupéfiantes : l'ana- 
logie n'a pas été trompeuse. x> Dans tous les cas que nous allons exami- 
ner, le café n'agit point comme contre-poison ; il ne s'adresse qu'aux sym- 
ptômes somnolence, coma, engourdissement. Liquor coffex ad narcosim 
pellendam mmme efficax (Willis). 

Opium. — Le café, chez les Orientaux, sert à contre-balancer les effets 
de l'usage immodéré de l'opium, l'opium tue en congestionnant le 
cerveau ; l'on comprend comment le café peut lui être opposé avec avan- 
tage. Giacomini, Percival, Carminati, Murray, ont constaté cette ac- 
tion du café; Orfila s'est assuré que ce médicament, tout en ne décom- 
posant pas l'opium, diminue les accidents et les fait même cesser, -s^ils 
sont peu intenses. Begin, dans sa Thérapeutique^ conseille son emploi 
dans les mêmes cas. Fosgate (d'Auburn) ayant absorbé 10 centi- 
grammes de morphine, et se sentant pris d'empoisonnement, se débar- 
rassa de ces symptômes alarmants par l'usage du café. Bouchardat insiste 
sur l'antagonisme de l'opium et du café. Le Journal de Pharmacie rap- 
porte rol]»ervation suivante : 70 centigrammes d'acétate de morphine 
avaient été avalés en une seule fois ; le tartre stibié ne produisait aucun 
effet ; après trois heures, alors que le malade était dans le coma^ on lui 



Digitized by VjOOQIC 



52 CAFÉ. — EMPLOI THÉRAPEUTIQUE. 

administra une infusion concentrée de café avec le marc; en douze heures 
le malade en prit 320 grammes; il sortit du coma et guérit. Nous avons 
eu un cas analogue : X... avait, dans un but coupable, pris 10 grammes 
de laudanum ; nous le vîmes trois heures après, il était dans un état d'ex- 
citation très-grande; le tartre stibié parvint à déterminer les vomisse- 
ments, mais le malade tomba dans la torpeur, le coma, les sueurs froides, 
avec accès d'agitation ; le café fut donné en infusion très-concentrée, par 
tasse toutes les demi-heures ; après six heures de ce traitement, le ma- 
lade commençait à se réveiller. On continua le café, mais plus léger et 
comme tisane. Le lendemain X... se levait, seulement il gardait encore 
de l'hébétude, et il avait contracté un certain tremblement des mem* 
bres. Nous devons ajouter que c'était un buveur d'absinthe. OUivier 
(d'Angers) et Marye ont rapporté un cas semblable. 

Jusquiame, tabac, laitue viveuse. — Or61a recommande l'emploi du 
café dans les empoisonnements par ces plantes. 

Digitale. — Bouchardat croit que dans les empoisonnements par la 
digitale, le café peut être utile, d'un côté, par sa propriété stimulante, et, 
d'un autre côté, en rendant le principe insoluble. 

Strychnine. — Trifet dit avoir retiré de bons effets de l'emploi du 
café dans le commencement d'un empoisonnement par cet alcaloïde. 

Asphyxie. — J. Roques rapporte plusieurs cas d'asphyxie qui furent 
heureusement influencés par l'usage du café. 

Champignons. — Rognetta prétend qu'il faut se garder d'employer 
l'infusion de café dans le coma qui suit l'empoisonnement par les cham- 
pignons. Ces accidents sont si graves et pardonnent si rarement qu'on ne 
sait trop si, dans les cas malheureux, on peut attribuer à aucun médica- 
ment une part de la terminaison fatale. Begin conseillait le café dans ces 
empoisonnements quand il survenait de Tassoupissement, et, dans ces der- 
nières années, on a enregistré quelques faits qui semblent favorables au 
café. En 1862, O'Connor guérit un empoisonnement de ce genre par les 
lavements de café, et en 1863, Humbert donnait une observation tout à 
fait analogue. 

Acide cyanhydrique. — On a vanté l'infusion de café dans l'empoison- 
nement par l'acide cyanhydrique. Orfila dit qu il est sans effet. 

Alcool, — Il n'est personne aujourd'hui qui mette en doute la propriété 
qu'a le café de combattre l'ivresse. Cette action est trop connue pour que 
nous y insistions. 

B; Le ralentissement de la circulation peut produire non plus des effets 
mécaniques et immédiats, mais bien des effets consécutifs. La digestion 
devient plus lente et le mouvement de décomposition organique est en- 
travé. Ces deux effets physiologiques, inverses de ceux que nous avons 
vu se produire pendant la première période, conduisent à des déductions 
thérapeutiques importantes. En effet, si le mouvement de décomposition 
organique est ralenti, on comprendra comment Lehmann, Boëker et 
Schultze (de Breslau) ont trouvé que l'albumine, l'urée, lacide urique, ne se 
rencontraient plus en aussi grande abondance, et l'on s'expliquera l'usage 



Digitized by VjOOQIC 



CAFË. — EMPLOI TUiRAPEUTlQUE. 53 

An café dans les maladies où Texcrétion de ce$ détritus organiques est le 
symptôme que l'on veut enrayer : (gravelle, goutte, albuminurie, etc.). 
D'un autre cdté, le café devient un aliment, et cela à plusieurs titres : 
d'abord comme élément azoté, et par sa composition même, comme le 
veulent de Gasparin et Bouchardat ; ensuite en ralentissant la digestion 
et en lui permettant de perfectionner le chyme si l'estomac n'est pas trop 
nerveux ou trop plein; enfin, par cet effet même, que nous venons de lui 
reconnaître, d'empêcher le mouvement de dénutrition. On pourra dès lors 
le regarder comme utile dans les convalescences de certaines maladies 
de dépérissement et d'épuisement, scrofules, carreau, etc. 

Gravelle. — Ray a pu constater sur lui-même Faction du café dans 
cette affection, et c'est à ce médicament qu'il croit être redevable de l'amé- 
lioration qu'il éprouva, et qui s'était déjà maintenue pendant seize ans, 
lorsqu'il faisait connaître cette propriété dans son Historia plantarum. 

Sparschuch accorde les mêmes propriétés au café, a II a connu, dit-il, 
des calculeuic qui l'ont employé dans ce cas, et en ont retiré de bons 
résultats. 11 semble attribuer ces effets à la propriété diurétique qu'il 
possède : urinam et sabidum pellens; ce que Murray exprime plus expli- 
citement encore par cette phrase : Urinam movendo sabulum et calculos 
minores pellit. 

J. Roques raconte l'histoire d'un colonel qui vit sa gravelle augmenter 
sous l'influence de la privation du café, et qui fut soulagé en recommen- 
çant à en faire usage. Foy constata les mêmes faits sur un vieux phar- 
macien honoraire des hôpitaux, qui, plus heureux que le colonel cité par 
Roques, vit les accidents disparaître complètement. 

Chrestien (de Montpellier) préférait employer le café vert dans cette 
maladie. Récemment Landarrabilco a soutenu la même opinion et a rap- 
porté six cas de gravelle guérie par l'usage continué de la macération de 
café vert. Dans deux de ces cas elle était accompagnée de coliques né- 
phrétiques. 

Longtemps les médecins ont proscrit le café du régime des calculeux ; 
il en est même encore qui continuent à le défendre; cependant le 
nombre de ces derniers diminue, et cette boisson est admise même dans 
les stations d'eaux où l'on envoie les malades atteints de gravelle et de 
calculs. Pour nous, le café n'est point un lithontriptique, nous ne croyons 
guère à son action dissolvante des calculs ; il nous semble agir, d'un côté, 
en produisant mie diurèse qui entraîne les graviers, et, d'un autre, en les 
empêchant de se produire, puisque nous l'avons vu s'opposer à la forma- 
tion de l'urée et de l'acide urique. On doit s'attendre, si ce que nous 
avançons est vrai, à trouver que la gravelle est une maladie très-rare dans 
les pays où le café est absorbé en quantités considérables. En effet, elle 
est à peu près inconnue en Orient et aux Antilles. Dès 1671 Spon en avait 
fait la remarque : « La goutte, la gravelle, y sont rares, dit-il ; cet effet 
est dû au café, qui est une boisson aussi utile dans ces affections que le 
vin leur est contraire. » En 1785 Hoseley fait la même remarque dans 
nos colonies françaises ; enfin, au dire de Camper, la gravelle, autrefois 



Digitized by VjOOQIC 



54 CAFË. — BlfPLOI THiRlPEDTIQUB. 

très-commune en Hollande, est devenue très-rare depuis qu'on a sub- 
stitué l'usage du café à celui de la bière. 

Goutte. — La goutte et la gravelle sont si intimement liées entre elles, 
et leur nature est tellement analogue, qu'on doit s'attendre à les voir 
combattues par le même médicament ; au reste, ce que nous venons de 
dire du mode d'action du café nous dispense d'y revenir ici. 

Ph. Dufour rapporte que Gras (de Genève) a guéri plusieurs goutteux 
par l'infusion de café ; lui-même a vu un religieux dont les douleurs de 
goutte furent calmées par le même moyen. Zimmermann raconte une 
observation semblable, et Feste (de Marseille), au dire de Meftre, a obtenu 
le même succès sur un malade qu'il soignait. Buchoz confirme ces asser- 
tions : c( Il purge les reins de cette matière graveleuse qui peut causer 
la pierre, et soulage beaucoup les malades, étant capable de résoudre 
ces nodosités qui leur mettent les fers aux pieds et aux mains.» « Je n'hé- 
site pas, dit Petit (de Château-Thierry), à le permettre, et même à le 
conseiller à tous les malades goutteux, rhumatisants et pléthoriques, qui 
viennent réclamer mes soins, d 

Pour être complet, nous devons dire cependant que certains auteurs 
(Merat et de Lens) ont affirmé que les douleurs de goutte, loin d'être 
calmées, sont réveillées par l'emploi du café. Cette dissidence prouve que 
de nouvelles recherches doivent être tentées; peut-être trouverait-on 
qu'on peut, en employant le café vert et non le café torréfié et chaud, 
jouir de tous les avantages du médicament sans en avoir les désavan- 
tages. Cette réflexion nous est suggérée par la lecture de huit observa- 
tions de goutte, guéries par Landarrabilco, à l'aide de la macération de 
café cru. 

Albuminurie. — En 1846, Honoré employait le café à l'Hôtel-Dieu dans 
trois cas d'albuminurie ; les résultats, dit Bouchardat, ont été aussi 
prompts qu'heureux. On donnait l'infusion de 25 grammes de café tor- 
réfié dans 300 grammes d'eau. 

Dans l'albuminurie, l'appareil urinaire est chargé de verser à l'exté- 
rieur l'excès d'albumine qui, par une cause ou par une autre, se trouve 
dans le sang. Parfois cet excès est dû à une trop grande quantité de ma- 
tières protéiques, introduites dans l'économie, et non assimilées; mais, 
dans d'autres circonstances, elle provient d'une trop grande décompo* 
sition du tissu des organes. On conçoit comment, dans ces derniers cas, 
le café peut empêcher l'excrétion de l'albumine, puisqu'il s'oppose au 
mouvement de décomposition organique. 

Diabète sucré. — a Le café est utile à tous les malades affectés de gly- 
cosurie; sauf contre-indications, j'en prescris une tasse après le prin- 
cipal repas. On doit le prendre sans sucre, ou, au moins, en diminuant 
beaucoup la quantité de ce principe d (Bouchardat). On peut se deman- 
der si l'action du café, dans cette maladie, ne serait pas tout, à fait ana- 
logue à celle que nous lui avons reconnue dans l'albuminurie. 

Convalescences. — « Les convalescents peuvent, en dehors d'un éré- 
thisme nerveux considérable, et d'une disposition à l'insomnie, faire un 



Digitized by VjOOQIC 



GAFË. — EMPLOI THÉRAPEUTIQUI. 55 

usage modéré de ce stimulant » (Fonssagrives). «Le café est très-utile dans 
les convalescences accompagnées de débilité excessive... Il est d'un goût 
agréable, et est toujours pris sans répugnance par les convalescents; de 
plus, il éloigne toute idée de remède » (Penilleau) . Dans ce cas on doit 
sévèrement proscrire le mélange de la poudre de chicorée. 

Scrofules. — Meffre croit que c'est à Thabitude qu'on a prise à Mar- 
seille de nourrir les enfants avec de la bouillie au café, qu'on doit de 
ne pas avoir une proportion plus grande encore d'enfants scrofuléux. 
Gardien ordonne le café aux scrofuleux ; il conseille de l'unir au cho- 
colat. 

Cabreau. — Grindel employait la décoction de café contre cette ma- 
ladie; son opinion vient donc corroborer celle des auteurs qui l'emploient 
dans les scrofules. 

ScoRBirr. — Trotter, Mollembrock, EttmûUer et Larrey, l'ont recom- 
mandé comme prophylactique et comme curatif de cette affection, qui 
semble liée à une altération du sang. Le café agirait autant comme recon- 
stituant que comme moyen de chasser l'engourdissement, la prostration, 
la tristesse, etc. 

m. Par sa caféine, le café semble jouir de propriétés antipériodiques 
analogues à celles du quinquina. On s'en étonnera peut-être moins, 
quand on se rappellera que ces deux plantes appartiennent à la même 
famille vétégale et à deux genres très-voisins comme organisation. 

Fièvres WTERîtfiTTENTES. — A Batavia, les Hollandais emploient le café 
dans les fièvres pernicieuses; en Hollande, assurait-on il y a quelques 
années à peine, on le préférait à la quinine. Pouqueville dit que ce moyen 
est connu en Morée, et que les habitants coupent infailliblement leurs 
fièvres avec du café uni au jus de citron. 

Murray indique le café comme fébrifuge, et Rasori l'administrait dans 
toutes les fièvres, qu'elles fussent intermittentes ou non. Coutanceau, en 
1805, pendant l'épidémie de fièvres pernicieuses qui ont régné à Bor- 
deaux, l'a vu diminuer notablement Fintensité des paroxysmes. En 1809, 
La Bonnardière l'employa avec succès dans ces mêmes cas ; mais c'est 
aux expériences de Grindel, de Dorpat, qu'il faut recourir pour com- 
prendre tout le parti qu'on pourrait tirer de cet antipériodique. Sur 
quatre-vingts cas il n*a eu que huit insuccès. Il administrait alternative- 
ment la poudre à la dose de 1**^,50 centigrammes, et la décoction qu'il 
fait préparer avec 32 grammes pour 576 d'eau qu'on réduit à 190. Il 
pense que le café cru jouit dans ce cas de propriétés plus marquées que 
celui qui a subi la torréfaction. Richelini fut moins heureux, car il eut 
quelques récidives qui ne cédèrent qu'au quinquina. Del tel relate quatre 
observations de fièvres intermittentes guéries par le café. 

Bouchardat dit avoir souvent employé le café dans les fièvres d'accès, 
et il le regarde comme un des meilleurs fébrifuges. Il emploie : 1^ la décoc- 
tion concentrée (60 à 120 grammes de café cm concassé pour 1 litre 
d'eau), pendant l'apyrexie ; 2'' la tisane de café cru (30 grammes pour 1 litre 



Digitized by VjOOQIC 



56 CAFÉ. — EMPLOI TlléRAPEUTIQUE. 

d'eau) qu'il donne comme boisson. Il administre en même temps les pré- 
parations quiniques. 

Tudesq et J. Roques ont remarqué que le café était un moyen pro- 
phylactique des plus efficaces, qu'on ferait bien de mettre en usage dans 
les pays et les lieux exposés aux émanations pernicieuses des marais. 

Migrâuses. — L'action de Tinfusion de la graine du caféier, dans cette 
affection, est connue depuis longtemps. Sparschuch, en 17.61, dit que les 
médecins de son temps la guérissaient par ce moyen. Buchoz, plus expli- 
cite, nous dit que lorsqu'on prend du 6afé pour les migraines, il est utile 
d'en prendre d'abord pendant un mois entier tous les matins, ensuite 
deux fois par semaine, puis une seule fois. Formey employait le café dans 
le même cas, et Rudolphi raconte que, d'après son conseil, il le prescrivit 
à un malade qui était atteint d'une hémicranie rebelle. Il lui administra 
pendant deux mois une infusion de iT) grammes de café cru séché au 
four et pulvérisé, sur lequel on versait 120 grammes d'eau bouillante. 
Au bout de huit jours de traitement les accès s'éloignèrent et devinrent 
moins violents, et bientôt la guérison survint. Landarrabilco préfère tou- 
jours le café vert; il a rapporté trois cas de guérison dus à son emploi. 

Le café noir uni au jus de citron réussit très-bien dans cette névrose 
rebelle. Ce fait donna à Hannon l'idée de préparer du citrate de caféine ; 
il obtint de nombreux succès avec ce sel, qu'il administre sous différentes 
formes. La veille de l'accès, ou au début, il donne 50 centigrammes de 
citrate de caféine en dix jours, et il le fait administrer toutes les deux 
heures. S'il ne peut agir que le jour de l'accès, il donne la même quan- 
tité, mais il fait avaler ses prises toutes les heures. Au deuxième accès 
il ordonne 1 gramme; au troisième, 1*^50 centigrammes, et ainsi de 
suite jusqu'à 2 et même 4 grammes. 

Ëulenburg obtient aussi d'excellents résultats de ce traitement dans 
des migraines opiniâtres; il donne 10 centigrammes de caféine, et fait 
répéter la dose trois fois, de deux heures en deux heures. Comme le citrate 
de caféine est un médicament assez cher, et qui n'est pas à la portée de 
tous, l'auteur propose de le remplacer par l'extrait de café (20 centi- 
grammes représentent 5 centigrammes de caféine). 

Tic DOULOUREUX, NÉVRALGIE sous-ORBiTAiRE. — Lo café a jusqu'ici échoué 
dans ces affections. 

Asthme nerveux périodique. — Musgrave , Percival et Monin préten- 
dent que le café est un des meilleurs palliatifs de l'asthme nerveux 
périodique. Pring^e l'employait aussi avec succès; il le prescrivait à 
la dose de 30 grammes par tasse, sans. lait et sans sucre, et faisait répéter 
cette dose de demi-heure en demi-heure. Laennec le conseillait dans les 
mêmes cas. Robert Brie va plus loin, et il prétend que, non-seulement 
cet agent dissipe les attaques, mais qu'il en prévient le retour. J. Floyer, 
qui a été tourmenté pendant cinquante ans par un asthme, a, dans les 
dernières années de sa vie, trouvé dans le café le seul médicament capable 
de conjurer ses accès. Trousseau et Pidoux s'expriment ainsi : « L'une 
des maladies contre lesquelles le café a été employé, et est familièrement 



Digitized by VjOOQIC 



CAFÉ. — EMPLOI THiRAPEOTKHIB. 57 

encore, avec le plus de succès, employé tous les jours, est Tasthme nerveux 
périodique... Il faut, dans ces cas, le prendre à très-fortes doses et très- 
concentré. » Deux malades affectes d'asthme nerveux, traités par Trous- 
seau, dans son service à PHôtel-Dieu, furent soulagés par Tusage du café 
à hautes doses (café, 125 grammes; eau, 250 grammes); mais il faut dire 
toutefois qu'on avait concurremment employé le quinquina, la belladone 
et la stramoine. Hyde Salter, médecin de Charing-Cross Hospital, indique 
le café comme un des meilleurs moyens à opposer à cette affection, a Le café, 
dit-il, soulage dans les deux tiers des cas ; le soulagement est d'ailleurs 
très-inégal, tantôt temporaire et léger, tantôt complet et permanent. Il 
faut, ajoute-t-il, le prendre à jeun, le matin, sans sucre ni lait, très-fort 
et le plus chaud possible. » Ce médicament agirait, d'un côté, parce que 
c'est un excitant très-énergique des fonctions nerveuses de la vie ani- 
male, et d'un autre côté, parce qu'il s'oppose au sommeil, et que le spasme 
des tubes bronchiaux a moins de tendance à se produire dans l'état de 
veille quand la volonté et les sens sont actifs, que pendant l'insensibilité 
et la léthargie du sommeil. 

rV. Le café a été vanté comme anttielmintique. Les observations sont 
peu nombreuses. En 1702, on lit dans les Mémoires de l'Académie des 
sciences, qu'on emploie avec succès l'infusion de café additionnée de jus 
de citron contre les vers lombrics. Sparschuch s'exprime ainsi à ce sujet : 
« Anthelminticum atidit^ et hinc pueris sœpe coufertur^ copiosius vero 
haustumj parvos eos reddit^ adeoque non facile his ordinandum. Si quis 
aliquos cyathos decocti saturatioris hauriaty vermes plerumque e ventri- 
culo in intestina descendere experitur; si mox purgatio propinetur^ invisi 
ki hospiies hac expelluntur methodo. » Trousseau a jugé à propos d'unir 
dans ces cas le café à la suie, mais alors c'est, peut-être, cette dernière 
substance qui agit. 

V. Le café a été encore essayé dans un certain nombre d'autres cas, 
mais ces applications ont été faites jusqu'ici d'une manière empirique, et 
dans l'état actuel de la science, on ne peut saisir de relation entre les 
effets physiologiques, les données chimiques et les eifets thérapeutiques. 
n faut dire, au reste, que la plupart des maladies de ce groupe appartien- 
nent à cette classe d'affections peu connues dans leur essence, et que 
Ton nomme névroses. 

Coqueluche. — Infusion de café cru sucré à la dose d'une cuillerée à 
café pour les enfants au-dessous de deux ans, à celle d'une cuillerée à 
dessert de deux à quatre ans ; enfin à celle d'une cuillerée à bouche au- 
dessus de cet âge. Yoici un médicament agréable et d'une administration 
facile. Quelle est son efficacité? J. Guyot, qui l'a préconisé, a guéri plus 
de soixante enfants atteints de coqueluche, et les plus opiniâtres n'ont pas 
résisté plus de quatre jours. On fera bien de proscrire de l'alimentation 
les fécules, les sucres et les fruits. « Toutefois, ajoute-t-il, je dois dire 
que le café parait présenter dans cette maladie un caractère tellement 



Digitized by VjOOQIC 



58 CAFÉ. — EMPLOI THiiuPEimQnE. 

énergique, que son usage seul suffit à la guérison. » Longtemps avant 
J. Guyot, Blache avait employé ce moyen avec des résultats variables. 
Trousseau et Pidoux Vont expérimenté depuis. « Nous n'avons pas, di- 
sent-ils, été aussi heureux que Guyot, et le café nous a été d'un faible 
secours dans la coqueluche ; nous ne le croyons pourtant pas dénué de 
toute efficacité. » 

Dans tous ces cas on a surtout donné le café cru; on eût peut-être 
eu plus de chances de succès en se servant du café très-torréfié. Des 
expériences très-curieuses ont en effet démontré que cette dernière 
préparation pouvait agir à la façon de la belladone et de la jusquiame, 
dont l'action dans la coqueluche est très-connue. Nous n'insistons pas 
plus longtemps sur ce rapprochement, mais nous pensons que des obser- 
vations comparatives pourront être tentées avec avantage. 

VoMissEBiENTs NERVEUX. — Buchau rapporte le fait d'une dame qui pen- 
dant les premiers mois de sa grossesse vomissait tous les aliments qu'elle 
prenait, excepté le café au lait. Les accidents s'apaisèrent au quatrième 
mois. Cette observation ne prouve en rien que le café ait guéri les vomis- 
sements incoercibles de la grossesse, car la plupart du temps ils s'amen- 
dent à l'époque à laquelle Buchan les a vus disparaître. Cependant c'est 
en partie sur Tautorité de cet auteur qu'on a préconisé le café dans cette 
circonstance. 

Mal de mer. — Larrey semble le premier qui ait indiqué le café dans 
ce cas. Meffre dit avoir retiré de bons effets de son emploi pendant sa 
traversée en Amérique. Enfin Dethel croit que son usage lui a évité les 
inconvénients du mal de mer pendant son voyage à l'ile Bourbon. 

Vertige stomacal. — Cette affection encore assez indéterminée, et qui 
semble être une névrose, a, dit-on, été guérie par le café. L. Blondeau le 
prescrit dans cette maladie. 

Fièvre jaune. — Larrey a employé le café dans la fièvre jaune, surtout 
quand elle venait compliquer le choléra. 

Hypochondrie. — « Cullen vantait avec raison le café dans l'hypochon- 
drie. Son utilité dans cette affection peut dériver à la fois de l'impulsion 
favorable qu'il imprime aux fonctions digestives et des modifications qu'il 
produit dans la manière d'être du cerveau» (Fonssagrives). 

Nostalgie, délire lypémaniaqde. — « L'une des indications les plus 
utiles du café réside dans son emploi pour modifier la vie cérébrale dans 
les cas de délire lypémaniaque et de nostalgie » (Fonssagrives). 

YI. Le café a été préconisé par certains auteurs dans des affections qui 
sont du domaine de la pathologie externe. 

Ophthalmies. — Presque tous les auteurs anciens ont regardé le café 
comme un fortifiant de la vue ; il suffisait de recevoir sur les yeux les Ta- 
peurs de l'infusion. Saint-Yves a, dit-il, guéri une amaurose imparfaite 
par ce moyen. Dans un mémoire publié à Naples, en 1823, Amati pré- 
conise « la vapeur de café en torréfaction contre l'ophlbalmie chronique, 
en même temps qu'on lotjonne les yeux avec la décpction de c^ifé cru. Il 



Digitized by VjOOQIC 



CAFfi. — COUTRB^DICATIOIIS. S9 

cite des cas de guérison par ce moyen et dans lesquels un nuage qui 
commençait à se former sur Toeil fut dissipé » (Merat et de Lens). 

Dans la campagne d'Egypte, Larrey et Desgenettes employèrent la dé- 
coction de café cru comme préservatif de Tophtlialmie, qui sévissait sur 
nos troupes. 

Gangrèiœ et Charbon. — Grindel a utilisé le café dans la gangrène, et 
Âssalini l'associant au quinquina, l'administrait à hantes doses à ses 
malades atteints de charbon. 

CoBtre-laMeattoiÉi. — Une question doit toujours dominer Pappli* 
cation du café en thérapeutique : c'est celle des tempéraments; on devra 
s'abstenir de ce médicament chez les personnes à tempérament nerveux; 
alors le café amènerait souvent des résultats opposés à ceux que Ton veut 
obtenir, car il peut engendrer les maladies que nous l'avons vu guérir : 
les hémorrhoïdes, les dyspepsies, et par suite l'hypochondrie, etc. C'est 
dans ces cas probablement qu'il produit Tamaigrissement, et c'est ainsi 
seulement qu'on peui expliquer comment tous les auteurs l'indiquent 
comme moyen curatif de l'obésité. 

Le café a donc été employé dans un grand nombre d'affections di* 
verses, mais on a dû voir que cette question, comme' beaucoup d'autres 
en thérapeutique, est encore fort peu avancée. C'est qu'en effet, malgré 
l'énorme quantité des travaux qui se sont succédés sur ce sujet, bien des 
points sont restés dans l'ombre tant en physiologie qu'en chimie, il en 
est même auxquels on ne semble pas avoir songé. Par exemple, nous 
n'avons trouvé nulle part la comparaison, au point de vue qui nous oc- 
cupe, des cafés des différentes provenances; pourtant il doit y avoir di- 
versité d'action entre l'infusion du café Moka et celle du Ceylan ou du 
Java. 

De tous temps le café a été regardé comme un agent souverain par les 
uns, comme un poison par les autres, et, chose singulière, ces deux 
opinions peuvent être défendues avec autant de raison. Les anciens mé- 
decins avaient entrevp que tout résidait dans le mode de torréfaction ; 
Offret, de Nantes, l'a depuis affirmé au nom de la physiologie expéri- 
mentale. Le café très-torréfié est un poison narcotique et stupéfiant, le 
café peu torréfié est un excitant nerveux, c'est un fortifiant, et c'est lui qui, 
à proprement parler, mérite seul le nom de boisson intellectuelle. Mais 
ces curieuses observations physiologiques, pour mener à quelque chose, 
doivent être complétées par des recherches chimiques, car la thérapeu- 
tique ne peut marcher sans prendre appui sur ces sciences accessoires, 
qui, pour elles, sont les sciences fondamentales. Ce sont elles qui font 
voir et palper les faits cliniques, ce sont elles qui les expliquent, et dans 
ce siècle de scepticisme médical, pour croire il faut voir, toucher et com- 
prendre. 

Que l'on cherche donc encore, et l'on trouvera, nous le croyons, dans le 
café un médicament qui, chose assez peu commune, réunira deux qualités 
précieuses pour le malade : celle d'être efficace et celle d'être agréaMe, 



Digitized by VjOOQIC 



60 CAFÉ. — PREPARATIONS ET PORVULES. 

PrëparAttoBft ei formales. — On emploie, soit le café en nature, 
soit la caféine et ses sels ; de plus, le café a été utilisé comme correctif de 
certains médicaments. A chaque fois que l'administration du café a pré- 
senté quelque particularité importante, nous y avons insisté dans le cours 
de cet article ; il ne nous reste plus qu'à indiquer les formules générales, 
l"" Le café a été employé en nature; tantôt on a administré le café cru, 
tantôt on a administré le café torréfié, qui, à cause de son arôme, doit, 
d'une manière générale, être prétéré quand on n'a pas de raisons urgentes 
pour donner le café vert. 
a. Café torréfié. 

Infttiicn de cafi. 

Gaf6 en poudre.. 10 gramm. 

Eau bouillante 100 

Passez et administrez le plus chaud possible. 

Bouton arUmarcoiique (Van Noms). 

Cafétorréfié 20 gramm. 

. Vinaigre de vin 50 

Faites bouillir, passez et ajoutez 

Sacre 10 gramm. 

Cette préparation, connue aussi sous le nom de Vinaigre de café de 
SwediauVy s'administre dans les empoisonnements par l'opium à la dose 
de deux cuillerées chaudes toutes les quatre heures. 

Poiion fébrifuge, 
Cafétorréfié 50 gramm. 

Faites infuser dans 

Eau 100 gramm. 

Passez et ajoutez 

Suc de citron 60 gramm» 

A prendre chaud et à jeun. 

Sirop de café eompoié (GomiBissiEB]. 
Café Moka 00 Martinique peu torréfié 250 gramm. 

Traitez par déplacement au moyen de l'eau bouillante, de manière à 
avoir : 

Infusé 500 gramm. 

Faites dissoudre 

Extrait alcoolique de Mladone. 5 gramm. 

— — d'ipéca 5 

— — de quinquina 3 

Ajoutez 

Sucre r 500 gramm. 

Traitez au bain-marie, faites cuire et filtrez. 15 grammes trois fois par 
jour, pour les enfants de trois à cinq ans atteints de coqueluche. 



Digitized by VjOOQIC 



• 



CAFÉ. — PRÉPARATIONS ET FORMOLES. 6f 

Réveil regarde cette formule comme très-dangereuse^ et il pense qu'on 
doit ia repousser. 

Sirop de café au rhum (Rbyeil). 

Café torréGé frajdieinent moulu 250 gramm. 

Eau bouillante.. ,...,.... ^ ............. . 800 

Traitez dans l'appareil à déplacement, de^lanière à obtenir 800 grammes 
de liquide; ajoutez 

Sucre blanc 2000 gramm. 

Faites fondre à une douce température, et ajoutez après refroidisse- 
ment 

RbamTieox.. 500 gramm. 

Filtrez au papier lavé à Teau bouillante. A prendre deux cuillerées à 
bouche toutes les demi-heures d'abord, toutes les heures ensuite, en addi- 
tionnant d'uR peu d'eau chaude : dans le choléra. 

Sirop de ca/tf (Fkbbabi]. 

Café du Levant torréfié 120 gramm. 

Etu 1000 

Sucre raffiné 1500 

d Dans un vase fermé, pendant six heures, faites infuser le café avec 
750 grammes d'eau froide ; en le débouchant un peu, on place ensuite 
le vase dans un bain-marie; quand l'eau du bain-marie bout, on retire 
le vase ; on laisse déposer, on décante et l'on verse sur le résidu les 
180 grammes d'eau restante. Au bout de quelques heures on décante et 
l'on mêle les Hqueurs, que l'on verse peu à peu sur le sucre; on fait 
dissoudre au bain-marie, et l'on passe à la chausse. » 15 à 30 grammes et 
plus dans une quantité suflisante de véhicule. 

Tisane de café aniinarcotique (Bouchardat). 
Café torréfié 50 gramm. 

Faites infuser dans 

Bau. 500 gramm. 

Passez et ajoutez 

Bao-de-Tie 50 gramm. 

Dans les empoisonnements par l'opium. 

b. Café cru. 

Calé contre les fièvres d accès (Dauviit] . 

Café cru. 40 gramm. 

Eau 500 

Faites réduire par ébullition jusqu'à 150 grammes; filtrez. Prendre 
en trois doses entré les accès. On augmente la dose de café si les accès 
persistent. 



Digitized by VjOOQIC 



t8 CAFÉ. — PRÉPÀBàTlOHS BT FOBMUI^, 

Déeoctiaufibrifkge, 

Café cru 50 franmi. 

Eau 500 

Faites bouillir jusqu'à réduction à 400 grammes, et ajoutez 

Sirop de sucre .....«.« ^ .*.... I 100 gramm. 

UacératUm de café contre la coqueluche (RsvBn). 

Café cru 25 gramm. 

Eau 500 

Laissez macérer douze heures. Sucrez et faites prendre dans la journée. 

Macération de café vert (LAifDiRRinLco). 

Café Martinique 3 parties. 

Café Moka 1 partie. 

Café Bourbon 1 partie. 

c( Mêlez le mieux possible ces trois espèces de café, sans les faire torréfier 
ni moudre, et faites-en des paquets de 25 grammes chacun. Introduisez 
le soir, dans un vase, ces 25 grammes de café mélangé avec 250 grammes 
d*eau froide. Fermez le vase le plus hermétiquement possible, et laissez 
macérer pendant dix à douze heures au plus. Le matin, au lever et à jeun, 
prendre le produit de cette macération froid et sans sucre. On peut 
manger peu de temps après sans inconvénients. Dans la goutte, la gra* 
velle, les coliques néphrétiques et la migraine. On continuera ce traite-* 
ment aussi longtemps que possible, en s' abstenant de boire purs toute 
espèce de vins, de liqueurs, etc... » 

V On a isolé la caféine, et on Ta employée seule ou combinée à diffé- 
rents acides. 

a. Câfêime. 

Collyre à la caféine (Van den Corput). 

Caféine pure 1 partie. 

Eau distillée 100 parties. 

On peut étendre avec de Teau. 

Sirop de caféine (Bouchardat). 

Caféine pure 5 gramm. 

Sirop de sucre 1^ 

i5 à 30 grammes de ce sirop dans un véhicule approprié : dans les 
migraines et fièvres intermittentes. 

Solution chlorhydrique de caféine (Van den Corput). 

Caféine 35 centigraimn. 

Eau distillée 90 gramm. 

Acide chlorhydrique. 2 gouttes. 

Sirop de fleurs d oranger « 15 gramm. 

Par cuillerées à bouche, d^heure en heure, dans les fièvres intermittentes. 

6. Citrate de GAPÉiNEé — Ce sel^ indiqué par fiannon, a été nié par 
Wittstein. Que cette substance soit une vraie combinaison ou un simple 
mélange, elle a servi aux préparations suivantes. 



Digitized by VjOOQIC 



CAFÉ. — PBl£PAEAnOll8 £T rOBUULBS. 05 

LctoemmU tm cUraU de caféine (Hariioiv). 

Citrate de caféine 25 centigramiii. 

Eau », ... 400 gramm. 

Dans la migraine. La moitié la veille, et la seconde moitié le jour de 
l'accès. 

Pastilles contre la migraine (Hainom). 

Citrate de caféine 4 gramm. 

Sucre et gomme adragante. Q. S. 

F. S. A. Pastilles n^ 30. 

Une pastille toutes les quatre heures, la veille ; toutes les deux heures, 
le jour de Taceès de migraine. 

Pilules au citrate de cafiHne (Hanvon). 

Citrate de caféine . 50 centigramm. 

Extrait de chiendent . 1 gramm. 

Mêlez, faites des pilules de 15 centigrammes. Une pilule toutes les deux 
heures, la veille de Taccès de migraine, ou toutes les heures, à partir des 
premières douleurs. 

Potim contre la migraine (Uanhor). 

Sirop de citrate de oaféine. . • . 30 gramm. 

Infusion de thé 150 

A prendre par cuillerées, de deux en deux heures, la veille de Taccès ; 
d'heure en heure, le jour. 

Pommade au citrate de caféine (Hannor). 
Citrate de caféine 50 centigramm. 

Dissolvez dans un peu d'eau chaude, et incorporez 

Âxonge •.••... 30 gramm. 

Oh pourra employer cette pommade dans la migraine quand les autres 
préparations ne seront pas supportées. Onctions dans Taine et l'aisselle, 
préîdablement rasées, ou à l'intérieur des cuisses. On recouvrira d'un 
tafietas gommé. 

Poudre de dirate de caféine (Van deh Gorput). 

Citrate de caféine. « • • 8 centigramm. 

Sucre. .*••..»..« / * - ^ gramm. 

En quarante prises. Dans la migraine. 

Siro]^ de caféine (Hanmor). 

Citrate de caféine 6 gramm. 

Sirop de sucre 130 

A prendre dans les migraines, comme la potion. 

C. MàLAIE DE CATÉiHE. 

Shrop de malate de caféine (Yai! dèn Gorpct]. 

Halàte de caféine 4 gramm . 

Eau de llenrs d'oranger 30 

Sirop de sucre 4 250 

A prendre par cuillerées à bouche dans la migraine. 

Digitized by VjOOQIC 



64 CAFÉ. — PRÉPARATIONS ET FORMOLBS. 

d. Lagtate de caféine. 

Tablettes de lactate de caféine (Viir dbn CoRiur;. 

LacUte de caféine lt',60 

Gaféone 1 goutte. 

Sucre pulvérisé 60 gramines. 

Mucilage de gomme adragante Q. S. 

F. S. A* — Tablettes de 75 centigrammes. 

On peut avec le lactate faire toutes les préparations que nous avons in- 
diquées pour le citrate. 

e. Citrate de fer et de caféinb. — On l'obtient en combinant 1 partie 
de citrate de caféine et 4 parties de citrate de fer. On le donne aux mêmes 
doses et dans les mêmes cas . . 

y Le café est employé comme correctif de certains médicaments d'une 
administration difficile. 

a. Du QUINQUINA ET DU SULFATE DE QUININE. — Dcs Vouvcs cst le premier 
qui, en 1842, eut l'idée de prendre du sulfate de quinine dans une infu- 
sion de café ; il s'aperçut que la saveur amère était complètement mas- 
quée et que les effets du sulfate de quinine n'étaient en rien entravés. Il 
recommença Texpérience sur des malades du service de Guersant et le 
résultat fut le même. 

Cette propriété avait lieu d'étonner, et Ton se demanda si la réaction 
que le café opère sur le sulfate de quinine ne l'altérait pas dans sa compo- 
sition; Stanislas Martin prétend a qu'une partie forme une combinaison 
insoluble avec le tannin du café; qu'une autre portion de ce sel est em- 
pâtée dans le liquide par de Thuile grasse et de l'extractif végétal; et que 
la troisième est dissoute par les acides libres qui se sont formés dans le 
liquide; » ce qui doit nuire à l'action du médicament. 

Dorvault reprit la question et constata : 1^ que 10 grammes de café 
détruisaient l'amertume de 1 gramme de sulfate de quinine ; T que le café 
cru avait, dans ce sens, moins d'action que le café torréfié ; 3® que le 
café avait moins de prise sur un soluté de sulfate de quinine par l'acide 
sulfurique ou l'alcool que sur du sulfate de quinine pur. Il ne sait com- 
ment se fait cette disparition de l'amertume du médicament^ mais il pense 
qu'elle est due à l'action du tannin du café. 

Quévenne, quelque temps plus tard, formula ces lois qui sont impor- 
tantes à connaître pour le praticien. 1^ Le sulfate de quinine se dissout en 
moins grande proportion dans l'infusion de café que dans l'eau ; c'est en 
partie pour cela qu^il en masque l'amertume. 2^ 11 y a combinaison avec 
les matières tannantes et colorantes, et c'est là une cause d'insolubilité. 
D'où ces conclusions qu'il ne faut pas dissoudre préalablement le sel dans 
l'eau acidulée, mais le mettre en suspension dans l'infusion et le faire 
prendre ainsi (Dorvault) ; qu'il faut que le café soit peu chaud au moment 
où l'on ajoute le quinine, la propriété dissolvante et par suite la saveur 
augmentant avec la température ; qu'il ne faut pas employer du café trop 
chargé, parce que l'on ferait trop de tannate, ce qui nuirait à l'action : 



Digitized by VjOOQIC 



CAFE. PRÉPARATIONS ET FORMULES. . 65 

pour 60 centigrammes d^ sulfate de quminc, on prend 10 grammes de 
café et Ton sucre à volonté. * 

Si Ton veut admettre les propriétés fébrifuges du café, on voit donc que 
cet agent serait en même temps et un correctif et un adjuvant. 

Potion fébrifuge (Dorvaolt). 

Café torréfié 10 gramm. 

Eiu booUlante 100 

On traite par déplacement et Ton ajoute, trois ou quatre heures après, 
une poudre composée de : 

Snlfate de quinine 25 cciitigram. à 1 gramm. 

Sucre 15 gramm. 

Bien triturés ensemble. — On a une potion de 100 grammes qu'on 
administre suivant les indications. 

h. Sulfate de magnésie. — Combes essaya l'action du café sur le sulfate 
de magnésie et il constata que Tamertume était encore' détruite dans ce 
cas. Suivant lui, 10 centigrammes du tannin produiraient le même effet 
que 10 grammes de café, mais ce dernier doit être préféré à cause de sa 
saveur aromatique. 

Café purgatif [CfooEs]. 

Sulfate de magnésie 30 gramm. 

Poudre de café torréfié 10 

Eau 500 

Faire bouillir le café et le sel. 

Les effets sont moins satisfaisants, la destruction de Tamertume est 
moins complète que dans le cas précédent. 

c. Séké. — Le mode d'action du café a été le même sur le Séné. Voici 
les formules principales qui ont été proposées : 

Médecine au café. 

Café torréfié i5 gramm. 

Sulfate de magnésie 15 

Séné 10 

Faites bouillir quelques instants ces trois substances dans : 

Eau "ISO gramm. 

Passez et ajoutez : 

Sirop de sucre 50 gramm. 

En une seule fois. — Très-agréable. 

Café purgatif vermifiige (Broossoret). 

Séné 8 gramm. 

Café torréfié ^ 

Eau bouillante • • ^ 

Lait chaud W 

A prendre en une seule fois le matin à jeun chez les enfants. 

■OOT. 0ICT. MED. IT OUI. VI. — 5 



Digitized by VjOOQIC 



66 ^ CAFÉ. — BIDLIOGRAPUIE. 

Café au Séné (Baudeloque]^ 

Café torréfié «n poudre , 46 gramm. 

Feuilles de Séné 16 

Faites inruser à part le café dans 100 grammes d'eau, et ajoutez le Séné 
en légère décoction, mêlez ; coupez avec du lait et édulcorez à volonté ; 
pour les enfants scrofuleux. 

Infiision de café purgative (Trousseau). 

Café torréfié en poudre 10 gramm. 

Follicules de Séné 5 

Eau bouillante 200 

Passez et édulcorez avec : 

Sirop de fleurs de Pêcher 50 gramm. 

cl. Suie. 

Inflision de café vermifUge (Trousseau). 

Café 10 granmi. 

Suie de bois 5 

Eau bouillante 200 

Passez et ajoutez : 

Sirop de mousse de Corse 50 gramm. 

6. Iode. 

Café iodé. 

Teinture d'iode 15 gramm. 

Tannin , 50 cenligramro. 

5 à iO gouttes une fois par jour soit dans du café noir, soit dans du 
café au lait. 

M érat et de Lens ont publié dans leur Dictionnaire de matière médicale et de thérapeutique 
générale^ à Tarticle Goffba, une très-longue et très-complète bibliographie du café jusqu'en 1850. 
Nous n'avons pas cru devoir la reproduire ici : les indications que nous donnons ont presque toutes 
trait aux outrages et articles qui ont été publiés depuis cette époque. 

TuoBSQ (de Frontignan), Avantages de l'usage du café pour se préserver de la langueur des fièvres 

et de la cachexie que font naître les émanalions des marais [Ancien Joum. de médec», de chir, 

et de pharm., mai 1788, t. LXXV, p. 197). 
Ladonnardière, Observations sur une fièvre ataxique soporeuse à t^pe intermittent et subinlranle, 

contre laquelle le café i hautes doses a paru être utile, réuni au tartrite antimonié de potasse 

et quelques autres moyens auxiliaires du quinquina en pareilles circonstances [Jowm. génér. 

de médecine, 1809, t. XXXIV, p. 241). 
Grucdel (de Dorpat), Expériences sur le café cru employé comme médicament [Èibliôth. médic., ' 

1809, t. XXX, p. 96 et 411, et 1811, t. XXXII, p. 116). 
t^KRQVAL (Th.), Médical Essaya and Observations, published by a Society in Edinburgh; 3* éditi, 

1847. 
ViALLA, Du Café. Thèse de Montpellier, 1820. 
James Thomson, On the sublitutes for Ginchona [The Edinbwrgh médical and surgical Jotumah 

1820, t. XVI, p. 27). 
RuDOLPHi, Hemicranie geheilt durch Caffee [Hufeland's Journal, 1826, V, 122). 
Martin Solon, Sur l'utilité du café dans la fièvre typhoïde [Bull, de thérapeutique, 1832, t. III, 

p. 289). 
Ferrari, Formule d'un sirop de café [Bull, de thérap., 1833, t. V, p. 223). 
Roques (J.), Sur les propriétés médicales du café [Bull, de thérap., 1855, t. YIll, p. 289). 
Cbrestien (de Mompellier), Observations sur les effets du baume de copahu et de la décoction de 

café cm dans les cas de gravelle, de néphrite et de goutte, accompagnées de diverses notices 

pratiques (Gaz, méd., 1836, 2< série, 1. 1¥, p. 777). 



Digitized by VjOOQIC 



CAFÉ. — DIBLIOCBAIMIIE. ' 67 

GucoHiK], Tratlado dei roccorsi tcrapeulici. Parle prima. Pudova, 183G, t. lY, p. 314 et suiv. 

M. S., Emploi du café comme diuréliquc [Bull, de thérap., 1850, t. XVf, p. 144). 

FossATE (d'Aubum), De l'influence du café sur les eflcts narcotiques de la morphine [Gaz. méd,, 

1841, p. 457). 
fioucHAROAT, Empoisonneuicnt par l'acétate de morphine guéri par l'infusion de café [Répertoire 

de phernuide, 1846, t. III, p. 47, et Bull, de thérap,, 1847, t. XXXII, p. 243). — Du café 

dans ralbuminurie (Annuaire de thérapeutique, 1846, p. 451]. — Du café dans la glycosurie 

(Annuaire de thérapeutique, 1846, suppl. p. 215). — Emploi du café comme fébrifuge (An- 
nuaire de thérapeutique, 1855, 15* année, p. 172). — Emploi du café comme diurétique dans 

l'hydropiiie (/l/per/wre de pharmacie, 1859, et Bull, dethérap., 1859, t. LVII, p. 13C). 
Qo£vEir(E, Remarques sur les causes de la diminution d'amertume du sulfate de quinine par le 

café (Répertoire de pharmaàe, 1847, t. lY, p. 99). 
Des Yoctb^ Du café comme moyen d'enlever l'amertume du sulfate de quinine [Bull, de thérap.f 

4847, t. XXXII, p. 59). 
MAariif (Stanislas), Le sulfate de quinine subit par son mélange au café une action qui doit modifier 

ses vertus curatives [Bull, de thérap., 1847, t. XXXII, p. 135). 
DoRVAULT, Nouvelles expériences sur l'action du café sur le sulfate de quinine [Bull, de thérap.-, 

1847, t. XXXII, p. 308). ~ Note pharmaceutique sur le café et la caféine [Bull, de thétap., 

1850, t. XXXVIII, p. 498). 
Combes, Action du café et du tannin en particulier sur l'amertume du sulfate de quinine [BuU, de 

thérap., 1847, t. XXXIII, p. 131). 
FoT, Cas de gravelle guérie par l'usage du café [Bull, de thérap., 1848, t. XXXIY, p. 206. ^ 

Gaz.deêMpU.,\%^]. 
GuTOT (Jules), Traitement de la coqueluche par l'infusion de café [Union médicale, 1819. ~ Bull. 

dethérap., 1849, t. XXXYI, p. 376). 
UA!C!f0N, Gtrale de caféine, son efficacité dans la migraine (Prêtée médicale belge, juin 1850; 

Bull, de thérap., 1850, t. XXXIX, p. 40; Journ. de pharm. et de chimie, 1850, t. XYIII, 

p. 209). 
Dbltd., Effets physiologiques et abus du café. Thèse de Paris, 1851. 
AuEES (de Bonn), Citrate de caféine et de théine, leur action thérapeutique (Gaz. des hôpit.f 

avril 1855; Buil. dethérap., 1853, t. XLIY, p. 507). 
Mac£, Du Café. Thèse de Paris, 1853. 
EoLEBiBVRG, De l'actiou curative de la caféine dans la migraine [AUg. mediz. central Zeitung, 

1854; Gaz, méd., 1854 ; Bull, de thérap., 1854, t. XLVI, p. 518). 
Bou.BA« DE Castelnau, De l'usage du chlorhydrate de morphine dissous dans l'infusion de cafc 

contre la céphalalgie [Journ. des connaisê. médico-chirurgicales, janvier 1855. — BiUl, dé 

thérap., 1855, t. XLVIII, p. 186). 
BtoTOEAn, Du vertige stomacal [Arch. génér. de méd., 1858, t. XII, p. 257). 
STcBijiA!f5 et Falck (de Marbourg), Archiv. fur path. Anat. und Physiol., 1858, t. XI, n" 4 et 6; 

Umou médicale, 1858, p. 416. 
WiTTSTEiN, De la non-existence du citrate de caféine [Bull, de thérap., 1856, t. LI, p. 314). 
TaioEB, Hernie étranglée réduite sous l'influence du café (Gaz. des hôpit., mai 1857. — Bull, 

de thérap., i959, t. LU, p. 518). 
SnnujiAHH (de Triedervall), Caféine, son action toxique (Bull, de thérap., 1857, t. LU, p. 560; 

Répertoire de pharmacie, t. XIII, juin 1857). 
Heter, Hernie étranglée réduite par le café [Bull, de thérap., 1858, t. LIY, p. 330). 
Baiascut, Influence du café dans l'étranglement herniaire [Gaz, des hâpit., mai 1858.— Bull. 

éethérap.,i9b%, t. LIY, p. 330). 
Cbuiicki, Hernie étranglée réduite sous l'influence du café [Abeille médicale, 1858. » BulL dé 

/A^rap., 1858, t. LIY, p. 330). 
CooaiAsstER, Sirop de café contre U coqueluche [Bull, de thérap., 1858, t. LY, p. 25). 
Ma8so!t, De l'usage et de l'abus du café. Thèse de doctorat, Paris, 1898. 
H(KificB-JoLT (de Clermont l'Hérault), Nouvelles observations sur les hernies étranglées réduites 

par le café (Bull, de thérap., 1859, t. LYI, p. 94). 
Samiot, Nouveau fait de hernie étranglée réduite par le café (British med. Journ,, \%b9; Gaz, 

méd., février 1859; Bull, de thérap,, 1859, t. LYI, p. 248). 
Htse Salter, Mode d'action du café dans l'asthme [EditUmrgh med. Journ,, 1859; Bull, de 

thérap., 1859, t. LYll, p. 229). 
CiicoD, Du café en hygiène et en thérapeutique. Thèse de doctorat, I^aHs, 1859. 
Padtrier, Nouveau fait de hernie étranglée ayant résisté au talis et réduite par l'emploi du café 

[AnnaUs de la Société médicale de Saint-Etienné-sur-loUre et de la Loire, 1860, 1. 1, p. 426,^ 

BuU. de thérap,, 1860, t. LIX, p. 468). 
ioiAHD (Jules), Du Café* Thèse de doctorat, Paris, 1860. 



Digitized by VjOOQIC 



68 CAINÇÂ. — DESCRIPTION, ANALYSE, USAGES. 

Trousseau, Du curé dans le traitement de Tasthme nerveux ou essentiel (France médicale, sep- 
tembre 1860; BuU. de thérap,, 1860. t. LIX, p. 379). 

FoxssAGRivEs, Hygiène alimentaire des malades, des convalescents et des valétudinaires. 1861 . 

Cellarier (E.) Du café dans les hernies étranglées (Bull, de thérap., 1861, t. LXI, p. 270). 

Petit (H.) (de Château-Thierry), Emploi préventif et curatif du café dans les congestions céré- 
brales (Gaz, des hùpU., 1862, p. 446 et 456). — De la prolongation de la vie humaine par le 
café. 2- édit., in-8, 1862. 

Gbaillou (H.), Du café au point de vue hygiénique et médical (Journ. de méd. et de chirwrg, 
pratiques, 33« année, 1862, p. 459). 

O'GoNNOR, Empoisonnement par les champignons guéri par les lavements de café (Jjmcet, man 
4862. — Bull, de thérap., 1862, t. LXIF, p. 418). 

OrrRET [de Nantes) , Observations sur l'action physiologique du café selon ses diverses torréfac- 
tions. Nantes, 1862. 

UuHBERT, Empoisonnement par les champignons guéri par les lavements de café (Gaz. des hàp., 

1863, p. 178). 

Peu iLLEAu, Étude sur le café au point de vue historique, physiologique, hygiénique et alimentaire. 
Thèse. Paris, 1864. 

Lamare-Picquot [F. V.) (de Hontleur), Éludes expérimentales de médecine et de chirurgie pra- 
tiques : De l'action dynamique du café et de son emploi dans les hernies étranglées. Paris, 

1864, in-8. 

Marchand (Léon), Recherches orgonogéniques et organographiques sur le Coffea arabica L. 

Avec 4 planches, 1864. 
Landarrabilco (0.), Du café vert envisagé au point de vue de ses applications thérapeutiques dans 

le traitement de la goutte, de la gravclle, des coliques néphrétiques et de la migraine. Thèse, 

Montpellier, 1866. 

Léon Marchand. 



CîAIl¥ÇA. — En pharmacie on donne le nom Càinça ou Kahinca à la 
racine d'un arbuste originaire des Antilles, du Brésil, etc. et appartenant 
à la famille des Rubiacées, le Chiococca anguifuga Mart. 

Description. — Cette racine est rameuse, composée de divisions cylin- 
driques longues, dont la grosseur varie entre celle d'une plume à écrire 
et celle du pouce; rugueuses, mamelonnées, striées longitudinalement et 
annelées. Elles présentent à Textérieur une couleur brun-rougeâtre, la 
coupe transversale montre au centre un corps ligneux, blanchâtre, insi- 
pide; la zone corticale, au contraire, est brune ou jaune ambrée, de saveur 
astringente et même désagréable, possédant une odeur aromatique acre et 
nauséabonde. Ces caractères réunis indiquent assez que la seule partie 
active est Técorce de la racine. 

Analyse. — Heyland et Pfaff ont les premiers analysé cette substance, 
mais Pelletier et Caventou ont depuis complété leurs observations et ont 
trouvé : un principe amer, vert, crislallisable; une matière colorante, 
visqueuse; de Tacide caïncique; de Tacide cafétannique ; une matière 
jaune extractive. Von Sanlin, Rochelder y ont trouvé de Témétine, et 
Brandes, un alcaloïde particulier qu'il place entre Témétine et Tacide 
benzoïque. 

Usages. — Au Brésil on utilise cette racine, appelée raiz-preta, contre 
les morsures de serpents et dans les fièvres intermittentes. D'après Soarès 
de Meirelles, les nègres s'en serviraient contre le pica et contre Taménor- 
rhée. P. Browne dit qu'aux Antilles, où elle se nomme petit brandOy on 
l'administre contre la syphilis et les rhumatismes. 

Martius et Langsdorffont surtout insisté sur ses propriétés évacuantes, et 



Digitized by VjOOQIC 



CAINÇA. — D06B ET MODE D*AD1IIIIISTRATI0H. 69 

c'est à ce point de vue seulement qu'on Ta étudiée en France. A. Richard, 
François, Clemençon, Aubin Petit-Dugour, S. de Solier, Pelletier et Ca- 
ventou ont observe son action, tant physiologique que thérapeutique. Il 
ressort de leurs expériences : V Que le Caïnça est un purgatif qui agit 
sans déterminer de violentes irritations de l'intestin ; T que reffet purgatif 
se manifeste plus, si on Tadministre en layement, que si on le donne par 
la bouche; 5^ qu'il se produit un effet diurétique consécutif. <c Les 
urines d'épaisses et troubles, brûlantes, fétides et rares qu'elles étaient, 
deviennent rapidement abondantes, aqueuses et normales sans ingestion 
de boisson ; » 4° que ces deux effets, quoique toujours sensibles, sont in- 
verses Tun de l'autre. 

De ce mode d'action physiologique ressortent les indications thérapeu- 
tiques. On administrera le Cainça quand il sera utile d'obtenir des éva- 
cuations alvines et quand on aura besoin de ménager la sensibilité du 
tube digestif. Aussi la voit-on préconisée dans l'apoplexie, la paralysie, 
le catarrhe vésical et surtout dans les hydropisies essentielles ou même 
dans l'anasarque dû à une maladie du cœur. <c Dans ces cas, on est étonné 
de la facilité avec laquelle les malades supportent les plus fortes doses du 
médicament et surtout des avantages qu'ils en tirent. » Les effets sont 
proportionnés à la dose; on peut cependant prendre des quantités considé- 
rables sans avoir d'autres accidents qu'une très- vive superpurgation. 

Doses et mode d'admimstration. — 1® En poudre on l'administre à la 
dose de 1 à 2 grammes ; 2*" l'extrait se donne de 60 centigrammes à 
i gramme 20 centigrammes; 3° Tacide caïncique de 50 à 60 centi- 
grammes. La poudre est assez infidèle dans ses effets et l'acide caïncique 
d'une préparation difficile ; aussi préfère-t-on donner l'extrait ou mieux 
encore la racine elle-même : 

Écorce de racine de Gaînça bien dépouillée de sa partie ligneuse. . 8 gramm. 
Faites macérer 48 heures dans : 

Eau froide 250 gramm. 

Puis faites bouillir dix minutes, laissez reposer et passez au moment de 
l'administrer. On prendra en deux fois, à deux ou quatre heures d'inter- 
valle (François). On répète toys les jours ou tous les deux jours dans les 
hydropisies. 

' De Solier, dans les mêmes cas, donnait 60 centigrammes d'extrait de 
Caïnça matin et soir tous les jours; il augmentait successivement les doses 
jusqu'à donner 1 gramme 20 centigrammes matin et soir. La guérison se 
faisait en moins d'un mois. Bien entendu que dans le cas d'ascite ou d'a- 
nasarque symptomatique on ne guérissait que le symptôme. 

Dans le catarrhe vésical, François s'est très-bien trouvé de la médica- 
tion suivante : 

Écorce de Caïnça 12 gramm. 

Eau 750 

Faites macérer dans l'eau froide et donnez chaque jour 60 grammes 
de cette solution. 



Digitized by VjOOQIC 



70 CAJEPUT. — DEscRipnoN, propriétés e/ usages. 

Le Caïnça est à peu près tombé en désuétude de nos jours, peut-être cet 
abandon doit il être attribué à ce que les expérimentateurs n'en ont donné, 
comme les formulaires peuvent en faire foi, que de trop faibles doses. 

Succédanés : Chiococca densifolia Mart. Chiococca racemosa Linn. — 
Ces deux espèces ont très-souvent été substituées à la précédente ou em- 
ployée en même temps qu'elle. 

Hartids (K. F. P.], Spécimen raateriœ inedtac Brasiliensium, 1'* livraison. 

Spitta, Bulletin des menées médicales de Férussac, t. XII, p. 76; G. G. Laîcgsdorff, t. XVÏI, 

p.278; t. XYIII, p.l09. 
SoARÈs DE Meireixes, Joumol de chimie médicale, 1826, p. 239. 
Brandes, Journal de chimie médicalCy 1829, p. 75. 
Richard (A.), Notes sur le Chiococca [Journal de chimie médicale^ 1826, p. 239; 1827, p. 551; 

1829, p. 16). 
Lanne (G. M.), Dissertatio inauguralis derodice Gaines ejusque eTicocia et usu. Lipsi» 1827, in-4*. 
AvBiir Petit-Dugodr, Thèse de Strasbourg, 1831. 
Observations sur le traitement de l'hydropisie par l'écorco de racine de Gaînça (Transacikmt 

médic., 1831). 
S..... S , De récorce de racine de Kaïnça et de son usage thérapeutique dans les hydropisies 

(Bull, de thérapeutique, 1854, t. VF, p. 2lM). 
De Solier, Hydropisie ascite guérie par l'extrait de la racine de Gaînça (Bull, de thérapeutique, 

1834, t. VI, p. 220). 
François, Quelques formules pour l'adrainistration de la racine de Caïnça (Bull, de thérapeutique, 

1834, l. VI, p. 355).^ 

L. Marchand. 

CAJFBPUT. — On connaît sous ce nom en pharmacie une huile ou , 
pour mieux dire, une essence qui nous arrive toute préparée des Mo- 
iuques. On la retire par distillation des feuilles fraîches d'un arbre de la 
famille des Myrtacées, le Mélaleuque nain, Meldenca Cajâputi Roxb., 
Melaleuca minor Smith. 

Description. — L*huile deCajeput est un liquide très-mobile, très-fluide, 
d'une odeur forte et agréable, qui rappelle à la (ois celles du Camphre, 
de la Térébenthine, de la Menthe poivrée et de la Rose ; elle est entière- 
ment soluble dans l'alcool, sa densité varie entre 0,916 et 0,919. La 
couleur verte de Thuile du commerce est due à l'oxyde de cuivre (Gui- 
bourt) ; cependant on peut en distillant les feuilles fraîches obtenir natu- 
rellement cette couleur, en ce cas on peut la supposer due à la chloro- 
phylle (Caventou) ; elle jaunit à la longue et dans ce cas l'odeur de Rose 
prédomine. 

Propriétés et usages. — C'est un excitant très à la mode chez les Chi- 
nois et les Malais. En Europe, on Ta employée à l'intérieur comme sti- 
mulant dans les névroses de la digestion, la colique venteuse, Tépilepsie 
à la dose de quelques gouttes sur un morceau de sucre. A rextérieur, on 
s'en est servi en frictions dans la goutte, le rhumatisme chronique et 
le choléra. 

Lessox, Notice sur l'huile de Caiou^Pouli ou de Cajeput, etc. (Journal de chimie médicale^ 

V série, t. III, p. 236). 
X..., Note sur l'huile de Cajeput [Bulletin de thérap., 1831, t. I, p. 188, 228). 
M^RAT et DE Lehs, Dictionnaire de matière médicale et de thérapeutique, t. IV. 

{j^N Marchand, 



Digitized by VjOOQIC 



CAILLE-LAIT. — CALABAR. — CALAMUS AROMATICUS. 71 

CAIIiIifi-lAitlT. — Le Caille-lait ou Gaillet, ea latin Galium^ est 
un genre de la famille des Rudiagées dont plusieurs espèces ont été em- 
ployées en médecine. 

l*" Oallle-Uilt vrai, Gaillet jaune, Galium verum Linn. C'est une 
plante très-commune dans les prés secs, sur le rebord des fossés, à la lisière 
des bois. Les racines sont irivaces, rampantes, les tiges grêles, carrées, 
rameuses, atteignant à peine 50 cent, de hauteur; les feuilles sont op- 
posées, linéaires, étroites, à bords rouges en dessous, accompagnées cha- 
cune de deux stipules libres ou connées ayant les mêmes formes et la 
même dimension que les feuilles elles-mêmes, en sorte qu'on les décrit 
en général comme verticillées. A Taisselle des deux vraies feuilles, dans 
la partie supérieure de la tige, on trouve des fleurs disposées en cymes : 
elles sont petites, jaunes, asépales. On leur trouve une corolle rotacée à 
quatre divisions, quatre étamines, un ovaire infère donnant par la suite 
deux petits akènes. 

Usages. — De tout temps on a employé le Gaillet en infusions comme 
diurétique et sudoriGque, et Ton a prétendu que le suc exprimé (100, 
200 gr.) était un anti-épileptique. Ferramosa Ta vanté comme un anti- 
scrofuleux. 

T Cttllle-lalt Manc, Galium palustre Linn.; il ressemble beaucoup 
au précédent, mais les fleurs sont blanches et les cymes plus lâches et 
plus étalées. 

Usages. — On Ta présenté comme un parfait antispasmodique. Mier- 
gués le préconise dans Tépilepsie, et dit Tavoir employé avec succès. H 
serait du plus haut intérêt de poursuivre ces observations. 

Succédanés. — On a administré, dans les mêmes circonstances, le Gal- 
lium rigidum et le Galium mollugo Linn. Léon Marchand. 

CAIiABAR, (Fève de). Voy. Fève. 

CAIiAHlIli AR#]IIATIClJ(i. — Sous ce nom, on a désigné, en 
pharmacie, deux produits difTérents qu'il faut distinguer : 

1^ Le Calamus aromaticus des anciens est un rhizome d'une plante 
de la famille des Gentianées (Guibourt). Il se trouve sous la forme de 
fragments de tiges de la grosseur d*une plume, rougeâtres au dehors, 
imrsemés de nœuds, remplis d'une moelle blanche, d'un goût amer, se 
divisant en éclats quand on la brise ; son odeur est douce, aromatique. 

On connaît encore cette substance sous les noms de Calamus verus^ 
Calamus odoratus. 

T Le Calamus aromaticus ^ que les modernes ont confondu avec le 
précédent, est le rhizome d'une Aroïdée appelée Acorus Calamus Linn. 
Acore vrai. 

Ce rhizome est gros comme le doigt, articulé, spongieux, couleur 
fauve à l'extérieur, blanc rosé à l'intérieur, d'une odeur suave et agréable, 
d'une saveur aromatique. La partie supérieure montre des cicatrices 
demi-annulaires, traces de l'insertion des feuilles; la partie opposée 
porte les racines ou leurs débris. 



Digitized by VjOOQIC 



72 CAL. — CALCULS. — DÉFiNmo». 

Usages et doses. — A la dose de 4 à 5 grammes,* la poudre est stimn- 
lante. En Allemagne, on l'administre en décoction, 40 grammes pour un 
litre d'eau, dans les fièvres intermittentes, la goutte, l'œdème, etc. 

Léon Marchand. 

CAli. Voy. Fractures. 

€AI«€lJiiS. — Déllnitloii. — Lorsque dans les conduits excré- 
teurs ou dans les réservoirs d'une glande, le produit de sécrétion s'épais- 
sit et se dessèche, il devient une masse concrète, une concrétion. Lors- 
qu'en même temps que la matière organique, se précipitent des matières 
salines organiques ou inorganiques, la concrétion devient dure, pierreuse : 
elle prend alors le nom de calcul. 

Les calculs étant ainsi définis, il est évident que nops ne comprendrons 
point sous ce nom les concrétions du poumon, de la plèvre, les phlébo- 
lithes, les tophus articulaires. Nous ne trouverons donc de véritables 
calculs que dans les réservoirs et les conduits de sécrétion ; c'est ainsi 
qu'on a décrit les calculs des fosses nasales, des amygdales, les calculs 
biliaires, vésicaux, prostatiques, les entérolithes (Cruveilhier). 

Devrons-nous décrire, en même temps que les calculs et sous la même 
dénomination, les graviers et les sables, la boue biliaire? Reportons-nous 
h la signification de ces mots; graviers, sables, boue, pierre, quoique 
formés des mêmes éléments, silice et chaux, ne seront jamais confondus 
les uns avec les autres dans le langage vulgaire : la pierre de grès n'est 
que du sable aggloméré, et cependant il ne viendra à l'idée de personne 
de confondre ces deux choses, de les appeler du même nom. C'est donc 
le volume et Tagglomération des sédiments qui fait le calcul et la pierre. 

La formation des calculs est un fait très-général dans l'histoire des 
êtres organisés : ici nous touchons aux rapports complexes des matières 
organiques et inorganiques dans la trame même des tis^rus vivants. Que 
devient cette quantité considérable de sels fixes que les racines puisent 
dans le sol et qui circulent dans la plante, que l'alimentation chez les 
animaux emprunte à ces mêmes plantes et qui circulent dans le sang? 
Rien de plus commun que de trouver dans les fruits charnus des plantes 
des concrétions pierreuses; rien de moins rare que de trouver ces 
mêmes concrétions pierreuses dans les glandes d'excrétion des animaux. 

La physiologie comparée nous donnera peut-être un jour la loi de ces 
formations similaires ; elle nous montrera que, dans l'évolution des cal- 
culs, tout n'est point abandonné aux lois physiques. Une simple réflexion 
qui ne peut manquer de venir à l'esprit de tout le monde nous en 
donne la preuve : si les calculs se formaient inertes, par le fait seul de 
la précipitation, dans l'urine acide ou alcaline, de sels organiques ou 
inorganiques insolubles, ils devraient exister dans tous les cas où l'urine 
oiïre par sa réaction, par sa composition, les conditions favorables à leur 
formation. Pour qu'il y eût concrétion lithique, calcul, il ne suffit pas 
qu'il se fasse un dépôt, il faut que ce dépôt s'agglomère, se concrète, .se 
dépose en couches régulièrement concentriques. 



Digitized by VjOOQIC 



CALCULS. — cARACTèRES giSnIradx. 75 

Là est rinconnu ! Quel est le brin de paille autour duquel ces masses 
considérables se sont déposées? En dehors des cas où un corps étranger 
venu du dehors leur a donné naissance, par quoi est formé le noyau des 
diverses espèces de calculs? C'est une question qui nous semble capitale, 
et à laquelle on a accordé jusqu'à présent trop peu d'attention. Nous 
avons cru devoir Tétudier avec plus de détail ; et après un court résumé 
des caractères généraux de forme, de texture et de composition des dif- 
férents calculs, c'est en commençant par leur noyau qui en forme le point 
point central, que nous chercherons à préciser leur mode de formation 
et la signification physiologique des éléments qui les constituent. 

cmwmetéwmm nfénéraax* — Les caractères extérieurs des calculs sont 
variables suivant leur origine et leur siège. Petits et nombreux dans 
les glandes sans réservoirs, ils peuvent, dans la vésicule biliaire et 
dans la vessie, acquérir des dimensions énormes. Un calcul trouvé par 
J. F. Meckel dans la vésicule biliaire avait cinq pouces de longueur et 
quatre de circonférence. 

Leur forme est variable : les calculs interstitiels sont irréguliers, 
ramifiés; on les trouve 
ainsi dans les glandes sa- 
li vaires et surtout dans le 
rein (fig. 5). Baillie a des- 
siné un calcul pancréa- 
tique ramifié, qui formait 
jcorome un moule des fines 
divisions de la glande; 
Seifert a trouvé un calcul 
biliaire d'un bleu pâle et 
ayant la forme d'une étoile 
à six rayons. 

Le plus souvent, lors- 
qu'il n*y a qu'une seule 
pierre, elle est de forme 

ovalaire, quelquefois apla- ^''' ^' - ^^"^ '^"'^- ^^^ ^"' '*'*^""''"^ ^'^''^ 

tie sur deux de ses faces et 

•ayant une de ses extrémités légèrement renflée; elle se moule sur le bas- 
fond du réservoir glandulaire où elle s'est lentement formée. Un calcul de 
. la vésicule biliaire qui se prolonge jusque dans le canal cystique, présente 
ordinairement un étranglement correspondant au point même où le canal 
fait suite à la vésicule. Lorsqu'il y a de nombreux calculs roulés les uns 
. contre les autres, ils deviennent polyédriques, et cela d'autant plus faci- 
lement que le calcul est de consistance molle (calculs biliaires); dans cer- 
tains cas on a vu, par suite de ce frottement, un calcul se creuser sur 
une de ses faces et recevoir, comme dans une mortaise, la saillie demi- 
sphérique d'un autre calcul qui s'emboîtait avec lui. 

Les calculs, alors même qu'ils sont de forme régulière ou définie, 
ovalaire, sphérique, polyédrique, peuvent être lisses ou hérissés de sail- 



Digitized by VjOOQIC 



74 CALCUIiS. — CAnACTÊRES généraux. 

lies. Ces saillies mamelonnées, souvent cristallines, donnent ou calcul 
sphérique et dur (car ceux«là résistent et ne s'aplatissent point) la 
forme d'un fruit de mûrier : de là le nom de calaih 
muraux (fig, 6). 

Nous avons dit que la consistance des calculs était 
très-variable ; entre ces calculs biliaires charbonneux 
qui s'écrasent facilement entre les doigts et les caU 
culs durs> pierreux, cristallins, d'oxalate de chaux, 
nous avons certains calculs crayeux, phosphatiques, 
Fig, c.^ Calcul mural, ^^jj^ g^^g j^ pression du doigt, 80 fragmentent sans 
s'écraser. Les calculs peuvent être rudes et âpres 
{calculs mura^ix) secs et terreux (calculs phosphatiques) doux et savon- 
neux au toucher (calculs de cholestmne) . 

Les calculs peuvent être d un blanc crayeux, terreux, jaunâtre ; les 
calculs biliaires sont jaunes, vert foncés, noirâtres, d'un vert brillant 
métallique. 

Ils peuvent être peu denses ou compactes, lourds, surnager ou s enfon- 
cer au. fond de l'eau ; ils peuvent être terreux ou offrir la consistance 
onctueuse de la cire et brûler à la lumière. Ces caractères extérieurs de 
forme, de consistance, de couleur, ne peuvent servir de base à une clas- 
sification des calculs. Walter l'avait essayé pour classer la collection du 
musée de Berlin ; mais en dehors de la constitution chimique des calculs 
prise pour base, tout essai de classification est et doit demeurer stérile. 
Les calculs sont le plus souvent formés de couches concentriquement 

disposées ; lorsqu'on les a sciés, on 
voit souvent des stries radiées aller 
du centrée la périphérie. Dans cer- 
tains calculs, surtout dans les calculs 
biliaires, on reconnaît, par la simple 
fragmentation, leur nature cristal- 
line ; on les dirait formés de minces 
paillettes de mica. Quelques calculs 
possèdent plusieurs séries de cou- 
ches concentriques autour de noyaux 
différents. Nous en donnons un 
exemple emprunté à la collection 
de Le Roy dttiolles (fig. 7). Fau- 
^ ,* ^ -, , ,., . , conneau Dufresne en a observé 

Fig. 7. — Calcul a noyaux multiples pris dans . * r« "il i • j 

une gangiie d'urale disposée par couches con- quatre Cl (jUllbcrt Cinq dans Un 

centriques. (Le Rot d'ètiolles fils.) même calcul. Morgagni parle d'un 

calcul creux en dedans et en ren- 
fermant plusieurs autres de couleur noire. Non-seulement les différentes 
couches concentriques, mais les deux moitiés d'un même calcul, peuvetit 
être d'aspect dissemblable : une extrémité sera, par exemple, demi-trans- 
parente et cristallisée, et l'autre sera opaque et d'apparence crayeuse. 

La composition chimique d^s calculs noup les montre constitués le 



Digitized by VjOOQIC 



CALCULS. — CAIUCTÈRES GÉNÉRAOX. 75 

plus souvent : les calculs biliaires, par de la choleslérinc ; les calculs 
urinaires, par des urates et des phosphates terreux, de l'oxalate de chaux; 
les calculs des autres régions, par un mélange de phosphate et de carbo- 
nate de chaux. Ce groupement des calculs est parfaitement naturel ; l'ob- 
servation de Stôckhardt et Faber, celle de Marchand, qui auraient trouvé 
des calculs biliaires formés d'acide urique est évidemment erronée. 
Frerichs croit avec raison qu'il y a eu, dans ce cas, une erreur de col- 
lection. 

Mais il est nécessaire de revenir, pour les compléter, sur la composition 
de ces différents calculs. Les calculs de la prostate (Béraud), les calculs 
salivaireSj des amygdales, du 
pancréas (Fauconneau Dufresne), 
les rhinolithes (Grâfe), sont for- 
més de mucus, de phosphate et 
de carbonate de chaux, le plus 
souvent avec excès de l'un ou 
l'autre de ces deux constituants. 
Ainsi, à propos des calculs sali- 
vaires, si nous prenons au hasard 
dans les résultats d'analyses de 
Bibra, Wright, Lecanu, et de 
celles plus récentes de Golding 
Bird, nous trouvons, pour deux 
calculs, ces chiffres extrêmes : 
dans l'un, 81 pour 100 de car- 
bonate de chaux, 4 de phosphate ; 
dans l'autre, 75 de phosphate, 
2 de carbonate de chaux. On 
trouve encore, dans ces calculs, 
des traces de phosphate de ma- 
gnésie. Il en serait de même des ^'«- ^•->» ^^""'^ ^ ^^^ f'"»*^« verticalement par 

" , . , , . p sa paroi postérieure, et la prostate p«r sa paroi 

concrétions lacrymales, si 1 on inférieure. On voit sur la tranche droite de la 

s'en rapporte aux deux seules co"P« ""^ multitude de petits calculs miliairea, 

analvses aue nous connaissons dp brunâtres, semblables à de gros grains do sable, 
analyses que nous connaissons ae ^^^^j^ ^^ ^^^^^ j^ ^^^^^^^^ ^^^^j^^ présente la 

ces calculs, et qui sont dues, l'une structure celluleuse de la prosUte; chacune des 

à Fourcroy et Vauquelin, l'autre <»"«*«» contenait un ou plusieurs petits calculs. 

\ D LJif • 1 1 Une coupe verticale, faite sur la paroi supérieure 

à BoUChardat. Les vrais calculs ^^ ^anal de rurèlhre, éUblit que la portion de 

prostatiques sont presque exclu- prostate qui entoure cette portion supérieure pré- 

sivement formés de phosphate de ?^"1^ ** "fr"" ^i'P?"'^ «P?"Ç'«"«;f ^\ «^'^'i^»^ 

o ««^ £/iivoptia ^ également des calculs. (Cruveilhier,i4 «fl/(>ifii^pfl- 
Chaux, avec des traces de car- thologiqw du corps humain, Za* livraison. — 

bonate de chaux et de phosphate Civiaie, i. lï, p. 345.) 
ammoniacp-magnésie (fig. 8). 

Les calculs urinaires seraient, d'après les très-nombreuses analyses de 
Samuel Bigelow, foyrmés, dans leur ordre de fréquence, par les matières 
suivantes : acide urique, urates, phosphate de chaux et phosphate ammo- 
niaco-magnésie, oxalate de chaux, xanthinc, cystine, etc. On aurait en- 



Digitized by VjOOQIC 



78 CALCULS. — siéfiE, âge et rature. 

corc trouvé dans les calculs, d'après les analyses faites par Bigelow, de la 
silice, de Toxyde de fer, du phosphate de fer, du benzoate et de Foxalate 
d'ammoniaque, du mica ; silice et mica sont deux éléments qu'on ne 
s'attendrait guère à trouver dans un calcul urinaire. 

Sur 200 calculs qui ont été analysés par Bigelow, 115 étaient des cal- 
culs d'acide urique et de ses dérivés. Beale donne les chiffres suivants : 
sur 100 calculs, 60 d'acide urique, 22 d'oxalate de chaux, 10 de phos- 
phate, 5 de cystine; cette proportion considérable des calculs de cystine 
est évidemment exagérée. Du reste ces classifications ne peuvent jamais 
être absolument exactes, attendu que souvent les calculs sont mixtes, 
et un même calcul peut être formé à lu fois de phosphates, d'acide urique 
et d'oxalate de chaux. 

Les calculs biliaires sont le plus souvent formés par de la cholestérine, 
des matières colorantes (choléchlorine, cholépyrrhine) mal définies et à 
peine étudiées, du glycocholate (Frerichs) et du cholate de chaux (Luton). 
Gerhard a analysé plusieurs calculs biliaires presque entièrement formés 
de carbonate de chaux. Andral cite un fait dans lequel il a constaté 
l'existence de plusieurs calculs phosphatiques. Frerichs a trouvé, dans un 
calcul biliaire, 68 pour 100 de margarate de chaux. On a de plus con- 
staté, dans ces concrétions, des traces de fer, de manganèse, de cuivre, 
métaux dont les sels ont tendance à s'accumuler dans le foie. 

Siège. — On a observé des calculs dans la vessie, le rein, les ure- 
tères, dans l'urèthre, au prépuce ; on les a trouvés remplissant les ca- 
naux biliaires (Fauconneau Dufresne, Barth et Duménil), remplissant la 
vésicule, engagés dans les canaux cystique et cholédoque, descendant 
dans l'intestin qu'ils peuvent obstruer et formant les seuls vrais calculs 
intestinaux, les bezoards de l'homme; dans la prostate, les calculs ne sont 
que Texagération des petits grains concentriques, véritables calculs dont 
la glande est remplie (Sappey); dans les vacuoles de Tamygdale, il se 
dépose du phosphate de chaux autour de concrétions caséiformes; quant 
aux calculs salivaires, ils ne se rencontrent guère que dans le canal de 
Wharton et sont rarement concentriques. 

Ai^e* — Les calculs peuvent exister à tout âge de la vie de l'homme ; 
on en a observé avant la naissance, et il y a plus d'un siècle que ce 
fait avait été signalé (YanSwieten). Relativement au sexe, à l'iniluence 
du régime, des habitudes, il ne saurait être rien dit qui puisse s'appli- 
quer aux calculs en général; ces questions, fort importantes du reste, 
n'ont d'intérêt que lorsqu'on étudie isolément les calculs biliaires, vé- 
sicaux, etc. 

QUELLE EST LA NATURE DU NOYAU DES CALCULS, COMMENT ET DE QUELLE 
MANIÈRE SE FORMENT LES CALCULS AU SEIN DES ORGANES? 

Nous rapprochons ces deux questions à dessein, parce que la première 
nous donne, en partie, la solution de la seconde : 

I. Il y a un siècle et demi, Nuck avait fait devant ses élèves la très- 
curieuse expérience suivante : ayant pratiqué une incision au bas-ventre 



Digitized by VjOOQIC 



CÂLCIXS. — QUELLE EST LA WATUBB DU NOTAU. 77 

sur un chien vivant et mis à nu la vessie, il fit une ponction, et par 
cette plaie, introduisit dans la cavité vésicale un petit fragment de bois ; 
la vessie herniée fut réduite, la petite plaie se ferma et Tanimal guérit. 
Plusieurs mois après, il tut sacrifié, et pn trouva, dans sa vessie, un 
calcul ayant pour origine ce petit morceau de bois : a Eodem modo^ cal" 
culum^ in renibus primo genitutriy dein in vesieam ddapsumy nucleum 

constituerez cui dein substantia calculosa accresdt dissimili haud 

modo quo saccharum cantum album bacillis suis adhxrere videmus. v> 

On savait donc très-bien au siècle dernier, quelle était Tinfluence des 
corps étrangers accidentellement introduits dans la vessie sur la produc- 
tion des calculs, et Ton savait aussi que de très-petits calculs rénaux des- 
cendus dans la vessie n'étaient en réalité que le globulum ligneum^ le 
noyau des gros calculs vésicaux. 

Nous ne ferons que mentionner les corps étrangers qui ont ainsi servi 
de noyau à des calculs. Pour la vessie : des fragments de sonde, des 
morceaux de bois, des débris de corps étrangers de toutes formes ; pour 
les calculs biliaires : du sang, des lombrics, des corps étrangers venus de 
Vestomac à la suite de perforation (Fuchs, Frerichs). 

Ce sont laies noyaux des calculs accidentels ; il faut maintenant savoir, 
dans les calculs spontanément formés, quelle est cette première couche 
concentrique autour de laquelle toutes les autres se sont déposées ; nous 
ne ferons point d'hypothèses, nous contentant de dire ce que Ion sait, 
ce que l'on a observé. 

Les calculs peuvent n'avoir pas de noyaux proprement dits; ainsi les 
calculs salivaires ne sont, le plus souvent, qu'une masse de phosphate 
de chaux mal cimentée; d'autres fois, des calculs volumineux sont for- 
més par l'agglomération de petits calculs : c'est ainsi que ^eale donne, 
d'après Haynes Walton, la description d'un gros calcul de quatre cen- 
timètres de long sur deux de large, ainsi constitué : par la section, on 
ne découvrait aucune trace de couches concentriques ni de noyau, mais 
en regardant à un grossissement de quelques diamètres, on voyait, sur 
tous les points de la surface de la coupe, de tous petits calculs, formés 
chacun d*un noyau, avec plusieurs couches concentriques. 

Le point de départ des calculs peut se trouver dans Tépithélium infiltré 
de chaux (calculs amygdaliens). Lebert*, Bramson et Seifert font jouer à 
l'incrustation de Tépithélium par des sels calcaires, du cholate de chaux, 
un rôle essentiel dans la genèse des calculs biliaires. Quekctt pense que 
les granulations terreuses, point de départ des calculs prostatiques, se 
forment dans les cellules de l'épithélium de la glande. 

Beale a observé qu*un grand nombre des calculs vésicaux venus du 
rein, ont pour noyau de petits amas de cristaux en sablier d'oxalate de 
chaux, autour lesquels s'agglomèrent les granulations d'acide urique : il 
en serait ainsi de la plupart des calculs à base d'acide urique. 

II. A. Pour que l'acide urique se dépose, il faut, ou bien qu'il soit ex- 
crété en plus grande quantité, ou que l'urine soit plus concentrée; il 
suffit même que l'urine soit acide, et Vogel en donne la raison : les 



Digitized by VjOOQIC 



78 CALCULS. — quelle est la nature du koyau. 

urates devenus acides dans une urine acide, étant moins solubles que les 
urates neutres, se précipitent. Ainsi se forment la plupart des calculs 
(ïacide urique. 

B. Toutes les fois que l'urine, pour quelque cause que ce soit, devient 
alcaline, des sédiments de phosphates terreux se précipitent au sein 
de lurine; Ja fermentation qui s'établit alors, faisant rapidement avec 
l'urée du carbonate d'ammoniaque, ne tarde pas à rendre toute la masse 
du liquide alcaline; le phosphate de chaux, qui n'est soluble que dans 
une urine acide ou neutre, se précipite. Ainsi se forment les calculs de 
phosphate de chaux. 

C. Dans le cas seulement où Talcalinité de l'urine tient à la décomposi- 
tion de Purée, il peut se faire en présence du carbonate d'ammoniaque, 
produit de la fermentation, et du phosphate magnésien normalement 
contenu dans l'urine, du phosphate ammoniaco-magnésien : ce qui ne 
se produit jamais quand l'alcalinité de l'urine est due à toute autre cause 
qu'à la décomposition de l'urée (Hassall). Tel est le point de départ des 
calculs de phosphate ammoniaco-magnésien. 

D. On comprend très-bien que de petits graviers d'oxalate de chaux agglu- 

tinés, tombant dans une urine acide, se re- 
couvrant d'acide urique ; plus tard la vessie 
enflammée sécrète du muco-pus, l'urine 
fermente, devient alcaline, et des couches de 
phosphates s'ajoutent aux couches précédem- 
ment formées d'acide urique (fig. 9). Ainsi 
se forment les calculs mixtes. 
''d-.^i^'t,t'^Ê:rS xTv: lU. Quei'e est maintenant l'origine de 
fjg. 151.) l'oxalate de chaux? En dehors des aliments 

végétaux qui peuvent l'introduire dans l'or- 
ganisme, le sucre incomplètement brûlé, l'acide urique en s'oxydant, 
deviennent de l'acide oxalique, et partout où il se trouvera un sel soluble 
de chaux, l'oxalate de chaux va se déposer, tant est grande son insolubi- 
lité. Mais comment cet oxalate de chaux va-t-il traverser le rein, puisqu'il 
ne s'y forme point et qu'il y arrive entraîné par le sang? C. Schmidt pré- 
tend qu'il se fait là un albumino-oxalate de chaux soluble qui perd son 
albumine dans le rein; les expériences de Kletzinsky sur la filtration de 
l'oxalate de chaux, dans un milieu acide et son passage au travers de 
membranes endosmotiques, nous permettent de conclure que, dans l'en* 
dosmomètre humain, dans le tissu du rein, la même action pourra se 
produire. D'après Lehmann, le phosphate acide de soude que l'urine 
renferme normalement, suffirait pour tenir en solution des quantités 
très-appréciables d'oxalate de chaux. 

Le fait de la présence en grande quantité des phosphates alcalins dans 
les sécrétions catarrhales des muqueuses, sous des conditions encore mal 
définies, est un fait d'observation. Il rend compte de la formation des 
calculs phosphatiques qui constituent tous les calculs en dehors delà 
bile et de l'urine. Il nous reste maintenant à parler des calculs biliaires. 



Digitized by VjOOQIC 



CALCULS. — SYMPTÔMES. 79 

Thénard avait attribué la précipitation de ces calculs à la dimi- 
nution de la quantité de soude que renferme la bile ; cette idée est bien 
près de ce que nous croyons être la yérité. 

Il y a deux éléments à considérer dans les calculs biliaires : les sels 
(le chaux (cholatcs de chaux, carbonate, etc.) et la cholestérine. 

a. Prerichs a souvent trouvé, dans la cholécystite, la face interne de la 
vésicule biliaire couverte d'innombrables cristaux de carbonate de chaux; 
et c'est avec raison que Hein et Meckel regardent le catarrhe des voies bi- 
liaires comme une des causes essentielles des calculs. 

6. Dans la bile fermentée, devenue acide d'alcaline qu'elle était, la cho- 
lestérine se précipite ; comme elle est maintenue en dissolution dans la 
bile normale par le cholate de soude et les savons, elle doit se déposer 
lorsque ceux-ci se décomposent. 

Chez le vieillard, le sang renferme plus de cholestérine, il en passe 
plus dans le foie ; on comprend ainsi le plus grand nombre de calculs 
biliaires à cet âge de la vie, surtout si Ton réfléchit que l'existence sé- 
dentaire habituelle aux vieillards amène forcément la stagnation de la 
bile, favorise le dépôt des sédiments biliaires : ce sont des conditions 
physiologiques analogues à celles qui rendent si fréquentes, chez les ru- 
minants réunis en étable, les calculs de la vésicule biliaire (Glissoa). 

Les calculs une fois formés, peuvent se détruire, se carier, se fragmen- 
ter (Frerichs), mais nous ne pensons pas que les calculs subissent des 
métamorphoses secondaires, comme le voudrait H. Meckel. Cptte idée du 
métamorphisme, si ingénieuse et si vraie lorsqu'il s'agit des couches 
concentriques du globe, ne l'est plus quand il ne s'agit que des couches 
concentriques des calculs biliaires, ^t parvis magna componere licet. 

rV. Il y a dans cette question de la pathogénie des calculs, un point à 
élucider, car il est tout à fait inconnu ; nous voulons parler de la nature 
du ciment organique qui réunit les particules salines. On a beaucoup 
parlé de la matière organique des calculs, mais on n'a pas fait une seule 
analyse, une seule détermination exacte que nous puissions mettre à 
profit (Robin). 

En résumé, nous croyons être dans le vrai en ne faisant pas dépendre 
les calculs d'un vice de nutrition ; le calcul n'est pas comme le tophus 
de la goutte, comme les sables de la gravelle, la conséquence nécessaire 
de désassimilations imparfaites, de combustions inactives, c'est un acci-* 
dent qui survient, il est vrai, plus souvent dans les cas où se formant 
les dépôts auxquels nous venons de faire allusion, mais qui ne leur est 
pas nécessairement subordonné ; il ne suffit pas qu'il se fasse un dépôt 
d'urate ou de phosphate, il faut que quelque chose vienne cimenter ce 
sable, cette gravelle urique ou phospha tique, pour en faire un calcul. 

riyaipUlinea. — Admettrons-nous une diathèse calculeuse, ou plu- 
tôt des diathèses calculeuses de difTérente nature : urique, phospha- 
tique, oxalique, etc. Si Ton comprend^ comme le voudrait Bence Jones, 
sous le nom de diathèse phosphatique et sulfotique, les cas dans lesquels 
l'urine renferme un excès de phosphates et de sulfates, il faudra faire 



Digitized by VjOOQIC 



80 CALCULS. — bYMPTÔMES. 

autant de diathèses qu'il y a dans Turine de principes constituants dis- 
tincts. 

Mais si Ton attache à ce mot de diathèse une toute autre signification; 
si Ton comprend, sous ce nom, l'ensemble de conditions organiques dont 
Texcès d'acide urique ou de phosphates dans l'urine est un des carac- 
tères, une des conséquences, on aura posé la question sur son véritable 
terrain, mais on n en aura point, par cela même, ayancé la solution. 
L'inconnu reste toujours, mais c'est déjà quelque chose que d'avoir 
exactement posé les termes de Téquation qui le renferme ; ce qui doit 
préoccuper avant tout, ce n'est point l'excès de tel ou tel principe consti- 
tuant de l'urine, mais l'étude des conditions qui le détermine. 

Nous n'admettrons pas de diathèse calculeuse, car nous ne trouvons 
^ pas dans ce que l'on appelle l'affeclion calculeuse, ces caractères d'héré- 
dité et de généralisation, cette évolution, pour ainsi dire fatale, d'un 
produit morbide, qui, toujours le même pour une affection diathésique 
déterminée (granulations grises pour l'affection tuberculeuse, alvéoles 
infiltrées pour l'affection cancéreuse, etc.), caractérise la diathèse et lui 
donne son nom. Nous admettrions peut-être une diathèse calculeuse, si 
un même sujet nous présentait en même temps des calculs dans la salive, 
dans la bile, dans Turine, etc.; mais ce caractère de généralisation 
manque d'une façon absolue. 

Cela posé, des calculs existent et se sont formés plus ou moips lente- 
ment dans les glandes salivaires ou dans le canal parotidien, dans la 
vésicule biliaire, dans le rein ou dans la vessie, etc. Us agissent à la façon 
de corps étrangers. S'ils sont d'un petit volume, s'ils sont peu nombreux 
et logés de façon à ne pas interrompre ou gêner le cours régulier du 
liquide excrété, on ne saura point qu'ils existent; il suffit d'avoir passé 
quelques semaines dans un hôpital de vieillards, surtout de vieilles 
femmes, pour s'assurer du nombre considérable de cas dans lesquels on 
trouve, à l'autopsie, la vésicule pleine de calculs biliaires souvent volu- 
mineux, et qui n'ayant jamais amené le moindre accident, ont par cela 
même passé inaperçus pendant la vie des malades. 

En prenant le rein pour exemple, si ces calculs, s'accroissant lente- 
ment, enfoncent leurs prolongements ramifiés des bassinets dans le tissu 
du rein, ils l'irritent mécaniquement, en amènent l'inflammation et 
peuvent le désorganiser presque entièrement ; le rein se trouve réduit à 
une coque fibreuse distendue par des calculs de la sérosité et du pus (hy- 
dronéphrose), ou bien transformé en une masse graisseuse (Rayer). A côté 
de la néphrite calculeuse, n'a-t-on pas des hépatites calculeuses (Frc- 
ricbs)? Les abcès de la prostate, des glandes salivaires peuvent tenir à 
la présence de calculs dans les canalicules sécréteurs de la glande : les 
concrétions des follicules amygdaliens sont une cause fréquente des in- 
flammations successives et répétées de ces glandes. 

Dans tous ces cas, le calcul agit comme un corps étranger, irrégulier, 
anguleux; dans un autre ordre de faits, les calculs, devenus arrondis, 
ayant perdu leurs aspérités en roulant les uns sur les autres dans le cou- 



Digitized by VjOOQIC 



CALCULS. — SYMPTÔMES. 81 

rant d'un liquide qui afflue et s'écoule sans cesse, n'agissent plus alors 
qu'en obstruant les orifices d'écoulement de ces liquides, amènent une 
rétention qui cesse après Texpulsion du calcul, lorsque se rétablit le 
cours libre et régulier du liquide, momentanément interrompu. 

Il y a donc des accidents A*irritation et des accidents d* obstruction; 
leur étude générale nous fera connaître ce qui a trait à la symptomato- 
logie des calculs. 

Comparons, en effet, ce qui se passe dans les deux grandes classes de 
calculs : urinaires et biliaires. 

L Un des premiers phénomènes qui s'observent chez les malades at- 
teints de calâds de la vessie^ consiste dans les difficultés de la miction ; 
de là les efforts auxquels le malade se liyre, les positions bizarres qu'il 
est obligé de prendre, et les souffrances quelquefois si vives que pro- 
voque la suppression brusque du jet de l'urine. La sécrétion biliaire dans 
les cas de calculs de la vésicule peut être gênée ou ralentie sans qu'il en 
résulte immédiatement des troubles aussi accusés ; c'est à peine si on voit 
survenir de vagues douleurs dans la région du foie, quelques troubles 
digestifs, de légers accès fébriles et un ictère fugace. 

Les frottements, les éraillures que la surface, quelquefois rugueuse du 
calcul vésical exerce sur les parois des uretères, de la vessie, de Tu- 
rèthre, expliquent très-bien la présence du sang dans les urinés; ne 
pourrait-ou rapprocher de ces hématuries cette observation de Fauvel 
dans laquelle on trouva du sang dans les conduits de la bile à la suite 
d'une angéiocholite symptomatique de calculs biliaires. 

On a encore signalé dans Vaffection calculetise urinaire l'intermittence 
(Civiale) et la rémittence du pouls. 

La fièvre urineuse, quand elle n*est pas la conséquence du cathété- 
risme de Turèthre, indique ordinairement une cystite entretenue par la 
présence d'un calcul. De même l'existence d'un calcul dans les voies bi- 
liaires pourra occasionner une fièvre pseudo-intermittente, fièvre remit' 
tente hépatique (Monneret), mais en l'absence de l'ictère et de la dou- 
leur au niveau des fausses côtes droites, signes auxquels on doit donner 
une plus grande valeur, on ne saurait faire de cette fièvre pseudo-inter- 
mittente la preuve absolue d'une angéiocholite symptomatique. 

On sait, depuis longtemps, quelle est la cause toute mécanique des 
accès de coliques hépatiques et de coliques néphrétiques : les accès dus a 
une cause identique, les tentatives d'expulsion des corps étrangers, of- 
frent, dans leur évolution, une remarquable analogie : la névralgie viscé- 
rale produite par l'éraillure, le tiraillement, le déchirement des filets 
splanchniques enlacés tout autour des conduits excréteurs par lesquels le 
calcul tend à se frayer un passage, est, dans la colique hépatique comme 
dans la colique urinaire, accompagnée d'une légère élévation du pouls, 
mais sans fièvre : la douleur sourde devient à certains moments aiguë, 
lancinante, excessive; elle s'apaise bientôt pour revenir ensuite avec plus 
de fureur et d'intensité, à tel point que certains malades tombent en 
syncope ou sont pris de spasmes nerveux convulsifs. 

IIOUV. DICT. m£d. bt aiiR. VI. — G 

Digitized by VjOOQIC 



82 CALCULS. — symptômes. 

Dans la colique biliaire tout aussi bien que dans la colique urinaire, 
la douleur cesse quand le calcul s'est déplacé ; et, par la pensée, on peut 
suivre pas à pas un calcul engagé dans le canal cholédoque ou dans lu* 
rctère, car chaque pas qu'il a fait, a été marqué par une douleur plus 
vive. 

L'ictère et la rétention d'urine sont deux phénomènes du même ordre ; 
une cause analogue les produit, et ils ont la même valeur séméiologique; 
il n'est donc pas étonnant que Tictère ne soit point une conséquence for- 
cée de Taccès de colique hépatique pas plus que la rétention d'urine 
ne succède nécessairement et d'une façon absolue à la colique néphré- 
tique. 

Quant à la valeur de la colique hépatique comme signe absolu de cal- 
culs biliaires, nous ne pensons pas qu'on lui ait jusqu'ici accordé une 
signification clinique trop absolue, en disant que quatre-vingt-dix-neuf 
fois sur cent, une colique hépatique bien constatée est l'indice certain 
de calculs biliaires. 

Nous croyons plus simple et plus rationnelle l'explication de la coli- 
que hépatique par la distension et Téraillure des conduits dans lesquels 
s'est engagé le calcul, que cette autre manière de voir, soutenue et défen- 
due par Beau avec une grande habileté, et d'après laquelle, la douleur de 
la colique hépatique serait due à l'action de matières irritantes remon- 
tant de rintestin jusqu'au foie par la veine porte. 

II. Lorsque les calculs sont rejetés au dehors, ils peuvent être expulsés 
en très-grand nombre à la fois : cela dépend de leurs dimensions. Enga- 
gés dans les uretères (calculs vésicaux), dans le canal cholédoque (calculs 
biliaires), ils peuvent, non-seulement érailler, mais rompre et déchirer 
ces canaux, et de là, une péritonite suraiguë généralisée, accident rare, 
il est vrai, qui reconnaît la même origine et les mêmes causes, qu'il 
s'agisse d'un calcul bihaire ou d'un calcul rénal. 

Les fistules biliaires cutanées et intestinales constituent pour les calculs 
biliaires un mode d'expulsion dont nous trouvons l'analogue dans l'évo- 
lution des calculs du rein; ce n'est pas seulement, au voisinage de la 
vésicule^ que s'ouvre ainsi la tumeur biliaire (Morand, Fauconneau Du- 
fresne, Levacher, Hoffmann), on l'a vu s'ouvrir au niveau de l ombilic 
(Bûttner et Leclerc, de Caen), de la région iliaque droite (Mackinder), 
du pli de raine (Siry) et du pubis (Huguier). Quant aux fistules vésicales, 
uréthro-péniennes, etc., elles sont comme les fistules biliaires, une voie 
indirecte d'expulsion des calculs : beaucoup plus rarement, de la même 
façon, peuvent être expulsés les calculs nés dans la prostate; les fistules 
salivaires sont également une voie d'élimination des calculs de ces 
glandes. 

Diagnostic. — 1** Quels sont les signes qui font soupçonner l* existence 
d'un calcula 

2** Quels sont les moyens de le démontrer? 

La réponse à la première de ces questions est tout entière dans les 
pages précédentes : s'il existe des douleurs de colique, descendant sur Ids 



Digitized by VjOOQIC 



CALCULS. — SYMPTOMES. 83 

t ' lombes et les membres inférieurs, ou bien au contraire, partant du 
I creux de l'estomac et retentissant dans toute la partie droite du dorps, 
f dans le haut de la poitrine et jusque dans l'épaule et le bras droit, si ces 

> douleurs, moins accusées, moins étendues, moins profondes, présentent 
uu csiTdiCière paroxystique et surviennent par accès de peu de durée ^ si, 

I avec et en même temps que ces douleurs, on constate des signes d'ob- 

' struction, rétention d'urine, ictère, etc., des accidents d'inflammation 

f des cavités d'excrétion, cystite, cholécystite, fièvre urineuse, fièvre 

> pseudo-intermittente biliaire^ on sera en droit de soupçonner l'existence 
^ des calculs ; nous ne parlons ici que de la bile et de l'urine. Dans les 

amygdales, les glandes salivaires, les fosses nasales, lorsqu'il existe des 
l calcub, on les trouve mêlés au pus, on les sent, on en perçoit l'existence, 
I mais on ne pourrait, sans cela, avoir même le soupçon qu'ils puissent 
I exister. 

I Quels sont maintenant les moyens de démontrer l'existence d'un 

calcul. 

C'est d'abord le cathétérisme : il est surtout applicable aux calculs 
de la vessie ; dans les cas de fistules, il peut faire reconnaître des calculs 
biliaires, salivaires; nous n'avons point à donner les règles du cathété- 
risme urinaire ; il doit nous suffire de le mentionner. 

Dn bon signe, c'est la collision des calculs et la perception du bruit de 
froissement, du choc résultant de cette collision. Avec la sonde, on peut 
faire se choquer les uns contre les autres des calculs entre lesquels on 
pénètre; ce n'est point à cela que nous voulons faire allusion, mais bien 
au bruit de sac de noix (J. L. Petit), au bruit de collision que l'on peut 
percevoir dans les cas où la vésicule biliaire, distendue sous la peau, se 
prête facilement à la percussion. Cette sensation, que la percussion pro- 
duit, Tauscultation la rend encore plus nette et plus complète (Martin- 
Selon) ; l'auscultation a été aussi conseillée dans les cas de calculs vési- 
eaux pour percevoir ce même bruit de collision. 

Mais ce qui donn^ au diagnostic une valeur absolue, c*est la constata- 
lion de visu d'un calcul o;i d'un fragment de calcul; aussi, doit-on trier 
avec soin les concrétions qui peuvent être mêlées au pus d'une paroti- 
dite suppurée, d'une amygdalite, etc., au liquide suintant d'une Gslule 
vcsicale ou biliaire. 

Pour les calculs biliaires, il faut les rechercher dans les selles et les y 
rechercher avec le plus grand soin ; il faut bien prendre garde de confon- 
dre avec un calcul, de petites masses de savon biliaire, que l'on trouve 
quelquefois mêlées aux selles (Fauconneau Dufresne). Il faut remarquer 
également si le calcul présente deux ou plusieurs fa^ttes : on peut ainsi 
reconnaître s'il existe un ou plusieurs calculs : Yan Swieten avait déjà 
fait cette remarque* Enfin il faut être prévenu de la possibilité où l'on 
est de trouver des calculs biliaires comme agents d'obstruction intesti- 
nale. Neil^ Puble et H. Bourdon ont signalé des cas de ce genre. 
Si le calcul se trouvait arrêté au-dessus du sphincter de l'anus, on pour- 
rait le sentir à l'aide du toucher rectal (Luton). 



Digitized by VjOOQIC 



84 CALCULS. — symptômes. 

Analyse. — Après avoir pesé le calcul, on doit commencer, avant quil 
ne soU desséchéy par déterminer la composition exacte du noyau du cal- 
cul ; on doit aussi prendre sur différents points des couches concentri- 
ques, de petits fragments que Ton soumettra à l'analyse pour savoir 
si c'est un calcul mixte et qu'elles sont les substances différentes qui 
alternent dans sa formation. Ces deux recommandations sont de celles 
que le médecin ne doit jamais manquer de faire au chimiste auquel il 
confie les soins d'analyser un calcul. 

Maintenant, existe-t-il une méthode d'analyse, simple, exacte et de 
facile exécution, qui permette de se rendre compte de la composition 
d'un calcul? c'est à dessein que nous insistons sur ce point. Une analyse 
confiée à des mains étrangères peut être longtemps différée et ne donne 
pas toujours, si bien faite qu'elle soit, des résultats intéressants pour la 
pratique. Il faudrait pouvoir faire cette détermination le plus vite et le 
plus facilement possible. C'est un des problèmes qui ont surtout préoccupé 
Lionel Beale, nous simplifierons, en quelques points, ses procédés. 

Mais auparavant, et pour permettre à l'observateur de contrôler par les 
données de l'observation microscopique, les résultats de l'analyse chi- 
mique, nous croyons devoir indiquer sous quelle forme cristalline se 
rencontrent, le plus habituellement, les éléments constituants des cal- 
culs. 

La choleste'rine se présente sous l'aspect de plaques rhomboïdales, très- 
minces, à bords souvents brisés; ces plaques sont larges de un cinquan- 
tième à un quart de millimètre et au delà. Incolores habituellement, 
elles ont été trouvées dans un cas, teintes en jaune par la matière colo- 
rante biliaire (Lebert). L'emploi du réactif iodo-sulfurique donnant aux 
tables de cholestérine une couleur qui varie du rose tendre au bleu violet 
foncé, permet de les caractériser. 

Le glycocholate de chaux se présente sous forme de petits amas bril- 
lants, ressemblant à de la leucine (Frerichs). 

Le cholate de chaux a la forme de petites aiguilles cristallines entre- 
mêlées. 

L'acide margarique^ rare dans les concrétions biliaires (Charcot, 
Lebert), donne des cristaux aciculaires, recourbés, minces, jaunâtres, 
réunis en faisceau, en feuille, en étoile, en rosace, mêlés de granula- 
tions dans leur centre. 

La forme cristalline fondamentale de l'acide urique est le prisme rhom- 
boédriquc à angles arrondis. Les cristaux sont tantôt groupés irrégulière- 
ment, d'autrefois, au contraire, groupés en rosaces simples ou stelli- 
formes (fig. 10). Leur couleur varie entre la teinte jaune paille et 
orange foncée. 

Insolubles dans l'alcool, Téther, les acides chlorhydriques et acétiques, 
ils se dissolvent, lorsqu'on vient à chauffer légèrement la préparation, 
dans la potasse et l'acide nitriqne. Traités par ce dernier réactif, ils don- 
nent après addition d'une ou deux gouttes d'ammoniaque, la coloration 
de la murexide {purpurate d'ammoniaque). 



Digitized by VjOOQIC 



CALCULS. — STMPTÔIIES. 



85 



On rencontre le carbonate de chaux sous forme de granulations ou 
bien en petites masses sphéroïdales de cristaux rhomboédriques à angles 
émoussés, de couleur pâle et ombrée. 



Fie. 10. — Acide urique. [Robin et Yerdeii, Chimie anatomiqHe.) 

Le Phosphate basique de chaux est le plus souvent à l'état amorphe, 



Fie. il. — Petits frag- 
ments de phosphate de 
cbaax. (Beale, fig. 101.) 




FiG. 12. — Phosphate de chaux cris- 
tallisé. (Beale, fig. 102.) 




rarement cristallisé en prismes rectangulaires droits (fig. 11 et 12). Celte 
dernière assertion de Lebert demanderait à être vérifiée. 

Phosphate ammoniaco-magnésien (triple p/i05p/ia(^): lorsqu'il cristallise 
rapidement, ses cristaux aciculaires, pris- 
matiques, un peu aplatis, se groupent con- 
fusément en forme de feuilles de fougère 
finement découpées. Lorsqu'il cristallise ré- 
gulièrement, on peut reconnaître que les 
formes si variées qu'il présente dérivent 
toutes du prisme droit à base rectangulaire 
(Robin et Yerdeii. Fig. 13). Les cristaux 
se dissolvent sans effervescence dans les solutions acides même très- 
étendues. 

Voxal(Ue de chaux se présente sous forme de très-petits cristauxDctaé- 
driques, à Taces égales, à arêtes vives et nettement limitées ; ils se laissent 
facilement traverser par la lumière réfléchie, mais s'éteignent dans la lu- 
mière polarisée. Leur transparence permettant de voir à la fois les angles 



Fig. 13. — Phosphate ammoniaco- 
magnésien. (Beale, fig. 60.) 



Digitized by VjOOQIC 



86 . CALCULS. — stmptônes. 

ioférieurs et les angles supérieurs ^ il en résulte des formes quelquefois 

bizarres dont il est assez difticiie de se rendre compte quand on n'a pas 

suffisamment Thabitude de ce genre d'observation (fig. 108, deBeale). 

Ces octaèdres (fig. 44) forment parfois, à la surface des concrétions, 







Fig. 14. — Cristaux oc- Fig. 15. — Cristaux en sablier prove- 

taédriques d'oxalate do nant de l'urine d'un enfant aUeint 

chaux. (Beale, fig. 106.) d'ictère. (Beale, fig. 108.) 

des plaques ou lames carrées d'un brun pâle ; quelquefois ces cristaux ou 
amas cristalloïdes, diversement colorés et quelquefois parsemés de cris- 
taux entièrement transparents, rayonnent autour du centre du calcul. 
L'oxalate de chaux se présente sous forme de masses cristallines comme 
étranglées à leur centre, renflées aux deux extrémités. Golding-Bird les a 
découverts un des premiers; Bainey et Beale ont étudié avec soin cette 
forme cristalline qui n'est pas très-rare (fig. 15). 

Vurate de soude existe dans les dépôts de Turine, les concrétions 
tophacées des goutteux. S. Bigelow et Smith Tout constaté, mais rare- 
ment, dans les calculs urinaires; il ne s*y trouve jamais qu'en petite 
quantité. Il se présente, au microscope, sous forme de sédiments acicu- 
laires noirâtres (Bobin). Ces petites aiguilles sont fortement et intime- 
ment unies ensemble, plus renflées à leurs extrémités qu'au centre (cris- 
taux en sablier). 

L'urate d'ammoniaque se dépose sous la forme d'aiguilles très-longues 
et très-déliées qui forme des faisceaux, des amas sphériques, irradiés, 
opaques. Le précipité d'acide urique qui apparaît sous le microscope quand 
on ajoute une goutte d'acide à la préparation, permet de le distinguer 
facilement du lactate de chaux dont la forme cristalline rappelle celle de 
Turate d'ammoniaque, mais qui disparait entièrement dans une dissolu* 
tion acide. 

Vurate de chaux se rencontre très-rarement dans les calculs urinaires, 
et l'on n'en trouve jamais que des traces ; on ne l'observe que dans des 
calculs phosphatiques (Bigelow et Smith); on n'a pu jusqu'ici l'extraire 
des calculs dans lesquels il se. trouve, et l'on s'est contenté de* déter- 
miner, d'une part, la présence de la chaux, de l'autre, celle de l'acide 
urique. 

Préparé artificiellement, il cristallise en petits grains arrondis, jau- 
nâtres, à bords foncés. 

La cystine se présente sous la forme de cristaux lamelleux, hexagones, 
ordinairement réguliers, la plupart isolés et quelquefois réunis en groupe ; 



Digitized by VjOOQIC 



CALCULS. — SYMPTÔMES. 87 

fréquemment ces hexagones ont deux ou trois de leurs côtés plus longs 
ou plus courts que les autres (Gg. 16). 

Pour déterminer, par l'analyse chimique, la 
composition d'un calcul, il faut d'abord en cal- 
ciner un fragment. Si le calcul prend feu et brûle 
avec une flamme fuligineuse, on est sûr qu'il 
s'agit d'un calcul de cholestérine ; s'il ne s'en- 
flamme point, et s'il reste à peine des traces de 
résidu fixe par la calcination, on traite un autre 
petit fragment du calcul à analyser par de l'a- Fis. 16. — Cysiine. 
cide nitrique, dans une petite capsule de por- '^®"*®' ^^^' ^^-^ 

celaine que l'on chauffe doucement à la flamme 
d une lampe à alcool. S'il se produit des vapeurs rutilantes et une vive 
effervescence, on éloigne un peu la capsule de porcelaine, et quand il 
n'y a plus de dégagement rutilant, on approche une baguette trempée 
dans l'ammoniaque. 

S'il se produit une coloration pourpre, on est sûr qu'il s'agit d'un 
calcul diacide urique ou à*urate : sinon on devra rechercher si le calcul 
est ou non soluble dans l'ammoniaque ouïe carbonate d'ammoniaque; 
dans le premier cas, il s'agit d'un calcul de cystine^ sinon de xan- 
thine; dans ce dernier cas, on aura remarqué que la solution dans l'acide 
nitrique brunit en s'évaporant. 

S'il s'agit d'un calcul qui laisse par calcination un résidu fixe, il faut 
déterminer la nature de ce résidu fixe, terreux; reconnaître si c'est de 
la soude, de la chaux ou de la magnésie ; c'est une détermination des plus 
simples, en se basant sur les réactions connues de leurs sels : il faut avoir 
soin, préalablement, de dissoudre dans un peu d'acide chlorhydrique 
légèrement chauffé, le résidu que l'on se propose d'analyser. 

Cela fait, il n'y a plus que deux choses à déterminer : 1° existe-t-il 
de l'ammoniaque comme base mêlée aux autres bases ; 2^ le sel est-il 
un urate, un phosphate, un oxalate ou un carbonate? 

ta première détermination se fait en chauffant un petit fragment de 
calcul avec un peu de potasse, et quelques gouttes d'eau dans un tube à 
analyse, et exposant aux vapeurs qui sortent du tube un papier réactif 
de tournesol rougi par les acides. 

Il ne reste plus qu'à déterminer l'acide du sel alcalin ou terreux : on re- 
connaîtra un urate à la réaction obtenue par l'acide nitrique et l'ammo- 
niaque (purpurate d'ammoniaque) : en traitant par l'acide acétique, si le 
fragment reste insoluble^ phosphate de chatut; s'il se dissout mais sans don- 
ner, une foisdissous, un précipité avecl'oxalate d'ammoniaque, phospha^^ 
ammaniaco-magnésien (réaction complémentaire des sels à base d'ammo- 
niaque) ; s*il donne un précipité abondant par l'oxalate d'ammoniaque, car- 
bonate de chaux; s'il est soluble, mais sans eïtenescence^ oxalate de chaux. 
Ce sont là des procédés très-simples, suffisamment exacts lorsqu'il ne 
s'agit que d'analyses qualitatives, et qui, par leur simplicité et leur 
facilité d'exécution, peuvent être mis en œuvre par les médecins eux- 



Digitize'd by VjOOQ IC 



88 CALCULS. — pronostic, traitement. 

mêmes, et leur apprendre tout ce qu'ils ont besoin de savoir, sur la na- 
ture et la composition d'un calcul; vouloir obtenir un chiffre exact à un 
millième près, est simple affaire de curiosité. 

Pronostic. — Le pronostic est de peu de gravité lorsque les calculs, 
quels qu'en soient le nombre et le siège, -restent latents; mais il devient 
sérieux lorsque les calculs amènent à leur suite les accidents si variés 
auxquels ils peuvent donner lieu. Pour ce qui est de la lithiase biliaire, 
on comprend, sans qu'il soit besoin d'y insister, qu'entre une ictère fu- 
gace, quelques troubles dyspeptiques, d'une part, et la rupture de la 
vésicule suivie de péritonite suraiguë, d'autre part, entre ces deux acci* 
dents qui indiquent l'extrême simplicité et l'extrême gravité de la ma- 
ladie, il y a bien des dangers intermédiaires ; attaque de colique hépatique 
dont l'excessive intensité a pu amener la mort de malades épuisés de 
douleurs (Luton), inQammation des voies biliaires qui peut être suivie 
de ruptures, de perforation, de gangrène. 

Pour les calculs urinaires, nous trouverons les mêmes raisons de 
craindre ou d'espérer. Le pronostic dépend du siège rénal ou.vésical du 
calcul ; il dépend surtout des complications. Chez les enfants, les com- 
plications sont moins fréquentes ; les calculs des reins sont plus rares 
chez eux que chez tes adultes et les vieillards. Chez les vieillards, suivant 
la juste remarque de Delpech, a les affections catarrhales et goutteuses, 
si familières chez eux, peuvent être facilement attirées sur la vessie, et 
ces complications sont des plus fâcheuses ; » chez eux, les rechutes, les 
récidives sont comparativement plus nombreuses. Le pronostic est donc, 
en réalité, plus favorable lorsqu'il s'agit d'un enfant, que s'il s'agissait 
d'un adulte et surtout d'un vieillard. 

Le danger d'un calcul est principalement dans les accidents de voisinage 
qu'il détermine, inflammation, obstruction, ulcération et gangrène, rup- 
ture et perforation. Lorsque le calcul est expulsé, ou qu'il a été possible de 
l'extraire, la question se pose en d'autres termes, et le pronostic dépend 
alors de la facilité plus ou moins grande et de la rapidité avec laquelle se 
formeront de nouveaux calculs. C'est ici qu'il convient de rechercher 
l'action des modificateurs généraux sur les actes de désassimilation, d'é- 
tudier les changements de composition de l'urine suivant qu'on soumet 
le malade à tel ou tel régime, à telle ou telle médication. S'il est possible 
de régulariser le cours de l'urine, de faire diminuer les urates et les phos- 
phates en excès, en un mot, si l'on peut réagir sur les excrétions^ on 
devra porter un pronostic favorable ; dans le cas contraire, il ne faut se 
prononcer qu'avec réserve. 

Nous ne pouvons dire, dans les limites restreintes que doit comporter 
une étude trè3-générale des calculs, comment et de quelle façon le pro- 
nostic varie lorsqu'on se décide à l'intervention chirurgicale, lorsqu'on 
se propose d'extraire ou de briser le calcul ; ce serait traiter la question 
des indications et des contre-indications de la taille et de la lithotritie. 

VralteHieni. — On a divisé le traitement en médical et chirurgical, 
suivant qu'on se propose d'obtenir la dissolution du calcul, ou qu'on 



Digitized by VjOOQIC 



CALCULS. — TBAITBIIBRT. 89 

veut l'extraire ou le briser. Le trailement ne doit point être défini ainsi ; 
nous n'avons pas là deux méthodes, deux manières de faire différentes 
entre lesquelles le médecin puisse hésiter. 

Le traitement doit avoir en vue par-dessus tout : 1^ d'abord de .prévenir 
les accidents, les complications (traitement de la cystite calculeuse, de 
la néphrite, des coliques biliaires et néphrétiques, etc.); 2*" s'il est pos- 
sible, de faire disparaître le calcul, de le dissoudre, le briser, l'extraire; 
3® de soumettre le malade à un régime et à une médication qui empêche 
chez lui la formation de nouveaux calculs ou l'accroissement de calculs 
préexistants. 

Nous ne parlerons point ici du traitement des complications si variées 
des calculs, accidents qui sont tout autant de maladies distinctes ; il ne 
peut être rien dit de général à ce sujet. Pour ce qui* est du traitement 
radical des calcub, on ne doit y recourir que dans l'intervalle des accès 
douloureux, lorsque toute trace d'irritation, d'inflammation locale s'est 
apaisée, et que la maladie est, pour ainsi dire, silencieuse. 

Nous avons dit qu'il fallait chercher à dissoudre les calculs, à les 
briser, à les extraire, lorsque les seules forces de l'organisme, sollicitées 
en vain, sont impuissantes à les expulser. L'idée d'attaquer les calculs 
par des dissolvants, portés plus ou moins directement jusqu'à leur con- 
tact, est la première qui se soit offerte à l'esprit; elle a été cherchée, 
creusée, fouillée en tous sens; on a essayé toute' espèce de dissolvants 
susceptibles d'agir sur les éléments constituants des calculs pour les désa- 
gréger ou les dissoudre, et prenant la vessie pour un matras à long col, 
les chimiàtres depuis Paracelse, jusqu'à Hoskins, Roberts, B. Jones, 
dont les recherches sont très-récentes, tous ont essayé dans la même 
voie, par la même méthode : faire passer dans l'urine, directement ou 
par voie d'absorption, des substances capables de dissoudre le calcul. 
Benjamin Brodie a montré que des calculs phosphatiques pouvaient être 
réduits de volume ou même entièrement dissous à l'aide d'une solution 
très-étendue d'acide nitrique. Hoskins imagina, il a quelques années, 
d'injecter dans la vessie une solution très -faible d'acétate de plomb 
(0,05 centigrammes pour 30 grammes d'eau), légèrement acidulée par 
quelques gouttes d'acide acétique ; il se ferait, dans ce cas, par double 
décomposition, un précipité granuleux de phosphate de plomb et d'acé- 
tate de chaux et de magnésie. Roberts prétend s'être servi avec succès 
de solutions étendues de carbonates alcalins ; une solution au centième 
amène plus rapidement la dissolution du calcul que ne le ferait une 
solution plus concentrée. Prévost et Dumas, et, plus tard, Bence Jones, 
essayèrent par l'électrolyse de désagréger et de dissoudre des calculs. 

Dans le traitement des calculs biliaires, la prétendue action dissol- 
vante du remède de Durande 

Ëther 8ulfurique 15 gramm. 

Essence de térébenthine iO 

n'est rien moins que prouvée ; le médicament ne semble agir qu'en amc« 

Digitized by VjOOQIC 



90 CALCULS. — TRAITBIIERT. 

nant le rejet du calcul par son action évacuante et purgative; le chloro- 
forme, donné en sirops, en potions, n'a produit aucune action sur des 
calculs formés de cholestérine et de cholépyrrhine, dont il est pourtant 
un des ^leilleurs dissolvants (Corlieu, Bouchut). 

Mais si nous ne pouvons réaliser la dissolution des calculs à Taide de 
lithontriptiques, de quelque nature qu'ils soient, nous avons entre les 
mains des moyens qui nous permettent, dans certains cas, d'amener 
l'évacuation spontanée du calcul. Pour les calculs vésicaux : les diuré- 
tiques, la busserole, préconisée par Brodie, l'usage chez les enfants de 
diurétiques associés à la belladone localement appliquée pour obtenir le 
relâchement des fibres circulaires du col vésical et favoriser l'expulsion 
du calcul (Aberle); ce dernier moyen a joui en Allemagne, dans ces 
dernières années, de quelque réputation. Dans cette même série d'agents 
médicinaux destinés à favoriser l'expulsion des calculs, nous rappelle- 
rons, à propos des calculs biliaires, les purgatifs doux (huile de ricin, 
sulfate de soude), dont les observations de Duparcque ont démontré les 
bons effets ; les vomitifs qui agissent dans le même sens, mais avec plus 
de violence, et offrent par conséquent plus de dangers. On a conseillé 
également l'usage de frictions aromatiques (Pujol), le massage (Hall), les 
douches et l'électricité. 

Lorsqu'il convient d'intervenir et de débarrasser la vessie ou la bile des 
calculs qu'ils renferment, on peut extraire ces calculs en pénétrant par la 
taille jusque dans la cavité oii siège le calcul, ou bien les broyer à l'aide 
d'instrumeifts lithotriteurs. Pour ce qui est des calculs nrinaires, nous 
n'avons point à rappeler les statistiques de Civiale, de Malgaigne, de Vel- 
peau, de Coulson, deMarcet, etc., pour y chercher une raison de préférer 
la taille à la lithotritie. L'innocuité relative de la taille chez les enfairts 
est un fait prouvé par Tetpérience des siècles et que l'expérience de 
chaque jour vient confirmer et dans un parallèle des indications et d^ 
contre-indications de la taille et de la lithotritie, cet élément est peut-être 
le seul qui soit indiscutable. Mais cette question appartient à l'histoire 
toute spéciale des maladies des voies urinaires. 

La taille et la lithotritie sont des moyens opératoires applicables non- 
seulement aux calculs urinaires, mais aussi aux calculs de la vésicule bi- 
liaire. J. L. Petit est le premier qui ait eu l'idée d'ouvrir par incision 
des parois de l'abdomen, au niveau de la vésicule distendue, une voie aux 
calculs : il faut avoir soin d'amener des adhérences avant de tenter l'o- 
pération. Il reste, après l'incision, un trajet fistuleux qui peut se cica- 
triser (Leclerc). Si l'on se décide à faire l'opération, on doit, malgré 
l'assertion contraire de Chelius, ne tenter d'ouvrir la vésicule que dans 
les cas où la tumeur biliaire offrant la marche d'un abcès phlegmoneux, 
est prête à s'ouvrir au dehors en rejetant du pus, de la bile altérée et des 
* calculs ; dans ce cas il faut faciliter le rejet des calculs par la Gstule, 
en la dilatant graduellement à l'aide d'épongés ou de racines. 

Il y a deux ans Demarquay, dans un cas de fistule biliaire à la suite 
de cholécystite calculeuse, çut l'idée d'écraser à l'aide d'yu petit brise-? 



Digitized by VjOOQIC 



CALCULS. *- BIBUOGRAPIIIE. 91 

pierre, des calculs très-profondément situés ; l'opération réussit parfai- 
tement. Il résulte donc de ce lait que la lithotrilie a été et peut être ap- 
pliquée comme la lithotomie au traitement des calculs biliaires. 

Mais le traitement des calculs ne consiste pas seulement à les détruire 
lorsqu'ils sont une fois formés ; il s'agit maintenant d'empêcher qu'il ne 
s'en forme de nouveau ; c'est alors qu'il faut avoir recours à un régime 
approprié. 

Dans le cas de calculs biliaires, on devra prescrire un régime doux 
et modéré, exclure les aliments gras et recommander au malade de 
l'exercice et du mouvement, la vie en plein air, pour empêcher la stagna- 
tion de la bile et amener par une vie plus active, une combustion plus 
complète des matières grasses. 

On doit prescrire les alcalins, les sels à acides végétaux, à base de 
soude, non-seulement parce qu'ils ont des effets laxatifs et amènent des 
évacuations bilieuses, mais surtout parce qu'ils activent les combustions 
interstitielles et rendent la bile alcaline. Dans le cas de calculs urinaires, 
l'indication est la même : activer les désassimilations organiques pour 
faire diminuer, dans l'urine excrétée, l'acide urique et les urates, produits 
de combustions imparfaites (inhalations d'oxygène) : prescrire l'exercice, 
la vie au grand air, donner des alcalins, des sels à acides végétaux. 
Dans l'usage aujourd'hui si répandu des eaux minérales, on ne doit pas 
oublier que le grand mérite de leur action est non pas tant de rendre 
l'urine alcahne, d'en régulariser l'évacuation, de la rendre plus abon- 
dante et de laver pour ainsi dire à grand eau les reins et la vessie, que 
de rendre le sang alcalin : cette alcalinité favorisant la solubilité, dans 
le sang, de l'oxygène, rend plus active l'action des inhalations de ce 
gaz. Il conviendrait donc de faire précéder l'emploi des inhalations d'oxy- 
gène, d'un traitement alcalin, et, suivant les indications de Demarquay, 
de donner le matin deux ou trois verres d'eaux alcalines avant de faire 
respirer l'oxygène; mais ceci trouvera mieux sa place quand il sera traité 
des calculs urinaires. Voy. UaiNAmES (calculs). 

En terminant ces généralités sur les calculs dans les différents organes^ 
sur ce que Ton appelle encore aujourd'hui la diathèse calculeuse, un 
fait nous frappe tout d'abord : il n'est pas de question que les médecins 
chimistes aient plus sérieusement étudiée, cherchée, analysée sous toutes 
ses formes et sous toutes ses faces, que cette question de l'origine et du 
mode de formation des calculs ; et cependant ils ne nous ont appris que 
peu de choses. Ce n'est donc plus seulement à la chimie, mais à la phy- 
siologie pathologique qu'il faut maintenant demander le complément de 
la vérité que seule elle peut nous fournir; il faut que Texpérimefitation 
aidée de Tanalyse chimique vienne en aide à l'observation pour en com- 
pléter les résultats. 

Keioiian (Jo.), Calculoram qui in corpore ac mcmbris hominum innascuntur gênera: Xll, etc. 

Tiguri, 1565, in-8. 
Febranu (Jo ], De nepbrisis et lithiasis seu de renam et vesic» calcuU distincUone, causis, si- 

gnis, etc., ex grœcis aliisque c(>leberriiiïjs medicfs coUecMa. Pariaiis, 1570, ip-4), et 1601, in-12. 



Digitized by VjOOQIC 



02 CALCULS. — BiBUOGRÀPfliB. 

Boscio« (Ignat.)» De lapidibos qui nascunlur in corpore bumano, pnecipue ronibus acTeâct, et 

ipsorum curalione. Ingolstadt, 1580, in-4. 
Wecker (G.), De lithiasi. Basileac, 1592, in-4. 
ScBEirK (J. G.), Lithogenesia, etc. FrancoAirti, 1608, in-4. 
VocKiffs (Jac), De caasis concretionis et dissolationis tam extern» quam intenue oorporis hamani. 

Freiburgi, 1596, in-8. — De lithiasi seu morbo calculoso. Freiburgi, 1614, in-4. 
LiTTRE, De la dissolution des pierres de la vessie dans des eaux communes [M^. de VAcad, royale 

de$ sciences, 1720, p. 436). 
NucK (Antonio), Âdenographia curiosa. Lugduni Batavonim, 1722, in-12, p. 78. 
Vidal, Traité sur la production des pierres dans le corps humain. Ghambéry, 1723. 
ScRERER (Ghr. Ar.), De calculis ex ductu salivali excretis. Argentorati, 1737, in-4. 
Vater (Abraham), De calculis in locis insolitis natis, et per vias inaolitaa endosis. Wittembergip, 

1741. in-4. 
BoERHAAVE (Hcrmanu), Pnelecliones de calcule, libellus. Édit. de Haller. Gœttings, 1752, in-8. 
Neckel (J.Fréd.), Mém. de FAcad. des sciences de Berlin, 1754, p. 92. 
Van Swibten, Commenta ria in U. Boerhaave Aphorismoa de cognosoendis et curandis, etc. 1772, 

t. V, p. 201. 
Taroioni ToxzBTn (Giov.), Raccolta di opusooli medico-pratici. Firenze, 1775, t. II, p. 284, in-12. 
ViGQ d'Aztr, Observations sur les concrétions animales (Hist, et Mém, de la Soc, roy. de méd,, 

an 1779. hist. p. 204; an 1780-81, hist. p. 279). 
DuRAifDB, Mémoire sur les pierres biliaires (Mémoires de l'Académie de Dijon, !•' vol., 1785, 

p. 199, in-8). 
Tenon, Recherches sur la nature des pierres ou calculs du corps humain (Mémoires de PAcëd, 

des sciences, Paris, 1784, p. 564). 
FouRCROT, Sur le nombre, la nature et les caractères distinctifs des différents matériaux qui for- 
ment les calculs, les bézoards et les diverses concrétions des animaux (Annales du Muséum 
d'histoire naturelle. Paris, 1802, t. I, p. 93). 
Baillie (Matthew), A séries of engravings accompanied witli explanations which are intended to 

illustratc the morhid anatomy, etc. London, 1803, in-4, fasc. V, pi. VU, fig. 3 et 4. 
Vaoqubur, Mémoire sur l'analyse des calculs (Mémoires de l'Académie des sciences, 1804, t. IV, 

p. 112). 
Marcbt (A.), Essay on the chemical history and médical treatmcnt of calculous Disorders. Lon- 
don, 1819. 
VoLKEL (Gh. Franc.), Dissertatio de formatione concrementorum calculosomm corporis humant. 

Brcslau. 1822, in-4. 
Lauoibr, Considérations chimiques sur les diverses concrétions du corps humain [Mémoires de 

l'Académie de médecine, Paris, 1828, 1. 1, p. 394). 
Rayer (P.), Traité des maladies des reins. Paris, 1841, t. III, p. 615, in-8. 
A descriptive and illustrated Catalogue of the Galculi and other animal Concrétions contained in 
the Muséum of the royal Collège of Surgeons in London. London, 1842, part. I, and part. II, 
1845, in-4. 
VoGEL (J.), Traité d'anatomie pathologique générale, traduit de l'allemand par Jourdan. Paris, 

1847, in-8. 
Fadconneau Dotresne. De la bile et de ses maladies (Métnoires de l'Académie de médecine. Paris, 

1847, t. XIII,'p.239). 
BioiLow (S.), Recherches sur les calculs de la vessie et sur leur analyse miao-chimique. Thèse de 

doctorat, Paris, 1852, in-4. 
Cruveilbier (J.), Traité d'anatomie pathologique générale. Paris, 1852, t. II, p. 159, hi-8. 
Kletzinskt, Heller's Archiv fUr physiolog. und pathoU Chemie, 1852, s. 207. 
RouN (Ch.) et Vbrdeil, Traité de chimie anatomique et physiologique. Paris, 1853, 3 volumes 

et aths. 
CiviALE, Traité de l'afTection calcnleuse. Paris, 1836, in-8. — Traité pratique sur les maladies des 

organes génito-urinaires. Paris, 1858, 3* édil., t. II, in-8. 
Béraud (B. j.), Des maladies de la prostate. Thèse d'agrégation, Paris, 1857, in-8. 
Fabre (A.), De la cystine, des sédiments, de la gravelle et dos calculs cystiques. Thèse de docto- 
rat^ Paris, 1859. 
Lebert (H.), Traité d'anatomie générale et spéciale. Paris, 1857-1861, 2 vol. in-folio, avec plan- 
ches gravées et coloriées. 
Parées. The composition of the Urine. London, 1860, m-8. 
BiRD (Golding), De l'urine et des dépôts urinaires, traduit parle docteur O'Rorke. Paris, 1861, 

in-8. 
Nbubaubr (G.) und Vogbl (J.), Anleitung inr qualitativen und quantitativen Analyse des Hams, etc., 
bevorwortet von R. Fresenius. Wiesbaden, 1863. 



Digitized by VjOOQIC 



CALENTURE. 93 

Douuv, Traité pratique de la pierre dans la ressie. Parisi 1864, in-8. 

Le Bot d'Ètiolles 61s (R.]» TraiUî pratique de la gravelle et des calculs urinaires. Paris, 1864, 

io-8, figures. 
Beale (Lionel S.), De Turine, des dépôts urinaires et des calculs, etc., traduit par Auguste Olli- 

Tier et Georges Bergeron. Paris, 1865, io-12, avec 136 figures. 
Fbeiucbs (Tbéod.), Traité pratique des maladies du foie et des voies biliaires, traduit de Talle- 

Diand par Dumesnil c;^ Pellagot. 2* édit., Paris, 1866, in-8. 
Jaumes (Alphonse), Pathologie et thérapeutique de i'alTection calculeuse considérées dans leurs 

rapports avec les divere âges de la vie. Thèse d'agrégation, Montpellier, 1866, in-8. 
Voir in Âfmalen der Chemie und Pharmacie: Toel, Band XCVI, s. 24; Stbbcker, Band Cil, 

s. 108 ; Stjbdbleb, Band CXI, s. 28 ; Schebbi, Band GXII, s. 257. ~ Voir aussi l'article Calculs, 

in Dietianuaire en 60 tw/., 1812, t. lil, p. 460; Dictionnaire en 50 t;o/.,1854, t.lll, p. 198 ; 

Compendium de médedtte pratique, 1837, t. II, p 3; The Cyclopedia ofpractical medeàne. 

1833, 1. 1, p. 557 ; The Cyclopedia ofpractical êurgery, 1841, 1. 1, p. 557 ; Valleix, Guide du 

médecin praticien. 1866, additions par Arnould. 

AoGusTE Ollivier et Georges Bergeron. 

CAItEATTlJRE. — La calenture (du mot espagnol calentura^ du 
verbe calentar^ chaufler, échauffer, réchauffer) est une maladie sur 
laquelle nous ne possédons que des renseignements peu nombreux et 
très-incomplets. Trois médecins seulement s'en sont occupé d'une manière 
spéciale, deux Anglais, Stubbes et Oliver, et Beisser de la marine fran- 
çaise. 

Il est remarquable que, malgré l'origine de la dénomination de cette 
maladie, aucun médecin espagnol, à notre connaissance, y ait consacré 
quelques lignes; si Ton veut en découvrir quelques vestiges, il faut 
consulter les relations de voyages de certains navigateurs de la péninsule. 

D'après les auteurs qui prétendent l'avoir observée, la calenture est 
une maladie fébrile particulière aux marins, se développant principale- 
ment pendant les calmes, dans les mers tropicales, présentant comme ca- 
ractère essentiel et pathognomonique, un délire furieux survenant d'une 
manière subite au milieu de la nuit avec désir irrésistible de se précipiter 
à la mer ; ce désir est provoqué par les illusions et les hallucinations qui 
transforment la mer aux yeux des malades en prairies verdoyantes et en 
champs émaillés de fleurs. 

Stubbes, le premier (1668), a donné deux observations de calenture; 
Sauvages qui en admet deux espèces, range la précédente dans la classe 
des vésanies, ordre délire, espèce paraphrosyne, il lui attribue les carac- 
tères suivants : « La paraphrosyne-calenture diffère de la phrcnétique en 
ce qu'elle est sans fièvre, qu'elle provient d'un état saburral et qu'elle 
est guérie par un vomitif; le délire est fugace, subit et gai ; c'est une 
maladie que l'on observe sur les navigateurs, dans les mers tropicales ; 
les malades, croient voir au milieu de la mer des prairies et des arbres, 
et si on ne les surveille, ils s'y précipitent ; la chaleur de la peau est 
naturelle, la langue belle, le traitement consiste à donner un émétique 
qui souvent à lui seul disbipe le délire, on prescrit une diète légère et le 
jour suivant une ou deux saignées. x> 

Cette espèce de calenture parait avoir été très-rai*ement observée, car 
on n'en fait presque pas mention dans les écrits postérieurs que nous 
devrons analyser. 



Digitized by VjOOQIC 



W CALENTURE. 

En 1693, Oliver, embarqué sur le vaisseau VAlbermale alors dans la 
baie de Biscaye, observe un fait qu'il nomme calenture. Hais ici les symp- 
tômes diffèrent de ceux que Ton trouve dans les observations de Stubbes : 
le délire est plus violent, plus tenace; la peau est chaude, le pouls est 
d^^g/^ sans présenter aucune vibration distincte; le malade voulait se 
précipiter à la mer, il en fut empêché par ses camarades ; ce fait a servi 
à Sauvages pour établir sa deuxième [espèce de calenture qu'il range dans, 
les phrénésies, ordre des phlegmasies membraneuses ; dans la noie que 
cet auteur consacre à cette nouvelle forme, il fait mention des tentatives 
que font les malades pour se jeter à la mer et il ajoute que cela arrive aussi 
dans la tritœophie bilieuse et dans la fièvre ardente (hoc accidit in tri- 
tœophya biliosa et causo). 

Dans cette note, Sauvage cite Pringle : le premier fait, probablement 
relatif à la calenture rapporté par le docteur Stedman, chirurgien-major 
des dragons de Grey, a trait à des hommes qui entraient soudainement 
en délire sans avoir auparavant ressenti des douleurs et qui se seraient 
jetés par les fenêtres ou dans Teau si on ne les en eût empêchés ; le second 
qui appartient au docteur Lander, chirurgien du régiment d'Inskiling, 
fait mention de deux soldats qui furent si subitement en proie à la phré- 
nésie qu^ils se précipitèrent dans Peau de dessus des chariots, s'imagi- 
nant qu'ils allaient nager jusqu*à leurs quartiers ; ces faits ont été re- 
cueillis en juillet 1748, dans les plaines inondées du Brabant Hollandais 
(Pringle). 

Ces observations ne présentent aucun caractère qui puisse servir à 
édifier une individualité morbide particulière; le seul symptôme commun 
est le délire et personne n'ignore quelles formes nombreuses le délire 
peut revêtir. 

Néanmoins, malgré le peu de précision que nous remarquons dans le 
cas relaté par Oliver, il a constitué la base de toutes les descriptions de 
la calenture publiées jusqu'à notre époque. 

James, se borne à rapporter l'observation d'Oliver et il explique la 
brièveté des détails qu'il consacre à cette maladie en faisant remarquer 
qu'il ne l'a jamais observée et que personne de sa profession n'a pu lui 
en doimer une description exacte : « Quelques-uns des chirurgiens, dit-il, 
qui ont été dans les dernières expéditions aux Indes occidentales contre 
Carthagène m'ont assuré qu'ils n'avaient jamais vu auctme maladie ac- 
compagnée de symptômes attribués à la calenture et qu'ils croyaient 
qu'on n'entendait par cette maladie qu'une fièvre violente accompagnée 
d'un délire subit. » Aveu précieux et que personne depuis n'a songé à 
transcrire. 

Fournier rapporte aussi le cas d'Oliver ; mais alors que ses devanciers 
n'avaient pas conclu ou s'étaient tenus dans un doute prudent, cet auteur 
devient plus explicite. Il admet que la calenture est une maladie parti- 
culière aux marins voyageant dans les climats tropicaux et de plus qu'elle 
peut se manifester sous forme épidémique. Pour étayer cette singulière 
assertion, il cite une histoire racontée par Gaultier : c( Trente hommes 



Digitized by VjOOQIC 



CALENTORE. 95 

embarqués sur un navire qui devait remonter le Sénégal furent tonSy ma- 
telots et chirurgien, frappés par la calenture, tous se précipitèrent dans 
le fleuve où ils périrent; » c'est sur ce fait resté sans témoins que l'on a 
établi Texistence d'une calenture épidémique ! On est véritablement sur- 
pris, en faisant l'analyse de cette maladie, de rencontrer une crédulité 
aussi grande chez des médecins qui pour d'autres circonstances auraient 
demandé une plus grande précision dans les faits et critiqué sévèrement 
les auteurs qui les auraient admis sans réserve. 

C'est pourtant sur des documents si incomplets et si peu avouables que 
la' calenture prend droit de cité dans le cadre nosologique, la seule ob- 
servation d'Oliver suffit, et néanmoins FAlbermale naviguait dans la baie 
de Biscaye, pairage appartenant à la zone tempérée. 

Cette question a été de nos jours soumise à une critique éclairée qui a 
mis en relief les exagérations dont elle était entachée. Le Roy de Méricourt a 
apprécié avec beaucoup de soin le travail de Beisser, et nous ne saurions 
mieux faire que de prendre pour guide sur ce sujet notre savant collègue. 

Beisser, chirurgien de deuxième classe de la marine, embarqué en 
1823, sur le brick le Lynx en croisière devant Cadix, avait traité plusieurs 
matelots atteints d'une maladie qu'il avait caractérisée par le nom de 
fièvre inflammatoire ataxique : en i 829, embarqué en qualité de second 
chirurgien sur le vaisseau le Duquesne^ en station au Brésil, Beisser dit 
avoir observé une maladie identique, offrant comme symptôme dominant 
un déUre singulier pendant lequel les malades cherchaient à se jeter à la 
mer et se développant sous l'influence d'une haute température. Sur la 
Diane^ Beisser ne rencontre aucun cas de sa maladie de prédilection qui 
devait cependant trouver des influences productrices dans les mers des 
Antilles où stationnait le navire : une seule fois il crut être en présence 
d'une calenture, mais bientôt la marche de l'affection lui démontra qu'il 
ne s'agissait que d'une fièvre rémittente délirante. 

Le Roy de Méricourt désirant avoir des renseignements plus précis sur 
les faits avancés par Beisser, a consulté la collection des rapports des 
campagnes qui existent dans les bibliothèques médicales de nos ports ; il 
a trouvé à Brest le rapport de Lehelloco, chirurgien-major du Duquesne, 
et celui de Beisser, chirurgien-major de la Diane. « Notre étonnement 
a été grand, nous l'avouons, dit de Méricourt, en reconnaissant que 
non-seulement le mot de calenture n'était écrit ni dans Tun ni dans 
l'autre de ces rapports, mais qu'il n'était même pas mention une 
seule fois qu'un seul homme atteint de délire eût cherché à se jeter à 
la mer. » 

Pendant son séjour au Brésil, Lehelloco ne signale dans son rapport 
comme maladie ayant sévi épidémiquement sur son équipage qu'une 
fièvre inflammatoire de courte durée et sans gravité; serait-ce cette épi- 
démie que le second chirurgien aurait plus tard considérée comme appar- 
tenant à la calenture? 

Quant au rapport de la Diane^ rédigé par Beisser lui-même, on n'y 
trouve nulle part le mot de calenture; l'auteur n'indique comme cas 



Digitized by VjOOÇlC 



'^ 96 CALKNTURE. 

important qu'une fièvre pernicieuse délirante heureusement traitée par 
le sulfate de quinine. 

Le rapport médical de la campagne du Lynx n*a pas été retrouvé. 

Il résulte des recherehes de Le Roy de Méricourt qu'au moment où ces 
maladies diverses ont été observées sur ces bâtiments, on était loin de 
leur reconnaître des i^apports avec la calenture ; si le moindre rappro- 
chement eût été possible entre celte prétendue affection et la fièvre in- 
flammatoire du DuquesnCj un observateur tel que Lehelloco qui a laissé 
de très-bons souvenirs dans la marine n'aurait pas manqué de le faire 
ressortir; or, il se borne simplement à relater les faits tels qu'ils se sont 
passés, les caractérisant tels qu'ils devaient l'être, bien loin de prévoir 
alors l'appréciation étrange qu'en ferait plus tard son second chirurgien. 

Forget exprime des doutes sur l'existence de cette maladie ; il la ratta- 
che aux irritations encéphaliques et la compare aux hallucinations éprou- 
vées sur leur radeau par les naufragés de la Méduse. 

Falret (1839) conclut que celte maladie n'est qu'un délire aigu au- 
quel les circonstances peuvent bien imprimer quelques particularités, 
mais qui rentre directement dans le tableau des affections fébriles, idio- 
pathiques, sympathiques ou symptomatiques qu'on trouve décrites sous 
différents noms. 

Ce même auteur (1864), après avoir énuméré les divers symptômes 
que l'on a attribué à la calenture, formule dans les mêmes termes les 
conclusions qu'il avait déjà posées quin/^e ans auparavant. 

Les auteurs du Compendium de médecine après avoir analysé et ré- 
sumé les travaux antérieurement publiés sur la calenture, l'attribuent 
à une hyperémie cérébrale passagère, ils reconnaissent certains rapports 
entre cette maladie et les faits observés par Payen lors de l'expédition de 
Tlemcen; les soldats sous l'influence d'une grande chaleur solaire se 
figuraient entendre des voix aériennes et des chants partant du ciel; 
d'autres, comme des gens en délire, poussaient des plaintes et des cris; 
d'autres enfin, en proie à une excitation délirante plus intense, s'empa- 
raient de leurs fusils et se donnèrent la mort. Des faits de ce genre ont 
été observés par les médecins de Tarmée de terre lors de la malheureuse 
affaire de laMacta. L'hallucination du désert ou Ragle^ si bien décrite par 
d'Escayrac de Laulure (1855), pourrait sous quelques rapports être rap- 
prochée de la calenture. 

Brierre de Boismont, assimile cette maladie aux hallucinations et aux 
illusions que l'on rencontre dans certaines maladies mentales. 

Maisonneuve (de Bochefort) consacre quelques lignes à la calenture dans 
sa thèse. Il se borne à analyser le travail de Beisser, sans émettre au- 
cune opinion personnelle, preuve certaine qu'il n'avait observé rien de 
semblable dans ses voyages sur mer. 

Fonssagrives, après avoir exposé brièvement les symptômes que Beisser 
attribue à la calenture et la nature supposée de cette maladie, termine en 
disant : a Nous nous attendions, en arrivant sur les côtes d'Afrique à 
observer des cas de calenture et nous nous proposions d'étudier cette atfec- 



Digitized by VjOOQIC 



CALENTURE. 97 

tion avec un soin tout spécial : or pendant le cours d'une navigation de 
quatre années (1845-49), un personnel de près de 3000 hommes ne nous 
en a pas offert un seul cas. Rapporter des faits de suicide ou de dispari- 
tions nocturnes à bord des navires qui naviguent dans les pays chauds à 
l'invasion subite d*une calenture, Q'est évidemment édifier une étiologie 
toute gratuite. Nous craignons bien que des interprétations analogues et 
des fièvres pernicieuses délirantes méconnues, aient jusqu'ici fait les frais 
de la calenture. Il faut provisoirement et jusqu'à ce que nous ayon^ des 
observations détaillées et bien faites tenir en doute prudent Texistence de 
cette affection. » 

Boudin après avoir consacré quelques lignes à la calenture, conclut que 
son existence est au moins fort douteuse; il énumère quelques-uns 
des symptômes qui la caractérisent d'après les auteurs que nous avons 
précédemment cités et surtout d'après les faits énoncés par Beisser, 
et termine en faisant connaître une observation qu'il doit à Senard, 
médecin en chef de la marine ; elle a trait à un matelot qui, étant à Toulon 
au mois de mars, fut pris, à la suite d'une émotion morale profonde, d'un 
délire violent, durant lequel on eut de la peine à maîtriser ses tentatives 
réitérées pour se jeter à la mer; ici l'époque de Tannée, la cause produc- 
trice de la maladie ne peuvent faire supposer Texistence de la calenture, 
telle qu'on a coutume de la décrire. 

Le Roy deMéricourt n'hésite pas à conclure qu'il n'existe pas d'indivi- 
dualité morbide qui puisse justifier le maintien de la calenture dans le 
cadre nosologique. 

Grisolle s'exprime ainsi : Hypérémie cérébrale, a Je serais porté à ratta- 
cher à une forme de congestion cérébrale Taffection connue sous le nom 
de calenture, observée, dit-on, fréquemment à bord des navires qui navi- 
guent sous le tropique... Ajoutons que dans ces derniers temps, quelques- 
uns des médecins les plus distingués de la marine, juges très-compétents, 
et en tète Le Roy de Méricourt, ont nié l'existence de la calenture et ont 
soutenu qu'on avait à tort imposé ce nom à quelque forme de délire 
dont on n'avait pas recherché la cause ; c'est donc là un sujet d'étude à 
poursuivre. » 

Monneret écrit : « Peut-être convient-il d'attribuer à des congestions 
encéphaliques le mirage égyptien et toutes les visions singulières que pré- 
sentent les soldats et les voyageurs sous l'empire de l'insolation et des 
chaleurs très-fortes (calenture, délire, suicide, etc, etc.). 

Dans la rédaction de cet article, nous avons dû nous borner au rôle 
d'historien, puisque jamais nous n'avons observé la calenture ; les faits 
que nous avons rapportés ne sont pas assez caractérisés pour justifier 
l'existence de cette maladie; nous reconnaissons volontiers que les pre- 
miers auteurs qui l'ont décrite ont été de bonne foi; nous comprenons 
que, frappés de l'instantanéité des symptômes observés, ils aient cru être 
en présence d'un état morbide inconnu ; mais aujourd'hui qu'une analyse 
sévère préside à l'appréciation des faits médicaux, pouvons-nous considérer 
comme constituant une individualité morbide particulière ces formes de 

Kouv. DicT. m£d. et cbir. VI. — 7 



Digitized by VjOOQIC 



98 CALENTURE. — bibliographie. 

délire qui peuvent se présenter dans une foule de circonstances très-va- 
riées? ce délire irrésistible qui pousserait les malades a se jeter à la mer 
n'est pas noté dans toutes les observations, et cependant ce désir formerait 
le caractère essentiel de la calenture, et par suite éloignerait toute idée 
d'admettre, comme on Va récemnjent proposé, une calenture de mer et 
une calenture de terre. 

Nous avons consulté les plus anciens auteurs de médecine espagnols, et 
principalement ceux qui avaient fait de longues navigations. Dans aucun 
des ouvrages qu ils ont publiés nous n'avons trouvé des traces de la calen- 
ture. 

Nous n'avons jamais observé une maladie semblable pendant treize 
années de navigation, principalement dans les pays chauds. Nous avons 
consulté les vétérans de la médecine navale qui habitent Toulon, et tous 
fios camarades de la marine. Or, nul n'a vu la calenture; nul, en évoquant 
ses souvenirs, n*a pu y retrouver un fait morbide se rapportant même de 
loin aux symptômes attribués à cette maladie : nous avons principalement 
interrogé ceux de nos collègues qui ont navigué dans la mer Rouge. Cette 
mer, aujourd'hui plus fréquentée par notre marine à cause de nos nombreux 
rapports avec Textrème Orient, resserrée entre des côtes arides et sablon- 
neuses, rarement arrosée par les pluies, présente, surtout Tété, une tempé- 
rature égale et même supérieure à celle des régions tropicales ; les accidents 
déterminés par Faction solaire n'y sont pas rares et quelquefois ont été 
assez intenses pour amener la mort ; les symptômes observés, dans ces 
cas, sont ceux que Ton constate ordinairement dans les inflamma- 
tions des membranes cérébrales. Malgré l'élévation extrême de la tempé- 
rature de ces parages, aucun des caractères que l'on assigne à la cal^ture 
n'a été noté par ceux de nos confrères qui ont navigué dans cette mer 
torride. 

Dans le cours de l'enquête que nous avons faite auprès de nos collègues 
de la marine, nous avons recueilli l'observation suivante : pendant la 
guerre d'ItaUe, en 1859, l'escadre française étant en croisière dans l'Adria- 
tique, mer resserrée et chaude, il se présenta à bord de la frégate à vapeur 
le Mogador^ devant l'ile de Lossini, un cas subit de délire : les médecins 
appelés à donner des soins au malade, crurent, au premier abord, avoir 
aflkire à une calenture, mais bientôt la maladie se dessina aves ses vérita- 
bles caractères; c'était une fièvre pernicieuse délirante que guérit rapide- 
ment le sulfate de quinine. Ace sujet, nous dirons que la plupart des faits 
de calenture qui ont été observés n'étaient certainement que des fièvres 
rémittentes graves. 

Nous concluons que la calenture n'existe pasi 

'links (R.), Dictionnaire universel de médecine, de chirurgie, etc., traduit de Tanglals par Di- 
derot, Eidous et Toussaint. Paris, 1746, in-folio. 

FouBKiER, Dictionnaire des sciences médicales, Paris, 1812, t. III, p. 475. 

BisissER (André), DisserUtion sur la Calenture, thèse du doctorat. Paris, 1832, 25 atril, n" 79. 

FoRGET [C], Médecine navale, Paris, 1832. 

Paten, Relation médicale de l'expédition de Tlemcen [Journal 'des connaissances tnédkô' 
chirurgicales. Paris, 1857, t. V, p. 245). 



Digitized by VjOOQIC 



Camisole. od 

Falmt (J. p.), Dkiimmaire des Ûuées médicales pratiques. Pans, 18S9, arl. Détire. — Des 

nnladies mentales et des asiles d'aliénés. Paris, 1864, p. 376. 
1Iaisox5edve (C. de Rocheforl), Essai sur les maladies qui attaquent le plus fréquemment l'homme 

de mer, thèse du doctorat. Paris, 1855, 3 août, ti* 179. 
Fo5ssAGiii¥Es, Traité d'hygiène narale. Paris, 1856, p. 391. 
BoDWx (J. Ch. M.), Traité de géographie et de statistique médicales. Paris, 1857, t. II, p. 343, 

et appendice, p. 7i6. 
^ U Rot de MteicouRT, Existe-t-il une individualité morbide qui puisse justifier le mamtien de 

la calenture dans le cadre nosologique (Archives génér. de méd. Août 1857, t. X. p. 129. 
GaisoLLEj MoNNEBET, Traités de Pathologie interne. 

A. Barballier (de Toulon). 

CAIiUlVIEli. Voy. Mercure:. 
CALUBIQIJE. Voy. Cëaleur. 
CAIiTlVlE. Voy. Cbeveu et Ar^pÉciE. 

CAHISOIiE. — Lorsque les aliénés sont violemment agités, on est 
parfois obligé de recourir à des moyens de contention qui leur enlèvent 
le libre usage de leurs membres; jusquen 1794, partout en Europe les 
fous étaient enchaînés ; Pinel vint, fit tomber ces moyens barbares, et 
leur substitua la camisole, dont l'usage est si répandu aujourd'hui. 

La camisole est une espèce de brassière iV enfant ^ faite de toile forte, 
lacée par derrière, largement échancrée au niveau du cou et munie de 
manches assez longues pour être croisées autour du corps et nouées der- 
rière. On a fait à ce moyen de contention des reproches assez graves et 
quelque peu mérités ; la camisole, quand elle est un peu serrée, com-* 
prime douloureusement la poitrine et gène sensiblement les mouvements 
respiratoires; de plus, quand l'agitation est vive, la pression exercée 
sur les parties «aillantes du corps peut déterminer la formation dVscharres 
ou de phlegmons. H&tons-nous d'ajouter cependant qu'une surveillance 
attentive peut faire disparaître ces inconvénients et rendre à ce moyen de 
contention son innocuité parfaite. En Italie, et dans quelques asiles de 
France, la camisole a été avantageusement remplacée par une ceinture, 
qui, embrassant le bas du corps, est fermée derrière le dos par des bou^ 
clés solides ; elle est soutenue par deux lanières en cuir passant en sau* 
toir sur les épaules; sur les côtés, sont fixés deux ga|ts qui reçoivent les 
mains, et au niveau des poignets, des bracelets de cuir les assujettissent 
dans leur position. Cet appareil a des conditions de solidité que n'offre pas 
la camisole : il maintient bien le malade, est moins pénible à la vue, et 
a le grand avantage de laisser bien libres les mouvements de la poi-^ 
trine. 

La camisole, la ceinture à manchons, ne sont que des instruments ; ce 
qu'il importe surtout de rechercher, ce sont les règles qui doivent pré* 
sider à leur emploi. Pinel, le premier, a tracé en maître les règles d'ap* 
plication des moyens Coercitifs^ et depuis on n'a fait que développer les 
principes par lui posés^ « Il faut, dit-il, accorder aux aliénés toute Téten* 
due des moutemcfnts qui pettt sd concilier avec leur sûreté et celle des 



Digitized by VjOOQIC 



100 CAMISOLE. 

autres, leur laisser la liberté de courir, de s'agiter dans un endroit clos, 
en se bornant à la simple répression du gilet de force. » 

Aux yeux de Tillustre maître, la camisole, prescrite et maintenue d'une 
manière temporaire, répond à une indication thérapeutique en maîtrisant 
les emportements du malade, lui laissant en même temps Texercice 
nécessaire à sa santé. Esquirol, Georget, Ferrus, n'adoptèrent pasd'au-^ 
très préceptes, insistant dans leurs écrits, dans leur pratique, sur la ré- 
serve qu'il convenait d'apporter dans lusage des moyens de répression, 
et, en même temps, sur leur incontestable utilité. L'Angleterre est le pays 
où les réformes françaises, en matière de régime des aliénés, ont pénétré 
le plus difûcilement; en Belgique, en HoHande, en Allemagne, les chaînes, 
les carcans étaient depuis longtemps abolis, tandis qu'en 1859, Ferrus 
trouvait encore à Hanwell tout un formidable appareil de répression. 
Aujourd'hui les médecins anglais, en bannissant d'une manière absolue 
Tusage des mesures coercitives du traitement de l'aliénation mentale, 
s'efforcent de nous devancer sur ce chemin, que nous aurons la gloire 
d'avoir ouvert avant eux. En proposant cet abandon, les médecins 
anglais ignoraient-ils donc les déceptions cruelles qui en sont la consé- 
quence obligée. Il faut, pour tomber dans de pareilles exagérations, ou 
bien peu connaître les aliénés, ou se laisser égarer par un amour exagéré 
du bien public; mais comme le non restraint a été érigé en doctrine, 
dont ConoUy s'est fait l'apôtre, nous devons l'examiner avec le soin qu'il 
mérite. Ce système pose en principe que l'aliéné ne doit jamais perdre 
la libre disposition de sa personne, qu'il doit être traité avec douceur et 
politesse» maintenu à l'aide de gardiens quand il se livre à des actes de 
violence, ou enfermé dans des cellules obscures, solitaires, matelassées 
au besoin. Ce traitement, disent les partisans du système, est plus 
humain et offre de grands avantages. Les moyens coercitifs sont dégra- 
dants, ils deviennent un obstacle à la guérison, en entretenant un état 
d'irritation chez le malade; les gardiens sont portés à en abuser pour 
simplifier leur surveillance, et on a vu bien des fois des aliénés succomber 
aux cscharres produites par la pression prolongée des entraves; enfin, 
avec un personnel plus nombreux, une classification plus méthodique 
des affections mentales, la surveillance est aussi régulière, efGcace, 
qu'avec l'usage des moyens de contention. Il faut bien reconnaître qu'une 
pensée élevée, gAéreuse, a donné naissance à ce système; entourer 
les aliénés de tous les égards dus à l'humanité souffrante, tel est le 
but louable que se sont proposé les médecins anglais. Mais, voyons 
s'ils ne se sont pas fait illusion sur la valeur des procédés qu'ils ont 
adoptés. 

Casimir Pincl dit avec raison que le non restraint n'existe pas plus en 
Angleterre qu'en France, que les moyens de contrainte seuls sont diffé- 
rents, et qu'il ne s'agit plus dès lors que de les comparer sous le rapport 
de leurs avantages et de leurs inconvénients. Sous quelque forme qu'on 
l'adopte, la contrainte est de toute nécessité dans bien des cas ; il fau- 
'drait, pour la oupprimer, abolir du même coup les conceptions délirantes, 



Digitized by VjOOQIC 



■CAMISOLE. 101. 

les hallucinations qui engendrent les déplorables manifestations Ique 
nous a^ons tous les jours sous les yeux. Comment avoir autrement raison 
des penchants onaniques, des tendances à la destruction? Comment s'op- 
i poser à ces besoins immondes qui portent les malades à manger leurs 
i excréments, à boire de l'urine? Faut- il laisser ces malheureux ' errer 
! demi-nus quand ils ont mis leurs vêtements en .lambeaux? L'usage tem- 
poraire de la camisole est alors le seul remède. Il en est de même - dans 
les cas de fureur extrême. En Angleterre, les moyens mécaniques sont 
' alors remplacés par les mains des gardiens, les chambres obscures ; mais 
^ à moins de supposer que les gardiens soientdes modèles de respect, de 
h douceur, on peut croire que les luttes qui s'engagent avec le malade pour 
le contenir, ou le faire entrer dans sa cellule,^doivent amener parfois des 
}. conséquences fatales, comme on Ta vu à Hanwell il y a quelques années, 
I où un aliéné a succombé à des blessures reçues dans une scène de vio- 
E lence où la patience dos inGrmiers s'est trouvée en défaut. La contention 
mécanique doit certainement agir sur Tesprit du malade d'une manière 
i moins fâcheuse que la répression par deux ou, trois personnes; en 
eflet, l'aliéné ne tarde pas à cesser toute résistance dès qu'il voit qu'elle 
est inutile, et qu'il n'aperçoit pas autour de lui des gens occupés à ré- 
primer tous ses mouvements. N'est-il pas des circonstances où il faut 



e protéger le malade contre lui-même? Qui ne sait que quand domine l'idée 
i du suicide, la surveillance la plus active ne parvient pas toujours à sous* 
■ traire les malheureux aux conséquences de leurs fatales idées, puisqu'on 
g en a vu s'étrangler, s'asphyxier dans leur lit, sous l'œil de leur gardien 
i (Brierre de Boismont). Les moyens coercitifs ont l'avantage de ne priver 
^ les malades ni de la promenade, ni de l'air ; et avec des appareils bien 
disposés, on procure le calme pendant le jour, le repos pendant la nuit, 
l résultat qu*on ne saurait atteindre autrement. On a dit qu'autoriser la 
[ camisole, c'était offrir l'occasion de mille prétextes pour en multiplier 
l'emploi, mais le gardien n'est -il pas dirigé par le médecin, bienveillant 
I et juste, sachant développer à propos une fermeté énergique et se conci- 
j lier en même temps la confiance et l'attachement en n'usant de la con- 
\ train te que dans la mesure dictée par l'intérêt du malade. La crainte 
d'humilier l'aliéné est une chimère, l'immense majorité des malades n'a 
aucune conscience de ce qui se passe, et il n'est pas rare de voir l'exci- 
, tation violente faire place h un calme parfait dès que la camisole est ap- 
' pliquée. Ajoutons à cela que tous les asiles renferment un grand nombre 
I de monomanes méchants, indisciplinés, rebelles aux bons procédés, aux 
I paroles persuasives, que la menace de la camisole seule tient en respect, 
dispose à la docilité, et nous n'aurons pas oublié un des moindres bien- 
faits de la coercition appliquée d'une manière intelligente. Comme l'a dit 
; Ferrus, « dans l'emploi des moyens de répression, il ne faut pas perdre 
de vue que la plus grande partie d'entre les malades n'est pas absolument 
privée de raison, il faut donc s'efforcer de prendre sur eux de l'ascendant, 
les encourager, les soumettre par l'ordre, la douceur mêlée de fermeté, le 
travail, sans employer, s'il est possible, une rigueur souvent inutile; 



Digitized by VjOOQIC 



i03 CAMOMILLE. — descriptioii. 

mais il n'en peut être toujours ainsi, et il est bien des cas où l'usage de 
la contention devient absolument nécessaire. » 

Nos préférences pour le système français, appuyées sur ces sages et 
excellents préceptes, n'^Mit pas besoin d'être justifiées davantage; à notre 
sens Tabolilion complète des entraves est un rêve inutile, et quand on 
voit que, dans nos asiles, Tencamisolement est une exception, on peut 
croire que le traitement des aliénés n'est pas, chez nous, moins conforme 
aux devoirs de l'humanité, aux précieuses indications de la science 
que chez nos voisins. Engages dans la voie tracée par Pinel, Esquirol, 
Ferrus, tous nos médecins aliénistes s'accordent à penser que la rareté 
d'application des moyens de contention est en raison directe du degré 
de perfectionnement de l'asile, et que, dans les établissements bien 
organisés, la proportion des malades maintenus par la camisole ne 
doit pas s'élever à plus de 4 pour 400. 

Ferrus, Des nlién^s. Paris, 1834. 

Report of the metropoliian Commissioners in Lunacy lo tlie Lord Chancelier, prescnted lo boUi 

Houses of Parliament by command of Her Majesly. London, 1841. 
Brierbe de Boismont, Obeenrations pratiques sur ce rapport (Armales d'hygiène et de médecine 

légale, 1845, t. XXXIV. 
CoNOLLT, The treatmenl oî Insane wilhout mechanical restraints. London, 1856. * 
PîwEL ; Casimir), Du Non-Resti-aint [Journal de médecine mentale y 1862). 
MoHEp (de Rouen), Le Nou-Restraint ou de l'abolition des moyens coercitifs dam le traitemeot de 

la folie, Paris, 1860, in-8. 

ÀiiiÊDÉE Pain. 

CAKOHliliiiE. — On connaît sous ce nom plusieurs plantes de la 
famille des Composées ; mais il s'applique plus spécialement à VOrmenis 
nobilis J. Gay (Camomille romaine. Camomille noble. Camomille odo- 
rantc) (6g. 17). 

Description. — Cette petite plante, très-connue dans les climats chauds, 
se rencoiitre en France, surtout dans le midi. Elle se plait dans les lieux 
sablonneux, le long des routes, et sur les pelouses sèches. Les tiges ra- 
meuses, couchées d'abord, portent sur leur partie rampante de nombreuses 
racines adventives. Leurs extrémités se redressent pour porter les capi- 
tules ; cette portion est cylindrique, striée, pubesccnte. Les feuilles sont 
alternes, pinnatiséquées, velues, à nervure médiane bordée, à segments 
petits, étroits, linéaires. 

Ces feuilles froissées donnent une odeur aromatique agréable. Les capi- 
tules ont un réceptacle très-convexe, proéminent, oblong, conique ; au 
centre sont des fleurs hermaphrodites, à la circonférence des demi-fleu- 
rons femelles ; le capitule est entouré d'un involucre composé de folioles 
scaricuses, velues, disposées sur plusieurs rangs. L'ovaire est ovoïde et 
nu ; il devient à la maturité un fruit (akène) surmonté d'un bourrelet 
membraneux ; il présente trois côtes filiformes. Par la culture, les fleurs 
du centre se transforment en demi-fleurons, la fleur devient double. On 
préfère ces fleurs monstrueuses pour l'usage médical. 

Propriétés et usages. — Les capitules sont seuls employés ei^ rnéde-» 



Digitized by VjOOQIC 



CAMOMILLE. — pROPRifrfs et dsages. 



i03 



tt. A/cr.*f&jt 



^. /£V^^tv 



cino; ils ont une odeur aromatique agréable et une saveur amère. Ces 
caractères expliquent les usages auxquels on les a réservés. En effet, la 
Camomille est regardée comme to- 
m'que, excitante, antispasmodique, 
anthelminthique et fébrifuge. 

Ses propriétés toniques et exci- 
tantes Pont fait préconiser dans les 
digestions difficiles, les dyspepsies, 
les langueurs d'estomac, les coli- 
ques venteuses, Thypochondrie, la 
lièvre typhoïde, la dysenterie, Tamé- 
norrhée. Ses propriétés antispasmo- 
diques expliquent son emploi dans 
Thystérie. Comme tous les amers, on 
Ta administrée dans les affections 
verroineuses et dans les fièvres d'ac- 
cès. Enfin on Ta vantée daiis les sup- 
purations chroniques. 

Avant l'apparition du quinquina, 
la Camomille était Tantipériodique 
par excellence, et elle est de tous 
nos fébrifuges indigènes un de ceux 
qui sont le plus restés en usage. Ga- 
lien, Dioscoride,Prosper Alpin, Roy, 
Cullen, Hoffmann, Morton, Bodart, 
Trousseau et Pidoux, reconnaissent 
son efficacité dans la fièvre inter- 
mittente ; mais ces auteurs la défendent plus ou moins éncrgiqucment : 
les uns veulent lui donner la préséance sur le quinquina ; les autres, tout 
en reconnaissant qu'elle guérit dans les cas où le quinquina est infidèle, 
disent qu'on ne doit la réserver que pour les cas où la fièvre ne dépend 
pas de miasmes paludéens. Cazin, à ce sujet, s'exprime en ces termes : 
« L'opinion qui établit que les fébrifuges indigènes sont nuls ou insuf- 
fisants dans les fièvres paludéennes, est erronée, bien qu'elle soit pro- 
fessée par Trousseau et Pidoux. Pendant plus de vingt ans, j'ai traité 
avec succès, sans quinquina et sans sulfate de quinine, la plupart des 
habitants des marais du Calaisis, atteints annuellement de ces fièvres. Je 
n'admettais d'exceptions que pour les fièvres pernicieuses. » 

Si Von admet l'eflicacité de la Camomille comme antipériodique, on 
doit croire à ses bons résultats dans les fièvres larvées, et on s'explique 
les succès de Lecointe dans les névralgies faciales. 

En terminant, nous devons appeler l'attention des praticiens sur les 
propriétés qu'Ozanam a reconnues à la Camomille de prévenir les suppu- 
rations ou de les tarir quand elles existent depuis longtemps. Il faut l'ad- 
ministrer à hautes doses, 5, 10, 50 grammes par litre d'eau, et l'on con- 
tinue jusqu'à la guérison. On peut aider à cet effet par l'application de 




Fio. 17. 



- Camomille romaine {ùrmeni 
nobiHs J. Gaj). 



Digitized by VjOOQIC 



i04 CAMPHRE. — histoire maturelle médicale.- 

compresses imbibées d'infusion de la même plante. Nous comptons dans 
notre matière médicale bien peu d'agents capables de tarir les suppura- 
tions. La Camomille à haute dose trouvera son emploi dans la diathèse 
purulente des amputés, la fièvre puerpérale, les érysipèlcs phlegmoneux, 
partout enfin où il devient nécessaire de s'opposer à des suppurations 
trop abondantes ou trop prolongées. 

Doses et mode d'administration. — Infusion. — Capitules, 3 à 4 grammes 
pour un litre d'eau : à Tintérieur, pour faciliter les vomissements ; à l'ex- 
térieur, pour lotions, fomentations, cataplasmes, lavements, etc. Dans 
les suppurations graves, 5 à 50 grammes, en tisane. 

Poudre. ^ — 50 centigrammes comme stomachique, tonique et carmi- 
natif; comme fébrifuge, 4 à 8 grammes dans de Peau, du vin ou en bols. 
Eau distillée. — 30 à 100 grammes comme véhicule de potions toni- 
ques et antispasmodiques. 

Teinture. — Camomille, 1 partie; alcool, 5 parties; '4 à 10 grammes 
en potion. 

HuUe essentielle. — A l'intérieur, 1 à 5 gouttes dans les crampes d'esto- 
mac ; à l'extérieur, en frictions résolutives et antiseptiques. 

Huile de Camomille. — Camomille, 1 partie; huile d'olive, 10 parties ; 
chauffez au bain-marie. A l'intérieur, 10 à 20 grammes comme vermi- 
fuge ; à l'extérieur, en frictions, liniments, embrocations, etc. 

Extrait, — Fleurs, 1 partie; eau, 2 parties; on pulvérise les capitules 
et on traite par l'eau tiède ; puis on fait évaporer, l'extrait retient tout le 
principe amer, mais on ne retrouve plus Phuile essentielle. 

Mixture vermifuge (Roques). — Camomille romaine, une pincée, faites 
bouillir légèrement dans 125 grammes d'eau, laissez infuser deux heures, 
passez avec expression, ajoutez un peu de sucre, une cuillerée de jus de 
citron, et une cuillerée d'huile d'olive. On fait prendre en deux fois aux 
enfants. 

Sophistications. — On trouve souvent mêlées aux capitules de Camo- 
mille les capitules des espèces suivantes : Çhrysanthmtum leucanthemum 
Linn.; Maruta cotula D. C; Matricaria Camomilla Linn.; Chrysanthe- 
mum parthenium fers. 

Incompatibles. — Solutions de gélatine, sels de fer, azotate d'argent, 
bichlorure de mercure, sels de plomb . 

Lecointe, De la camomille romaine à haute dose dans les névralgies faciales (BuU. thirap.^ 

1854, t. XL VII, p. 556). 
OzANAM, De l'emploi de la camomille dans les suppurations [Compte rendu de VAcad. des 

êciences, 1856. — Bull, thér., 1858, t. LIV, p. 42). 
Toibal-Lagrave, Note sur la camomille romaine du commerce [BuU. thérap., 1859, t. LVU, 

p. 562). 

Léon Marchand. 



CAMPHlKi:. — Histoire naturelle médicale. — Les camphres sont 
des produits divers que l'on rencontre tout formés dans les végétaux [ou 
que l'on obtient artificiellement. 



Digitized by VjOOQIC 



CAMPHRE. — CAMPHRE DU JAPON. 105 

Les camphres naturels se rapportent à deux types distincts : 1* le cam- 
phre du Japon ou des Laurinées; 2^ le camphre de Bornéo ou de Su- 
matra. 

I. Camplire du 4iapoii. (C*^H^"0*). — Ce camphre, aussi appelé 
camphre ordinaire, est fourni en abondance par le Laurier camphrier 
(fig. 18), Laums camphora^ L. Camphora o/jficmarum, Nées (famille des 
Laurinées) ; arbre assez éle- 
vé, ayant un peu le port du 
Tilleul, et qui croit dans les 
parties les plus orientales 
de l 'Inde, particulièrement 
au Japon. On extrait le 
camphre en chauffant avec 
de Teau les racines, les ti- 
ges et les rameaux des cam- 
phriers dans de grands vases 
de 1er recouverts d'un cha- 
piteau de terre garni inté- 
rieurement de paille de riz. 
Le camphre se volatilise et 
se sublime sous la forme de 
grains irréguliers d'un gris 
jaunâtre que Ton rassemble 
et que l'on transporte en 

Europe dans des tonneaux, Fig. 18. — Uurier Camphrier 

sous le nom de camphre {Camphora officinartm), 

brut. 

Les Hollandias ont eu pendant longtemps le monopole du raffinage du 
camphre. Le procédé très-simple, et qui aujourd'hui est appliqué partout, 
consiste à mettre le camphre brut dans des matras à fond plat, enterrés 
dans un bain de sable. On chauffe graduellement jusqu'à fondre le camphre 
et le faire entrer en légère ébullition ; puis lorsque toute l'eau est évapo- 
rée, en retirant le sable on découvre peu à peu le haut du matras, de ma- 
nière à le refroidir et à permettre au camphre de s'y condenser (Gui- 
bourt). On obtient, dit-on, un raffinage plus parfait en mélangeant le 
camphre avec de la chaux vive. 

On connaît, dans le commerce, trois sortes de camphre raffiné : le 
camphre anglais j très-blanc, sonore, en pains de 4 kilogr.; le camphre 
français j moins compacte et un peu moins blanc, et le camphre de ttoU 
lande^ le moins estimé ; ces deux derniers sous la forme de pains du 
poids de 1 kilogr. Le camphre du Japon est solide, incolore, d'une saveur 
brûlante, d'une odeur caractéristique. Il cristallise en octaèdres; sa den- 
sité est de 0,996. 11 ne fond qu'à 175° et n'entre en ébullition que vers 
204**. 11 se vaporise néanmoins très-facilement à la température ordi- 
naire. — Un fragment de camphre jeté sur Teau ne tarde pas à s'agiter 
et à présenter un mouvement gyratoire continu. Lorsqu'on place verti- 



Digitized by VjOOQIC 



i06 CAMPHRE. — camphre de borhéo. 

calement dans de l'eau un cylindre de camphre dont une partie n'est pas 
submergée, on voit bientôt ce cylindre se diviser en deux fragments au 
niveau de la surface du liquide. 

Le camphre dévie à droite la lumière polarisée. 1000 parties d^eau 
en dissolvent une partie. Il est très-soluble dans Téther et Falcool, et 
il se précipite en poudre lorsqu'on traite ces deux solutions par Teau. 
L'acide azotique dissout à froid le camphre et forme avec lui une combi- 
naison liquide (azotate de camphre) qui, traitée par Teau, se décompose 
et laisse déposer du camphre. A chaud, cet acide oxyde le camphre et le 
transforme en acide camphorique (C*®H**0'2H0). Le camphre absorbe de 
grandes quantités d'acides sulfureux, chlorhydrique et hypoazotique. L'a* 
cide phosphorique anhydre enlève au camphre deux équivalents d'eau et 
le transforme en camphogène ou cymène^ liquide éthéré dont la composi- 
tion est représentée par conséquent par la formule C'*H" (Dumas). 

Le camphre n'est pas le seul produit qui passe à la distillation, lorsqu'on 

chauffe, au sein de l'eau, les rameaux des camphriers : on obtient, en 

outre, une substance liquide, Yhuile de camphre qui, par sa composition 

, (C^^H^^O), ne diffère du camphre que par un équivalent de moins d'oxy* 

gène. Aussi cette huile se transforme-t'Clle très-facilement en camphre 

• solide, (?*H*'0% sous l'influence de l'oxygène ou de l'acide azotique. 

Un grand nombre de végétaux contiennent du camphre tout formé et 
empruntent à ce corps une partie de leur action thérapeutique, tels sont 
les racines des canneliers, la zedoaire, le gingembre, le galanga, les car* 
damomes, le schœnanthe, la camphrée, la plupart des labiées, etc. 

II. Camplire de Bornéo (C^H^^O*). — Produit par le Dryobalanops 
aromatica (Gœrtn. f.) de la famille des Diptérocarpées, lequel se trouve à 
Sumatra et à Bornéo. Ce camphre, nommé capur baros^ se concrète na- 
turellement sous récorceet au milieu du bois, en larmes plates qui ont 
l'apparence de la glace ou du mica de Moscovie. Il est très-estimé et se 
nomme cabessa. Vient ensuite celui qui est en grains comme le poivre, 
ou en petites écailles et que Ton nomme bariga; celui qui est pulvérulent 
comme du sable se nomme pee. Ces trois sortes sont mêlées ensemble 
et renfermées dans des vessies enveloppées d'un sac de jonc ; sans ces 
précautions, dit Rhumphius, le camphre cabessa se volatiliserait et pri- 
verait de son odeur le restant de la masse. Cette grande volatilité du 
camphre de Baros parait être une des principales raisons pour lesquelles 
la Compagnie des Indes n'envoie guère en Europe que du camphre du 
Japon. 

Le camphre de Bornéo est ordinairement en fragments incolores et 
d'une transparence nébuleuse ressemblant à de petits morceaux de glace. 
Il présente une odeur camphrée moins forte que celle du camphre ordi- 
naire et mêlée d'une odeur de patchouly. 

Ce camphre, par sa composition (C'^ffW) et par la plupart de ses pro- 
priétés chimiques, appartient à la série des alcools isologues de l'alcool 
normal qui ont pour formule générale C^ff""*©'. Traité par l'acide azo- 
tique à une douce chaleur, il perd 2 équivalents d'hydrogène et se trans-: 



Digitized by VjOOQIC 



CAMPHRE. — CAMPHRES ARTinCIBLS. 107 

forme en camphre ordinaire C*WO* (Pclouze). Cette réaction fait voir 
que si l'on considère le camphre de Bornéo comme un alcool, le camphre 
du Japon en est très-évidemment Taldéhyde. 

Par la fermentation de la racine de garance, on a obtenu, entre autres 
produits, un camphre isomérique avec le camphre de Bornéo, mais qui 
s'en distingue par son action sur la lumière polarisée : il estlévogyne. 

m. Camulires artiaclel«« — On appelle camphres artificiels des 
composés formés par la combinaison de Pacide chlorhydrique avec di- 
verses essences hydrocarbonées, notamment celles de citron et de térében- 
thine. Par quelques-unes de leurs propriétés ces composés rappellent, en 
effet, les camphres naturels : comme eux, ils sont solides ou liquides, in- 
colores, d*odeur pénétrante et généralement peu solubles dans Teau, 
très-solubles dans Palcool, Téther, etc., mais ils donnent en brûlant, et 
c'est là ce qui les fait aisément reconnaître, une flamme verte et un déga- 
gement d'acide chlorhydrique. 

Par l'action de l'acide azotique ou de la potasse, le succin fournit une 
matière camphrée particulière, le camphre de succinj isomérique avec le 
camphre de Bornéo (C**H^H)*), mais d'un pouvoir rotatoire beaucoup plus 
{jE(ible. 

Pharmacologie. — Le camphre est un des médicaments les plus em- 
ployés. 11 entre dans le baume opodeldoch, le baume nerval, l'emplâtre 
de Nuremberg, Teau sédative, la pierre divine, le vinaigre des quatre vo- 
leurs. On en prépare des solutions dans Palcool, Téther, Phuile d'olive, 
l'eau, le vinaigre. 

Alcool camphré. — Camphre, 1 partie; alcool concentré, 7 parties. 

Eau-^e-vie camphrée. — Camphre, 1 partie'; alcool à 56** centés., 40 
parties. 

Éther camphré. — Camphre, 1 partie; éther viniqiie, 4 parties. 

Eau camphrée. — Camphre, 1 partie; eau froide, 125 parties. Laissez 
en contact en agitant de temps en temps et filtrez. 

Eauéthérée camphrée. — Camphre, 1 partie; éther vinique, 5 parties ; 
eau distillée, 60 parties. F. S. A. 

Vinaigre camphré. — Camphre en poudre, 1 partie ; vinaigre blanc 
fort, 40 parties. F. S. A. 

Huile camphrée. — Camphre, 1 partie ; huile d'olive, 7 parties. 

Pommade camphrée. — Camphre, 8 parties ; axonge fraîche, 32 par- 
ties. 

Le camphre est administré en outre en pilules^ lavements, potions, 
cigarettes, etc. 

Lavement camphré. — Camphre, 25 cent. K 1 gramme, jaune d'œut 
n*» 1 , décoction de guimauve, 200 grammes F. S. A. 

Pilules camphrées. — Camphre pulvérisé, 1 partie ; conserve de Roses 
Q. S. pour faire des pilules de 0,20. 

Cigarettes de camphre (Raspail). — On fupie le camphre dans des 
tuyaux de plume ou dans des tubes de verre ou de métal convenable- 
ment préparés. Il suffit d'introduire dans ces tubes des grumeaux decam- 



Digitized by VjQOQIC 



108 CAMPHRE. — action physiologique. 

phrc que Ton maintient éloignés du contact de la salive au moyen d'un 
peu de coton cardé ou de papier Joseph. 

Louis Hébert. 



ACTIONS PHYSIOLOGIQUE, TOXIQUE ET THÉRAPEUTIQUE. 

Les propriétés que Ton a attribuées au camphre sont si nombreuses 
et si variées, qu il est difficile d'établir, d'une manière précise, les actions 
qu'il développe et les indications curatives qu'il remplit; ces divergences 
d'appréciation proviennent de causes multiples; d'abord, il faut faire la 
part des influences diverses que le camphre détermine suivant les doses 
et ses modes d'administration, et tenir compte des idées doctrinales qui, 
ne s'appuyant que sur une de ses actions dominantes, en ont fait, soit 
un excitant, soit un antispasmodique, soit un contre-stimulant, d'autres 
fois un vermicide général et une panacée, opinions exclusives qui ont 
beaucoup contribué à rendre confuse l'histoire médicale du camphre, el 
à en faire un véritable chaos. 

Nous chercherons à exposer avec soin les propriétés réelles du cam- 
phre et à les présenter dans un ordre méthodique, en nous basant, autant 
que possible, sur des faits cliniques. 

A. Action physiologique. — l^ Action locale. — Lorsqu'on applique du 
camphre, en poudre ou dissous dans un véhicule approprié, sur la peau 
saine, on éprouve une réfrigération très-manifeste, déterminée par sa 
grande volatilité ; la soustraction du calorique, qui en est la conséquence, 
développe une sensation agréable de fraîcheur et modère l'afflux du sang 
dans la partie ; c'est là un résultat tout physique comparable à celui que 
donnent certaines autres substances, telles que l'éther, le chloroforme, 
l'huile essentielle de menthe, etc. Cette réfrigération, qui est souvent 
accompagnée d'une diminution des douleurs, est un véritable acte d'à- 
nesthésie locale. 

Si on met du camphre sur une muqueuse ou sur une plaie, il détermine 
une action irritative d'autant plus prononcée, que les parties sont douées 
d'un plus grand degré de sensibilité; cette action est démontrée par di- 
verses expériences; un peu de camphre porté dans l'œil, occasionne une 
rougeur douloureuse de la conjonctive; Trousseau et Pidoux ont vu un 
morceau de camphre gardé pendant quelque temps sur la langue, rougir 
et enflammer le point sur lequel il avait été appliqué ; cette irritation lo- 
cale peut être expliquée par un efl'et de réaction dans la partie sur 
laquelle le camphre est resté en contact ; car elle dépend probablement 
d'un afflux en retour du sang dans les capillaires, conséquence de Tas- 
triction et de la réfrigération que le médicament avait primitivement dé- 
veloppées. 

Introduit dans la cavité buccale, le camphre donne lieu à une saveur 
acre, amarescente, puis piquante avec sensation de froid ; bientôt après 
survient une chaleur très-vive sur toute la muqueuse, s'étendant Jus- 
qu'aux parties inférieures du pharynx ; la sécrétion du mucus buccal est 



Digitized by VjOOQIC 



CAMPHRE. — ACTION PHYSIOLOGIQUE. 109 

augmentée, la salive est plus abondante; celle-ci acquiert, d'après Guer- 
sent, nnô saveur douce qui devient même parfois sucrée quand on porte 
dans la bouche une gorgée d'eau fraîche. 

Le camphre fait partie constituante d'un grand nombre de dentifrices, 
son emploi pour la toilette de la bouche devenu banal a pu, à cause pré- 
cisément de la diffusion de son usage, permettre d'étudier les avantages 
et les inconvénients qu'il présentait dans ces cas, et on a constaté que 
les avantages étaient presque nuls, et que parmi les inconvénients 
observés, il en est un qui mérite une attention sérieuse; le camphre, 
sous quelque forme qu'il soit administré, a une action fâcheuse sur 
rémail des dents, et les rend, à la longue, molles ou d'une fragilité 
extraordinaire. 

Quand le camphre est ingéré, il détermine sur les muqueuses du 
pharynx, de l'œsophage, de l'estomac, une sensation de chaleur, de pi- 
cotement et de douleur qui dure plusieurs heures ; l'épigastre est très- 
douloureux. Certains auteurs, entre autres CuUen, ont remarqué que 
chez quelques personnes, il déterminait le vomissement, mais peut-être 
avait-il été administré à doses trop élevées. A doses ordinaires, Guersent 
a remarqué que l'appétit persistait, et qu'il ne déterminait ni vomisse- 
ment, ni diarrhée, ni constipation ; seulement les sujets accusaient une 
soif vive; cet auteur n'a observé des accidents, tels que nausées, vomis- 
sements, gastrodynie, syncopes, que chez les individus impressionnables 
qui avaient une répugnance très-marquée pour l'odeur et la saveur de ce 
médicament. 

Quand le camphre est ingéré en grumeaux, il irrite, enflamme et ul- 
cère la muqueuse de l'estomac ; son action est la même sur la muqueuse 
du gros intestin, quand il est administré par la voie recto-cblique ; si on 
le donne à doses élevées et sans gradation, il détermine un sentiment 
douloureux de chaleur, qui s'irradie dans tout l'abdomen : dans les deux 
cas, il occasionne une constipation momentanée. 

D'après un grand nombre d'auteurs, le camphre, introduit par la voie 
recto-colique, développe les phénomènes résultant de son absorption avec 
plus de promptitude et d'intensité que lorsqu'il est ingéré par la voie 
bucco-gastrique ; une seule expérience faite par Carquet est en oppositiçn 
avec ce fait. 

Quand on met du camphre en poudre sur la muqueuse pituitaire, il 
provoque un picotement moins prononcé que sur la muqueuse buccale, 
cet effet est lent à se manifester, et quand il est bien établi, il est accom- 
pagné d'élernuements et de larmoiements. 

2** Action dynamique. — Lorsque le camphre, porté dans l'orga- 
nisi^e par les voies habituelles, est absorbé et introduit dans le torrent 
circulatoire, il donne lieu à divers phénomènes que je vais faire con- 
naître. 

A doses nîédicamenteuses, le camphre ralentit les mouvements du 
cœur et diminue le nombre des pulsations artérielles, mais cette action 
est peu énergique, passagère et très-variable, suivant les individus. 

Digitized by VjOOQIC 



ilO CAMPHRE. — ACTION physiologique. 

Si les doses sont plus élevées, ou continuées pendant trop longtemps, 
le cœur bat avec plus d'énergie, le pouls est plus accéléré, les mouve- 
ments respiratoires plus rapides ; l'haleine des sujets est imprégnée d'une 
forte odeur de camphre. 

Cette substance exerce une action très-manifeste sur l'appareil ner- 
veux ; à doses ordinaires, elle doùne lieu à des tremblements musculaires 
venant par accès; les yeux sont vifs, brillants, il y a des tintements 
d'oreilles; si les doses sont plus élevées, on observe de la pesanteur de 
tête, une grande débilité musculaire avec somnolence, stupeur des sens, 
obscurcissement de la vue, il y a quelques symptômes d'amblyopie, et 
des hallucinations visuelles, le tact est émoussé. 

Les expériences d*Alexander confirment parfaitement la réalité de ces 
diverses actions ; ce médecin n'ayant éprouvé aucun effet notable de Tin- 
gestion d'un scrupule (1 gramme 20 centigrammes) de camphre, en prit 
deux en une seule fois; vingt minutes après, il éprouva une lassitude 
inaccoutumée, des bâillements, des pandiculations, de la tristesse; le 
pouls n'avait pas varié ; au bout de trois quarts d'heure, le pouls faiblit 
de dix pulsations; puis survinrent des étourdissements, des vertiges; la 
démarche était chancelante, la lecture impossible ; le sujet avait soif, de 
l'anorexie, des tintements d'oreilles ; les idées étaient confuses; bientôt 
il perdit complètement connaissance; revenu à lui, il poussa des cris 
inarticulés et éprouva des convulsions violentes; les yeux étaient hagards, 
la bouche écumeuse, il faisait de grands efforts pour arracher les objets 
qui l'environnaient; à cet état si violent, succéda un calme comparable 
à un évanouissement. 

Trousseau et Pidoux, après avoir pris 2 grammes de camphre, éprou- 
vèrent les symptômes suivants : sentiment de réfrigération perceptible, 
surtout à l'œsophage et au ventricule, comparable à celle qui suit Tin^ 
gestion d'une glace; le peuls perd douze pulsations; sentiment de fraî- 
cheur et. d'accablement dans le tube digestif; l'anaphrodisie est bieit^ 
évidente; trois heures après, tous ces symptômes avaient disparu, il ne 
resta de l'action du camphre qu'un vif appétit. 

Scudery de Messine, après avoir pris 10 à 20 grains (50 centigrammes 
à.l gramme) de ce médicament, constata qu'au bout de vingt minutes, 
son pouls était plus fréquent et plus vibrant, la face était rouge, la peau 
sèche, la lumière lui paraissait avoir plus d'intensité, les yeux étaient 
brillants, les conjonctives injectées, la respiration gênée, l'air expiré avait 
l'odeur du camphre. Le besoin d'uriner se manifesta à plusieurs reprises, 
et chaque fois 1 urine était excrétée en petite quantité, avec un sentiment 
de chaleur dans le canal de l'urèthre ; après quatre heures, ces phéno- 
mènes firent place au sommeil, pendant lequel il survint des songes vo- 
luptueux avec érections et pollutions ; ces derniers symptômes ont été 
notés^dans cinq expériences successives et répétées par Gussoni, Pasquali, 
Mezzeti et Joerg de Leipzig. 

Cette action de stimuler les organes génitaux est contredite par de 
nombreux faits, et par une réputation de sédation que son ancienneté 



Digitized by VjOOQIC 



CAMPHRE. — ACTION PHYSIOLOGIQUE. 111 

rend respectable, témoin ce vers de la deuxième partie des aphorismes 
de récole de Saleroe : 

Camphora per nares castrat odore mares* 

Pendant lëpidémie de choléra de 1832, beaucoup de personnes, qui 
avaient la plus grande confiance dans les vertus préservatrices du cam- 
phre et l'employaient de toute manière, éprouvèrent une annihilation 
complète, mais temporaire, des fonctions génératrices. Des ouvriers, qui 
travaillaient dans une raffinerie de camphre, se sont plaints de Taffai- 
blissement de leurs organes génitaux ; des faits de ce genre sont racontés 
par des médecins américains. 

D'un autre côté, Carquet saupoudra sa chambre de poudre de camphre, 
et en mit dans son lit; il passa une mauvaise première nuit, il fut moins 
incommodé pendant les suivantes, et, au bout de huit jours, il put sup^ 
porter sans peine Tinfluence des émanations camphrées. Il avait eu le 
soin de renouveler chaque jour la poudre de camphre, et cependant il 
n éprouva aucune influence notable sur les fonctions de l'appareil génital. 
Malgré ces derniers faits et d'autres encore que nous pourrions citer, 
on ne peut nier que le camphre n'exerce une influence réelle sur les or- 
ganes de la génération, influence qui n'est pas absolue, mais qui a été 
assez généralement observée ; elle parait être déterminée par une action 
élective et modale que cette substance exerce sur la partie inférieure de 
la moelle et sur les nerfs qui vont se distribuer aux organes génitaux. 

Quelques auteurs ont rapporté des cas où cette action du camphre a 
paru se manifester sur l'utérus, surtout dans 1 état de gestation ; l'em- 
ploi de ce médicament comme abortif est très-répandu dans le Levant, 
et récemment Fenerly faisait connaître [Gazette médicale d^Orient)^ un 
cas d'avortement provoqué par l'ingestion en une seule dose de 12 gram-* 
mes de camphre dissous dans un verre d*eau-de-vic; la femme succomba 
le quatrième jour. 

Fonssagrives considère le camphre dans ses effets dynamiques comme 
un stupéfiant diffusible, possédant, dans quelques circonstances ^ des pro- 
priétés analogues à celles du chloroforme. Ayant placé un gros morceau 
de camphre dans un sac à inhalation, adapté exactement au museaU 
d'un chat et placé au voisinage d'un foyer de chaleur, il constata promp-^ 
tement Tapparition de quelques signes d'insensibilité; la même expé« 
rience répétée sur deux chiens nouveau-nés a fourni les mêmes résultats» 
Le camphre est inassimilable et n'éprouve pas de changements par son 
contact avec les divers liquides de l'économie ; il circule rapidement dans 
les canaux vasculaires, et il est promptement éliminé ; l'odorat en révèle 
des traces dans toutes les sécrétions. Celte substance, suivant la remarque 
de Panizza, n'est pas susceptible d*être conservée par l'organisme*; elle 
agit simplement par impression. 

D'après les faits qui précèdent, le camphre possède une action locale, 
irritative, réfrigérante, anesthésique, que tous les auteurs lui reconnais- 



Digitized by VjOOQIC 



ii2 CAMPHUE. — ACTION toxique. 

sent; mais raccord est bien loin d'être fait quand il s'agit d'apprécier 
SCS propriétés dynamiques ; ici les opinions sont nombreuses et extrême- 
ment divergentes ; je n'ai pas le projet d'exposer toutes les hypothèses 
qui ont été proposées, je dois me borner à établir les modes d'action du 
camphre basés sur ses propriétés.vraies. 

Le camphre, administré à doses convenables, possède des propriétés 
qui le rapprochent des narcotiques ou stupéfiants, il est donc sédatif; de 
plus, comme toutes les substances volatiles, il peut être considéré comme 
un agent diffusible d'une grande valeur; en comprenant l'acte de la dif- 
fusion, ainsi que l'ont établi les travaux modernes, c'est-à-dire comme 
projetant à la périphérie et disséminant l'action nerveuse accumulée sur 
une partie au détriment des autres, et, ainsi que nous l'avons exposé, 
il Y a environ douze ans, dans notre cours de matière médicale à l'école 
de médecine de Toulon. (Voy. Diffusion.) 

Les opinions diverses qui ont été publiées sur les propriétés du cam- 
phre ont eu en général pour point de départ les modes d'administra- 
tion de ce médicament; il est bien avéré qu'à doses modérées et gra- 
duelles, il est sédatif, et ensuite excitant; mais s'il est introduit dans 
l'organisme sans gradation et en peu de temps, soit à doses faibles, soit 
à doses fortes, il sera toujours excitant; alors il détermine une fièvre 
plus ou moins intense, due sans doute à une action réactive, qui se juge 
par des sueurs abondantes, à odeur fortement camphrée; ainsi son mode 
d'agir est inverse de celui des huiles essentielles ; celles-ci sont d'abord 
stimulantes, puis sédatives, tandis que le camphre est sédatif en premier 
lieu et ensuite stimulant. Ce médicament agit surtout sur le système 
nerveux, et les résultats de son action, en raison de la mobilité des actes 
de ce système et des modifications individuelles, doivent varier très-sou- 
vent. 

D'après ce qui précède, le camphre considéré dans son action dyna- 
mique n'est ni un antispasmodique, ni un excitant, ni un contre-stimu- 
lant, etc.; il est diffusible et sédatif, avoisinant ainsi le groupe des anes- 
thésiques proprement dits, de sorte que ce médicament possède deux 
propriétés bien acquises : 1° Irritatioiiy sédation^ réfrigération locales; 
2° Sédation et diffusion générales. L'action stimulante qu'on lui a recon- 
nue ne peut être admise, car, bien qu'elle soit indiquée dans certaines 
expériences, il est néanmoins démontré, comme je l'ai déjà dit, que cette 
stimulation est réellement le résultat de l'administration de doses élevées, 
ou de la continuation intempestive du remède au delà des limites posées 
par les indications curatives. 

Après ces deux modes d'action, nous devons, en tenant compte de l'in- 
fluence délétère que le camphre exerce sur les organismes inférieurs, lui 
reconnaître des propriétés parasiticides, et, comme nous l'établirons plus 
tard, une action antidotique. 

B. Action toxique. — Le camphre est très-rarement employé comme 
poison ; les cas d'intoxication qui nous sont connus ont été le résultat de 
son administration intempestive ou de l'exagération des doses. Les expé- 



Digitized by VjOOQIC 



CAMPHRE. — ACTION TOXIQUE. H5 

riences failes sur les animaux ont démontré les propriétés nocives de cette 
substance quand elle est donnée à doses élevées. Menghini, dans ses ex- 
périences sur divers animaux, a constaté que la mort survenait au bout 
d'un temps qui variait suivant la force du sujet. En général, les premiers 
symptômes qu'il nota furent des mouvements convulsifs, de rabattement, 
de la stupeur; la respiration était anxieuse, les mouvements du cœur 
précipités. Orlila fait prendre à un chien 16 grammes de camphre en 
fragments et lie l'œsophage ; quatre heures après l'ingestion, l'animal est 
agité, court avec rapidité pendant quelques minutes, puis s'arrête en 
s'appuyant fortement sur les pattes antérieures ; les muscles de la face 
sont convulsés, ensuite les convulsions deviennent plus générales; il 
tombe sur le côté, la ,téte renversée fortement en arrière; les membres 
sont dans une agitation extrême, les yeux sont saillants hors des orbites, 
les conjonctives insensibles sont injectées, une écume épaisse remplit la 
gueule, la respiration est anxieuse, accélérée, Panimal ouvre largement 
la bouche pour aspirer l'air qui semble lui faire défaut ; ces divers sym- 
ptômes étaient séparés par des moments de rémission espacés de cinq à 
dix minutes ; peu après survint un abattement extrême ; la mort n'eut lieu 
qu'au bout de huit jours. 

A l'autopsie on constata une. rougeur par plaques de la muqueuse sto- 
macale, avec des ulcérations disséminées çà et là; les poumons étaient 
affaissés, gorgés de sang, les méninges étaient fortement congestionnées. 

Orfila donna à un autre chien le camphre en solution; il reconnut les 
mêmes symptômes, mais les lésions cadavériques ne furent plus les 
mêmes : il n'y avait pas d'ulcératîons dans l'estomac, mais seulement des 
traces d'une inflammation diffuse. 

D'après Chritison, à la suite de l'empoisonnement par le camphre, le 
cœur renferme dans ses cavités gauches du sang d'une couleur rouge 
brun. Scudery a constaté dans l'estomac les lésions décrites par Orfila, 
et a remarqué qu'elles s'étendaient dans le duodénum et dans les parties 
supérieures de l'intestin grêle ; les uretères, l'urèthre, les cordons sper- 
matiques étaient phlogosés, tous les tissus étaient imprégnés d'une forte 
odeur de camphre. 

Le camphre agit surtout comme perturbateur du système nerveux; 
c'est par cette action élective que l'on peut se rendre compte de l'anxiété 
respiratoire qui est le phénomène prédominant et le plus effrayant des 
accidents toxiques occasionnés par cette substance, à laquelle succèdent 
de l'agitation, des syncopes, de l'affaiblissement et quelquefois une in- 
sensibilité générale et de la paralysie; rarement on a constaté dans les di- 
verses expériences ce sentiment de légèreté extraordinaire et la puissance 
du vol que certains auteurs lui ont reconnue ; on a aussi noté la perte 
momentanée de la mémoire, des troubles de l'intelligence et surtout du 
délire; celui-ci, précédé habituellement d'une excitation comparable à 
celle de l'ivresse au second degré, a ceci de particulier qu'il est ordinai- 
rement.gai, d'où le nom de pleasant intoxication^ qui lui a été donné par 
Eikborn. En même temps, il y a un froid glacial avec pâleur générale ;'le 

BOCT. met. ViD. KT CUR. YI. ^ 8 



Digitized by VjOOQIC 



1 14 CAMPHRE. — ACTION toxique. 

|)ouls est faible, mou, peu accéléré, à 50 ou 55 pulsations, quelquefois il 
est irrégulier, intermittent. 

La marche de Tempoisonnement par le camphre est très-variable; les 
symptômes gastriques se manifestent d'abord, puis après on remarque la 
$édation de la circulation, les troubles de Tinnervation des sens, les 
convulsions, etc. ; Taccélératiôn des battements du cœur ne se présente 
qu'en dernier lieu. 

La durée est courte, et la terminaison rarement fâcheuse ; la guérison 
a lieu d'une manière graduelle, soit après une transpiration abondante à 
odeur camphrée, soit après un sommeil prolongé et réparateur, soit à la 
suite de toute autre forme de réaction organique. 

Il est difficile de préciser la dose toxique du camphre; elle a varié 
<lans les diverse^ observations : 5 grammes ont suffi pour tuer les la- 
pins, il en a fallu 8 pour les chiens; chez l'homme, la quantité nécessaire 
pour produire des accidents est difficile à déterminer; cependant on peut 
dire qu'à l'intérieut 3 à 16 grammes ont produit de^ effets toxiques plus 
ou moins marqués; ces doses ont élé très-<li verses quand le camphre a 
•été introduit par la voie recto-colique. Trousseau a constaté des sym- 
ptômes d'empoisonnement chez une dame qui avait pris un lavement 
avec 10 gouttes seulement d'eau-de-vie camphrée. Dieu rapporte le fait 
<l*une intoxication d'un enfant de deux ans par un lavement avec 50 cen- 
tigrammes de camphre pulvérisé. Laennec, Bricheteau, Orfila, ont relaté 
plusieurs accidents de ce genre. 

Nous pourrions citer un grand nombre de cas où l'emploi intempestif 
du camphre a occasionné une aggravation manifeste de la maladie contre 
laquelle il était prescrit. En 1846, Homolle, Gaide, Blatin, ont fait 
•connaître à la Société médico-pratique de Paris des faits d'intoxication 
•à la suite de l'abus de la médication Raspail ; dans aucun des cas cités 
la mort n'est survenue, grâce aux soins immédiats qui ont été prodigués 
aux sujets, mais tous ont conservé pendant longtemps une santé débile et 
chancelante. 

Les camphres artificieh administrés à la dose de 16 grammes, à des 
«hiens, n'ont déterminé aucun des accidents propres au camphre natu- 
rel ; les animaux sont tombés dans un état d'abattement et de coma ex- 
trêmes, et ont succombé le septième jour. 

Traitement. — Quand l'ingestion du camphre a eu lieu depuis peu de 
temps, surtout s'il a été pris en fragments ou en poudre, il faut, en pre- 
mier lieu, provoquer l'expulsion du poison par les vomissements ou par 
les lavements. Si les symptômes d'irritation locale sont bien marqués, 
les boissons émoUientes, l'émulsion d'amandes, les potions huileuses, les 
demi-bains ou les bains entiers tièdes devront être prescrits. 

Dans les cas où les phénomènes d'absorption se sont manifestés, il con- 
vient de combattre les nouveaux accidents qui se présentent; mais ici les 
fBoyens proposés sont très-disparates et ont nécessairement varié sui- 
vant les appréciations que l'on s'est faites sur les actions du camphre. 

Les anciens, suivant les données transmises par les Arabes, considérant 



Digitized by VjOOQIC 



CAMPHRE. — ACnOH THéRAPRUTIQUE. 115 

cette substance comme un remède froid, recommandaient les excitants. 
L'école rasorienne, la plaçant parmi les hypothénisants cardiaco-vascu- 
laire et spinal, prescrivait les stimulants, surtout les alcooliques, et les 
opiacés, que Hufeland conseillait; Orfila, l'admettant parmi les narco- 
tico-âcres, préconisait les antiphlogistiques, les émollients. D'après les 
faits relatés qui établissent que le camphre est un stupéfiant diffusible, 
qu'il cabne plutôt qu'il n'excite, il résulte que les moyens utiles contre les 
accidents qu^l détermine doivent être choisis parmi les stimulants, tels 
que le café noir en boisson et en lavement, les potions vineuses avec ad- 
dition de teinture de cannelle, les tisanes aromatiques ; les irrigations 
froides sur la tète seront prescrites pour combattre l'anxiété respira- 
toire si pénible et parfois si tenace. Orfila a essayé sur des chiens l'éther 
étendu d'eau et Thuile de térébenthine, et a eu lieu de s'en louer. Un 
moyen très-efficace est Tinsuiflation, quand elle est employée avec per- 
sistance; Orfila a sauvé par son aide quatorze chiens sur vingt. 

Les divers agents susceptibles de rappeler la chaleur, tels que alèzes 
chaudes, moines à l'eau bouillante, frictions excitantes, sinapismes ordi- 
naires ou rendus plus actifs par l'addition de l'ammoniaque liquide ap- 
pliqués sur les membres et la poitrine, doivent être simultanément mis en 
usage. 

Se basant sur l'action délétère que le camphre exerce sur certains ani- 
maux et sur les végétaux, Baspail reprenant une hypothèse ancienne 
mise en avant pour la première fois par un médecin anglais, dans une 
brochure anonyme, publiée en 1 729, ^^^^ ^ ^^^^^ * Système d^uii méde- 
cin anglais snr la cause de toutes les espèces de maladies y avec les sur- 
prenantes configurations de diverses espèces de petits insectes qu^on voit 
par le moyeti d'tm bon microscope dans le sang et les urines des diffé- 
retUs malades et même de tous ceux qui doivent le devenir; Raspail, di- 
sons-nous, a considéré comme cause première de presque toutes nos ma- 
ladies les parasites animaux et végétaux, et, comme le camphre possède 
d'après lui la propriété de les détruire, il lui a fait la plus belle place dans 
son système médical. Nous ne nions point, d'une manière absolue, cette 
action parasiticide, mais en saine thérapeutique, il faut, avant d'insti- 
tuer un traitement, établir des indications rationnelles, et par consé- 
quent rejeter tout ce qui n'est -qu'hypothèses et futiles démonstrations. 
C. Action thérapeutique. — 1*» Action topique^ irritative^ réfrigérante^ 
nesthéstque, — Cette première action du camphre a été mise à profit 
dans un grand nombre de maladies externes. 

Appliqué en*poudre sur les plaies à fonds gris-blanchàtres, paresseuses, 
lentes à développer les bourgeons charnus, le camphre détermine une 
•excitation plus ou moins marquée suivant le degré de vitalité des parties, 
quelquefois on le mélange avec certaines substances susceptibles d'aug- 
menter son activité; ainsi, Ph. Roux pansait les ulcères de mauvaise na- 
ture et les plaies compliquées de pourriture d'hôpital avec du camphre en 
poudre, arrosé avec du jus de citron ; d'autres fois on mitigé cette action 
en le mêlant à un corps facilement soluble, le sucre, par exemple, qui 



Digitized by VjOOQIC 



416 CAMPHRE. — action thérapeutique. 

n a pas l'inconvénient d'encroûter les bords de la plaie. L'alcool cam- 
phré est souvent employé dans ces cas, mais alors Faction est complexe^ 
car il est évident que l'alcool doit avoir une part dans les résultats ob- 
tenus. 

Les pansements des plaies, des ulcères, par l'alcool, sont très-anciens : 
les nombreux vulnéraires, dont nous trouvons la composition dans les 
formulaires des siècles derniers, n'ont dû leur réputation qu'à l'alcool, 
qui leur servait de véhicule; ce mode de traitement oublié pendant de 
longues années, a été remis de nouveau en usage par les travaux récent:^ 
de Batailhé, de Dolbeau, de Nélaton, de Chèdevergne, de Houel, de Gaulejac, 
de Bérenger-Féraud, etc. Ces médecins ont employé le plus communément 
Teau-de-vie camphrée marquant 56 degrés centésimaux. Ils se sont servi 
comparativement de l'esprit-de-vin pur et camphré, et ils n'ont pas re- 
connu des différences sensibles d'eflicacité ; néanmoins on peut dire que 
le camphre, par ses propriétés réfrigérantes, par la soustraction du ca- 
lorique que sa volatilisation détermine, par ses propriétés sédatives, 
n'est pas étranger aut bons effets que l'on a obtenus de ce mode de pan- 
sement, et qu'il peut être considéré comme un adjuvant utile. A Thôpital 
des Cliniques, dans le service de Nélaton, où les plaies sont pansées avec 
Feau-de-vie camphrée, les infections purulentes, les pourritures d'hôpi- 
tal, les angioleucites, les érysipèles, sont presque inconnus, et on a re- 
marqué, en outre, sous Tinfluence de ce traitement, Tabserice presque 
complète de l'odeur spéciale des salles de chirurgie. 

Uytterhoeven, de Bruxelles, recommande une pommade: avec onguent 
d'althaîa, 50 grammes; camphre, 4 grammes; contre les ulcères atoniques 
avec callosités ; quand ils présentent une tendance à la gangrène, il y a 
utilité de lui associer la poudre de quinquina, de charbon et même Je 
chlorure de chaux. 

L'ea\ji-de-vie camphrée est d'un emploi banal contre les contusions, les 
entorses, le pansement des fractures, etc. Elle agit comme réfrigérant et 
donne lieu à un effet d'aslriction qui favorise la résolution. Frestel, de 
Sainl-Lô, préconise, dans ces divers cas, le mode de pansement qui suit: 
il onctionne la partie avec de la pommade camphrée, saupoudre celle-ci 
avec du camphre pulvérisé, applique un bandage approprié et arrose le 
tout avec de l'eau alcoolisée. 

Ce médecin a fait connaître, en 1848, les heureux résultats qu'il a ob- 
tenus de l'eau-de-vie camphrée employée en injection dans l'hydrocèle; 
les avantages qu'il lui reconnaît sont de provoquer une douleur moins 
vive que les autres liquides ordinairement mis en usage,' et de hàler le 
travail d'inflammation adhésive. D'après Frestel, la présence du camphre 
modère l'action irritante de l'alcool et constitue un adjuvant utile, sinon 
nécessaire. 

L'action réfrigérante et anesthésique du camphre est d'une grande uti- 
lité contre l'érythème, la brûlure au premier degré. Appliqué en poudre 
dans des sachets, soit seul, soit mêlé avec de l'amidon ou des fleurs de 
sureau et de camomille pulvérisées ou dissoutes dans l'huile, il apaise la 



Digitized by VjOOQIC 



CAMPHRE. ACTION THÉRAPEUTIQUE. 117 

chaleur locale et dimiaue les douleurs. Malgaigne a traité avec succès des 
érysipèles simples ou compliques en saupoudrant les parties avec de la 
poudre de camphre qu'il recouvre de compresses mouillées, *afin de fa- 
voriser la volatilisation. A l'hôpital Necker, Trousseau a employé contre 
cette maladie, et avec de très-bons résultats, Téther camphré préparé 
avec une parlic de camphre et deux parties d'éther; il Tétend sur tous les 
points malades, et même au delà, avec un pinceau de charpie; on répète 
ces applications cinq à six fois par jour; l'action réfrigérante et anesthé- 
sique du camphre renforce celle de Téther, et la guérison est plus promp- 
tement obtenue. 

Le camphre était autrefois un médicament très-usité dans le traite- 
ment des maladies des yeux, sous des formes diverses, en Allemagne et 
en Angleterre. On l'emploie encore très-souvent dans des sachets, dans 
des collyres contre les ophthalmies goutteuse, rhumatismale ou catar- 
rhale. En France, on y a rarement recours. Néanmoins des faits nom- 
breux déposent en faveur de son efficacité contre certains symptômes des 
maladies oculaires et surtout contre la photophobie, souvent si rebelle 
aux moyens les mieux indiqués ; le camphre agit dans ce cas par ses pro- 
priétés anesthésiques ; on l'applique devant les yeux dans des sachets 
mouillés. 

Ce médicament, dont les effets calmants sont bien avérés, est Journel- 
lement prescrit contre les douleurs névralgiques, rhumatismales, gout- 
teuses ; Tcau sédative a une réputation populaire contre les céphalées et 
la migraine. Mais ici l'action est complexe : Tammoniaque et l'eau, qui 
entrent dans sa composition, doivent assumer, par le froid qu'elles dé- 
terminent, une partie des bons résultats qu'on lui attribue ; dans ces 
maladies on a aussi r^ecommandé de priser du camphre râpé. 

L'action anesthésique du camphre est utilement mise à profit pour 
combattre les vives douleurs qu'occasionnent les piqûres de guêpes, d'a- 
beilles, de moustiques, de l'ortie, le prurit qui accompagne certaines ma- 
ladies de la peau. Dans ces cas, on l'applique en poudre ou en solution. 
De petits fragments de camphre placés dans un bourdonnet de coton et 
introduits dans le conduit auditif calment avec promptitude les douleurs 
si vives parfois de l'otalgie. 

Le camphre a été souvent recommandé contre l'odontalgie, tantôt en 
grumeaux placés dans la cavité d'une dent cariée, tantôt en solution en 
frictions sur les gencives; son action anesthésique est dans ce cas très- 
manifeste. Pour la rendre plus énergique, on l'a uni au chloroforme; on 
obtient ainsi une pâte à demi épaisse avec laquelle on oint les gencives 
qui embrassent les dents malades. Ce mélange est très-efficace pouranes- 
thésier ces parties quand il y a lieu de procéder à l'extraction des dents. 
Cottereau fils recommande un éther ammoniacal camphré contre l'odon- 
talgie provoquée par la carie; l'évaporation rapide de l'éther laisse 
déposer dans les cavités dentaires une couche de camphre suffisante pour 
préserver le nerf du contact de l'air, tandis que l'ammoniaque agit comme 
un^léger caustique {voy. Dents). 



Digitized by VjOOQIC 



H8 • CAMPHRE. — action thérapeutiqoe. 

Le chloroforme camphré a été souvent employé pour obtenir une ânes- 
thésie locale. Martenol et Glaise ont recommandé ce mélange lorsqu'il 
était nécessaire de pratiquer de petites opérations, telles que Touverture 
d'un abcès, l'incision d'un panaris, Textraction d'un ongle incamé ; on 
l'applique avec une petite éponge sur la partie où T instrument doit 
agir. 

2*^ Action sédative^ stupéfiante et diffusible. — Le camphre trouve ses 
indications essentielles dans le traitement des maladies nerveuses; déjà, 
nous avons constaté ses bons effets contre certaines névralgies dont il 
calme les manifestations douloureuses, alors qu'elles sont peu intenses et 
de courte durée, car ce médicament a une action fugace et passagère ; 
aussi ne doit-on pas être surpris de le voir impuissant contre des névral- 
gies quelquefois rebelles, telles que l'intercostale, la sciatique, etc. Pour 
rendre son efficacité plus grande, les auteurs ont eu le soin de Tassocier 
à des stupéfiants plus énergiques, tels que la belladone, la jusquiame, 
l'opium, etc. 

La toux nerveuse, quinteuse, sèche, est heureusement combattue par 
le camphre. Alquié (de Montpellier) a reconnu qu'il guérissait prompte- 
ment non-seulement les simples toux nerveuses, mais encore les toux 
sèches, douloureuses, que Ton observe à la suite d'une simple irritation 
catarrhale des bronches; quaod la toux est humide, avec crachats 
épais et jaunâtres, quand il existe une lésion matérielle des poumons, 
il est tout à fait inefficace; le mode d'administration consiste à avaler à 
plusieurs heures d'intervalle de petits fragments de camphre. 

Ce médicament a été recommandé contre plusieurs névroses, telles que 
la chorée, le tremblement nerveux, le tétanos, Tasthme, la coqueluche, etc. 
Parmi les maladies de cette classe, il en est une contire laquelle il a été plus 
particulièrement préconisé : c'est l'aliénation mentale, surtout dans les 
formes désignées sous les noms de manie, de mélancolie. Paracelse, 
EttmuUer, Burserius, Kinneir, Esquirol (Dict, des sciences médicales}^ 
ont cité de nombreux cas qui démontrent l'efficacité réelle du camphre 
contre cette maladie, surtout quand elle est symptomatique des affections 
hystériques. Avenbrugger a exalté ses propriétés contre la manie du sexe 
masculin, alors qu'elle est accompagnée de certains symptômes sié- 
geant sur les organes génitaux, tels qu'exiguïté du pénis, rétraction des 
cordons spermatiques, etc. Mais ce médecin, avant d'avoir recours au 
camphre, administrait les purgatifs, prescrivait des saignées du pied. H 
affirme avoir obtenu des guérisons. Employant le camphre à la dose 
journalière de 2 grammes, il provoquait souvent chez ses malades des 
phénomènes d'excitation et de stimulation que nous n'avons pu admettre 
parmi les actions physiologiques, car la stimulation, nous l'avons dit^ 
n'est que le commencement des actes toxiques de cette substance. 

L'éclampsie a été quelquefois heureusement combattue par le camphre. 
Plat a eu souvent à s'en louer; il a constaté qu'il ne produisait aucun 
effet tant que la matrice n'était pas débarrassée du produit. Mais après 
l'accouchement, son efficacité a presque toujours été très-marquée. 



Digitized by VjOOQIC 



CAMPHRE. — ACTIO.N THÉRAPEiniQDE. lift 

Dewes le recommande contre les tranchées utérines qui suivent l'accou- 
chement. 

Le camphre a été prescrit contre l'épilepsie par Tissot, Locber, Culleu^ 
Werlhof. Richter, qui Fa souvent employé^ est d'avis qu'on ne doit y 
avoir recours que lorsque cette maladie a eu* pour cause Tabus du -coït 
ou la masturbation. Guersent Tayaut administré sur sept enfants, n'en a 
obtenu aucun effet, et a constaté qu'il ne retardait pas les accès, ainsi 
que CullenTavait affirmé, et qu'il ne diminuait pas leiir intensité, comme- 
Font écrit Richard et Barbier (d'Amiens). 

Le camphre a été préconisé contre les palpitations du cœur ; son action 
sédative sur la circulation justifie son emploi dans ce cas, alors que ce» 
palpitations sont purement nerveuses. 

Rayer a retiré d'excellents effets de l'emploi du camphre à la dose 
de 60 centigrammes par jour, dans un cas rebelle de polydipsie idiopa- 
thique essentielle. 

Le camphre a été prescrit par les médecins anciens contre presque 
toutes les maladies, même contre les inflammations, et avec quelques- 
bons résultats. Aussi l'avaient-ils considéré comme émoUient et anti** 
phlogistique. Mais, dans ces cas, ce médicament n'amenait une améliorar 
tion phis ou moins notable qu'en débarrassant la maladie des phénomènes 
ncrveui. C'est de cette manière que quelques bons cliniciens du siècle 
dernier, tels que Hoffmann, Bâillon, ont compris l'action du camphre. 
Ayant constaté les mauvais effets qu'il déterminait quand il était pres- 
crit dans les inflammations du tube digestif, ils pensèrent qu'il agissait 
principalement comme sédatif et n'y eurent recours, dans ces affection»^ 
qu'après avoir administré les antiphlogistiques vrais. 

L'alaxie, qui entrave si souvent la marche des maladies typhiques, est 
avantageusement combattue par le camphre; nous l'avons fréquemment 
eAiployé contre les phénomènes ataxiques du typhus épidémique, et 
nous avons été très-satisfaits des résultats que nous en avons obtenus. 
Il est vrai que le plus souvent nous l'associons au musc, qui peut reven- 
diquer une partie des succès que nous avons notés. D'une manière géné- 
rale, le camphre est indiqué dans les fièvres continues graves, lorsque le 
déUre n'est pas très-actii, et il importe de ne pas dépasser la dose de 
un gramme à un gramme et demi ; au delà il faut craindre l'apparition 
de cet état d'excitation qu'il convient d'éviter. On peut aussi l'adminis- 
trer à Textérieur, en onctions, fomentations, etc. Guersent l'employait 
en frictions le long de la colonne vertébrale. Il importe de se rappeler 
que son action sédative est d'autant plus prononcée que l'individu est 
plus faible, il faut donc surveiller ses eflets. 

Huxham a recommandé le camphre dans la fièvre lente rterveuse, 
alors qu'il y avait insomnie, délire tranquille, mouvements convulsifs,. 
soubresauts des tendons. Barthez, Halle, l'associaient à l'azotate de po* 
tasse dans les fièvres intermittentes avec prédominance des symptômes 
nerveux. 

Le camphre a été préconisé contre les pneumonies ataxiques par 



Digitized by VjOOQIC 



120 CAMPHRE. ACTION THÉRArEOTlQOE. 

Grâflenaucr et Chapman. Werlhof remployait contre les pleurésies à 
Pintérieur et à Pextérieur. Mais ici n'était-on. pas en présence de véri- 
tables pleurodynies? Grâffenauer, qui Fa administré dans une épidémie 
de grippe qui régna à Strasbourg en 1803, le considère comme un 
spécifique; il le donnait dans toutes les périodes de la maladie. 

Dans certaines fièvres éruptives, telles que la variole, la rougeole, la 
scarlatine, compliquées de symptômes ataxiques, le camphre a été pres- 
crit avec succès; mais pour que son efficacité soit réelle, il faut que les 
accidents nerveux ne soient pas trop prononcés. 

Neuhold a été conduit par le hasard à remployer comme moyen abor- 
tif des pustules varioliques; il les recouvre d'un linge frotté avec du 
camphre, et comme résultat constant, il a constaté que les boutons avor- 
taient et se desséchaient sans parcourir leurs périodes; en même 
temps il le donnait à Tintérieur à la dose de 5 à 15 centigrammes. 

Dans les fièvres continues graves, le camphre n^agit pas seulement 
comme sédatif et diffusible; son action est plus complexe, et ce n est pas 
sans raison qu'on lui a attribué la propriété de s'opposer à la tendance 
désorganisatrice que certains tissus présentent; ses propriétés désinfec- 
tantes sont signalées dès les premiers temps de son emploi thérapeutique. 
Dans l'île de Bornéo, où l'on garde les morts plusieiirs jours, on par- 
vient, dit-on, à arrêter la décomposition des cadavres, malgré l'influence 
de la chaleur excessive de ce pays, en soufflant dans la bouche avec un 
tuyau du camphre pulvérisé. Pringle a conservé de la viande dans une 
solution camphrée. Astier lui attribue la faculté d'arrêter la fermentation 
putride et de désinfecter les appartements. Guersentdit qu'il neutralise 
les émanations fétides presque aussi bien que le charbon et le chlore. 
C'est en s'appuyant sur ces faits que l'on a reconnu à ce médicament des 
propriétés antiseptiques^ et qu'on l'a préconisé comme un préservatif ef- 
ficace du choléra et autres maladies épidémiques. En 1852-1855 on Ta- 
vait exalté outre mesure comme moyen prophylactique du typhus indien, 
qui ravagea la France pendant cette période, mais il ne répondit pas à la 
confiance qu'il avait inspirée ; aussi fut-il beaucoup moins employé dans 
les épidémies qui suivirent. Néanmoins un grand nombre de personnes 
timorées n'ont pas cessé, dans les dernières apparitions du choléra, d'a- 
voir recours au camphre sous les formes les plus variées, et surtout de 
porter constamment à la bouche la cigarette prônée par Raspail. Ce 
moyen innocent, tout à fait inefficace, avait l'avantage de fortifier la sé- 
curité des individus qui y avaient recours et qui croyaient, par son aide, 
pouvoir vivre sans danger au milieu des foyers cholériques. 

C'est surtout dans la fièvre maligne et dans la fièvre putride que Fac- 
tion antiseptique du camphre a été invoquée; Fincohérence dans Fen- 
chainement des actes morbides, l'apparition de symptômes graves alter- 
nant et se manifestant sans annonce apparente, sans que le malade en 
ait conscience, symptômes qui constituent la malignité, commandent 
dans bien des cas l'administration du camphre. Ce médicament est moins 
bien indiqué dans la putridité, du moins à Fintérieur. La prostration 



Digitized by VjOOQIC 



CAMPHRE. — ACTION TUÉRAPBDTIQUE. 131 

^nérale, les troubles des fonctions intestinales, telles que diarrhée fé- 
tide, selles involontaires, tendance aux hémorrhagies, abcès, plaies de 
position, contre-indiquent quelquefois son emploi. Néanmoins, même 
dans des cas de ce genre, le camphre a été parfois très-utile; il partage 
ces propriétés antiseptiques avec d'autres substances : opium, huiles es- 
sentielles, musc, etc., que Ton peut considérer comme ses analogues. 

Haldonado affirme avoir guéri un grand nombre d'hépatites chroniques 
par l'application de cataplasmes avec la farine d'orge et le vinaigre cam- 
phré. Marjolin, Récamier et Roux ont obtenu de bons résultats dans le 
phlegmon des mamelles, connu sous le nom de poil, avec des onctions 
faites avec 8 grammes de camphre dissous dans un jaune d'œuf. Par ses 
propriétés stupéfiantes,* ce liniment calme rapidement les douleurs et 
contribue puissamment à amener laguérison. A ce sujet, je mentionnerai 
l'usage très-populaire dans certaines contrées de la France de ce médica- 
ment pour supprimer la sécrétion du lait; les applications extérieures 
suffisent. Dalle conseille de placer entre les seins, quelques heures après 
la délivrance, un sachet de camphre pulvérisé. 

Raulin, Despatureaux, Raisin, Swediaur, ont signalé le camphre comme 
très-efficace pour prévenir, modérer ou supprimer la salivation mercu- 
rielle. On l'a employé à l'extérieur sous forme de ponmiade, ou à l'inté- 
rieur en pilules, uni à l'opium. Cependant un grand nombre de médecins, 
Cullerier, entre autres, refusent à ce médicament cette propriété qui n'a 
pas été confirmée par les expériences auxquelles ils l'ont soumis. 

C'est surtout contre les inflammations des organes génilo-urinaires que 
le camphre a trouvé ses meilleures indications ; mais pour qu'il agisse 
avec efficacité, il convient que la phlegmasie ne soit pas trop intense. 
Aussi il faut n'y avoir recours que lorsqu'on a, en premier lieu, employé 
les antiphlogistiques ; en suivant cette précaution il a souvent réussi 
contre la néphrite, la cystite. B. Bell le vante uni à l'extrait de jusquiame 
^ans le traitement de l'uréthrite suraigué, avec érections pénibles et dou- 
loureuses ; il est aussi très-utile contre les érections nocturnes qui com- 
pliquent diverses maladies des voies urinaires. Le camphre doit être ad- 
ministré à l'intérieur à la dose de 1 à 2 grammes; etï même temps on 
fait des frictions avec une pommade ou un liminent sur les lombes et les 
aines. 11 a été souvent utile contre le priapisme, la nymphomanie, bien 
que, dans quelques cas, il ait déterminé des effets opposés à ceux qu'on 
devait en attendre. 

Presque tous les auteurs s'accordent pour reconnaître l'efficacité du 
camphre contre l'ischurie et la strangurie cantharidiennes que détermine 
parfois l'application des vcsicatoires ; non-seulement il a été employé 
comme curatif, mais encore comme préservatif. Comme moyen préven- 
tif, on a constaté des eCTets variés provenant du mode d'emploi; en 
France on saupoudre de camphre Templâtre vésicant; en Ecosse on'se 
sert d'huile camphrée. Ces deux manières sont vicieuses : le camphre 
pulvérisé, placé sur une partie peu humectée et dont l'inflammation va 
diminuer momentanément les forces absorbantes, n'agit que très-incom- 



Digitized by VjOOQIC 



122 CAMPHRE. — action thérapeutique. 

plélement. L^huile camphrée est plus facilement absorbable, mais elle 
pénètre l'emplâtre et n'entre pas facilement en contact ayec la surface 
cutanée. Aussi, devant l'impuissance de préservation du camphre mêlé 
aux cantharides, a-t-on proposé de l'administrer séparément soit en po- 
tions, soit en pilules, soit en lavements, ou bien en frictions sur les 
aines, comme le conseille Chrestien, de Montpellier. 

Si l'action préventive du camphre est souvent incomplète, ses pro- 
priétés curatives ne sont plus douteuses lorsque l'irritation vésico-uré- 
thrale s* est manifestée; employé en frictions, uni à la salive ou à l'huile, 
sur la partie interiie des cuisses, en lavements, en potions, il calme 
facilement les divers accidents provoqués par l'absorption de la cantba- 
ridine. 

Le camphre a été prescrit avec succès dans quelques cas de menstruation 
difficile et douloureuse, et, une fois, L. Gosselin en a obtenu de bons ré- 
sultats dans la spermatorrhée. 

Cette substance a été recommandée contre diverses maladies diaihé- 
siques, telles que la tuberculisation pulmonaire, le rhumatisme^ la 
goutte, etc. 

Dans la dernière période de la phthisie pulmonaire, alors que sur- 
viennent une expectoration purulente abondante, de la diarrhée, la fièvre 
hectique, le camphre est prescrit avec avantage; il procure aux malades 
des moments de calme, de soulagement, d'autant plus précieux que dans 
cette phase de la maladie il n'y à presque plus rien à faire, si ce n'est 
calmer et consoler. 

Son action sédative et stupéfiante est souvent invoquée dans le traite- 
ment du rhumatisme articulaire ; des frictions ou des fumigations sur les 
parties malades modèrent souvent les douleurs. CoUin, Grimaud, Rayer, 
Tont employé avec succès à l'iutérieur. Dupasquier le considérait comme 
un véritable spécifique de cette maladie sous forme de fumigations. 
CuUen, Landré-Beauvais, ont réussi à calmer les douleurs de la goutte par 
des frictions avec un liniment camphré. Mérat et de Lens disent avoir 
connu des personnes qui portaient du camphre dans leurs chaussettes 
pour se préserver de la goutte. Lentin rapporte qu'un individu retarda 
jusqu'au lendemain un accès dont il ressentait les.prodromes en en pre- 
nant quelques grains à l'intérieur, et en remplissant autant qu'il le put 
ses bas avec du camphre pulvérisé. Dans la goutte irrégulière, anormale 
(goutte remontée, rétrocédée), ce médicament trouve une de ses meil- 
leures indications, car il agit comme difTusible et dissémine l'influx ner- 
veux concentré sur un point. 

Propriétés vermicides. — Les expériences citées précédemment ont dé- 
montré que le camphre est un poison pour certains animaux inférieurs. 
Bouchardat dit au sujet du camphre : a Si l'on considère son action sur 
la série animale, on trouve qu'il tue toutes les plantes, tous les animaux 
inférieurs; que ceux qu'il n'empoisonne pas immédiatement sont d'autant 
plus affectés qu'ils s'éloignent plus de l'homme. C'est une arme avec la- 
quelle il peut se défendre, sans se compromettre, de tous les parasites 



Digitized by VjOQQIC 



CAHPHBE. PROPRIÉTÉS ANTIDOTIQOES. 125 

qui rentourent et qui semblent attendre et provoquer sa fin; on pourrait 
fÛre d'une façon générale qu'à Topposé des solanées vireuses, le camphre 
épai^e d'autant plus les êtres organisés qu'ils se rapprochent le plus 
de l'homme..» 

Cette action parasiticide était connue depuis très-longtemps. Baillou 
employait le camphre dissous dans Thuile dans le traitement de la gale ; 
Yaidy, Asiier, Baumes, Mélier, y ont eu aussi recours et ont constaté 
qu'il agissait avec autant d'efficacité que les autres antipsoriques, et, que 
de plus, il avait l'avantage de dissiper très-facilement le prurit, si insup- 
portable, que détermine cette maladie. Biett le prescrivait incorporé 
à diverses àubstances, telles que le .soufre, les alcalins. On l'a admi- 
nistré avec de bons résultats contre l'herpès tonsurant, leCavus, la men- 
tagre, etc. 

A l'intérieur, le camphre a été administré avec succès contre les asca- 
rides lombricoïdes par Chomel, Alibert, Schvrilgué, etc. 

Les propriétés parasiticides du camphre se bornaient à ce que je viens 
de faire connaître, lorsqu'il y a environ trente ans apparut une doctrine 
médicsde qui, ainsi que je l'ai déjà dit, considéra toutes les maladies comme 
étant produites par des parasites, et exalta conséquemment tous les 
médicaments vermicides. Le camphre occupa la place d'honneur dans la 
nouvelle matière médicale. Cette médication, d'une grande facilité d'ap- 
plication, propagée par toutes les voies de la publicité, est devenue popu- 
laire. Certainement le camphre possède des propriétés insecticides, mais 
établir que toutes nos maladies sont engendrées par des insectes, c'est de 
l'exagération. 

Propiuétés antidotiqces. — D'après ce que j'ai dit dans la partie thé- 
rapeutique, le camphre est souvent efficace contre les accidents produits 
par l'absorption de la cantharidine ; il est vrai que, dans quelques cas, 
son action a été incomplète et quelquefois nulle, mais il suffit que son 
emploi ait été parfois avantageux pour qu'on continue à l'administrer dans 
cette intoxication. 

On ne connaît pas jusqu'ici d'antidote pour combattre avec plein suc- 
cès l'empoisonnement par la strychnine. Il est vrai que plusieurs moyens 
ont été vantés, mais en général ils n'ont pas donné des résultats bien sa- 
tisfaisants. Le chloroforme ayant été heureusement administré par 
Maunson, contre les accidents tétaniques que cet alcaloïde détermine, 
plusieurs médecins américains prenant en considération les analogies qui 
rapprochent le chloroforme et le camphre, pensèrent que celui-ci, par ses 
propriétés stupéfiantes et diffusibles, serait utile contre cette intoxication. 
Rochester de Buffalo l'a prescrit deux fois, avec des résultats assez mar- 
qués, et, il croit devoir conclure qu'on ne saurait actuellement révoquer 
les propriétés du camphre comme antidote de la strychnine. 

Halle a prétendu que le camphre était le correctif de l'opium, mais 
Orfila a nié tout à fait cette action. 

Enfin, d'après Hahnemann, le camphre a la propriété de neutraliser 
l'action des médicaments administrés sans rapport de spécificité ou avec 



Digitized by VjOOQIC 



124 CAMPHRE. — mbliographie. 

ce rapport, mais à des doses trop peu ménagées. Cette vertu antidotiqae 
ayant uneefGcacité immédiate, Ilahnemann conclut que le camphre opère 
dans ce cas par ses effets primitifs et qu'alors il ne doit être considéré 
que comme médicament palliatif. 

Doses et modes d'administration. — Le camphre est ordinairement 
prescrit à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme. Il est nécessaire quand 
on doit continuer son emploi de le donner à doses graduellement crois- 
santes, pour maintenir son action dans les limites strictement médica- 
menteuses, et, par conséquent, surveiller ses effets pour ne pas laisser se 
développer des symptômes avoisinant l'intoxication. 

A cause de sa saveur et de son odeur, le camphre est rareitient prescrit 
en potions, on Tadministre le plus souvent sous forme pilulaire. 

Étant à peu près insoluble dans Teau, il faut, quand on le donne en 
potion, avoir recours à un intermède; on se sert, à cet effet, d'un jaune 
il'œiif, surtout quand la potion doit être prise dans un temps de peu de 
durée ; si on la conservait au delà d'un ou de deux jours, le camphre se 
séparerait et se précipiterait. Pour éviter cet inconvénient, Baudon a pro- 
posé la magnésie blanche, que l'on triture avec le camphre en y ajoutant 
de Teau peu à peu, et on filtre ensuite sur -du papier non collé. Planche a 
proposé l'amidon. Le miel jouit aussi de cette propriété, ainsi que les si- 
rops; les divers mucilages peuvent suspendre le camphre et rendre mis- 
cible a l'eau une quantité égale à la moitié de leur poids. 

Il résulte des expériences de Planche que l'addition de certaines résines 
a une action manifeste sur le camphre ; celles-ci peuvent effacer, atté- 
nuer, exalter son odeur. 

L'assa fœtida, le galbanum, le baume dô Tolu l'effacent; 

Le sang-dragon, le mastic, le benjoin, la gomme ammoniaque Tatté- 
nuent ; 

La gomme-gutte, la résine de jalap, la scammonée Texaltent. 

Quand on prescrit le camphre en lavements, il faut le suspendre dans 
un jaune d'œuf. 

Chassaignacse seii du camphre pour appHquer les moxas : il en prend 
avec des pinces à pansement un morceau de la grosseur d'une noisette, 
rapplique sur le point choisi et y met le feu; il faut empêcher que la 
flamme agitée par Tair n'atteigne les parties voisines, car la combustion 
est très-rapide. La chaleur se communique instantanément à la peau et 
détermine de vives souffrances. Aussi Chassaignac ne laisse-t-il que peu 
de temps ce moxa à la même place. S'il convient d'en appliquer plusieurs, 
il transporte le même morceau de camphre enQammé d'Ai point à un 
autre, et pose ainsi trois à quatre moxas en quelques minutes. 

MoREL, Essai chimique sur le camphre. Montpellier, an X. 

Gr^ffenaler (J. p.), Traité sur le camphre, considéré dans ses rapports avec l'histoire naturelle, 

la physique, la chimie et la médecine. Strasbourg, 1803. 
Chèze (Amable), Propositions sur le rhumatisme aigu et chronique (emploi du camphre). Thèse de 

doctorat, Paris, 1808. 
Richard (F. J.), Essai sur l'usage clinique du camphre. Thèse de doctorat, Montpellier, 1813. 
Levkrdats, Action du camphre dans les fièvres adynamiques. Thèse de doctorat, Pari^, 1815. 



Digitized by VjOOQIC 



CANCER. 125 

CouRRACLT, Propriétéi délétères du camphre et de la coque du LeTant. Thèse de doctorat, Paris, 

11 janvier 1815. 
CABorrr, Du camphre considéré daas ses principaux rapports avec les sciences naturelles et médi- 
cales. Thèse de doctorat, Paris, 1824. 
ScvDKRT, Ricerche intorno agli effeti prodotti délia canfora sulla economia animale. Bologne, 

1825. 
DoPASQriEft, Sur l'emploi du camphre dans le rhumatisme aigu et chronique [Revue médicale^ 

1826, t. II, p. 218). 
GoppERT, Recherchea sur l'action de l'acide cyanhydriquc et de quelques aulres substances sur les 

plantes (Annales des sciences naturelles, 1828, t. XIV). 
ScuDERT (de Messine), De l'action du camphre sur l'homme sain [Annali unitfersali di Medicina, 

juiiii829, et Àrch. gén.deméd., 1829, l'« série, t. XXI. p. 151). 
Wexdt, Empoisonnement par le camphre [RusVs Magazin^ et Arch. gén. de ntéd., 1850, !'• sér., 

t. XXII, p. 129). 
MéRAT et DE Leks, Dictionnaire de matière médicale et de thérapeutique générale. 1830, 1. 11, 

et Supplément, 1846, t. VII. 
JoEBC [J. Ch. G.), Expériences tendant à déterminer l'action de quelques médicaments [action du 

camphre) [Arch. gén. de méd., l'»série, 1831, t. XXVI, p. 90). 
Dumas (J. B.], Mémoire sur les suhstances végétales qui se rapprochent du camphre et sur quel- 
ques substances essentiellrs (Ann. de chimie et de physique ^ 1852, !'• série, t. L, p. 225). 
Mausaig!(e, Note sur l'emploi du camphre à l'extérieur (Gazette médicale, 1832, p. 582). 
MnxoT, Histoire pharmacologique du camphre. Thèse de doctorat, Strasbourg, 1837. 
lUaPAiL, Sur un système nouveau touchant l'emploi du camphre dans les maladies [Bull, de thé' 

rapeut., 1858, t. XV, p. 312). — Histoire naturelle de la santé et de la maladie. 2 vol. m-8. 

Paris, 1843. 
Bellerger [de Scnlis), Sur les effets du camphre dans l'odonlalgie [Bull, de thérapeul., 1839, 

l. XVI, p. 54). 
BoocBARDAT, De l'actiou qu'exercent sur les végétaux les produits organiques ou inorganiques qui 

sont des poisons pour les animaux (Comptes rendus de VAcad. des sciences, 1843, t. XVII). 
Rater, Annales de thérapeutique àe Rognetu. 1846. 
HoaouE, Accidents qui peuvent résulter de l'emploi du camphre [Soc. méd.-pratique de Paris, 

1846, et Bull, de thérap., 1846, t. XXX, p. 144). 
Plat (Arth.), De l'accouchement prématuré dans l'éclampsie des femmes enceintes. Bons effets du 

seigle et du camphre (BuU. de thérap.y 1847, t. XXXIII, p. 381). 
Sur l'emploi du camphre en ophthalmologie et en particulier dans le traitement de l'amblyopie 

(Annales d'oculistique, juin 1849). 
Alqcié (de Montpellier], Bons -effets du camphre contre la, toux nerveuse {Revue thérapeutique 

au Midi, et Abeille médicale, août 1850). 
Empoisonnement par le camphre administré en lavement Bull, de thérap., 1830, t. XXXIX. 

p. 228; 1851, t. XLI, p. 164 et 524). 
UiTTERuœvEM (de Bruxelles], Emploi du camphre dans les ulcères atoniques (Journ. de méd. de 

Bruxelles, 1854, et Annales de Roulers, n» 15) . 
FoNssAGRivEs, Mémoire sur la constitution du groupe thérapeutique des stupéfiants diffusibles et 

sur la nécessité d'y faire entrer toutes les substances dites antispasmodiques (Arch. gén, de 

méd., 5- série, 1857, t. IX, pr399 et suiv.). 
RocHESTER, De l'emploi du camphre comme antidote de la strychnine [American Journal, et Bri- 

tish and fàreign medico -chirurgical Review, 1857]. 
FcTEBLT. Empoisonnement par le camphre employé comme moyen abortif [Gaz. méd. d'Orient, 

mars 1859, et Bull, de thérap., 1859, t. LVI, p. 343. 
Martehot de Cordoux, Anesthésie locale produite au moyen de la ligature et du chloroforme 

camphré (Bulletin de la Société de médecine de Besançon, n» 10, et Répertoire de pharma-^^ 

de, mai 1861). 

Â. Barraluer (de Toulon). 

-CAHîCEn. — La fréquence du cancer et la gravité de ses manifesta- 
tions ^ont assez remarquables pour justifier les nombreux travaux dont 
cette maladie a de tout temps été l'objet, et cependant, malgré les acqui- 
sitions nouvelles que la science enregistre chaque jour, on peut dire, 
sans être taxé d'exagération, que le cancer est encore une des questions 
les plus ardues delà pathologie. 



Digitized by VjOOQIC 



126 CANCER. — nom, historique. 

La difficulté de réunir dans un même cadre et d'envisager à un point 
de vue général les maladies cancéreuses des viscères et celles des organes 
' externes, l'indécision qui règne encore sur le nombre des lésions qu'on 
doit rattacher au cancer, Tobscurité qui environne le développement des 
tumeurs, les différences d'aspect sous lesquelles se présentent les affec- 
tions cancéreuses même les plus communes et les mieux connues, tout 
cela constitue à nos yeux des obstacles difficiles à surmonter. Aussi ne 
pouvons-nous avoir la prétention de résoudre tous les points douteux de 
l'histoire du cancer, et de donner, dans les étroites limites de cet article, 
une idée complète de ce vaste sujet ; nous serons forcé de nous borner à 
une description sommaire de la maladie, tout en faisant ressortir ses ca- 
ractères les plus importants. 

Nom; historique. — Le mot cancer a reçu en pathologie deux acceptions 
différentes : il sert à désigner, tantôt la maladie cancéreuse elle-même, 
tantôt les lésions qui en sont la conséquence ; cette double signification 
peut, sans inconvénient, lui être conservée. Le nom de carcinomCj em- 
ployé comme synonyme par un assez grand nombre d'auteurs, semble 
spécifier plutôt les productions cancéreuses que la maladie qui leur a 
donné naissance. 

Cancer, en latin aussi bien qu'en grec (cancer, xopxîvo;), veut dire 
crabe^ écrevisse^ soit qu'on ait cru qu'un animal rongeait les tissus, soit 
qu'on ait comparé aux pattes d'un crabe les veines bleuâtres qui, souvent, 
s'irradient autour de la tumeur cancéreuse. Employé d'abord pour dési- 
gner certaines tumeurs du sein, ce nom fut plus tard étendu à toutes les 
productions qui, au point de vue de leurs caractères physiques ou de leur 
marche, offraient avec celles du sein une certaine analogie. 

Je n'essayerai pas de passer en revue les différentes opinions qui ont 
été émises sur la nature de cette terrible maladie, et qui, presque toutes, 
sont empreintes des idées physiologiques de l'époque qui les a vues naître. 
Cette revue rétrospective nécessiterait, sous peine d'aridité, des dévelop- 
pements considérables et ne pourrait avoir pour nous aucun intérêt. 
Nous devons nous* borner à signaler le chaos où l'étude des tumeurs était 
plongée avant le commencement du siècle, et faire ressortir les efforts 
qu'on a tentés de nos jours pour constituer la maladie cancéreuse et dé- 
terminer le nombre et la nature de ses lésions. 

Rien de plus vague et de plus confus que l'opinion des anciens sur la 
maladie que nous étudions. Ainsi on a pu voir des auteurs compter au 
nombre des cancers la gangrène et le sphacèle (Celse), et donner les noms 
de cancer albus aux aphthes, de cancer aqueux à la gangrène de la bouche 
chez lesenfants ; une foule d'affections disparates, l'herpès, l'esthiomène, 
les ulcères rebelles, les indurations de toute nature, les engorgements 
lymphatiques, les tubercules, sont également, sans distinction, compris 
dans la même classe. 

Plus près de nous, l'acception du mot cancer fat moins étendue; tou- 
tefois, au siècle dernier, la confusion était encore extrême. A peu près 
tout ce qui constitue aujourd'hui la classe des tumeurs était appelé squirrhe 



Digitized by VjOOQIC 



CANCER. — NOM, HISTORIQUE. 127 

ou cancer occulte. Une fois développé, le squirrhe pouvait rester inof- 
fensif, ou bien s'ulcérer; et, dans ce dernier cas, il prenait le nom de 
cancer confirmé. Au&yeux des anciens, le cancer devait donc nécessaire- 
ment passer par la phase squirrheuse, et^'est ainsi, par exemple, que, 
jusqu'à Laennec, les tumeurs qui sont aujourd'hui connues sous le nom 
d'encéphaloîdes, étaient considérées comme le résultat du ramollissement 
et de la dégénérescence du squirrhe. 

Un seul chirurgien, vers la fin du dix-huitième siècle, a protesté contre 
cet état de choses. Hunter avait dit en effet en parlant du cancer : « Les 
maladies qui sont coi^munément rangées sous cette dénomination sont 
très-différentes par leur aspect, et le sont aussi très-probablement sous le 
rapport de leur nature ; » mais, se bornant à formuler cette proposition, 
il ne publia rien qui pût faire connaître ce qui, à ses yeux, devait consti; 
tuer et caractériser le cancer. 

Il faut arriver au commencement de notre siècle pour trouver des no- 
tions plus précises sur les lésions organiques. Bichat, dont le génie a 
donné une ^i vive impulsion à Tanatomie normale et pathologique, fit la 
première tentative de classification. Il divisa toutes les lésions organiques 
en deux grandes classes, dont Tune comprenait les altérations générales 
ou communes^ c'est-à-dire celles qui surviennent dans toutes les parties 
du corps, etTautre les altérations particulières, ou qui n'attaquent qu'une 
seule espèce d'organes. Il ne reconnut que deux afTections générales ou 
communes : Tinflammation et le squirrhe. Mais Bichat, qui avait fait con- 
naître ses idées dans çon cours d'anatomie pathologique, mourut avant 
de les avoir publiées et complétées. Il faut, du reste, remarquer que cette 
dassification, en ce qui concerne les tumeurs, laissait beaucoup à désirer. 

C'est à Laeimec que revient l'honneur d'avoir plus rigoureusement 
étudié* les productions accidentelles (1804). Pour lui, a les tissus acci- 
dentels se divisent en deux sections naturelles : dans la première se 
rangent les tissus accidentels qui ont des analogues parmi les tissus natu- 
rels de l'économie animale ; dans la deuxième, ceux qui n'en ont point. » 
Ces deux groupes correspondent à ce qu'on appelé depuis tissus homo- 
logues et tissus hétérologues. 

Les tissus sans analogues renferment, d'après Laennec, quatre espèces : 
1"* le tubercule; 2" le squirrhe; 3** l'encéphaloïde ou matière cérébri- 
forme ; 4^ la mélanose. De ces quatre espèces enfin, il y en a deux qui sont 
des cancers, ce sont le squirrhe et l'encéphaloïde. 

Il y avait là un grand progrès. En effet, non-seulement Laennec reje- 
tait la vieille opinion, qui consistait à regarder l'encéphaloïde comme 
représentant une période avancée du squirrhe; mais encore, tout en signa- 
lant les différences considérables qui existent entre ces deux productions 
morbides, il ne se laissait point entraîner à établir entre eux une distinc- 
tion absolue, et faisait preuve d'une rigoureuse sagacité en les rattachant 
à la même maladie. 

Cette opinion ne trouva, en France du moins, aucune opposition, car 
elle était d*accord avec l'observation clinique et l'anatomie pathologique 



Digitized by VjOOQIC 



128 CANCER. — non, histobiqce. 

elle-même. Tous les jours, en effet, les chirurgiens pouTaient remarquer 
dans rencéphaloïde des tendances à la récidive et à la généralisation, qui 
ne le cédaient en rien à celles du squirrhe ; et, d'un autre côté, les recher- 
ches anatomo*pathologiques, en se multipliant, permettaient de trouver 
des tumeurs intermédiaires, participant à la fois des caractères du squirrhe 
et de rencéphaloïde. 

Malheureusement Tidcntité de nature de ces deux espèces de produc- 
tions morbides ne reçut pas partout la même consécration. C'est ainsi, 
par exemple, que les chirurgiens anglais ont longtemps regardé rencé- 
phaloïde comme une maladie tout à fait différente du squirrhe, et que, 
prenant en considération quelques-unes de ses propriétés physiques, ils 
Font décrit sous les noms de spongoid inflammation (Burns, 4800|, 
[ungus hxmaiodes (lley, 1803; Wardrop, 1809), fvlpy ormeduUary sar- 
coma (Abernethy). La distinction radicale établie entre ces deux tissus a 
été très-préjudiciable à la pratique chirurgicale. 

S'il était resté, en France, quelques doutes dans l'esprit des anatomo- 
pathologistes au sujet de la parenté du squirrhe et de Tencéphaloïde, ces 
doutes pouvaient se dissiper devant une importante découverte, celle da 
$xic cancéreux^ faite par Cruveilhier en 1827. Cruveilhier montra que si 
l'on divise avec un instrument tranchant une tumeur encéphaloïde oq 
squirrheuse, il est possible d'extraire de la surface de section, soit par la 
pression, soit par le grattage, un liquide opalin, lactescent, jaunâtre, 
susceptible de faire avec l'eau Une émulsion parfaite. Ce liquide ofirait, 
comme on le voit, des propriétés physiques {)ien tranchées ; quelle que 
fut sa provenance, il avait'Joujours les mêmes caractères ; on lui donna 
le nom de suc cancéreux. Et comme le suc cancéreux sa trouvait à la fois 
dans les tissus squirrheux et encéphaloïde, tandis qu'on ne le rencontrait 
pas ailleurs, il devenait un caractère fondamental et spéciQque du cancer. 
L'identité de nature de l'encéphaloïde et du squirrhe se trouva donc défi- 
nitivement établie; on reconnut que ces tumeurs sont constituées toutes 
deux par une trame fibreuse, dans les mailles de laquelle le suc cancé- 
reux est contenu, comme dans les alvéoles d'une éponge, et qu'elles ne 
diffèrent l'une de Tautre que par la proportion relative de la trame et du 
suc ; très-peu serrée dans l'encéphaloïde, la trame acquiert dans le squirrhe 
son maximum de développement et de ténacité. 

C'est alors que l'on put dire avec assurance, comme Ph. Bérard, dans 
son article du Dictionnaire de médecine en trente volumes : « Le cancer 
est constitué par le développement et révolution de deux tissus acciden- 
tels sans analogues dans l'économie; savoir : le tissu squirrheux et le 
tissu encéphaloïde. » 

Toutefois il était difficile de regarder longtemps le suc cancéreux 
comme le caractère spécifique du cancer, car la clinique devait montrer 
que la question était plus complexe. La mélanose, qui possédait un suc 
noir, et certaines tumeurs colloïdes, qui ne renfermaient pas de suc, 
durent,' à cause de leurs propriétés envahissantes et infectieuses, être 
rangées à côté de l'encéphaloïde et du squirrhe ; de sorte que l'on admil 



Digitizedby Google 1 



CANCER. — NOM, UISTOKIQUE. J29 

bientôt deux nouvelles espèces de cancer : les cancers mélanique et colloïde. 

Ce fut dans ces conditions que le microscope, appliqué à Tctude des 
lissus normaux et pathologiques, intervint dans la question. Examiné à 
Taide de cet instrument, le suc cancéreux se montra composé d'un liquide 
tenant en suspension des éléments de formes variables, dont nous don- 
nerons plus loin les caractères (voy. p. 1 59), et qu on décrivit sous le nom 
de cellules et noyaux cancéreux. Or des cellules et des noyaux de même 
apparence furent trou,vés dans le suc noir du cancer mélanique et dans 
les débris obtenus par le grattage à la surface d'une coupe du cancer 
colloïde; on en conclut que Ton avait enfin trouvé les éléments spécifiques 
du cancer. 

Les cellules cancéreuses, appelées ainsi à jouer un grand rôle dans les 
propriétés des tissus morbides oix elles se rencontrent, avaient été déjà 
entrevues par Hipp. Royer-CoUard, et décrites par Gluge; mais elles 
liront pris une sérieuse importance que depuis les publications de Lebert. 
En 1845 parut la Physiologie pathologique de cet auteur, et les opinions 
qui y sont développées, acceptées et défendues encore par 'beaucoup de 
jeunes chirurgiens de lecole de Paris, ont eu un grand et légitime reten- 
tissement, malgré les exagérations dont elles sont entachées. 

Pour Lebert et quelques autres micrographes distingués, les tumeurs 
cancéreuses, quelles que soient d'ailleurs leur forme et leur apparence 
extérieures, sont essentiellement caractérisées par la présence des cellules 
cancéreuses et des noyaux cancéreux, éléments qui n*ont point d'analo- 
gues dans l'organisme, et qui, pour ce motif, sont dits hétéromorphe^: 
Pour les mêmes auteurs, ces éléments ont des caractères physiques assez 
lixes pour qu'il soit impossible de les confondre avec d'autres éléments 
quelconques de l'organisme. Les tissus où Ton trouve des cellules cancé- 
reuses sont l'encéphaloïde et le squirrhe d'abord, puis les cancers méla- 
nique et colloïde, qui ne différent des autres que par la présence d'élé- 
menU accessoires, le pigment pour le premier, la matière coUoïâe pour 
le second. En dehors de ces productions il n'y a point de cancer. C'est 
ainsi que les ulcères de mauvaise nature et à marche envahissante, qui se 
développent sur les téguments, et, en particulier, aux orifices des mu- 
queuses, et qui, de tout temps, ont été regardés comme cancéreux, sont, 
pour Lebert, complètement distincts des cancers, car ils sont constitués 
par rinfiltration d'éléments analogues à la cellule épidermique. Aussi 
Lebert les appelle tumeurs épithéliales ou épidermidales. Plus tard le 
même auteur, et beaucoup d'autres après lui, ont décrit ces mêmes tu- 
meurs sous le nom de cancroïdes. Outre les cancroïdes il y a beaucoup 
d'aulres productions morbides qui, par quelques-unes de leurs propriétés 
locales, semblent se rapprocher du cancer, et qui, pourtant, aux yeux de 
Lebert, n'ont rien de commun avec cette maladie, attendu qu'elles sont 
constituées par des éléments analogues à ceux de l'économie; par exemple 
les tumeurs fibro-plastiques, lesquelles sont formées de tissu conjonctif 
embryonnaire; les tumeurs cartilagineuses dues au développement du 
tissu cartilagineux, etc.... Toutes ces productions reçoivent de Lebert le 

WOUV. OICT. MKD. tT CHIR. VI. '— 9 

Digitized by VjOOQ le 



ioO CÂNCEH. — MUM, HISTOHIQUË. 

nom d'homœomorpheSj parce que, contrairement au cancer, elles sont for- 
mées d^éléments semblables à ceux que Ton rencontre à Tétat normal, 
soit chez Tembryon, soit chez Tadulte. 

Grâce à cette distinction, rien de plus simple que la doctrine des tu- 
meurs : les unes, étant constituées par des éléments sans analogues dans 
l'organisme, hétéromorphes, doivent jouer, par rapport à Téconomie, le 
rôle d'un véritable parasite dont les propriétés envahissantes peuvent, 
jusqu'à un certain point, s'expliquer; les autres, pe renfermant que de^i 
cellules normales, homœomorphes, doivent être beaucoup moins graves, 
aussi Lebert proclame leur bénignité, leur innocuité à l'égard des gan- 
glions lymphatiques et des organes internes. Rien de plus facile aussi 
que le diagnostic anatomique des tumeurs, puisqu'il suffit d'un œil exercé 
pour reconnaître au microscope s'il existe oui ou non des cellules cancé- 
reuses dans le tissu morbide dont il s'agit de déterminer la nature. 

La doctrine de Lebert, d'une attrayante simplicité, se rapproche beau- 
coup, comme on peut le remarquer, de celle que Laennec avait fondée. 
Les deux auteurs s'efforcent de découvrir dans le cancer un caractère 
anatomique spécifique. Laennec Ta trouvé dans les propriétés physiques 
du tissu ; Leberi, grâce au microscope, poussant plus loin l'analyse, le 
trouve dans les caractères de l'élément; en d'autres termes, pour Laennec 
il y a des tissus cancéreux ; pour Lebert, des éléments cancéreux. Quoi 
qu'il en soit, ces deux conclusions sont dérivées du même principe, de 
sorte que Laennec et Lebert peuvent être regardés comme les représen- 
tants d'une même doctrine qu'on pourrait appeler doctrine de la spéâfi- 
dlé anatomique^ à laquelle appartiennent un grand nombre d'adhérents, 
et qui est défendue par des hommes d'un grand mérite. 

Mais cette manière de voir a trouvé et compte encore de nombreux con- 
tradicteurs, soit parmi les chirurgiens, soit parmi les micrographes eux- 
mêmes; et à la doctrine précédente il est possible d'opposer ce qu'on 
pourrait appeler la doctrine de la spécifié clinique, Cellc-jci admet que 
le cancer n'est point essentiellement caractérisé par des tissus ou par des 
éléments spéciaux, attendu que des tumeurs de structures très-^diverses 
peuvent se comporter d'une façon identique et offrir la malignité qui, 
avec juste raison, est considérée comme le triste apanage du cancer. 

Peu de temps après la publication de la Physiologie pathologique de 
Lebert, beaucoup de chirurgiens protestèrent contre la distinction si radi^ 
cale établie par Thabile micrographe entre ce qu'il appelait les tumeurs 
de bonne et de mauvaise nature. On ne tarda pas à trouver des tumeurs 
supposées de bonne nature, composées, d'après Lebert, d'éléments ho- 
mœomorphes, qui 4)ourtant avaient infecté les ganglions lymphatiques à 
la façon des cancers véritables, et qui même avaient eu pour résultat 
d'entraîner la formation de tumeurs secondaires dans les organes internes; 
qui, en un mot^ s'étaient généralisées au même titre que les tumeurs can- 
céreuses les mieux avérées. Ainsi l'on cita des exemples de cancroïdes, 
de tumeurs fibro-plastiques surtout, qui avaient révélé la même malignité 
que les tumeurs à suc cancéreux. 



Digitized by VjOOQIC 



GAiXCER. — KOM, HISTORIQUI::. iol 

C'est en 1854, surtout, que les faits de cette nature ont eu un grand 
retentissement, parce qu'à cette époque une mémorable discussion, qui 
s'était produite au sein de l'Académie de médecine, appela Tattention des 
observateurs sur tout ce qui pouvait être de quelque importance pour 
résoudre ces questions de doctrine. C'est alors que Velpeau fit remarquer 
combien Tanatomie pathologique était impuissante à délimiter le groupe 
des cancers ; et que, prenant en considération non la structure intime 
des tissus, mais leurs propriétés, se basant non sur Tanatomie patholo- 
gique, mais sur la clinique, ce chirurgien considéra le mot cancer comme 
synonyme de tumeur inaligne, et le définit par les caractères empruntés 
à la marche des productions morbides, à leur action sur les tissus voisins 
et à leur influence sur la santé générale. 

Lebert dut bientôt reconnaître ce qu'il y avait d'exagéré dans les dis- 
tinctions cliniques établies par lui entre les différentes tumeurs qu'il 
avait décrites. Dans les publications postérieures à sa Physiologie patho- 
hfjique, il a profondément modifié ce qu'il avait dit du pronostic de ses 
tumeurs de bonne nature. II a même atténué la valeur des caractères 
microscopiques du cancer, ainsi que le démontre le passage suivant em- 
prunté à son Traité des maladies cancéreuses : « Une cellule isolée étant 
donnée, dit Lebert, peut-on toujours reconnaître par l'examen microsco- 
pique si elle appartient à un cancer ou non ? Nous n'hésiterons pas à ré- 
pondre que cela n'est pas toujours possible. Mais la question que nous 
avons toujours cherché à résoudre est celle-ci : un tissu morbide étant 
donné, peut-on reconnaître, au moyen de l'inspection microscopique, 
s'il est cancéreux ou non? Sur ce point nous n'hésiterons pas à répondre 
par l'affirmative ; tout en faisant d'abord une réserve en faveur des cir- 
constances exceptionnelles que nous indiquerons plus tard, et dans les- 
quelles Texamen microscopique peut rester insuffisant. » Après cette 
concession on s'étonne que Tauteur du Traité des maladies cancéreuses 
persiste a trouver dans le cancer des éléments hétéromorphes et spécifiques . 

Les opinions de Lebert sont partagées par Broca, qui a étudié avec 
beaucoup de soin les questions relatives à l'anatomie pathologique du 
cancer. Follin adopte également la même doctrine. 

Non-seulement beaucoup de chirurgiens ne se sont pas rattaches h la doc- 
Urine de Lebert, mais il y a des micrographes (Virchow, Robin, Comil...) 
qui professent des opinions très-dilTérentes. C'est ainsi que, pour Virchow, 
toutes les tumeurs sans exception peuvent se rattacher, au moins par la 
nature de leurs éléments, aux types que l'on rencontre à l'état normal dans 
Torgaaisme. Les cellules cancéreuses elles'^mémes ne sont point hétéro- 
morphes et n'ont rien de spécifique : ce sont des éléments analogues aux 
productions épithéliales; et s'ils présentent souvent des caractères et des 
formes insolites, cela tient à la puissance de végétation avec laquelle ils 
croissent et se multiplient. Et ce qui, d'après Virchow, constitue la tumeur 
cancéreuse ou carcinome, qu'elle se présente sous la forme de Tencépha- 
loîde ou bien sous celle du squirrhe, c'est un tissu dans lequel on trouve une 
trame de tissu conjonctif de nouvelle formation, dont les cavités ou al- 



Digitized by VjOOQIC 



432 CAISCER. — NOM, histokique. 

véoles, très-petites, microscopiques, contiennent un suc crémeux qui tient 
en suspension des cellules se rattachant au type épithélial (cellules cancé- 
reuses de Lcbert) . Le cancroïde, dans lequel il existe également des cellules 
épithéliales, diffère, d'après Virchow, du carcinome, en ce que l'on n'y 
trouve pas de trame de nouvelle formation, que les cellules sont simple- 
ment infiltrées dans les tissus de la partie malade, et qu'elles y occupent 
des alvéoles visibles à Tœil nii, macroscopiques. La matière qu'on peut 
exprimer à la surface d'une coupe de cancroïde n'est point crémeuse, 
comme dans le cancer, mais caséeuse et grumeleuse. 

Telle est la distinction anatomique que le micrographe allemand éta- 
blit entre le cancroïde et le cancer. On peut voir ailleurs {voy. Cancroîdei 
si la séparation de ces deux genres de tissus peut être aussi radicale, 
s Quant aux tumeurs constituées par d'autres éléments. Virchow reconnaît 
à plusieurs d'entre elles la propriété de se reproduire dans les ganglions 
de la région malade et dans les organes internes, mais pour lui ce ne sont 
pas des cancers. 

Enfin, il est encore une opinion qui a été formulée il y a peu de temps 
par le professeur Robin. Aux yeux de cet auteur, auquel nous empruntons 
ses propres expressions, a robservation du tissu des tumeurs comparé à 
celui des organes sains dans lesquels elles naissent et se développent, a 
montré qu'en réalité l'expression cancer n'a, en anatomie pathologique 
comme en pathologie, qu'une valeur historique, mais ne désigne aucune- 
ment une espèce à part de produits morbides, ni même un groupe naturel 
de tumeurs qui offrent des symptômes se répétant avec un certain nombre 
de caractères communs, constants chez les divers sujets qui en sont 

atteints Le mot cancer^ dit Robin, n'a donc actuellement pas plus de 

valeur que le mot dartre et autres termes qui disparaissent de la patho- 
logie interne. Par conséquent ce mot doit être rejeté L'hypothèse d'un 

vice cancéreux... ne peut servir de refuge pour conserver le mot cancer 
comme terme de genre ou de classe ; car il y a des sujets chez lesquels 
récidivent des tumeurs qui ont la structure de celles qui sont dites béni- 
gnes, et il en est chez lesquels ne récidivent pas celles qui ont la struc- 
ture des tumeurs qu'on nomme cancer... C'est à la constitution générale 
de l'individu dont tel ou tel tissu est devenu malade, et non au tissu mor- 
bide même, qu'on doit attribuer la gravité ou la bénignité de la marche 
des tumeurs, d'après laquelle on les disait cancéreuses ou non. » En 
conséquence, Ch. Robin croit que l'on doit s'efforcer de décrire isolément 
les caractères des différentes espèces anatomiques de tissus, au double 
point de vue des lésions et des symptômes. 

Nous pensons que cette méthode aurait de graves inconvénients. Assu- 
rément il serait très^avantageux de connaître avec précision les propriétés 
inhérentes à chaque espèce de tissu morbide : la symptomatologie du 
cancer y gagnerait certainement, et l'on doit reconnaître qu'il reste en- 
core beaucoup à faire sous ce rapport; mais nous doutons que jamais les 
cliniciens consentent à nier, et la diathèse cancéreuse, et l'aptitude de cette 
diathèse à produire dans l'organisme un certain monbre de lésions se 



Digitized by VjOOQIC 



CANCER. — DéFIKITION, DéUMITATlOIf DU SUJET. 135 

rattachant les unes aux autres par un ensemble de caractères communs, 
toutes restrictions faites sur le nombre des lésioRs que renfermera ce 
groupe morbide quand il sera définitivement constitué. 

Du reste, avec ses principes, voici à quelles conséquences le docteur 
Ch. Robin se trouve entraîné : reconnaissant, cdmme Virchow, la nature 
épilhéliale des éléments qu'on a appelés cellules cancéreuses, mais pre- 
nant ce caractère anatomique comme base unique de sa classification, il 
ne fait pas, comme le micrographe allemand, la distinction du cancroïde 
et du carcinome, et il étudie dans un même groupe l'encéphaloïde, le 
squirrhe et le cancroïde, sous le nom collectif d'épithéliome. Si, au point 
de vue anatomique pur, cette manière d'envisager la question peut avoir 
sa raison d'être, nous ne pensons pas que la clinique puisse s'en accom- 
moder. 

En terminant cet historique, signalons un récent et remarquable mé- 
moire de Comil sur les caractères anatomiques du cancer^ travail basé 
sur Vélude des tumeurs qui, en clinique, se présentent avec les signes de 
la malignité. 

Défiiotion; déluotation du sujet. — J*ai cherché à présenter avec 
brièveté et précision les opinions qu'on a émises a Tégard du cancer. Ce 
conflit d'opinions montre jusqu'à quel point il peut être difficile de déli- 
miter cette maladie et d'en donner une bonne définition. Peyrilhe et 
Ricberand avaient déjà dit que le cancer est aussi difficile à définir qu'à 
guérir; de nos jours encore plusieurs chirurgiens distingués n^ont pas 
craint d'éluder la difficulté et ont abordé la description du cancer sans le 
définir. N'est-ce pas trop présumer de nos forces que d'essayer de ré- 
soudre cette question délicate? 

La nature intime du cancer étant inconnue, il n'y a que deux ordres de 
caractères qui puissent être invoqués pour définir cette maladie : les 
caractères tirés de Tanatomie pathologique, et ceux empruntés à la cli- 
nique. Assurément on peut discuter la valeur comparative de ces deux 
points de départ ; mais sans aborder les considérations auquelles un pareil 
sujet pourrait donner lieu, nous devons avouer que, dans l'état actuel de 
la science, les caractères anatomiques seuls ne sont pas suffisants pour 
servir de base à une définition. Les détails contenus dans cet article 
feront ressortir les motifs qui nous ont conduit à mettre l'anatomie patho- 
logique au second plan ; mais nous pouvons dès à présent signaler sous 
forme de propositions las principaux faits qui démontrent la nécessité 
d'avoir recours à la clinique pour envisager le cancer d'une façon générale : 
V Les cellules dites cancéreuses ne sont pas spécifiques, car 1° elles 
peuvent, comme Virchow et Robin l'ont établi, se rattacher à des types 
'normaux déviés de leur forme habituelle ; 2^ on peut ne pas les rencon- 
trer .dans des tumeurs qui cependant, aux yeux de tous, sont évidemment 
cancéreuses ; 5^ elles peuvent enfin se trouver dans des tissus autres que 
Tcncéphaloide et le squirrhe (voy, Cancroïde, Tumeurs fibro-plastiques) . 

2** De même qu'entre l'encéphaloïde et le squirrhe il y a des tumeurs 
intermédiaires, de même entre ces deux espèces et le cancroïde on trouve 



Digitized by VjOOQIC 



154 CANCER. — définition, néLiviTATiON du sttjkt. 

des tissus offrant des caractères mixtes^ ce qui, jusqu'à un certain point, 
justifie le docteur Ch. Robin d'avoir donné un nom collectif à ces diverse 
tumeurs. C'est pour cela également que des auteurs distingués, au nombre 
desquels on peut citer Paget, regardent avec raison le cancroïde comme 
une variété de cancer, et le décrivent sous le nom de cancer épithélial. 

5® Enfin des tumeurs malignes, de structure très-différente, peuvent 
alterner chez le même sujet. Par exemple, après Tablation d'une tumeur 
fihro-plastique, d'un cancroïde, etc., la récidive peut se faire sous la 
forme d'un encéphaloïde. 

Ces motifs, joints à ceux que l'on peut emprunter à la marche des dif- 
férentes tumeurs, ne nous permettent point de recourir à la structure 
anatomique pour délimiter le cancer. 

4'un autre côté, dans une maladie dont la malignité est le caractère 
essentiel, il me semble qu'on doit accorder la prééminence aux propriétés 
cliniques qui permettent de mettre en relief cette malignité. 

C'est pour cela que nous définirons le cancer : une maladie chronique^ 
qui débute sous forme de bouton^ de plaque ou de tumeur^ qui saccroU 
graduellement j ne rétrograde jamais j offre une tendance manifeste à fut- 
eération, envahit tous les tissus sans distinction^ qui peut se reproduire 
sur place ou à distance^ notamment dans les glandes lymphatiques de la 
région malade et dans les organes internes^ qui, enfin, réagit sur la santé 
générale, et finit par entraîner la mort. Cette définition un peu longue 
est basée sur les principes qui, lors de la discussion académique, ont guidé 
Velpeau dans sa détermination du groupe des maladies cancéreuses. 

Le principe étant admis, il faut nécessairement en accepter les consé- 
quences. Parmi les preuves de malignité il en est deux surtout qui ont 
une grande valeur : c'est, d'une part, la propriété que possède une tumeur 
de produire dans les glandes lymphatiques un tissu de même nature, et, 
d'autre part, c'est la possibilité d'une généralisation, c'est-à-dire la re- 
production, dans les viscères ou dans n'importe quel point de l'écono- 
mie, de tumeurs semblables à celle qui a ouvert la scène morbide. 

Or les tumeurs pour lesquelles cette double éventualité a été rencontrée 
sont nombreuses, et nous pensons qu'en ayant égard à ces considéra- 
tions, on peut, dans l'état actuel de la science, rattacher au cancer les 
espèces suivantes : 

1** Cancer encéphalqïde ; 

2** Cancer squirrheux ; 

5** Cancer méianoïde ou mélanique; 

4** Caijcer colloïde ; 

5* Cancer fibro -plastique ou fibroïde : 

6* Cancer épithélial (cancroïde); 

7** Cancer chondroïde ; 

8** Cancer ostéoïde ; 

9^ Cancer glaucoïde (chloroma): 
10* Cancer villeux; 
11"* Cancer hétéradénique. 



Digitized by VjOOQIC 



CANCER. — DÉPiwmox, d^lihttatiox Dr srjKT. 1^5 

En présence de ce tableau des lésions cancéreuses nous pouvons dé- 
plorer la multiplicité des manifestations destructives de cette terrible dia- 
Ihèse, mais il ne dépend pas de nous d'en restreindre le nombre. Toutes 
ccUes que nous indiquons se signalent par leur malignité et sont réelle- 
ment des cancers. Du reste il n'y a là rien qui doive nous étonner, car la 
nosologie nous offre des exemples analogues : deux diathèses bien con- 
nues, la syphilis et la scrofule, ne sont-elles pas constituées par des lé- 
sions plus nombreuses encore? Nul pourtant ne songe à en simplifier 
Tétude, parce que la parenté de leurs manifestations est actuellement 
incontestable. 

Je vais au-devant d une objection qui pourrait m'être adressée. Quel- 
ques-unes de ces tumeurs sont caractérisées par l'addition d'éléments 
accessoires à un tissu cancéreux représenté dans un autre groupe; tels 
senties cancers mélanique, colloïde et ostéoïde; ne pourraient^lles se 
ranger, à titre de variétés, auprès des espèces les plus voisines? Cette 
remarque est juste à certains égards; mais comme ces cancers présentent, 
parle fait de l'addition d*un élément nouveau, des caractères ahatomiques 
qm' leur donnent une physionomie spéciale; comme, d'un autre côté, 
leur marche clinique elle-même offre quelque chose de particulier ; il est 
impossible de ne pas les étudier à part. Les traités de chirurgie nous 
montrent que presque tous le^ auteurs ont adopté cette manière de voir 
à regard des cancers colloïde et mélanique, ce qui nous autorise suiti- 
samment à les imiter. 

Il est un genre de tumeurs qui, par la nature de leurs éléments et 
quelques-unes de leurs propriétés locales, sembleraient devoir apparte- 
nir à la diatbèse cancéreuse; ce sont les tumeurs myéloplaxiques. Mais 
je ne crois pas que jusqu'ici on ait cité un seul fait prouvant leur action 
funeste sur les ganglions lymphatiques, ni qu'il existe un seul exemple 
authentique de généralisation. Il est vrai qu'on a donné une observation 
du docteur Wilks, comme preuve de l'aptitude de ces tumeurs à la gé- 
néralisation ; mais, comme l'a fait judicieusement remarquer Eug. Né- 
laton, cette observation n'est pas concluante; car, dans la tumeur pri- 
mitive, les myéloplaxes constituaient un élément tout à fait accessoire, 
puisqu'il n'y avait que « çà et là des portions qui présentaient des cellu- 
les véritablement de caractère myéloïde; n et quant aux tumeurs consé- 
cutives des vertèbres et des poumons, les cellules myéloïdes y étaient 
« en si petit nombre^ qu'elles seraient restées iriaperçues si on ne les 
avait pas recherchées avec la plus scrupuleuse attention, d II suffit de 
cette citation, empruntée à la description de la pièce anatomo-patholo- 
^ique, pour apprécier combien l'importance de ce fait a été exagérée. 
Ainsi donc, jusqu'à présent, on n'est pas autorisé à regarder les tumeurs 
myéloïdes conmae des productions malignes. 

Un pourrait, au contraire, s'étonner de voir le tissu cartilagineux tigu- 
rer^ sous le nom de cancer chondroldey au nombre des manifestations de 
la diatbèse cancéreuse. Il est en efl'et incontestable que, dans la grande 
majorité des cas, les chondromes sont des tumeurs tout à fait bénignes; 



Digitized by VjOOQIC 



156 CANCER. — définition, oéLiMiTATioii do sojet. 

elles s'accroissent ayee lenteur, n ont pas une tendance bien manifeste à 
envahir les tissus voisins, n'ont aucune action fâcheuse sur l'organisme 
et ne se généralisent pas. Eh bien ! on a vu des malades chez lesquels 
ces tumeurs ont infecté l'économie et entraîné la mort au milieu d'une 
cachexie profonde. Est-il possible de concilier ces cas exceptionnels avec 
la bénignité très-générale des tumeurs cartilagineuses? L'explication 
suivante me parait se présenter à l'esprit. 

Comme la maladie cancéreuse est encore peu connue, nous pouvons 
prendre pour terme de comparaison deux diathèses bien mieux étudiées 
que j'ai citées plus haut, la syphilis et la scrofule. Dans chacune de ces 
diathèses, à côté de manifestations spéciales on en trouve d'autres qui ne 
sont pas caractéristiques. Le rupia, par exemple, n'a pas toujours par 
lui-même, en tant que lésion, des caractères assez tranchés pour qu'on 
puisse le rattacher à sa véritable nature ; on doit tenir compte d'une foule 
de conditions accessoires, telles que la marche, les symptômes conco- 
mitants ou antérieurs. J'admettrais volontiers dans la diathèse cancéreuse 
quelque chose d'analogue : cette maladie parait avoir des lésions spécia- 
les, telles que l'encéphaloïde, le squirrhe...., et à côté de cela quelques 
autres productions qui ne lui appartiennent pas en propre : le tissu 
fibro-plastique en est déjà un exemple; on pourrait y joindre l'encbon- 
drome, en faisant remarquer que cette dernière tumeur est très-généra- 
lement une production bénigne n'ayant aucune relation avec le cancer. 
Dès lors, il est évident qu'une classification purement anatomique ne 
serait pas plus rationnelle pour les tumeurs que pour les dermatoses. 

Quand on l'envisage au point de vue où nous nous sommes placé, la 
maladie cancéreuse est ce que Bazin appelle une maladie constitutionnelle; 
car, pour le savant médecin de l'hôpital Saint-Louis, ce qui caractérise la 
diathèse, c'est c< la formation d'un seul prodmt morbide qui peut avoir 
son siège indistinctement dans tous les systèmes organiques; » tandis 
que pour le même auteur la maladie constitutionnelle est « caractérisée 
par un ensemble de produits morbides ou d'affections très-variéesj sévis- 
sant indistinctement sur tous les systèmes organiques. » Malgré la dis- 
tinction établie par Bazin, nous continuerons de désigner sous le nom 
de diathèse cancéreuse la disposition générale en vertu de laquelle nais- 
sent les tumeurs qui ofTrent les signes de la malignité, et qui à nos yeui 
offrent entre elles des liens de parenté suffisants pour que nous croyions 
devoir les rattacher à 'la même famille. 

Je m'efforcerai plus loin de donner une classification méthodique des 
cancers. L'ordre dans lequel je viens d'en faire l'énumération est pure- 
ment artificiel, je n'ai eu d'autre but que de placer au premier plan 
celles de ces espèces qui sont généralement admises. C'est dans cet ordre 
que chacune d'elles sera isolément étudiée, car il me semble impossible 
d'en faire une description collective; je ne crois même pas qu'il soil 
avantageux de le tenter pour les deux espèces les mieux connues, le 
squirrhe et l'encéphaloïde, sous peine d'être obligé de signaler à tout 
moment les différences qui séparent ces deux types. 



Digitized by VjOOQIC 



CANCER. — CARCBR ElHliPHALOlDK. v 137 

Chaque cancer sera étudié sous le rapport de l*anatomie et de la 
physiologie pathologiques, de la symptomatologie et de la marche. Le 
squirrhe et Fencéphaloïde qui, par leur importance, dominent en quel- 
que sorte l'histoire du cancer, recevront des développements étendus; 
les autres espèces, au contraire, ne seront l'objet que de quelques propo- 
sitions succinctes, destinées à marquer le rang qu'elles doivent occuper 
dans la diathèse cancéreuse, parce qu'elle devront trouver place dans des 
articles spéciaux. 

L'élude analytique des diverses espèces sera enBn suivie de quelques 
considérations générales sur le groupe des lésions cancéreuses; c/est 
alors seulement que le diagnostic, le pronostic, Tétiologie et la thérapeu- 
tique du cancer seront envisagés, car ces questions. peuvent se prêter à 
une description générale qui nous permettra d'éviter de fastidieuses 
répétitions. 

i* Cancer eBcéplialoVde. — Ainsi nommé par Laennec, à cause 
de sa ressemblance plus ou moins grande avec la substance du cerveau, 
Tencéphaloîde est en quelque sorte le prototype des cancers. Nous en 
donnerons donc une description un peu détaillée. 

C'est à cette espèce, et à quelques-unes de ses variétés, qu'on a donne 
les noms de cancer mou, médullaire, cérébriforme, fongus hématode. 

Cabagtères généraux. — L'encéphaloïde est caractérisé par des tumeurs 
de volume variable, ordinairement arrondies, ayant en général peu de 
consistance, dont le tissu tend à faire saillie quand on le divise, et fournit 
un suc abondant, lactescent, dans lequel le microscope découvre une 
grande quantité de cellules ayant en général à un haut degré le caractère 
des cellules dites cancéreuses. Ces tumeurs sont, remarquables, en outre, 
par leur grande aptitude à infecter les ganglions et l'économie en- 
tière. 

Anatomie et physiologie pathologiques. — Le siège de prédilection des 
tumeurs encéphaloïdes mérite d'être spécifié. 105 cas d'encéphaloïdes 
primitifs, réunis par Paget, se répartissent de la façon suivante : testi- 
cule, 29; os, 21; membres, 19; globe de l'œil et orbite, 10; sein, 7 ; parois 
thoraciques et abdominales, 5; lymphatiques, 4; différentes autres par- 
ties, 8. Cette statistique est évidemment entachée d'erreur, car il n'y est 
pas tenu compte des encéphaloïdes viscéraux ; or l'encéphaloïde est peut- 
être la forme la plus commune du cancer dans les organes internes. 

Les tumeurs epcéphaloïdes sont plus ou moins exactement arrondies 
ou ovoïdes, avec de larges bosselures à leur surface. Rien de plus variable 
que leur volume; quelquefois elles conservent pendant toute leur durée 
des dimensions très-minimes, mais alors la multiplicité des tumeurs 
semble suppléer à leur faible développement ; d'autres fois la tumeur de- 
vient énorme, au point d'égaler et do surpasser même le volume d'une 
tête d'adulte. 

La tumeur est souvent bien circonscrite ; elle peut même être enkystée 
dans une capsule fibreuse distincte, dont la face interne envoie des pro- 
lonj2[ements celhileux qui s'enfoncent dahs le tissu morbide. Plus rare- 



Digitized by VjOOQIC 



158 CANGEH. — CAifcsn encéphaloidi;. 

ment la matière encéphaloïde est irrégulièrement disposée, mal limitée, a 
Tétat d'infiltration dans les tissus de la région malade. 

Quand il est d'un certain volume, Fencéphaloïde présente ordinaire- 
ment un assez grand nombre de vaisseaux sanguins, dont les troncs par- 
courent la surface de la tumeur et s'enfoncent dans les scissures, tandis 
que leurs ramifications pénètrent le tissu même de la production mor- 
bide. 

D'après leur consistance, on a distingué les cancers de cette espèce en 
deux variétés : Tencéphaloïde dur et Tencéphaloïde mou ; mais cette divi- 
sion est jusqu*à un certain point artificielle, car on trouve entre ces deux 
formes tous les intermédiaires possibles. Laennec avait admis que Tencé- 
phaloïde mou avait toujours été dur dans Porigine, qu'il avait eu, comme 
le tubercule, une période de crudité, et que le ramollissement était le 
résultat fatal des progrès de la tumeur. Nous verrons plus loin que les 
encéphaloides peuvent, en effet, se ramollir; mais quelques-unes de ces 
' tumeurs sont, dès Porigine, d'une extrême mollesse. 

D'une façon générale, on peut dire que le tissu encéphaloïde a peu de 
cohésion ; il est moins liant et plus facile à rompre que le cerveau humain, 
de sorte que la pression des doigts l'écrase et le réduit en bouillie. Quel- 
quefois, par suite de ses progrès mêmes, la tumeur éprouve en quelques 
points une sorte de liquéfa(ïtion spontanée, dont la conséquence est la 
formation de lacunes plus ou moins grandes remplies d'une matière 
crémeuse, opaque, qu'on ne doit pas prendre pour des collections de 
pus. 

Quand on coupe une de ces tumeurs, la surface de section a des carac- 
tères assez tranchés pour qu'on puisse reconnaître à l'œil nu la véritable 
nature du tissu morbide. Elle ressemble assez bien à la coupe de certains 
cerveaux atteints d'encéphalite, et montre un tissu pulpeux t)u fongueux, 
qui tend à faire saillie, comme si la matière cancéreuse, trop à l'étroit, 
voulait s'épanouir et s'échapper au dehors. Sa couleur est d'un gris rosé, 
ou blanc grisâtre, quelquefois d'un blanc laiteux plus ou moins piqueté 
de rouge, selon le degré de vascularisation. Quand on la coupe en tranches 
minces, la substance de la tumeur est légèrement demi-transparente. Par 
une pression modérée, ou avec le dos du scalpel, on peut recueillir à la 
surface de la coupe une assez grande quantité d'un suc crémeuXy blanc 
grisâtre j lactescmty qui se mêle facilement à Veau et forme une étnulsion 
avec ce liquide ; c'est ce qu'on appelle le suc cancéreuçc. Ce caractère est 
d'une grande importance; le suc cancéreux se retrouve dans d'autres 
formes de cancers, mais il n'est jamais aussi abondant que dans l'encé- 
phaloïde, surtout dans la variété molle de ce tissu. La composition chi- 
mique du suc cancéreux n'est pas encore bien connue. 

La tumeur offre ordinairement l'apparence de lobes et de lobules de 
forme et de volume variables, circonscrits par des traînées fibroîdes qui 
représentent des cloisons celluleuses appartenant à la trame de la tumeur. 
Quand, à l'aide d^ la pression, ou par l'action d'un mince filet d'eau aur 
une tranH^e de tissu encéphaloïde, on a extrait tout le suc cancéreux, il 



Digitized by VjOOQIC 



CANCER. — CANCER RFfCéPHALOÏDE. 



i39 



reste en effet une substance filamenteuse et spongieuse qui conserve jus- 
qu'à un certain point la forme du tissu morbide : c'est la trame de la 
tumeur. 

Le tissu encéphaloïde est donc essentiellement constitué par deux ordres 
d'éléments : 1^ la matière encéphaloïde, qui, dissociée, forme le suc can* 
céreux; 2"" la trame celluleuse, véritable charpente ou squelette intérieur 
qui donne à la tumeur sa forme et sa cohésion. Nous allons étudier suc- 
cessivement ces deux parties. 

l*" Sue cancéreux. — Quand on étudie le suc cancéreux au microscope, 
on le trouve constitué par un sérum incolore tenant en suspension des 
éléments de formes déterminées qu'il importe de connaître. 

a. Les plus remarquables de ces éléments sont des cellules dont la mul- 
tiplicité des formes, Tirrégularité des 
contours et le volume souvent consi- 
dérable sont bien dignes d être notés 
(fig. 19). Les unes ont une forme sphé- 
roîdale ou ovalaire ; d'autres offrent un, 
deux, ou plusieurs prolongements (cel- 
lules en raquette et cellules fusiibrmes); 
d'autres, enfin, avec leurs contours irré- 
guliers et comme déchiquetés, échappent 
à toute description. Ces cellules ont une 
notable épaisseur, ainsi qu'on peut s'en 
assurer en les étudiant avec l'éclairage 
oblique de Nachet. Dans chaque cel- 
lule on distingue de un à cinq ou six 
noyaux, quelquefois même davantage. 
Ces noyaux, volumineux, ordinairement 
arrondis ou ovoïdes, ont souvent eux- 
mêmes une forme irrégulière. Chacun 
d'eux possède de un à trois nucléoles 
volumineux , blancs ou jaunes, réfractant 
fortement la lumière, comme s'ils étaient 
constitués par de la graisse. Quand il 
existe plusieurs nucléoles dans un noyau, 
il n'est pas rare d'observer dans celui-ci 
des indices de scission se manifestant 
par la dépression ou l'encocbure de ses 
contours. 

Les dimensions de ces diverses par- 
ties méritent d'être mentionnée^. Les 

cellules ont ordinairement de 0""*,015 à0'""*,040 de diamètre ; les no\aux 
de 0"-»,010 à 0"^,015 ; et les nucléoles, de 0'"'",002 à 0'"'",005. Tous ces 
chiffres sont des moyennes; mais il y a toujours des cellules pluà petites, 
et, d'un autre côté, on en peut trouver, dans quelques tumeurs, qui dé- 
passent beaucoup ces dimensions. 




Fig. 10. — Élément du suc cancéreux 
(grossissement de S50 diamètres). *- 
a, a, Cellules irréguliëres se rapprochant 
de la forme spbérique. — ^, Cellule 
sphérique. — c, c, Cellules se rappro- 
chant de la forme prismatique. — df. Cel- 
lule fusiforme. — ^, Cellule en sablier. 
— f, fy Grandes cellules-mères présentant 
des espaces générateurs.— h, /f Cellules 
cxcavées. 



Digitized by VjOOQIC 



440 CANCER. — cancer ENciPHÀix>1iE. 

Presque toujours les cellules et les noyaux contienn^t de nombreuses 
granulations moléculaires dont la composition et la signification hisiolo- 
gique sont inconnues, mais qui, sans doute, ont une certaine impor- 
tance, et une quantité plus ou moins grande de gouttelettes huileuses, 
quelquefois assez abondantes pour combler la cellule et en masquer le 
noyau. 

C'est aux cellules qui présentent cet ensemble de caractères qu*on a 
donné le nom de cellutes cancéreuses ou macrocytes (Ollier); et, bieii que 
je ne croie pas à leur spécificité, il m'arrivera plusieurs fois, dans le cours 
de cet article, d'employer le nom de cellules cancéreuses pour désigner 
les éléments qui offrent ces caractères. 

Les cellules cancéreuses nous fournissent souvent des exemples de 
génération endogène. En effet, dans Tintérieur d'une cellule, il n'est pas 
rare de trouver une autre cellule incluse enveloppant un noyau. La cellule 
enveloppante a été appelée cellule-mère par opposition à la cellule-fille 
renfermée dans sa cavité (fig. 19, ff). Cette génération endogène est sou- 
vent précédée par la formation, dans les cellules cancéreuses, de cavités 
vésiculaires que Virchow a nommées espaces générateurs^ parce que les 
cellules-filles s'y développent. Exceptionnellement, on peut trouver plu- 
sieurs cellules-filles dans une seule cellule. 

Sur d'autres cellules, c'est la génération par fissiparité qu'on observe. 
Celle-ci se manifeste par l'étranglement simple ou double d'une cellule 
qui est sur le point de se diviser en deux ou trois cellules secondaires. 

Parfois les cellules cancéreuses se font remarquer par une singulière 
disposition ; autour du noyau se remarquent plusieurs zones concentri- 
ques, dont chacune correspond à une membrane cellulaire; c'est ce 
qu'on appelle les cellules cancéreuses concentriques, qu'il ne faut pas 
confondre avec les globes épidcrmiques du cancroïde. 

Si l'on ajoute que certaines cellules cancéreuses sont dépourvues de 
noyau, que d'autres contiennent des granulations calcaires, et qu'enfin 
il y en a qui sont déformées, ratatinées, à parois épaisses, ou, au con- 
traire, à l'état de diffluence, on sera convaincu que les cellules cancéreusâ<; 
peuvent offrir tous les phénomènes normaux et toutes les modifications 
accidentelles dont les éléments cellulaires sont susceptibles. C'est là, on 
peut le dire, un des points les plus importants de leur histoire. 

b. À côté des cellules que nous venons de décrire, on en trouve d'au- 
tres qui, par leur régularité plus grande, leur petit volume, le moindre 
développement des noyaux et des nucléoles, se rapprochent beaucoup des 
éléments normaux de la région, de sorte qu'elles ne méritent plus le nom 
de cellules cancéreuses ; mais entre ces deux variétés de cellules on trouve 
tous les intermédiaires possibles. 

r. On rencontre en outre un certain nombre de noyaux libres (fig, 19), 
les uns peu volumineux, d'autres offrant les caractères des noyaux con- 
tenus dans les cellules cancéreuses elles-mêmes. 

d. Presque toujours il existe dans les tumeurs encéphaloïdes une quan- 
tité variable de ces éléments que Ch. Robin a appelés eytoblastions. 



Digitized by VjOOQIC 



CAMCbîR. — CAMCfiK ENCBPUALOÎDk. i41 

e. Enfin, dans le sérum nagent encore de nombreuses gouUelettes hui- 
leuses libres et une quantité variable de fragments irréguliers ou splié- 
roidaux, de petit volume, constitués sans doute par de la matière amorphe, 
des débris de cellules et des noyaux avortés ou incomplètement déve- 
loppés. 

Dans quelques encéphaloïdes, les cellules sont d'un petit volume, et 
Ton ne trouve point ou à peine de cellules multinucléées; mais il faut 
alors tenir beaucoup de compte du volume relativement considérable des 
noyaux et des nucléoles, de la forme irrégulière des cellules et de la ten- 
dance prononcée à Tinfiltration graisseuse des éléments. D'autres cancers 
ne contiennent guère que des noyaux dont le volume est ordinairemen 
considérable. Ce sont plus particulièrement les encéphaloïdes secondaires 
qui offrent cette particularité ; on leur a donné, ù cause de leur structure, 
le nom de cancers nucléaires. 

S"" Trame de la tumeur. — La trame, ou stroma du cancer, examinée 
au microscope, se montre for- 
mée de tissu conjonctif à un 
degré de développement plus ou 
moins parfait (fig. 21) : corps 
fusiformes et fibres ondulées de 
tissu connectif; ces éléments 
constituent des espèces de tra- 
bécules anastomosées irréguliè- 
rement, de façon à figurer un 
réseau dont les mailles ou al- 
véoles étaient remplies par le 
suc cancéreux (fig. 20). 

Rokitansky a montré que F»c. 20. — Trame ci cellule du carciu<mic. — If, Clui- 
parmi les trabécules il V en a ^""f formées de tissu lamineux. - rf, Cellules - 
"^ « . . J c, Une cellule vesiculeuse. 

parfois qui poussent des prolon- 
gements villeux ayant des élé- 
ments cancéreux dans leur in- 
térieur ou à leur surface. 

Dans l'encépbaloide dur la 
trame est assez développée, tan- 
dis que les encéphaloïdes très- 
mous en sont quelquefois presque 
complètement dépourvus. Quand 
Fencéphaloïde est entouré d'une 
enveloppe kystique, celle-ci se 

continue avec la trame. f.^;. .21. - Vaisseaux saillants dans la cavité d'une 

C'est de cette façon très-sim- . alvéole (grossissement de 200 diamètres). 

pie que se trouve essentiellement 

constituée la tumeur; il ne nous reste plus qu'à parler de ses vaisseaux. 
Il ne faut pas confondre les vaisseaux propres du tissu morbide avec ceux 
qui appartiennent à la région envahie. Les vaisseaux propres* de Tencépha- 



Digitized by VjOOQIC 



142 CANOËK. — CAMCKH EMCéPUAlA)ÏDE. 

loïde sont constitués par une membrane unique, très-mince, et sont indif- 
féremment anastomosés entre eux sous forme de réseaux à mailles variables; 
on peut, en outre, les injecter avec la même facilité par les artères ou pnr 1^ 
veines. Tous ces caractères nous prouvent que ce sont des capillahres, mais 
leurs dimensions considérables les exposent à des déchirures dont nous 
étudierons les conséquences. Ces vaisseaux sont d'autant plus nombreux 
que la tumeur est d'une variété plus molle, de sorte que leur abondance 
parait être directement en rapport avec la quantité de matière encqpha- 
loïde et non avec la trame de la tumeur. 

Les artères qu'on rencontre dans Tencéphaloïde sont souvent nom- 
breuses, mais probablement ce ne sont pas des vaisseaux nouveaux : elles 
appartiennent à la région qui a été envahie par le tissu morbide, el se 
sont développées outre mesure pour fournir à la nutrition de la tumeur. 

Ou peut en dire autant des veines. S'il n'est pas toujours possible d'in- 
jecter et de suivre ces derniers vaisseaux jusque dans le tissu encépha- 
loïde, cela tient à ce qu'elles sont souvent oblitérées. Une circonstance 
qui contribue au développement d^ veines variqueuses qu'on remarque 
sous la peau et autour de la tumeur, c'est la compression que celle-cî 
exerce sur les vaisseaux profonds : la circulation en retour tend à se réta- 
blir par les branches veineuses superficielles. 

On n'a pu jusqu'ici découvrir de lymphatiques propres dans l'encé- 
phaloïde ; ceux qui y ont été vus étaient des lymphatiques normaux de la 
région, et ne faisaient que traverser la tumeur. C'est à ce résultat qu'est 
arrivé Schrôder van der Kolk dans deux cas de cancers médullaires du 
foie et de l'estomac. 

Le tissu encéphaloïde ne contient pas non plus par lui-même de filets 
nerveux connus. Les nerfs qui s*y rencontrent sont ceux de la partie ma- 
lade. 

Telle est la structure des encéphaloides qu'on pourrait prendre pour 
types ; mais dans ces tumeurs il n'est pas rare de trouver certaines alté- 
rations ou lésons adventices que nous allons indiquer. 

La plus commune, sans contredit, est la dégénérescence graisseuse. 
Nous avons déjà signalé l'abondance habituelle des gouttelettes huileuses ; 
quand la matière grasse est beaucoup plus abondante et s'accumule en 
énorme quantité, cette altération donne à certaines portions du tissu l'ap- 
parence de la matière tuberculeuse, d'où le nom d'état phymatoïde donne 
à cette modification du cancer. D'autres fois l'état phymatoîde résulte de 
la dégénérescence graisseuse de dépôts de fibrine consécutifs à des épan- 
chcroents sanguins. Les cancers de certains organes sont, plus que d'au- 
tres, prédisposés à ce genre d'altération, ceux du testicule, par exemple. 
Dans tous les cas, ce n'est point là une preuve des efforts de la nature 
pour la guérison du cancer, ce n'est pas du cancer rétrograde, conome 
Virchow et quelques autres l'ont prétendu à tort, car les cancers qui offrent 
ces altérations sont tout aussi malins que ceux qui n'en ont pas de traces^ 

Une lésion dont le mécanisme est analogue est la dégénérescence cré- 
tacée. De petits granules calcaires se déposent, soit dans Tintériour même 



Digitized by VjOOQIC 



CANCEK. — CADiCEH EKCÉPHALOÎDE. v 143 

des cellules, soit dans l'épaisseur de la trame. Dans ce dernier cas, il peut 
I en résulter lapparence de petites masses osseuses qui sont tantôt de 
I simples ostéides, tantôt des fragments osseux véritables, avec ostéoplastes 
I caractéristiques. Les tumeurs ainsi modifiées nous conduisent aux cas de 
F cancers ostéoïdes que nous retrouverons plus loin, 
f Des apoplexies véritables surviennent assez souvent dans Tencépha- 

I loïde, phénomène dont il n'y a pas lieu de s'étonner quand on songe à 
f la grande vascularité et à la mollesse de ce tissu. Une fois épanché, le 
sang subit toutes les modifications dont il est susceptible en pareil cas. 
I Si rhémorrhagie interstitielle vient d'une artère, il peut se faire que la 
t communication persiste entre le vaisseau et le foyer sanguin, et que l'im- 
[ pulsion reçue par le sang dans la cavité qu'il s'est creusée l'empêche de 
[ se coaguler. Si ce phénomène se reproduit çà et là dans la tumeur, 
[ les cavités sanguines communiquent entre elles, et pendant la vie la 
I tumeur, animée de battements, simule une production érectile. C'est à 
, cette variété d'encéphaloïde qu'on a donné le nom de fongus hématode. 
t D'autres fois on a appelé carcinome hématode ou télangiectode une 

^ variété d'encéphaloïde dans 
r laquelle il y a c< formation 
exagérée des vaisseaux capil- 
f laires presque tous dilatés, 
, soit uniformément sur tout 
< leur trajet, soit par places 
, (fig. 22), et donnant lieu 
ainsi à de petits anévrysmes 
, microscopiques » (Comil). 
Les kystes sont très-com- 
muns. Les uns sont simple- 
ment séreux, les autres, 
consécutifs aux apoplexies, 
présentent la série des trans- 
formations que subissent les 
épanchements sanguins et 

contiennent souvent d'abon- ^^^ .^, _ Diiaiaiions des capillaires dans un es de car- 
dants dépôts de fibrine» Quel- dnome hématode (grossissement de 40 diamètres). 
quefois ces cavités kystiques 

sont si volumineuses qu'elles peuvent être la cause d'erreurs de diagnostic. 
Enfin^ comme Follin l'a vu une fois, il peut se faire dans le tissu en- 
ccphaloîdé de véritables abcès; mais cela est fort rare, et il faut se gar- 
der de prendre pour du pus ces collections puriformes que nous con- 
naissons et qui sont dues à la liquéfaction de certaines parties de la 
tumeur. 

Évolution de la tumetir encéphaloide. — Telle que nous Pavons dé 
crite, la tumeur représente Tâge adulte du tissu morbide; mais nous 
n'aurions qu'une idée incomplète de la lésion si nous n'indiquions pas 
son début et ses phases ultérieures; 



Digitized by VjOOQIC 



144 CA^CËli. — CANCEH ËNCËMlALO'iOE. 

Quand on étudie de près le mode de développement de Fencéphaloïdc, 
on ne tarde pas à se convaincre qu'il n'y a point en réalité formation^ 
d'un tissu nouveau, ainsi que l'admettait Laennec. Le tissu morbide 
semble en effet être le résultat d'un trouble local de la nutrition qui porte 
son action sur les éléments de la région malade. Les modifications qui en 
résultent sont de deux sortes : l"" Il y a multiplication ou hypergénèse des 
cellules préexistantes ; 2*" ordinairement il se produit en outre une aug- 
mentation de volume, une hypertrophie de ces cellules. 

Nous réservons pour le moment la question de savoir par quel méca- 
nisme les cellules de la région se multiplient; nous nous bornons à 
constater cette multiplication. Or celle-ci peut porter sur deux espèce» 
d'éléments : les cellules plasmatiques, si communes dans l'organisme, 
puisqu'on les rencontre partout où se trouvent le tissu connectif et ses 
dérivés; les cellules épithéliales, qui elles-mêmes sont un des élémenb» 
les plus répandus. L'une ou l'autre de ces espèces de cellules peut être le 
point de départ de la lésion; bien souvent les deux sont frappées à la 
fois. 

Si les cellules plasmatiques sont plus particulièrement atteintes, elles 

augmentent de volume, se multiplient, 
lï^ u .. prennent des formes bizarres et un dé - 

veloppement insolite, au point de re- 
vêtir graduellement les caractères attri- 
bués aux cellules cancéreuses (lig. 23). 
Pendant qu'un certain nombre de ces 
t) cellules de nouvelle formation prend ces 
caractères, d'autres tendent à s'organiser 
/ en tissu conjonctif qui habituellement 
demeure à l'état embryonnaire, et 
/ celles-ci, conjointement avec le tissu 
conjonctif normal de la région, consti- 
tueront la trame de la tumeur, 
e. „- ^^ ^ r . . Quand ce sont des cellules épithéliales 

Fie. 25. — Coupe faite a travers une . • j j » * j i i 

granulation cancéreuse de la plèvre qu* SOnt le pomt de départ dU mal, les 

(grossissement de 400 diamètres). — lésions primordiales sont analogues, mais 
rAri"U»'r„T«r:l-^ «o» identiques. Supposons .une glande 
cellules de nouvelle formation. acineuse, la mamelle, par exemple. L'c- 

pithélium de la glande se développe au 
double point de vue du nombre et du volume des éléments; il en résulte 
tout d'abord une augmentation de volume des acini, sans modification 
profonde de leur apparence, ce qui a pu quelquefois en imposer pour une 
hypertrophie glandulaire (fig. 24 et 25). Mais bientôt, par suite de l'exa- 
gération de ce processus morbide, la membrane propre des acini tend à 
disparaître et les éléments cellulaires s'entassent confusément dans les 
interstices ou alvéoles qu'ils se creusent au milieu du tissu cellulo-fibreux 
de la région malade. 

Ce mode de développement prouve que l'opinion de Virchov^ , qu^ con- 



Digitized by VjOOQIC 



CANCËK. UANCER E^c£pHALOiDE. 



445 



Fie. 24. — Cylindres cpilfié- 
liaux dans le suc laiteux 
d'une tumeur cancéreuse du 
sein. — k. Extrémité libre. 
— ar, Trajet et onnstomosc 
de ces cylindres [crossissc- 
ment de 150 diamët^). 



siste à regarder le cancer comme dérivaDt toujours des cellules plasma- 
tiques, est beaucoup trop exclusive. 

Souvent les deux lésions se combinent, les . 

cellules du cancer se développant à la fois aux 
dépens des éléments plasmaCiques et des éléments 
épithéliaux de l'organe envahi. 

Dans tous les cas, il y a formation d'alvéoles 
remplies d'une substance molle et crémeuse com- 
posée d'éléments ayant l'apparence d'épithélium ^ 
modifié. Mais la lésion ne s'arrcle pas là, et l'on 
peut dire que, depuis l'origine jusqu'à la fin, il 
existe un processus non interrompu qui tend à 
modifier sans rélâche la texture de la tumeur. 
La multiplication des cellules continue; dans son 
incessante activité, elle fournit de nouveaux élé- 
ments qui tendent à s'accumuler dans des espaces 
déjà trop étroits pour contenir ceux qui s'y trou- 
vaient; ce tassement des cellules produit l'irré- 
gularité de leurs contours et surtout la destruc- 
tion par atrophie du tissu conjonctif qui limite 
les alvéoles. La tumeur, qui devait sa ténacité et 
sa cohésion à ces seuls éléments constituant la 
trame du tissu tend donc à se ramollir, et comme 
en général le ramollissement n'est pas égal par- 
tout, en certains points le tissu conjonctif dis- 
paraît entièrement et beaucoup plus tôt, d'où 
cette apparence de collections puriformes qu'on 
trouve en quelques parties quand on coupe la 
tumeur, et qui sont uniquement constituées par 
de la matière cancéreuse dépourvue de trame. 

Le ramollissement du tissu encéphaloïde est, 
comme on le voit, le résultat forcé de ses progrès. 
Il y aurait donc de l'exagération à dire que le 

ramollissement des cancers n'existe pas et qu'un encéphaloïde est ferme 
ou mou dès le début et pendant toute la durée de son existence. Il est 
vrai qu'un encéphaloïde ferme peut ne pas sembler se ramollir parce 
que ce travail n'en occupe que la surface et suit les progrès même de son 
ulcération; il est vrai aussi que dès le début certains encéphaloïdes 
presque dépourvus de trame scmt extrêmement mous ; mais on n'en doit 
pas moins admettre en thèse générale qu'un encéphaloïde se ramollit n 
mesure qu'il progresse. 

Une autre conséquence habituelle des progrès de l'encéphaloïde, c'est 
Yulcératian. Ce phénomène est l'analogue du ramollissement poussé à 
ses dernières limites et occupant les couches superficielles de in tumeur. 
Par la multiplication excessive des éléments cellulaires, la trame se dé- 
truit et les cellules, n'étant plus soutenues, tombent en détritus. L'ulcé- 

XOUV. DICT. MtfO. ET OIIR. VI. — 10 



i 



Fie. t25. — Coupe de la môme 
tumeur ( grossissement de 
150 diamètres . 



Digitized by VjOOQIC 



146 CANŒR. CANCKK ENCéPHALOÏDE. 

ration arrive. à une époque bien variable, suivant la profondeur à laquelle 
le tissu morbide a pris naissance, mais en général elle ne survient que 
lorsque la tumeur a acquis un assez gros volume. La peau contracte des 
adhérences avec la partie la plus saillante de la tumeur ; elle devient d'un 
rouge terne, s'amincit graduellement, son ëpiderme se décolle, se dé- 
chire, et le tissu morbide se trouve mis au contact de l'air. La perte de 
substance est le résultat d'une infiltration cancéreuse du derme marehant 
des couches profondes vers la surface, et accompagnée, d'après Corail, 
d'une hypertrophie des papilles (fig. 26), ou bien elle est la conséquence 



Fjg. 26. — Ulcération de la peau au niveau d'un tubercule cancéreux [grossissement de 
30 diamètres). (Goekil.) 

d'une inflammation ulcérative qui s'empare de la peau distendue et irri- 
tée par le tissu morbide. Quand le tégument qui couvre la tumeur est une 
muqueuse, souvent une eschare.se produit et une large ulcération s'é- 
tablit dès l'abord. Plus loin nous étudierons les caractères de ces ul- 
cères. 

Le tissu encéphaloïde porte la destruction non-seulement dans les té- 
guments, mais encore dans les tissus voisins; c'est en effet l'une de ses 
propriétés les plus remarquables que son aptitude à détruire sans dis- 
tinction tous les tissus qui sont en contact avec lui. Deux causes con- 
courent à ce résultat : d'abord, par voisinage et par contact, Tencépha- 
loïdc tend à répéter dans les tissus qui l'avoisinent le processus dont il est 
lui-même la conséquence (fig. 27); puis ses propres éléments, dans leur 
excessive multiplication, s'infiltrent dans l'épaisseur de tissus qui ne sont 
même pas dégénérés et en produisent l'usure et la destruction. Le tissu 
cellulaire en particulier est facilement envahi par le cancer ; les tissus 
les plus denses ne peuvent lui résister; les tissus fibreux et les aponé- 
vroses lui servent pour quelque temps de barrière, mais finissent par 
céder. Les cartilages sont les plus réfractaires de tous. Les os, qui à 
cause de leur dureté sembleraient devoir être épargnés, sont facilement 
usés par des dépôts cancéreux développés dans leur intérieur ou dans 
leur voisinage : de là des fractures dites spontanées qui se produisent à 
l'occasion da moindre effort. 

Les artères sont aplaties d'abord par compression ; et généralement à 



Digitized by VjOOQIC 



CANCEH. CANCKR EMCéPHALOÏDK. t47 

mesure que leurs parois sont corrodées par les éléments cancéreux, elles 
s*oblitèrent, de sorte que Thémorrhagie est préTenue. D'autres fois les 
choses ne se passent pas aussi heureusement : les vaisseaux artériels se 
rompent sous Teffort du sang avant leur oblitération, et alors, selon que 
le vaisseau occupe les couches profondes ou la surface, il en résulte des 
apoplexies, des kystes sanguins, ou bien des hémorrhagies redoutables 
qu'on ne doit pas confondre avec celles qui ont leur source dans une 
rupture des gros capillaires de la tumeur. 



C <»( 




Fis. 27. — Cancer âei muscles. — A, Coupe transversale d'un muscle atteint de cancer. — a, 
Noyaux de nouvelle formation. — d, Sections transversales des fibres musculaires. — B, Coupe 
longitudinale du même muscle. Même signification des lettres (grossissement de 150 diamètres). 
— G, Prolifération des noyaui du sarcolemme (grossissement de 450 diamètres). 

Les veines subissent des altérations intéressantes bien étudiées par 
Broca. Quand elles sont petites, elles sont facilement oblitérées; mais si 
elles sont volumineuses leurs parois ulcérées peuvent livrer passage à la 
matière cancéreuse, et celle-ci, après avoir fait hernie dans le vaisseau, 
y pousse un prolongement fongueux qui végète dans la direction du 
cours du sang et baigne librement dans ce liquide. Il en résulte que des 
sucs fournis par le cancer, des cellules et des noyaux, et même des frag- 
ments de tissu cancéreux, peuvent être entraînés dans le torrent circu- 
latoire. Cette disposition peut n'être pas sans influence sur la production 
de la cachexie consécutive. Il n'est pas impossible aussi que du cancer 
se développe dans les parois veineuses elles-mêmes, sans connexion avec 
d'autres tumeurs. 

Les vaisseaux lymphatiques sont probablement ulcérés de la même façon 
que les veines. 11 a été jusqu'ici impossible de constater directement leur 
perforation, mais on a quelquefois trouvé ces petits vaisseaux remplis 
de matière cancéreuse, et il est probable qu'alors il y avait eu réellement 
pénétration directe de cette substance. 



Digitized by VjOOQIC 



i48 CANCER.^ — câkcbr encéphaloïde. 

lies nerfs englobés dans la tumeur finissent pas être détruits comme 
tous les autres tissus; c'est à leur infiltration par les cellules du cancer que 
sont dues les douleurs éprouvées par les malades. Quelquefois même de pe- 
tites tumeurs isolées, développées sur des cordons nerveux plus ou moins 
distants de la tumeur principale, sont la cause de douleurs très-vives qui 
se font sentir sur le trajet des nerfs altérés. Cornil a récemment étudié 
avec soin ces lésions nerveuses du cancer. 

Ici se termme ce qui a trait à la tumeur considérée en elle-même, mais 
il convient actuellement de signaler au point de vue anatomo-patholo- 
gique les lésions qui résultent de l'infection du système lymphatique et 
de r infection générale ou constitutionnelle. 

1° Infection du système lymphatique — L'altération des ganglions en 
rapport avec la région malade est extrêmement commune. Elle n'est ce- 
pendant pas fatale, car il y a quelques malades qui succombent sans 
offrir d'engorgement ganglionnaire appréciable. 

Cette dégénérescence des glandes lymphatiques peut à la rigueur se 
produire sous Tiniluence de la même cause qui a porté son action sur la 
région primitivement envahie, toutefois cela doit être exceptionnel. En 
effet, il est digne de remarque que Faltcration du système lymphatique 
porte sur les ganglions qui sont directement en rapport avec la région 
malade, et en particulier sur le ganglion le plus proche, parce qu'il reçoit 
de première main les sucs qui viennent de la tumeur. Ce ganglion arrête 
pour un moment l'infection du système lymphatique; mais quand il a 
acquis un certain volume et qu'il est profondément dégénéré, il joue à 
regard des autres ganglions le même rôle que la tumeur primitive à son 
égard, et l'on voit ainsi successivement se former deux, trois, ou un plus 
grand nombre de tumeurs ganglionnaires, lesquelles peuvent dépasser 
dans leur développement le volume de la tumeur primitive elle-même. 
Si la vie du malade se prolonge, il peut arriver un moment où la matière 
cancéreuse, après avoir franchi ces barrières successives, arrive jusque 
dans le canal thoracique. Dès lors, aucun obstacle ne s'oppose plus à ce 
que le suc cancéreux se déverée dans le sang. 

Cette altération progressive des ganglions lymphatiques est ce que 
Broca appelle cancers successifs. Les cancers successifs sont, comme la 
tumeur primitive, constitués par du tissu encéphaloïde. Leur marche est 
une preuve de l'influence directe exercée par la tumeur, soit qu'un 
suc spécifique, tout à lait liquide, absorbé par les radicules lymphati- 
ques, vienne donner aux glandes une aptitude particulière à un processus 
de même nature, soit que des éléments matériels de cancer, pénétrant à 
la faveur d'une perforation des lymphatiques, soient entraînés dans les 
glandes où ils s'arrêtent et continuent de végéter. Ce transport n'est 
point en désaccord avec les lois physiologiques, puisque Follin a démon- 
tré la présence de la matière du tatouage dans les ganglions qui corrcs- 
. pondent à la région tatouée. 

2° Infection gcnéiale. — Dans la marche d'une tumeur encéphaloïde, 
il arrive un moment où la snnté générale se détériore; très*souvent dans 



Digitized by VjOOQIC 



€ANCER. — CiUfCER encéphaloide. 149 

ces conditions le mal se généralise, c'est-à-dire que des cancers secon- 
daires apparaissent dans les organes les plus divers et les plus éloignés : 
c'est ce qu'on appelle cancers par infection. 

Pour les cancers successifs on. saisissait le lien qui rattachait la tumeur 
primitive aux tumeurs ganglionnaires; il n'en est pas de même des can- 
cers par infection. La preuve en est donnée par le siège de ces tumeurs : 

a. Parfois elles apparaissent dans le même organe que la tumeur pri- 
mitive, mais sans connexion avec elle. 

b. D'autres fois, les cancers par infection se produisent dans des tissus 
analogues à ceux que la tumeur primitive occupait, en un mot, ces can- 
cers envahissent un même système organique. Par exemple, le cancer 
de la peau tend à se multiplier dans d'autres régions de la peau ; — le 
cancer d'un os, dans d'autres parties du squelette. 

c. Enfin, l'encéphaloïde tend presque toujours à se montrer à la fois 
en beaucoup de régions, qui n'ont aucune analogie de siège ni de texture 
avec l'organe primitivement malade. C'est dans ce groupe que nous 
trouvons la généralisation la plus large et la plus complète. Par exemple, 
consécutivement à un encéphaloide du sein, de la peau, ou d'un os, il 
n'est pas rare de trouver des dépôts secondaires à la fois dans les pou- 
mons, le foie, les séreuses, les os, les glandes lymphatiques, etc. 

Toutes ces tumeurs, ordinairement d'un petit volume, sont remarqua- 
bles en ce qu'elles sont également encéphaloïdes, en général même 
plus molles que la première tumeur et souvent constituées en majeure 
partie par des cellules. peu développées ou même presque uniquement 
par des noyaux dits cancéreux. 

Les cancers par infection ne se rencontrent pas chez tous les cancéreux 
qui succombent à l'encéphaloïde, mais ils sont très-fréquents, car Broca, 
dont les recherches ont porté à la fois sur l'encéphaloïde et le squirrhe, 
pense que les cancers par infection se trouvent au moins dans la moitié 
des cas. Or, le cancer médullaire est plus infectant que le squirrhe. Les 
encéphaloïdes de la peau, des os, du foie, se signalent entre tous par leur 
tendance à la généralisation. 

Les organes qui sont le plus souvent lésés dans l'infection cancéreuse 
sont : le foie d'abord, puis les os, les poumons, les glandes lymphati- 
ques. Les cancers par infection sont très-rares au contraire dans l'utérus, 
la mamelle, le rectum, le testicule, etc. Il résulte de cela que l'on ne doit 
pas regarder les cancers par infection comme une conséquence directe 
de la diathèse, car les organes les plus prédisposés au cancer primitif 
sont précisément ceux où les cancers par infection sont le plus rares, et 
d'un autre côté parmi les organes que les cancers par infection enva- 
hissent très-souvent on voit figurer le poumon où le cancer primitif est 
fort rare. Remarquons en passant que ces propositions n'excluent pas 
ridée de la diathèse, puisque après une opération complète, faite de bonne 
heure, on voit les tumeurs récidiver sur place ou à distance, sans qu'il 
y ait infection cancéreuse. 

Comment donc se produisent les cancers par infection? Il peut se 



Digitized by VjOOQIC 



1f)0 CANCER. — CANCER ENCéPHALéÎDE. 

faire qu'ils résultent de la présence, dans le sang, d'éléments cancérrax 
empruntés à la tumeur. A Tappui de cette hypothèse, on peut rappeler 
qu'Ândral semble avoir observé des macrocytes dans le sang du ventricule 
droit chez un sujet mort de cancer. D'un autre côté, nous savons qu'il 
n'est pas rare de trouver de^ lésions veineuses à la faveur desquelles la 
matière encéphaloide peut pénétrer dans la cavité de ces vaisseaux. Daos 
certains cas exceptionnels, les lymphatiques eux-mêmes sont une voie 
possible de pénétration de la matière cancéreuse dans le sang, mais il Esuit 
pour cela que la dégénérescence ait envahi toutes les glandes intermé- 
diaires entre la tumeur primitive et le canal thoracique. A. Cooper, 
Hourmann, Andral et plusieurs autres ont ainsi trouvé de la matière 
cancéreuse dans le canal thoracique, dont les parois étaient saines. 

Pour résoudre cette question, des expériences ont été faites sur des 
chiens, et deux fois au moins des dépôts cancéreux ont été trouvés dans 
les poumons de ces animaux, après Tinjection de suc cancéreux dans les 
veines (Langenbeck, Follin) . 

Il serait donc possible de rattacher les cancers par infection au pas- 
sage de matériaux cancéreux dans le sang, mais celte hypothèse de- 
mande de nouvelles preuves pour être définitivement acceptée. 

Stmptohatologie. — Aucun signe précurseur n'annonce la formatioD 
de Tencéphaloïde ; les statistiques démontrent en effet que la plupart 
des malades étaient d'une bonne santé au moment où la lésion s'est 
produite. 

Au début, on n'observe rien de bien caractéristique. La tumeur est 
généralement à peu près arrondie, bien circonscrite, de consistance 
moyenne, mobile quand elle ne prend pas son origine dans quelque 
partie du squelette. La peau qui la recouvre est de couleur naturelle et 
sans adhérences. Il n'existe encore que peu ou point de douleurs. 

Plus tard, à mesure qu'elle fait des progrès, cette tumeur contracte 
des adhérences à la fois avec les couches profondes et superficielles; il 
en résulte une mobilité moins marquée et quelquefois même une im- 
mobilité complète. Cependant cet envahissement et cette immobilité 
surviennent en général bien plus tardivement dans l'encéphaloîde que 
dans le squirrhe. A cette période avancée, la surface de l'encéphaloîde 
présente de larges bosselures, dont la mollesse est quelquefois assez 
grande pour simuler la fluctuation, et qui sont séparées par des portions 
plus fermes. Des veines d'un volume relativement considérable, sinueuses, 
bleuâtres, partent de la tumeur et peuvent être suivies assez loin dans 
leur trajet sous-cutané. Enfin, la peau prend une teinte rosée, puis 
rouge sombre, indice précurseur d'une ulcération imminente. Si les 
douleurs n'existaient pas encore, elles commencent à se faire sentir sous 
forme de picotements, de chaleur, d* élancements plus ou moins vifs. 

La peau distendue, amincie, violacée, cède enfin, et l'ulcération s'éta- 
blit. Celle-ci d'abord étroite prend en quelques jours des dimensions plus 
considérables; il s*en écoule un ichor ou fluide séreux abondant, grisâ- 
tre, d'une fétidité repoussante et spéciale, dont le contact irrite la peau 



Digitized by QïOOQIC 



CANCER. — CANGBR BNCéPHALOÏDE. i5i 

voisine. L'ulcère se creuse et présente des bords taillés à pic ou renversés 
en dehors sous forme d'un large bourrelet ; quelquefois le tissu même de 
la tumeur se boursoufle, fait saillie à travers l'ouverture cutanée et s'é- 
panouit au dehors comme un fongus mollasse ou un large champignon 
violacé. Assez souvent des fragments de fongosités ramollies et sanieuses 
se détachent en bloc ou tombent en putrilage. 

L'ulcère qui succède à la tumeur encéphaloïde peut offrir des dimen- 
sions considérables. Ses caractères ne sont pas ceux d'une plaie suppu- 
rante de bonne nature : sans parler du suinte- ^ 
ment qui s'y produit, ses parois sont couvertes 
de granulations mollasses, grisâtres ou très-vascu- 
laires, de nodosités inégales, qui n'ont aucune 
tendance à la cicatrisation, et qui sont pourvues 
de bourgeons microscopiques dont la structure 
vasculaire explique l'abondante sécrétion (flg. 28) ; 
sa base repose constamment sur des tissus large- 
ment indurés, car si le travail ulcératif détruit 
une partie de la tumeur, de son côté la lésion 
cancéreuse fait incessamment de nouveaux pro- 

g-.^ FiG. 28. — B, Bourgeon can- 

'^ * ^ r ,, céreux à la surface ulcérée 

Graduellement on peut voir les os erodes et d'une tumeur du sein (gros- 
détruils, des viscères creux perforés et communi- ' sissement de iOO diamètres). 
quant avec l'extérieur ; ou bien des communica- 
tions anomales s'établissent entre deux organes, comme l'estomac et 
l'intestin, le rectum et la vessie. 

Très-souvent Tcncéphaloïde ulcéré est le siège d'hémorrhagies dues à 
la fois à la mollesse du tissu morbide et au développement considérable 
de ses vaisseaux, dont les minces parois se déchirent au moindre effort. 
Ces hémorrhagies sont ordinairement modérées, mais elles peuvent être 
assez abondantes pour inquiéter, et même elles sont capables d'entraîner 
la mort quand des artères volumineuses ont été détruites avant d'être 
oblitérées. Les petites hémorrhagies calment ordinairement pour quelques 
jours les vives douleurs que les malades éprouvent à cette période avancée. 

On trouve le plus souvent, à une certaine époque, un engorgement des 
glandes lymphatiques. 11 n'existe d'abord qu'un seul ganglion assez dur 
et mobile ; puis d'autres glandes étant consécutivement envahies, on sent 
un chapelet ganglionnaire dont les différents nodules finissent par se 
réunir. Nous avons déjà mentionné cette lésion. 

De pareils désordres ne peuvent exister sans troubler profondément 
l'économie entière, et des symptômeê généraux ne tardent pas à survenir : 
le malade s'affaiblit, maigrit, son teint prend une couleur jaune paille, 
les digestions se troublent; souvent il survient de l'oppression, de la 
toux, des douleurs vagues en diverses régions. Cet ensemble de symptô- 
mes est ce qui constitue la cachexie cancéreuse^ sur laquelle nous revien- 
drons quand nous parlerons du cancer considéré d'une façon générale. 

Marche, terminaisons. — L'encéphaloïde suit une marche graduellc- 



Digitized by VjOOQIC 



152 CANCËEl. — CANCER squirrheo\ ou sqdirrhe. 

ment croissante depurs son origine jusqu'à la mort; cependant il éprouve 
parfois des moments d'arrêt, pendant lesquels la tumeur cesse de croître. 
On a même vu des tumeurs de cette nature disparaître entièrement, ainsi 
que Paget en a cité un fait remarquable; mais c'est extrêmement rare, 
et presque toujours cette disparition d'une tumeur coïncide avec Tappa- 
rition ou l'accroissement d'une autre tumeur de même espèce. 

Dans quelques circonstances tout aussi exceptionnelles, on peut voir 
un ulcère encëphaloïde se cicatriser .après la destruction moléculaire de 
ce qui constituait la presque totalité du tissu morbide, mais cette cica- 
trisation est temporaire, car il reste dans la cicatrice du tissu cancéreux 
dont révolution continue sa marche progressive, et d*ailleurs la diathèsc 
persiste toujours. 

Un événement un peu plus commun est la gangrène. Tantôt ce sont 
seulement des fongosités exubérantes et mollasses qui sont frappées de 
mort ; d'autres fois la tumeur se mortifie en totalité, s'élimine, et une 
cicatrice se forme, donnant au malade une illusion et un espoir bientôt 
déçus. Cependant une malade, jugée inopérable par Chélius, vit sa tumeur 
frappée de gangrène, et mourut sans récidive, huit ans plus tard, de 
pleurésie aiguë. 

Un malade de Paget, qui portait plusieurs encéphaloïdes du bras el de 
l'aisselle, ofTrit tous les modes de guérison temporaire que nous venons 
de signaler, mais bientôt il succomba avec de nouvelles tumeurs. 

Malgré les efforts apparents que, dans quelques cas, la nature semble 
faire pour se débarrasser de ces produits, on doit donc admettre que la 
terminaison de l'encéphaloïde est constamment mortelle. I/exemple de 
guérison que je viens de citer, probablement unique dans la science, n'est 
pas suffisant pour contredire ce terrible pronostic. La mort est habi- 
tuellement le résultat des progrès de la tumeur, mais il n'est pas néces- 
saire que celle-ci soit très-volumineuse, qu'elle soit ulcérée, ni qu'il y ait 
multiplication des tumeurs dans les organes internes. 

Quelquefois la mort est en quelque sorte prématurée, hâtée par l'im- 
portance de l'organe envahi, ou par une complication accidentelle telle 
qu'une hémorrhagie, la perforation d'une séreuse importante. 

Durée. — On peut dire d'une manière générale que l'encéphaloïde est 
de tous les cancers celui dont l'évolution est le plus rapide; quelquefois 
même il suit une marche aiguë el parcourt toutes ses périodes dans l'es- 
pace de deux ou trois mois. D'après une statistique de Paget, sur qua- 
rante-cinq cas d'encéphaloïdes externes, où par conséquent l'organe 
affecté n'est pas essentiel à la vie, et qui n'ont été l'objet d'aucune opé- 
ration, 6 malades sont morts en moins de 6 mois, et 5 seulement ont 
vécu plus de 4 ans. 

2^ Cancer miulrrlieiix ou «iiolrrlie. — Il fut un temps où l'on 
appelait squirrhe ou cancer occulte toute espèce de tumeur dure non 
ulcérée. Cette production était supposée capable de suivre deux voies dif- 
férentes : rester à l'état de tumeur bénigne, ou bien dégénérer en cancer 
véritable et s'ulcérer. 



Digitized by VjOOQIC 



CANCEH. — CANCER SQDimiHEDX ou SQUIRRHE. 155 

Si, d'un autre côté, on se rappelle que Scarpa, et la plupart des auteurs 
italiens et anglais, ne reconnaissaient qu'une seule espèce de cancer, le 
squirrhe, tandis que Tencéphaloïdc en était complètement séparé et décrit 
sous des noms variés en rapport avec les différents caractères qu'il offrait, 
on comprendra pourquoi Thistoire du cancer a pendant si longtemps 
laissé à désirer. 

Aujourd'hui que de pareilles confusions n'existent plus, on donne le 
nom de squirrhe à une espèce de cancer bien définie, dont l'importance 
égale celle de l'encéphaloïde, au double point de vue de la fréquence et 
de la gravité. Les détails dans lesquels nous sommes entrés pour la pre- 
mière espèce, nous permettront de tracer beaucoup plus rapidement 
l'histoire du squirrhe, car les descriptions données à propos du cancer 
médullaire nous serviront de terme de comparaison pour les autres 
espèces. 

CAnACTÈREs GÉNÉRAUX. — Le squirrhc, appelé aussi cancer dur, est 
caractérisé par des tumeurs de consistance ferme ou même très-dure, 
souvent mal circonscrites, dont le tissu crie sous le scalpel, tend à s'ex- 
caver, à se rétracter, et fournit au grattage du suc cancéreux, mais en 
quantité ordinairement moindre que l'encéphaloïde. Au point de vue cli- 
niqpe, ces tumeurs ont une marche habituellement plus lente que l'en- 
céphaloïde, mais, comme celui-ci, elles sont remarquables par leur in- 
fluence sur les glandes lymphatiques et par leur grande tendance à la 
généralisation. 

ÀNATœfiE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES. — Tous Ics organos, malgré 
l'opinion contraire de Scarpa, peuvent être le siège du squirrhe, mais 
leur aptitude à ce cancer est bien variable, et les résultats statistiques 
sont ici très-dilTérents de ce qu'ils étaient pour l'encéphaloïde. Ainsi le 
squirrhe de la mamelle est si commun, qu'à lui seul il dépasse de beau- 
coup la fréquence de tous les autres cancers squirrheux réunis. Après le 
sein, on doit signaler les glandes lymphatiques, où le squirrhe est presque 
toujours secondaire, l'estomac, le gros intestin, et, plus spécialement, 
l'extrémité inférieure du rectum, TS iliaque et la valvule iléo-cœcale. 
Dans l'intestin, le squirrhe est fréquemment uni à l'encéphaloïde et au 
colloïde. L'utérus est assez souvent atteint de cancer dur. La peau est 
très-rarement le siège du cancer squirrheux primitif; quant aux muscles, 
aux os et aux viscères parenchymateux, on ne l'y trouve probablement que 
comme tumeur secondaire. 

Nous prendrons comme type le squirrhe du sein, à cause de sa fré- 
quence et des variétés qu'il présente. 

Variétés. — D*après la forme et le siège on a distingué un grand nombre 
de variétés de squirrhe désignées sous les noms de squirrhe en masse, pus- 
tuleux, disséminé, en cuirasse, etc.... Quant à nous, nous plaçant ici au 
point de vue anatomo-pathologique, nous n'en décrirons que deux variétés ; 
les autres seront étudiées avec plus d'avantage quand il sera question du 
cancer des diverses régions prises en particulier. 

1* Le squirrhe lardacé, ainsi nommé parce qu'on l'a comparé à la 



Digitized by VjOOQIC 



<54 CANCER. — carcrr squirrhrux od squirihe. 

Couenne du lard, est constitué par des tumeurs assez bien circonscrites, 
médiocrement dures, n'ayant que peu ou point de tendance à se rétracter, 
et contenant une assez forte proportion de suc cancéreux. Tous ces carac- 
tères font du squirrhe lardacé une tumeur assez voisine de Tencéphaloîde 
dur. 

2^ Le squirrhe ligneux^ qui peut être regardé comme le type du cancer 
squi.rrheux, est plus dur que le précédent, plus tenace, moins bien cir- 
conscrit. Sa surface de section est plus sèche, fournit une faible quantité 
de suc cancéreux et tend à s'excaver d une façon prononcée. Quand ces 
caractères spéciaux sont exagérés, on a la variété qu'on appelle squirrhe 
atrophique, et sur laquelle nous aurons occasion de revenir. 

Les tumeurs squirrheuses ont un volume variable, mais rarement très- 
considérable. Le squirrhe atrophique, en particulier, se présente quel- 
quefois, mais après de nombreuses années, sous forme d'une tumeur à 
peine grosse comme une noix ou une petite pomme. 

Le squirrbe est beaucoup plus irrégulier que l'encéphaloïde, parce que 
le cancer dur n'est jamais enkysté et se développe sous (ornje d'une infil- 
tration. Il en résulte que les contours de cette tumeur sont, en général, 
mal définis, et présentent quelquefois des prolongements de consistance 
fibroîde, qui, comme autant de rayons, partent de la tumeur et se per- 
dent graduellement dans les tissus périphériques (squirrhe rayonné oa 
rameux). 

La consistance très-ferme de ce cancer ne permet point de Técraser on 
de le déchirer facilement. 

D'assez bonne heure, le squirrhe contracte des adhérences intimes 
avec les parties voisines, et spécialement avec les aponévroses, les muscles 
et la peau. 

Si l'on coupe une tumeur squirrheuse, on éprouve une notable rési- 
stance, et la section s'accompagne d'un petit craquement qu'on peut com- 
parer au cri de l'étain. Cette surface tend à s'excaver, surtout dans le 
squirrhe ligneux, ce qui est un excellent caractère de cette espèce de 
tumeur, et présente une couleur blanc bleuâtre ou grisâtre, opaline, 
demi-transparente. 

L'aspect général du tissu est aréolaire ; on distingue un assez grand 
nombre de lignes fibroïdes blanc grisâtres, diversement agencées, qui cir- 
conscrivent des espaces contenant une substance amorphe piquetée de 
jaune. Çà et là on aperçoit un pointillé rouge très-fin annonçant la pré- 
sence de petits vaisseaux, mais jamais ces vaisseaux ne sont nombreux et 
volumineux comme dans l'encéphaloïde. 

Au grattage de la coupe, on extrait du suc cancéreux, mais rarement 
en aussi grande quantité que dans le tissu encéphaloïde. Dans le squirrhe 
atrophique, en particulier, la surface de section est quelquefois tellement 
sèche qu'on a de la peine à obtenir du suc. Au contraire, dans le squirrhe 
ramolli, le suc est parfois très-abondant. 

La texture du squirrhe est, au fond, analogue à celle de l'encéphaloïde, 
avec quelques modifications que nous allons rapidement indiquer. 



Digitized by VjOOQIC 



CANCER. — CANCEn squirrheux ou sqdirriie. 155 

l"" Le suc lie la tumeur montre au microscope des cellules cancéreuses 
^néralement moins nombreuses que dans rencéphaloïde ; les contours 
de ces cellules sont plus irréguliers encore, comme si ces éléments avaient 
été gênés dans leur développement. Les noyaux sont moins gros et plus 
irréguliers. 

2^ La trame est constituée, comme celle de Tencéphaloïde, par des 
éléments embryo-plastiques ou (ibro-plastiques à des états variés de 
développement, mais bien plus nombreux que dans le cancer mé- 
dullaire. 

S"" Enfin ces deux ordres d'éléments sont combinés comme dans Ten- 
céphaloîde, c'est-à-dire que la trame constitue des alvéoles irrégulières, 
remplies par le suc cancéreux, mais la proportion relative des deux 
parties constituantes de la tumeur est bien différente. En effet, dans le 
squirrhe, il y a une proportion relativement faible de suc, tandis que la 
trame fibroïde est très-développée. Cette trame envoie au loin des pro- 
longements de même structure (rayons du squirrhe) et partout sa consti- 
tution fibroïde offre les mêmes caractères. 

11 est évident qu'un tissu cellulo-fibreux de nouvelle formation s'est 
ajouté à celui de la région malade. Ce tissu nouveau, qui participe de la 
nature des cicatrices, partage les propriétés rétractiles du tissu inodu- 
laire. C'est pour cela que le squirrhe, divisé avec l'instrument tranchant, 
montre une coupe qui tend à s'excaver ; c'est pour cela aussi qu'on voit 
à la surface du squirrhe la peau envahie attirée vers la tumeur; et quand 
le mal siège dans la glande mammaire, le mamelon est plus ou moins 
fortement rétracté, surtout dans le cas de squirrhe atrophique où la 
trame prédomine d'une façon si remarquable. Enfin, c'est la même cause 
qui fait que les viscères creux et les conduits naturels, atteints de 
squirrhe, offrent un froncement et un plissement de leurs parois qui 
peuvent aller jusqu'à l'oblitération. 

Les vaisseaux sanguins sont analogues à ceux de Tencéphaloïde, à cela 
près d'un développement Wucoup moindre. Des portions de squirrhe 
semblent même complètement dépourvues de capillaires. Non-seulement 
de fines injections ne pénètrent pas dans toute l'étendue de la tumeur, 
mais encore, chez une femme morte de choléra et dont tous les capil- 
laires étaient injectés, Broca a vu au centre d'une tumeur squirrheuse 
un espace d'environ deux centimètres carrés où il n*y avait pas de vais- 
seaux apparents. Cette disposition vient d'une altération des capillaires 
bien décrite par Comil. A une certaine période d'évolution de la tumeur, 
les capillaires présentent en effet une multiplication de leurs noyaux qui 
aboutit à une oblitération de leur calibre ; « dans certains points du ré- 
seau capillaire de la région se fait un arrêt du sang et une dilatation des 
vaisseaux, dans d autres la fibrine se coagule; il en résulte une interrup- 
tion de la circulation et une destruction moléculaire des cellules que 
nourrissaient les vaisseaux oblitérés » (Comil). 

Nous n'avons rien à dire des lymphatiques et des nerfs, si ce n'est que 
Denonvilliers a injecté à la surface d'ulcères squirrheux des réseaux 



Digitized by VjOOQIC 



156 CANCKR. — cancfr sQuiRRiiEnx ou sqoirrhf. 

lymphatiques qui étaient en continuité avec ceux de la peau voisine. 

En résumé, ce qui caractérise la tumeur squirrheuse, c'est sa durett 
fibroïde, l'excavation de la surface de section, l'état réticulé, l'existenci 
du suc cancéreux, les limites souvent mal définies de la tumeur et la pré- 
dominance de la trame. 

Les dégénérescences graisseuse et crétacée^peuvent se rencontrer dans 
le squirrhe comme dans l'encéplialoïde. Quant aux épanchements san- 
guins, aux kystes et aux abcès, ils y sont très-rares. 

Telle est la tumeur à son état de complet développement. Ses premiers 
âges sont analogues à ceux de l'encéphaloïde (hypergénèse et hypertro- 
phie des cellules épithéliales et plasmatiques) ; mais il y a cette différence 
qu'ici la plupart des cellules plasmatiques, en se multipliant, tendent à 
conserver l'apparence du tissu d'où elles émanent, tandis que pour 
l'encéphaloïde elles passent presque toutes à l'état de cellule cancéreuse 
véritable. 

Une fois constitué, le squirrhe, de même que l'encéphaloïde, tend à 
se ramollir et à s'ulcérer. Le ramollissement s'effectue par le mécanisme 
que nous connaissons, mais it ne se fait ordinairement que dans une pe- 
tite étendue de la tumeur, et en particulier au voisinage de sa surface. Le 
squirrhe atrophique ne se ramollit même pas, et en vieillissant il semble 
se dessécher de plus en plus, devenir plus dense et diminuer de vo- 
lume. L'ulcération se produit plus particulièrement de la surface vers 
les couches plus profondes, par destruction Réellement moléculaire du 
tissu. 

L'envahissement du squirrhe du côté des couches profondes est égal 
et peut être même supérieur à celui de l'encéphaloïde. Les vaisseaux ont 
également à en souffrir, mais d'une façon différente : les artères sont 
plutôt aplaties, resserrées, par la rétraction du tissu fibreux du squirrhe ; 
aussi les hémorrhagies sont moins à craindre que dans l'encéphaloïde. 
Les veines, également comprimées, doivent en définitive être perforées 
et recevoir dans leur cavité de la matière cancéreuse, mais je ne crois pas 
que ce genre de lésion ait été constaté directement. 

Vinfection du système lymphatique n'offre rien de spécial ; elle est 
aussi fréquente que dans le cancer médullaire et se fait de la même façon, 
par cancers successifs, se montrant tout d'abord dans les ganglions les 
plus proches. 

Vinfection générale se manifeste aussi dans les régions les plus éloi- 
gnées et dans les tissus les plus dissemblables. Chose singulière, ce sont 
souvent les cancers squirrheux qui, par leur petit volume, leur marche 
lente, semblent d'un pronostic moins sérieux qui présentent la générali- 
sation la plus complète. Tels sont les squirrhes atrophiques du sein, avec 
lesquels on trouve souvent du cancer disséminé partout, dans les pou- 
mons, les plèvres, les os, le foie, le péritoine. 

Quelle est l'apparence de ces cancers secondaires des glandes lympha- 
tiques ou des autres organes? D'après Broca, les tumeurs secondaires ont 
généralement la forme de l'encéphaloïde ; Paget croit au contraire qu'elles 



Digitized by VjOOQIC 



CÂNCËR. — CANCER SQUIRRHEUX OU SQUIRRHE. 157 

sont presque toujours réellement squirrheuses, mais que la trame 
fibreuse y est remplacée par une substance amorphe de consistance 
ferme. Les faits que j'ai été à même d'observer me font adopter cette 
dernière opinion. 

SraPTOMATOLOGiE. — Commc parfois le début du squirrhe ne s'accom- 
pagne d'aucune sensation particulière, c'est souvent tout à fait par ha- 
sard que le malade découvre la tumeur. Celle-ci se présente alors comme 
une masse assez circonscrite, quoique moins bien limitée que l'encépha- 
loîde ; elle est mobile, mais on sent qu'elle fait corps avec la partie de 
Torgane où elle s'est développée ; sa consistance est ferme et même li- 
gneuse ; sa surface un peu inégale, sans offrir une apparence lobulée 
manifeste. Enfin, à cette période de la maladie, la peau est encore in- 
tacte, sans adhérence ni changement de couleur ; rarement les ganglions 
lymphatiques sont atteints. 

Plus tard, la tumeur a pris un volume plus considérable, présente une 
surface inéj^ale et des contours mal limités qui envoient souvent au loin 
des prolongements rameux; sa mobilité est beaucoup moindre, à cause 
(le l'envahissement des tissus voisins et en particulier des muscles et de 
la peau. Celle-ci, désormais adhérente, ne peut plus glisser ni être sou- 
levée ; elle semble attirée vers la tumeur par sa face profonde, d'où ré- 
sulte la formation de plis irréguliers et comme couturés, ou un état réti- 
cule et granuleux de la peau. On voit se dessiner çà et là autour de la 
tumeur et à quelque distance des veines. sous- cutanées bleuâtres, si- 
nueuses, très-développées eu égard au volume du tissu morbide. Eu outre, 
sur le trajet des lymphatiques correspondants, il existe ordinairement 
des glandes engorgées et dures. 

Tel est Taspect du cancer squirrheux type; mais quand il s'agit d'un 
squirrhe lardacé globuleux et volumineux, la tumeur est mieux circon- 
scrite, 1^ peau soulevée et même distendue, de sorte que, si l'on n'avait 
égard à sa consistance, on pourrait le prendre pour un encéphaloïde. 

Quand le squirrhe est déjà ancien, les douleurs qui n'existaient point 
ou qui étaient légères au début prennent un caractère d'acuité remar- 
quable. On doit même reconnaître que le squirrhe est généralement plus 
douloureux que l'encéphaloïde. 

Enfin, il arrive un moment où la peau, altérée par l'infiltration cancé- 
reuse, devient d'un rouge sombre et s'ulcère; mais à l'inverse de ce qui 
a souvent lieu pour l'encéphaloïde, ici l'ulcération commence par la 
surEace même de la peau, se cache souvent au fond d'un des sillons 
du tégument où elle prend la forme d'une tissure, et s'accroît avec 
lenteur. 

Une fois établi, l'ulcère squirrheux offre des caractères spéciaux. Il 
est dt^primé, couvert de nodosités et de bourgeons charnus peu déve- 
loppés, de mauvais caractère ; ses bords sont durs, peu saillants, peu 
011 point renversés en dehors; il repose sur une base épaisse et in- 
iluréc. L'ichor qui s'en écoule est beaucoup moins abondant que dans 
le cas d'encéphdoïde, mais présente la même odeur fétide. Il est rare 



Digitized by VjOOQIC 



158 CANCER. — CANCER mélànoïde ou mélanique. 

de voir de pareils ulcères fournir des hémorrhagies de quelque impor- 
tance. 

L'ulcération qui s'établit sur le squirrhe atrophique est quelquerois 
tellement sèche qu'elle ne produit dans les vingt-quatre heures qu'une 
quantité insignifiante de liquide qui souvent se dessèche sur place et 
forme des croûtes minces qui se détachent de*temps en temps. 

L'engorgement des glandes lymphatiques n'a rien de particulier. 

Les symptômes généraux^ résultat de la réaction de la tumeur sur U 
santé générale, sont tellement semblables à ceux que nous avons décrits 
à propos de l'encéphaloïde, qu'il est absolument inutile d'y revenir. La 
cachexie se produit de la même façon, mais un peu plus lentement que 
dans le cancer médullaire; dans le squirrhe atrophique elle peut même 
ne survenir qu'après de nombreuses années. 

Marche, terminaisons. — A l'exemple de l'encéphaloïde, le squirrhe 
fait d'incessants progrès depuis son apparition jusqu'à la mort du ma- 
lade. 11 peut cependant, comme le cancer médullaire, offrir par ex- 
ception des moments d'arrêt et une cicatrisation partielle ou com- 
plète. 

La gangrène peut également s'y montrer, mais relativement à cette 
éventualité on doit remarquer : 1^ que la gangrène est beaucoup plus 
rare dans le squirrhe que dans l'encéphaloïde ; 2^ qu'elle ne frappe or- 
dinairement qu'une petite portion de la tumeur; 3"^ que l'eschare est 
sèche, probablement parce qu'elle résulte de l'effacement des princi- 
pales artères de la tumeur, par suite de la rétraction du tissu fibroîde de 
la trame. 

Une autre différence doit être signalée entre ces deux cancers : c'est 
qu'il est fort rare de voir le squirrhe primitivement multiple, tandis 
que la multiplicité des tumeurs primitives n'est pas très-rare dans l'en- 
céphaloïde. 

Le squirrhe est-il susceptible de guérison? Sans oser répondre par 
l'affirmative, on peut citer comme très-remarquables trois faits de Vel- 
peau où des tumeurs, ayant complètement les caractères cliniques du 
cancer squirrheux, ont disparu en quelques années sous l'influence d'un 
traitement médical. 

La durée de la vie dans le squirrhe est plus longue que pour le cancer 
médullaire; ainsi sur 61 cas rassemblés par Paget ou trouve 15 malades 
qui ont vécu plus de 4 ans, et même il y en a 5 dont la vie s'est prolongée 
de 10 à 20 ans, contraste frappant avec ce qui a lieu pour l'encéphaloïde. 
C'est le squirrhe atrophique qui fournit des exemples de cette marche 
chronique. 

3^ Cancer mëlanoVde oo iii«lanl«tae. — Les connaissances ana- 
' tomo-pathologiques actuelles, doivent faire regarder le cancer mélanique 
comme un encéphaloïde coloré par du pigment, de sorte qu'à la rigueur 
on pourrait le décrire comme un^ variété du cancer médullaire, si d'au* 
très points de son histoire, et en particulier sa marche clinique, n'eu 
faisaient pas réellement une espèce assez distincte. 



Digitized by VjOOQIC 



CÂNCfelR. — CAMCliK MÉLANOÏDE OU MÉLAKIQDE. i59 

Anatomie pathologique. — Le caucer mélanoïde se préseqte presque 
loujours sous forme de masses arrondies, bien circonscrites ou enkystées, 
peu volumineuses, molles et quelquefois même très-molles. A travers 
l'enveloppe fibreuse et même à travers la peau, il est "quelquefois possible 
de reconnaître la nature du tissu, à sa teinte noirâtre ou bleuâtre. Quand 
on ie coupe, il s'écoule un suc cancéreux assez abondant dont la teinte 
varie du gris au noir le plus foncé et qui tache le papier comme la sépia 
plus ou moins diluée. 

La surface de la coupe n'offre pas toujours des caractères identiques. 
Souvent et avec juste raison on a comparé son aspect à celui que présente 
la truite. Jamais la coloration n'est complètement uniforme; presque 
toujours le tissu parait constitué par un certain nombre de petits lobules 
d'une teinte grise ou presque noire, séparés par des intersections fibroïdes 
plus claires ou plus foncées. Quelquefois la matière mélanique présente 
une disposition très-élégante : partant d'un point. centrai elle s'irradie de 
tous côtés, en marehânt des parties profondes vers la surface, sous forme 
de lignes mincas d'un noir de jais séparées par d'autres lignes d'un 
blanc à peu près pur. Enfin, très-souvent on trouve un véritable mélange 
de cancer mélanique et d'encéphaloïde ordinaire, ce qui constitue le 
passage entre les deux espèces. On conçoit toutes les apparences que ces 
combinaisons peuvent donner aux diverses tumeurs. 

La texture de ces tumeurs nous offre une trame quine sera point dé- 
crite, car elle ressemble à celle, des encéphaloïdes ordinaires, et un suc 
dont les caractères microscopiques seront signalés à cause de l'élément 
spécial qu'on y observe, la matière pigmentaire, dont voici les apparences 
les plus communes. 

Tantôt ce sont des granulations d'un volume uniforme, très-petites, car 
elles n'ont que 0"",002, à bords très-fortement ombrés et dont le centre 
devient brillant ou sombre suivant qu'on élève ou qu'on abaisse un peu 
le corps du microscope. Ils réfractent donc fortement la lumière, et ce- 
pendant ils sont faciles à distinguer des gouttelettes de graisse. — Plus 
souvent les granulations sont irrcgulières; à côté de très-petites on en 
voit de très-volumineuses, et leurs contours sont irrégulièrement angu- 
leux. Celles-là sont, dans leur masse entière, presque noires ou jaunes 
rougeâtres. — Enfin, le pigment se trouve quelquefois encore sous forme 
d'éléments sphéroidaux assez réguliers, d'un certain volume (0'*''",005 à 
0,010), et uniformément colorés en jaune chamois. 

Toutes ces formes de pigment peuvent se trouver réunies dans une 
même tumeur. Toutes peuvent aussi se rencontrer, soit à l'état libre, 
flottant dans le sérum du suc cancéreux, soit contenues dans l'intérieur 
même des éléments cellulaires de la tumeur ou dans les éléments de la 
trame (fig. 29). Les cellules en contiennent un ou deux grains seulement, 
ou bien elles en sont si chargées que leurs noyaux deviennent invisibles ; 
niais il y a beaucoup de cellules qui n'en contiennent pas du tout, et 
il est même souvent remarquable de voir combien peu de pigment existe 
dans des tumeurs qui cependant ont une teinte noire très-foncée. En 



Digitized by VjOOQIC 



i60 CANCEU. — CAWChn nÉUiNoiot ou mblanique. 

outre, fréquemment des cellules sont teintées, en totalité ou en partie, 

par de la matière pigmentaire 
brune, fauve, ou brun rou- 
geàtre. 

Du reste, à part l'existence 
[u^ du pigment, le suc de ces 

tumeurs ne diffère point de 
celui de l'encéphaloïde : ce 
sont les mêmes noyaux, Ic^ 
mêmes cellules. 

Les caractères physiques el 
chimiques permettent d'atfir- 

Fic. 29. - Cancer méinnique dans un point où la trame '"^'^ ^"« ,'« pigment de a 
est seule pigmentée. — fl. Noyaux ovoïdes avec des cancer u'est pas tOUJOUR 
expansions sarcodiques. — b, Trame fibreuse inûltrée identique* tantôt il ressemble 
do piirment noir. — c.ljn de ces éléments en voie de • __# * _ i j»-.,!..^^ 

division (grossUsemen; de 550 diamètres). »» pigule^t normal, d aulff^ 

fois il dérive de la matière 
colorante du sang. 

Le siège des tumeurs primitives est important à préciser, il est fort 
remarquable de voir le cancer mélaniqne débuter presque toujours dans 
l'œil et la peau, c'est-à-dire dans deux régions où le pigment existe à 
l'état normal, et pour la peau ce cancer se montre souvent au niveau 
des taches pigmentaires congéniales. L'influence des organes a pigment 
naturel s'étend même à leurs dépendances, car le cancer du tissu con- 
jonctif sous-cutané et celui qui nait dans l'orbite en dehors du globe de 
l'œil sont très-souvent mélaniques. 

Ce qu'il y a de remarquable en outre, c'est que les tumeurs consécu- 
tives à l'infection du système lymphatique et à l'infection générale pré- 
sentent ordinairement, quel que soit leur siège, Tapparencc niéUnique. 
L'infection générale est plus complète encore que dans l'encéphaloïde, et 
Ton peut, d'une façon générale, dire que de tous les cancers c'est le 
mélaniquequi possède au plus haut degré la puissance de généralisation. 
Il n*est pas rare de compter plusieurs centaines de tumeurs disséminées 
dans tous les organes et dans tous les systèmes organiques. Le système 
osseux en particulier est quelquefois infecté d'une façon telle, que la 
matière pigmentaire semble avoir été injectée dans son tissu spongieux. 

Symptomatologie. — Nous ne devons en dire que ce qui est spécial 
au cancer mélanoïde. 

Ce cancer débute assez souvent par deux ou plusieurs tumeurs; ou bien 
à. une première on en voit rapidement succéder d'autres, surtout quand 
c'est la peau qui est le siège du mal. Ces tumeurs restent souvent très- 
petites, mais leur nombre semble suppléer à leur volume. Quand elles 
sont superficielles, on peut en reconnaître la nature a la coloration 
bleuâtre qu'on aperçoit à travers la peau. Quoique les tumeurs primitiveii 
soient en général très-superficielles, qu'elles soient très-molles et recou- 
vertes d'une peau amincie qui paraît sur le point de céder, souvent le 



Digitized by VjOOQIC 



. CANCER. — CANCER COLLOÏDE. 161 

malade succombe atr milieu d'une cachexie profonde sans qu'aucune des 
tumeurs se soit ulcérée. 

Si la tumeur mélanique s'ulcère, il s'en écoule un ichor gris ou bru- 
nâtre et quelquefois du sang. 

Liselt et Boize ont, dans ces derniers temps, avancé que dans le cancer 
mélanique les urines exposées à l'air et à la lumière pendant quelques 
jours, ou bien traitées par l'acide nitrique ou Tacide chromique, prennent 
une coloration noire. De nouvelles recherches sont nécessaires pour se 
prononcer sur la valeur de ce signe diagnostique. 

La marche et la durée du cancer mélanique rappellent les formes les 
plus actives de Tencéphatoïde ordinaire. 

4^ Cancer colloïde. — Cette espèce, dont Texistence a été générale- 
ment admise, est cependant Tune de celles qui peuvent donner matière à 
quelques discussions. 

Ce qui caractérise ce cancer, c'est la présence, dans la totalité ou une 
partie de la tumeur, d'une substance ressemblant à une gelée plus ou 
moins épaisse, sur la nature de laquelle nous allons nous expliquer. 

A l'état normal, on trouve dans l'organisme deux régions qui présen- 
tent un tissu tout spécial, constitué par des éléments de tissu connectif 
formant une trame ou un réseau très-lâche, dont les mailles sont remplies 
d'une matière ressemblant à un mucus visqueux, d'où le nom de tissu 
muqueux qui lui a été donné par Virchow. Le corps vitré chez le fœtus 
et la gélatine de Warthon du cordon ombilical sont les deux seuls exem- 
ples de tissu muqueux normal. 

A l'état pathologique, dans la grande famille des tumeurs, nous trou- 
vons des analogues du tissu muqueux. Les pseudoplasmes qu'on peut 
regarder comme des types de ce tissu sont ces tumeurs fibro-colloïdes 
que Virchuv^ désigne sous le nom de myxomcs. Mais ce même tissu, au 
lieu d'exister à l'état d'isolement, peut se trouver combiné avec d'autres 
éléments et en particulier avec le cancer : c'est ce qui constitue le cancer 
colloïde, dans lequel la trame fibroîde habituelle est remplacée par une 
trame 6bro-colloïde et où les cellules cancéreuses elles-mêmes ont géné- 
ralement subi de profondes altérations. On voit par là que la présence de 
la matière colloïde dans une tumeur ne doit pas a priori faire croire à un 
cancer, confusion qui sans doute a trop souvent été faite. 

Malgré son importance secondaire, la substance colloïde donne au 
cancer un aspect si particulier, que les tumeurs ainsi constituées méritent 
une description spéciale. 

Sans être très-rare, le cancer colloïde n'est pas aussi commun que les 
précédents, du moins comme cancer chirurgical, car dans les organes 
internes il est assez fréquemment observé, en particulier dins l'intestin 
et le péritoine où il peut former des masses d'un énorme volume. 

Sa consistance ordinairement peu considérable le rapproche de l'encé- 
phaloïde, mais ses caractères spéciaux sont bien tranchés. La surface de 
la coupe, très-peu vasculaire, montre une matière ayant l'apparence d'une 
gelée tremblotante jaunâtre, quelquefois rosée quand une certaine quan- 

«OUT. DKr. MfD. ET CBU. VI. — 11 



Digitized by VjOOQIC 



162 



CANCER. — càkcer colloïde. 



tité de sang y est mêlée. Cette matière, que la pression fait sortir sous 
forme de masses irrégulières ressemblant aux gelées de coing ou de gro- 
seille, est contenue dans des alvéoles arrondies ou anfractueuses qui 

communiquent plus ou moins directe- 
.€U 1^ ç, ment entre elles et qui sont limitées 

par un tissu fibroïde. 

Au microscope, la gelée se montre 
composée d'une matière hyaline, 
anhiste, homogène, contenant d^ha- 
bitude de petites granulations grais- 
seuses. On y découvre çà et là, mais 
dans une proportion relalivementpen 
considérable, des éléments arrondis, 
sphéroïdaux, vésiculeux, souvent d'un 
grand volume (6g. 60). Ces éléments, 
qui ne sont autre chose que les cel- 
lules cancéreuses devenues kystiques, 
contiennent des granulations mo- 
léculaires animées du mouvement 
FiG. 30. — Éiémenis du cancer colloïde. — (i, brownien, et montrent des noyaux cl 

Cellule vésiculeuse conlen.nl elle-même une ^^ pg„„igg incluses, COmme les cel- 




L?.....^ 



cellule dans son intérieur. — h. Cellule vésicu- 
leuse vide. — c, Cellule vésiculeuse contenant 
un noyau sphérique. — d^ Cellule distendue 
contenant trois cellules dans son intérieur. »- 
ee, Cellules vésiculeuses en voie iVatrophie. 



Iules cancéreuses ordinaires. Ccr- 



FiG. 31 . — Cancer colloïde — a. Granulations. 
^, Cellules vésiculeuses.— Cy Trame fibreuse 
(grossissement de 200 diamètres). 



Fw. 52. — Cancer colloïde. — n, Cloisoo fi- 
breuse. — n, Cloisons amincies et coUoîdes 
circonscrivant les alvéoles dans lesquelles se 
trouvent des cellules colloïdes (grosassement 
de 200 diamètres). 



tamcs cellules, qui se sont rompues sous l'influence d'une excessive dis- 



Digitized by VjOOQIC 



CANCER. CANCER FI BRO- PLASTIQUE OU FIBROÏDE. 185« 

tension, n'offrent plus de noyau dans leur cavité, et tendent à s'atrophier. 
Dans la trame, on trouve au microscope des éléments de tissu connectîf 
et un certain nombre de cellules semblables à celles que je viens d'indi- 
quer (fig. 31 et 32). 

Le cancer colloïde suit une marche et présente des signes analogues à 
ceux des premières espèces, avec cette différence que son évolution est 
moins rapide et ses propriétés infectieuses moins prononcées. 

'Nous nous bornons à ces propositions générales, car la symptomatologie 
du cancer colloïde n'est pas encore bien connue, attendu que jusqu'à ces 
derniers temps on a pu confondre des tumeurs qui n'avaient de commun 
que l'apparence extérieure. 

5^ Cancer llbro-plaatliiae on llbroMe. — Les tumeurs fibro- 
plastiques sont constituées par des éléments de tissu conjonctif embryon- 
naire à un état de développement plus ou moins imparfait (éléments 
qu'on a appelés 6bro-plastiques, embryo-plastiques, plasmatiques). 

Ces tumeurs devront, dans une autre partie de cet ouvrage, être l'objet 
d'une description générale ; mais comme beaucoup d'entre elles, sinon 
toutes, doivent se rattacher à la diathèse cancéreuse, malgré Topinion 
contraire de quelques auteurs, nous devons signaler ici leurs caractères 
les plus essentiels. 

Ces pseudoplasmes ont été parfois désignés sous les noms de sarcomes j 
plasmomes; il est vraisemblable aussi que beaucoup de tumeurs décrites, 
avant les recherches microscopiques, comme des encéphaloïdcs enkystés, 
étaient de véritables tumeurs fibro-plastiques. Je crois enfin qu'on doit 
rattacher au cancer fibro-plastique les tumeurs que Paget a appelés re^ 
current fibroidy et les fibro-nudeated tumours de H. Bennett. 

Caractères anatomiques. — On trouve dans ces tumeurs, comme élé- 
ment fondamental, le tissu conjonctif 
à divers états d'organisation, c'est- 
à-dire : 1* des noyaux fibro-plasli- 
ques libres; 2® des cellules fibro- 
plastiques arrondies, ovoïdes ou 
iusiformes ; 3® des fibrilles de tissu 
connectif. De la matière amorphe s'y 
rencontre aussi presque toujours 
(fig. 35). 

Ces productions s'observent de 
préférence dans le tissu connectif et 
ses dérivés, et, en particulier, dans 
les interstices celluleux des membres 

et du tronc, les aponévroses, le pé- p,^ .3 _ ^oupe pnitiquée à travers une tu. 
rioste; elles ne sont pas rares dans meur Gbro-plastique (^00 diamètres).— aa, 
les os ; enfin ce sont elles qui COnsti- El^^enU fibro-plastiques. — vi», Vaisseaux. 

tuent les fongus de la dure-mère. Dans 

la peau elles présentent quelquefois des caractères particuliers qui les ont 

fait décrire à part sous le nom de kéloules. Quand ces productions se 



Digitized by VjOOQIC 



i64 CAI^CER. — GAMCBB nBRO-PLASTIQCE OU FIBBOÎDB. 

généralisent, elles ont encore une prédilection marquée pour le même 
système organique, de sorte qu'il est impossible de ne pas voir une cer- 
taine relation entre la texture de ces tumeurs et celle des tissus où elles 
prennent ordinairement naissance. 

On peut en distinguer deux types extrêmes. L'un d'eux est caractérisé 
par des tumeurs molles^ faciles à déchirer, bien circonscrites, souYent 
même enkystées, ayant une couleur rosée, grisâtre, ou même Tapparence 
cérébriforme. L'autre type comprend des tumeurs dures, ordinairement 
mal limitées, d'apparence franchement fibroïde, très-peu vasculaires. 
Entre ces deux variétés on trouve toutes les nuances intermédiaires. Il est 
impossible de ne pas faire un rapprochement entre les deux types de 
fibro-plastiques et les deux premières formes de cancer que nous avons 
étudiées : Tencéphaloïde et le squirrhe. Une différence essentielle tes en 
sépare cependant : sur la coupe des tumeurs fibro-plastiques on ne peut 
point recueillir de suc cancéreux véritable; on n'en extrait qu'une séro- 
sité claire ou un peu visqueuse, tenant en suspension quelques débris fila- 
menteux dans lesquels le microscope découvre les éléments embryo- 
plastiques. Un autre caractère différentiel, c'est que la substance des 
fibro-plastiques, assez homogène, ne permet pas de distinguer une trame 
pourvue d'alvéoles, comme cela a lieiï dans Tencéphaloïde et le squirrhe. 
Il en résulte que, même à Tœil nu, on peut assez facilement distinguer 
ces productions. 
Un fait capital de l'histoire de ces tumeurs, c'est que parfois, surtout 

dans la variété molle, on trouve un 
certain nombre d'éléments sembla- 
^ blés à ceux qui se rencontrent dans 
les tissus encéphaloîdes et squir- 
rheux. 

Les tumeurs secondaires dans le 
cancer iibro-plastique ont ordinaire- 
ment la même texture que la tumeur 
primitive, quoique plus molles en 
général , mais exceptionnellement 
Fio. 3i. — Tumeur fibro-piasUque mélanique elles peuvent être Constituées par de 

[200diamèlrcs). —a, Cellule fusifonnecon- i»«„^'_u«U;m« ^:w.«: «..«:»..« «««««;« 
tenant du pigment noir.- ^ Un élément ^ «ncephaloide, amsi qucj OU COnnaiS 

complètement inUltré de pigment. deux exemples. 

Enfin le tissu iibro-plastique se 
montre quelquefois coloré par de la matière mélanique (fig. 34). 

Symptomatologie. — Ce qui a été dit des cancers encéphaloïde et squi^ 
rheux peut assez bien s'appliquer aux fibro-plastiques mous et durs. Les 
principales différences consistent en ce que, dans le fibro-plastique, U 
marche est ordinairement plus lente, Tulcération plus tardive ; l'infectiofl 
ganglionnaire moins fréquente. Toutefois cette distinction n'a rien d'ab- 
solu. La généralisation, qui peut se faire dans les organes les plus dhers, 
est également moins commune sans qu'il soit actuellement possible de 
dire dans quelle proportion. 



Digitized by VjOOQIC 



CANCER. — CANCERS éPITRÉLUL OU CAlfCROÎDE ET CHORDROÏDB. 165 

0* Cmmeew éptiMéUM on caaeroMe. — Pour nous, comme pour 
beaucoup d'autres chirurgiens, le cancroîde est une manifestation de la 
diatbèse cancéreuse; mais, comme un article spécial sera consacré à son 
histoire, nous ne ferons ici qu'une simple énumération de ses principaux 
caractères pour justifier son classement nosologique. 

Le cancer épithélial peut atteindre à peu pr^ tous les tissus, mais son 
siège de prédilection est la surface des téguments. 

Au point de vue anatomo-pathologique, il est constitué par une tumeur 
qui se compose de deux parties : 1® une trame empruntée aux (issus de 
la région où il a pris naissance ; — 2® des éléments cellulaires contenus 
dans les interstices de cette trame. Cette texture le rapproche de Tencé- 
pbaloide et du squirrhe; il en diffère en ce que dans ces derniers cancers 
la substance contenue dans les alvéoles est crémeuse, tandis qu'elle est 
grumeleuse dans le cancroîde. Il en résulte que le cancer épithélial ne 
renferme pas de suc cancéreux, mais un liquide tenant en suspension 
des grumeaux lamellcux ou caséeux, dans lesquels le microscope dé- 
couvre des lamelles épithéliales qui se rapprochent beaucoup des types 
normaux. 

Ces tumeurs, ordinairement peu volumineuses, suivent une marche 
beaucoup plus lente que la plupart des autres cancers, mais elles peu- 
vent infecter les ganglions et quelquefois l'économie entière. 

Un fait cemarquable, déjà signalé pour le Hbro-plastique, c'est que 
certains cancroïdes se rapprochent beaucoup de Tencéphaloïde par la 
nature de leur suc et les modifications que les cellules épithéliales ont 
subies. — D'autres fois, à un cancer épithélial succède un encéphaloïde 
véritable. 

T" Caacer dieadroMe. — Notre but n'est pas d'étudier ici com- 
plètement les tumeurs désignées sous les noms de chondromes ou enchon- 
drames et qui sont constituéi^s par la pioduction accidentelle de tissu 
cartilagineux. Ainsi envisagée, la question serait beaucoup trop vaste et 
ne s'appliquerait pas entièrement à notre sujet. 

Hais dans cette étude que nous faisons des formes anatomiques du 
cancer, nous devons dès à présent signaler certains enchondromes que 
leur malignité place à côté des espèces les plus funestes au double point 
de vue de leur action locale et générale. 

Quand on a eu l'occasion d'étudier un certain nombre de tumeurs car- 
tilagineuses, il n'est pas difficile d'en distinguer deux formes assez diffé- 
rentes : l"" certains chondromes, fermes, durs, analogues au cartilage 
normal, ne contiennent que peu ou point de suc; — 2® d'autres tumeurs 
cartilagineuses, molles, se désagrègent facilement, et contiennent un suc 
abondant et visqueux. 

Les chondromes de la première espèce ne paraissent point avoir de 
tendances infectieuses et malignes ; ceux de la seconde sont bien diffé- 
rents et doivent probablement se rattacher au cancer. Ce sont ces der- 
niers dont nous allons mentionner les principaux caractères. 

Ces tumeurs sont bien circonscrites, arrondies ou ovoïdes, quelquefois 



Digitized by VjOOQIC 



166 CANCER. — cancer ostéoiob. 

bosselées, souvent d'un très-gros volume. Elles occupent de préférence le 
squelette et en particulier l'extrémité supérieure du tibia, le fémur, le 
bassin, la tète de Phumérus ; parfois on les trouve dans certaines glandes, 
surtout le testicule. — Plusieurs fois Ictir couleur et leur mollesse les 
•ont fait prendre pour des encéphaloïdes. — Le suc qu'elles contiennent 
<)st souvent très-abondant, visqueux, transparent et parfois contenu dans 
de petites cavilés kystiques ; il ne ressemble aucunement au suc cancé- 
reux. — Au microscope, on trouve ces tumeurs constituées par des 
cellules cartilagineuses qui sont tantôt libres, avec ou sans capsules de 
•cartilage, tantôt englobées dans une substance fondamentale hyaline. 
'Quelquefois certaines cellules dépourvues de capsules prennent F appa- 
rence des cellules cancéreuses. En général, dans ces enchondromes ma- 
lins, il y a une énorme proportion de cellules, tandis que la substance 
fondamentale est relativement peu abondante. Du tissu conjoactif en 
petite quantité se trouve souvent disséminé dans la tumeur ; quelquefois 
on y rencontre des parcelles de tissu osseux ou ossiforme. 

Caractères cliniques. — Ces tumeurs ont habituellement une marche 
ilente, mais il n'est pas rare d'en trouver qui dans Tespace de quelques 
mois acquièrent un volume énorme; aussi leur diagnostic peut offrir de 
sérieuses difBcultés, d'autant plus que des bosselures plus ou moins mol- 
les et fluctuantes séparées par des portions plus fermes peuvent faire 
«roire à un encéphaloide. La confusion est facile surtout quand il s'agit 
d'une tumeur qui a pris naissance dans le squelette. 

La lenteur de l'ulcération est assez remarquable dans l'enchondrome; 
même quand la tumeur ne siège pas trop profondément, la peau ne 
semble céder que par suite de son excessive distension. 

Les glandes lymphatiques ont peu de tendance à s'engorger, cependant 
leur altération spécifique peut survenir ainsi que le démontre une obser- 
vation remarquable de Paget relative à un enchondrome du testicule. 

L'infection générale est possible également, mais dans une proportion 
difficile à déterminer. Les tumeurs secondaires, ordinairement cartila- 
gineuses, sont quelquefois constituées par un mélange d'enchondrome et 
4'encéphaloïde ou même par de Tencéplialoïde pur. Elles occupent ordi- 
nairement les poumons. 

Le mélange des tissus cartilagineux et encéphaloide peut du reste se 
montrer dans la tumeur primitive elle-même ainsi que le démontrent 
plusieurs observations. 

8^ cancer o«(éiiKcle. — Signalé et décrit en Allemagne et en Angle- 
terre, le cancer ostéoïde est une forme rare qui en France ne semble pas 
avoir attiré l'attention et qui pourtant est digne d'être mentionnée. Ayant 
eu l'occasion d'observer un cas de cancer ostéoïde de la mamelle, j'ai fait 
à ce propos quelques recherches bibliographiques. Je n'ai pu consulter 
•tous les faits connus; cependant j*ai rassemblé 14 exemples probables 
de cette espèce de cancer, ce qui avec mon observation personnelle donne 
4m total de 15 faits sur lesquels je vais baser le résumé qu'on va lire. 

Le siège de ce cancer est assez remarquable, car la tumeur primitive 



Digitized by VjOOQIC 



CANCER. — CAHCER OSTÉOÎDE. 167 

occupait 11 fois les os et 4 fois seulement les parties molles. Parmi les 
os, le fémur et le bassin sont plus spécialement affectés. 

La tumeur primitive, de volume quelquefois considérable, présente 
généralement quelques portions dépourvues de tissu ossiforme. 

Ce dernier, dont la consistance est quelquefois telle qu'on ne peut 
l'entamer avec le tranchant du scalpel, présente tantôt les caractères du 
tissu osseux véritable avec ostéoplasles, tantôt une ossification imparfaite 
consistant dans le dépôt de granulations calcaires qui restent distinctes; 
mais dans ce dernier cas il ne s'agit pas d'un simple état crétacé, car on 
trouve dans ces productions une harmonie de texture qui rappelle plus ou 
moins celle du tissu osseux. 

Dans les points non ossifiés de la tumeur et dans les aréoles du tissu 
osseux de nouvelle formation se trouve un tissu cancéreux de nature va- 
riable. — Le plus souvent, c'est de l'encéphaloïde avec un suc abondant, 
crémeux, miscible à l'eau, et ses 
grandes cellules polymorphes. — 
D'autres fois, ce qui avait lieu dans 
le fait que j'ai observé, c'est le tissu 
squirrheux qui est combiné au tissu 
ostéoïde (fig. 35). — Enfin, comme 
dans l'observation de Laurence, cela 
peut être du tissu fibro-plastique. 

Les cancers du squelette présentent 
très-souvent des lames ou des ai- 
guilles osseuses qui pénètrent plus 
ou moins loin dans la tumeur, mais 
qui sont un élément accessoire. — 
Dans les cancers ostéoïdes, au con- 
traire, l'élément ossiforme devient 
prédominant. Ces dernières tumeurs 
peuvent bien, au point de vue anato- Fi 
mique pur, être regardées comme des 
•cancers dont la trame est ossifiée; 
mais au point de vue clinique, la disti 
portante, car les tumeurs secondaires, rc ^ 

•offirent presque toujours une structure analogue à celle de la tumeur pri- 
mitive, quoiqu'elles occupent généralement les parties molles et en parti- 
<^ulier les poumons, les plèvres et les ganglions lymphatiques. 

Caractères cliniques. — Les exemples connus tendent à démontrer 
<pie le cancer ostéoïde est Tune des formes les plus malignes de la ma- 
ladie cancéreuse. Son évolution est très-rapide, car plusieurs malades 
sont morts, offrant déjà des dépôts consécutifs, quelques mois seulement 
après le début de la première tumeur. Que Topera tion ait été faite ou non, 
les résultats ont été les mêmes. 

Les signes du cancer ostéoïde n'ont de spécial que la dureté excessive 
<Ies tumeurs, appréciable à travers les tissus qui les recouvrent. 



Digitized by VjOOQIC 



1(>8 CANCbin. — CAKCE1I8 GIAUCOÏDE OU CIILOROMA ET HéTÉRADÉMQUE. 

9^ Cancer ylanisoVde on clileroiiia. — Aran a publié sur le clilo- 
roma une note basée sur quatre observations : une personnelle, trois 
autres empruntées à Balfour, Durand-Fardel et King. 

Les tumeurs, de forme et de volume variables, ont toujours été mul- 
tiples. Leur tissu, homogène, était d'une couleur verte particulière variant 
depuis le vert jaune jusqu'au vert prèle plus tranché. 

Les tumeurs primitives, toujours développées au crâne, siégeaient or- 
dinairement entre les os et la dure-mère, quelquefois à la face externe du 
crâne ou à la face interne de la dure-mère. Elles contenaient soit des 
cellules cancéreuses véritables (obs. d' Aran) , soit des éléments tibro-plas- 
tiques (obs. de King). Des tumeurs consécutives, trouvées dans le rein 
et répididyme, offraient les mêmes caractères. 

Cette forme de cancer parait spéciale à la jeunesse, car le plus âgé de 
tous les malades n'avait que vingt ans. 

10® Cancer béiéradëniqne. — Les hétéradénomes ou tumeurs 
hétéradéniques, que Ch. Robin a décrites le premier, sont constituées 
par un tissu grisâtre opalin, ordinairement peu vasculaire, mollasse, ne 
fournissant que très-peu de suc transparent avec quelques filaments 



FiG. r>6. — Cub-de-sac d'une tumeur hétéradénique. — ûr, ^, c. Portion des gaines dans les- 
quelles répithclîum est disposé en cellules polyédriques. — d^ c, /) Portion des gafnes formée 
d'épithélium nucléaire ovoïde; entre les noyaux existe un peu de matière amorphe non en- 
core segmentée en cellules ; de d en a on suit la transition de l'une a l'autre des deux dis- 
positions indiquées à-dessus [Charles Robin). 



Digitized by VjOOQIC 



r 



CANCER. CAKGER VILLBOX OU BKNMITIQUE. i69 

tenus en suspension. Avec ces caractères observés à Toeil nu, il est parfois 
difficile de les distinguer de certaines tumeurs fibro-plastiques ; mais au 
microscope la structure est bien différente : les tumeurs hétéradéniques 
sont en effet constituées par des tilaments pleins ou creux dans la composi- 
tion desquels entre un épithélium nucléaire qui ne ressemble point à 
celui des glandes normales, quoique les filaments soient disposés en culs- 
de-sac, terminés comme des doigts de gant ou renflés comme de véri- 
tables acini. Ces noyaux, ovoïdes, sont ordinairement nus, mais quelque- 
fois entourés d'une cellule. Les tilaments et les acini qu'ils constituent 
sont tantôt limités par une membrane conjonctive propre, tantôt dépour- 
vus de toute membrane (fig. 36). 

Les tumeurs de cette espèce se montrent de préférence à la tète, mais 
on les rencontre dans les régions les plus diverses, et même dans des 
points où il n'existe pas de glandes à l'état normal, par exemple dans les 
muscles, les os et les plèvres. Il est donc impossible de ne pas croire, 
du moins pour ces dernières régions, à une véritable hétérotopie. On en 
a également trouvé dans les poumons. 

Quoi qu'il en soit de leur origine réelle, il est certain que ces tumeurs 
se comportent comme des cancers, et qu'on les voit grossir, s'ulcérer, 
récidiver sur place, se multiplier à distance dans les organes les plus di- 
vers. Voilà pourquoi nous les mentionnons ici. 

11° CUincer ▼lllenm on dendrltliine. — Bokitansky a décrit sous 
ce nom des productions de nature pancéreuse, qui naissant près de sur- 
fisices normales ou accidentelles, surtout dans le rectum, la vessie, le 
péritoine, revêtent l'apparence de villosités analogues à celles du cho- 
rion. 

D'après Bokitansky, ces villosités ont un aspect variable. Sur la tige 
centrale qui les constitue on remarque : tantôt des bourgeonnements 
isolés, arrondis ou renflés en ampoule, tantôt des ramifications dendri- 
tiques, d'autres fois de petites houppes de villosités disposées en groupes. 

A leur surface ou dans leur épaisseur se trouvent des cellules épithé- 
lioides plus ou moins modifiées. La base des villosités repose sur un tissu 
induré, de nature cancéreuse. 

Il est probable que Ton a réuni sous le nom de cancer villeux les pro- 
ductions papilliformes si communes qui se développent à la surface du 
cancroîde, et celles qu'on peut trouver dans d^autres cancers plus ma- 
lins. On comprend combien le pronostic est différent dans ces deux caté- 
gories de faits. 

Implantées ordinairement sur les surfaces naturelles, ces villosités 
peuvent quelquefois naître dans des cavités accidentelles; ainsi j'ai der- 
nièrement eu l'occasion d'étudier un squirrhe lardacé du sein conte- 
nant un certain nombre de kystes que remplissaient entièrement des 
productions villeuses remarquables par leur disposition et leur dévelop- 
pement. 



Digitized by VjOOQIC 



170 CANCER. — CARACTÈRES GÉlléRAUX DES TUMEURS CAlfCÉREUSES. 

CARACTÈRES GÉMÉRAUX DES TUMEURS CANCÉREUSES. 

Si Ton voulait présenter dans ce chapitre une étude générale et com- 
plète du cancer, il faudrait reproduire bien des questions que nous aTons 
déjà traitées; nous devons nous borner à faire ressortir les caractères les 
plus essentiels des tumeurs camcéreuses considérées d'une façon générale 
et fournir les preuves de leurs relations anatomiques et cliniques. 

Anatomie PATHOLOGIQUE. — Au poiut de vue anatomo'pathologique seul, 
les tumeurs cancéreuses constituent un groupe peu naturel ; cependant, 
malgré la diversité de leur texture, nous pensons qu'on peut trouver dans 
la composition élémentaire de ces productions, dans l'origine et la dis- 
position de leurs éléments, etc., certains caractères généraux que nous 
allons rapidement passer en revue. 

1" Composition élémentaire des tissus cancéreux. — Tous les cancers, 
à peu d'exceptions près, sont constitués par des tissus mal développés, 
ébauchés, composés de cellules, et tendent à conserver un état d'organi- 
sation peu élevée. Les éléments de ces tumeurs peuvent être rattachés, 
par d'étroites analogies, à ceux de l'organisme normal ; et c'est en pre- 
nant cette texture intime comme base d'une classification anatomique, 
que nous rangerons toutes ces productions en trois groupes principaux : 

a. Cancers où l'élément principal est analogue à la cellule épithéliale 
(Êpithéliomey de Ch. Robin) : 

Cancer encéphaloïde; 

Cancer squirrheux; 

Cancer épithélial (cancroïde). 

b. Cancers où l'élément fondamental est analogue aux tissus de sub- 
stance conjonctive : 

Cancer fibro-plastique ou fibroïde; 
Cancer chondroïdé. 

c. Cancers qui doivent leur apparence spéciale à l'addition d'éléments 
accessoires : 

Cancer colloïde; 

Cancer mélanoïde ou mélanique; 

Cancer glaucoïde (chloroma) ; 

Cancer ostéoïde. 
Ou à une disposition particulière des éléments : 

Cancer hétéradénique ; 

Cancer villeux. 
On conçoit qu'îî la rigueur ce troisième groupe pourrait être considéra- 
blement restreint ; il suffirait de faire rentrer dans les espèces précédem- 
ment signalées toutes celles, où un élément accessoire s'ajoute au tissu 
morbide. Toutefois je pense que cette classe importante mérite d'être 
conservée ; je me fonde en particulier sur cette double considération que 
chacune de ces espèces semble avoir une marche spéciale et que cha- 
cune d'elles récidive et se multiplie sous la même forme anatomique. 
2^ Origine et nature des éléments du cancer. — Le phénomène in- 



Digitized by VjOOQIC 



CANCER. CABACTàlIBS GéMilUUX DES TUMEURS CANCEfiEUSBS. iH 

'dme qui donne naissance aux tumeurs cancéreuses est une des questions 
les plus controversées, et aujourd'hui encore tous les anatomo-patholo- 
^'stes ne sont pas d'accord sur la solution qu'elle doit recevoir. On a avec 
raison comparé jusqu'à un certain point le développement des tissus 
cancéreux à celui des tissus normaux ; aussi les théories qui ont été 
faites au sujet du développement de ces derniers sont précisément celles 
qu'on a invoquées pour expliquer l'origine des éléments du canc^> Ces 
théories sont au nombre de trois : on les désigne sous les noms de 
théorie du blastème, théorie de la substitution et théorie du développe- 
ment continu. Dans Tétat actuel de la science, il est impossible d'ignorer 
^n quoi consistent ces doctrines, aussi nous en dirons quelques mots. 

La théorie du blastème^ adoptée par la plupart des représentants de 
Fécole française, admet qu'un liquide amorphe, d'une nature toute spé- 
eîale, épanché et infitré dans les tissus, est le point de départ des élé- 
ments de la tumeur. Dans ce liquide, qu'on a appelé blastème ou cyto- 
blastème, se formeraient directement, par précipitation, les éléments 
cancéreux. 

La théorie de la substitution est due au professeur Ch. Robin. D'après 
cet auteur, chez Tembryon,- les cellules embryonnaires se dissolvent, et 
dans ie blastème qui résulte de cette liquéfaction naissent les éléments 
définitifs. On voit que, dans cette doctrine, le mécanisme du développe- 
ment se compose de deux phases, dont la seconde est analogue à ce qu'on 
admet dans la théorie du blastème. D'après Robin, quand une tumeur se 
développe, il y a également substitution : les éléments normaux de la 
région disparaissent graduellement et sont remplacés par les éléments 
constitutifs du nouveau tissu. La différence qui existe avec ce qui se passe 
chez Tembryon, c'est que le blastème qui résulte de la dissolution des 
cellules embryonnaires est visible, tandis que, dans les cas pathologiques, 
«c le blastème n'existe qu'à Tétat virtuel, les éléments se substituant à la 
place des |)remier8, au fur et à mesure de leur disparition. » 

Enfin la théorie du développement continu^ soutenue avec beaucoup de 
talent par Virchow et adoptée sans restriction par Morel (de Strasbourg), 
ne reconnaît d'autre origine aux éléments du cancer que les cellules nor- 
males de la r^ou malade. Dans cette théorie, les cellules plasmatiques 
(corpuscules du tissu conjonctif) jouent un rôle fort important, car Virchow 
établit que toujours elles sont le point de départ du cancer. D'après ce 
micrographe, elles peuvent se multiplier par deux mécanismes difiTérents : 

a. La cellule augmente de volume sous l'influence d'un excès de nutri- 
tion ; son noyau se divise, et ultérieurement la membrane cellulaire elle- 
même se subdivise pour constituer des cellules secondaires : c'est la gêné* 
ration par fissiparité; 

b. Ou bien dans une cellule apparaît un espace clair, sphéroîdal (espace 
générateur de Virchow), dans lequel se développe une cellule pourvue de 
noyau : c'est ce qu'on appelle génération endogène. 

Le premier mode de génération est très-fréquent, tandis qu'il y a peu de 
néoplasies pathologiques qui tirent leur origine d'une formation endogène* 



Digitized by VjOOQIC 



172 CANCER. — CABACTÈRES GillÉAAUX des tumeurs CANCéUBUSI»', . 

Voilà en peu de mots comment on explique, dans la théorie du déve- 
loppement continu, la multiplication des éléments qui vont fiiire partie de 
la tumeur; c'est, pour employer le terme de Virchow, une ht/perplasie. 
Ajoutons que les éléments qui se multiplient de la sorte subissent fré- 
quemment des modifications profondes dans leurs caractères physiques, 
ce qui mène à l'hétérologie, et qu'une fois constituée, la tumeur continue 
de s'accroître par la succession non interrompue de phénomènes sembla- 
bles à ceux qui en ont marqué le début, et qui se produisent, soit dans 
les cellules plasmatiques qui environnent la tumeur, soit dans les éléments 
qui déjà en font partie. 

Maintenant que nous savons en quoi consistent ces théories, nous est-îl 
possible d'en apprécier la valeur? Remarquons que les deux premières^ 
reconnaissant la formation de toutes pièces des éléments cancéreux, peu- 
vent être collectivement opposées à la troisième, qui nie d'une manière 
absolue la possibilité d'un pareil phénomène. 

L'esprit et les limites d'un article de dictionnaire nous interdisent de 
discuter longuement ces questions difficiles, sur lesquelles des hommes 
éminents restent divisés; mais avec l'impartialité qui doit présider à toute 
recherche scientifique, nous devons demander à l'examen direct des tu- 
meurs cancéreuses quelques éclaircissements pour la solution du problème. 

C'est dans les tumeurs encéphaloïdes et squirrheuses, où la puissance 
de végétation est portée au plus haut point, qu'il doit être plus facile d'ob- 
server les phénomènes d'origine et d'accroissement. Toutefois, les propo- 
sitions que nous allons formuler sont applicables aux autres productions 
cancéreuses. 

Nous devons tout d'abord répéter ici ce que nous avons dit plus haut : 
l'opinion de Yirchow, qui consiste à regarder Thyperplasie des cellules 
plasmatiques comme le point de départ constant du cancer, est évidem- 
ment beaucoup trop exclusive, puisque dans le cancer de certains oi^anes, 
celui de la mamelle, par exemple, il est souvent facile de reconnaître que 
le mal débute par les cellules épithéliales des culs-de-sacs glandulaires. 
Cette réserve faite, voyons si la tumeur cancéreuse peut s'expliquer par 
un développement continu des cellules normales de la région (cellules 
épithéUales ou corpuscules de tissu conjonctif), ou bien si les éléments 
du cancer naissent de toutes pièces dans un liquide amorphe d'une nature 
particulière (blastème). 

a. 11 est certain que, dans beaucoup de tumeurs cancéreuses, on peut 
trouver des éléments cellulaires, et même des noyaux libres, offrant à di- 
vers degrés le phénomène de la fissiparité; en outre, on rencontre très- 
souvent un certain nombre de cellules avec génération endogène (cellules- 
mères). Ces deux modes de génération des cellules sont faciles à consta- 
ter, et personne sans doute ne songe sérieusement à en nier la réalité. 

b. Mais tout à fait au début, lorsque la tumeur n'a qu'un très-petit 
volume, ou sur les confins d'un cancer déjà volumineux, il n'est pas tou- 
jours facile de saisir la multiplication des cellules plasmatiques ou épithé- 
liales par le mécanisme invoqué par Virchovr. 



Digitized by VjOOQIC 



CANCER. — CARACTÈRES GéHiRAITX DBS TOMBURS CANCEREUSES. i73 

c. Comme la génération endogène n'est guère de nature à multiplier 
les éléments de la tumeur, puisque généralement une cellule est, dans ce 
cas, remplacée par une seule cellule, la fissiparité serait à peu près seule 
chargée de l'augmentation du nombre des cléments. Or les cellules sur 
lesquelles on peut constater le phénomène de la scission sont toujours en 
très-petit nombre, de sorte qu'il est dirficile de rapporter à cette seule 
cause le rapide déyeloppement de certaines tumeurs. 

d. Les cancers qui s'accroissent le plus vite devraient être ceux où les 
phénomènes de génération de cellules par des cellules seraient le plus 
facilement constatés; or c'est ce qui n'a pas lieu. Ces tumeurs à marche 
rapide sont souvent remarquables par leurs cellules petites, mal dévelop- 
pées, à un seul noyau. 

e. Enfin, si Ton rejette la naissance d'une cellule dans un blastème 
interposé entre les éléments, il faut htkn admettre cependant qu'une pro- 
duction semblable peut avoir lieu dans le liquide contenu dans une cellule, 
puisque nous voyons dans les espaces générateurs de Yirchow des cellules 
et des noyaux se constituer sous nos yeux par un phénomène autre que 
celui de la scission. 

f. D'un autre côté, cependant, on peut objecter à la théorie du blastème 
que ce liquide n'a pas été vu, à moins qu*on ne considère comme tel tout 
ou partie du liquide qui imprègne les tumeurs cancéreuses; que la forma- 
tion libre des éléments n'y peut être matériellement prouvée, et que cette 
genèse répugne presque autant à l'esprit que la génération spontanée des 
infusoires ; que les noyaux de petit volume rencontrés dans le suc cancé- 
reux peuvent aussi bien passer pour des noyaux avortés, échappés de cel- 
lules, que pour des noyaux en voie de développement, etc., etc.; tout 
cela est malheureusement aussi difficile à réfuter qu'à prouver. Peut-être* 
ces granulations moléculaires qu'on remarque dans les cellules ont-elles 
plus d*importance qu'on ne se l'imagine, et jouent-elles, après la rupture 
des cellules, le rôle de véritables germes, pour donner naissance à de 
Nouveaux éléments. 

En résumé, comme on le voit, il reste beaucoup à faire sur le méca- 
nisme qui préside «^ la formation des éléments. Nous trouvons, en faveur 
de la théorie du développement continu, telle qu'on la comprend aujour- 
d'hui, ie» faits acquis incontestables, ayant dès lors une immense va* 
leur; — et contre elle, des objections sérieuses mais insuffisantes pour 
la renverser. Nons pensons qu'en un tel état de choses il est sage de 
s abstenir de toute conclusion et qu'on doit attendre de l'avenir de nou- 
veaux éclaircissements qui ne peuvent manquer de se produire un jour. 
Nous partageons, sous ce rapport, la réserve de Comil, qui dans son mé- 
moire ne se prononce pas sur le mode de formation des éléments du 
cancer. 

Quoi qu'il en soit, nous admettons comme phénomène initial du dé- 
veloppement du cancer une multiplication des éléments normaux de la 
région, quel que soit le mécanisme de cette multiplication : ce sont sur- 
tout les cellules épithéliales et plasmatiques qui présentent ce phénomène; 



Digitized by VjOOQIC 



174 CANCER. — caractères géréraux des tomeors cancéreuses. 

à propos de l'eocéphaioïde, j^avais admis ce principe que nous pouvons 
étendre à toutes les espèces de cancers. 

Pendant que les éléments de la région se multiplient, ils offrent ordi- 
nairement une augmentation de Tolume, de sorte qu'ils sont frappés à la 
fois à'hyperplasie et d'hypertrophie. — Ils peu?ent en outre suivre deux 
Toies différentes : ou bien ils conservent à peu de choses près le type 
de Torgane où la tumeur se développe, et alors il y a homologie; ou bien 
leurs caractères se modifient, et cette modification éloigne les éléments 
nouveaux des types rencontrés normalement dans l'organe où ils prennent 
naissance, ce qui constitue l'hétérotopie, c'est-à-dire une des formes de 
Vhétérologie. Les cancers peuvent donc être homologues ou hétérologues. 

C^est dans cette acception que l'on doit, avec Yirchow, comprendre 
rhétérologie, car en réalité les éléments de tous les cancers peuvent, 
comme l'indique la classification^ donnée plus haut, se rattacher à des 
types que Ton trouve dans l'organisme en dehors de la diathèse cancé- 
reuse. Nous avons précédemment décrit (page 135) les caractères de ce 
qu'on a appelé les éléments cancéreux. Nous savons que ceux-ci se font 
remarquer par le volume considérable des cellules, des noyaux et des 
nucléoles eux-mêmes ; par l'irrégularité des contours de la cellule, la 
multiplicité des noyaux et des nucléoles. Or que prouvent la plupart de 
ces caractères? Une force de végétation excessive, qui peut avoir pour 
conséquence la subdivision de la cellule multinucléée, ou la destruction 
rapide de cette cellule et peut-être la formation ultérieure de cellules 
nouvelles autour de chaque noyau devenu libre, ou enfin la transforma- 
tion des noyaux eux-mêmes en cellules nouvelles, par suite d'un travail 

d'hypertrophie. Par conséquent, toutes 

^^i.^ w«^ V Aàk* ^^® ^^** ^^*^ '*^**^ normal ou patholo- 

^WM^JL M^. ?î?u^ ^^^ éléments devront se former 

WHHHHA C^^ ^^^^ ^^^ conditions semblables de dé- 

^^^^■^^ veloppement, on pourra observer des 

cellules analogues à celles qu'on a ap- 
pelées cancéreuses; c'est ainsi que dans 
les uretères et dans la vessie , l'épithé- 
lium se reproduisant fréquemment et 
«^ d'une façon irrégulière, les cellules qui 

FiG. 37. — Épithéiium transitoire de la ves- le constituent présentent souveut Cette 

sic— a, Cellule volumineuse déchiquetée irrégularité dcs COUtOUrs et Cette mul- 

8ur ses bords. — b, Cellules analogues. La ......ri , j r 

plus volumineuse a deux noyaux. - c, tiplicite dcs noyaux qu'on a regardées 
Cellule plus volumineuse encore, irréguliè- comme Spéciales aux tissus cancéreux 

rement quadrUatère. avec quatre noyaux, /g j^v _ . ^ j j 

— d, Cellule analogue, avec deux noyaux V o* '' ^ , ^"^^*^ « v,o«o^ «lo ^«» 

et neur fossettes vues de face» répondant tendances végétatives que des cellulcs 
aux dépressions du bord (Virchow). ayant les caractères des macrocytes ont 

été trouvées dans les bronches enflam- 
mées et dans les tissus fongueux qui avoisinaient une carie du calcaneum 
(Yelpeau). Donc, la cellule dite cancéreuse, se retrouvant ailleurs que 
dans les cancers, ne peut être regardée comme spécifique. 



Digitized by VjOOQIC 



£ 

% 



CANCER. CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES TUMEURS CARCiREUSES. 475 

En outre nous savons, par rétude que nous ayons faite des diverses 
formes de cancers, que plusieurs de ces tumeurs ne contiennent pas la 
cellule cancéreuse, bien qu'elles soient d'une évidente malignité : tel est 
le iibro-plastique ; tels sont même certains cancers encéphaloîdes et 
squirrbeux où Ton ne trouve guère que de petites cellules et des noyaux 
peu volumineux. Voilà un motif de plus pour nier la spécificité de la cel- 
lule cancéreuse. 

Cependant n'exagérons rien. Il ne faut pas déprécier outre mesure les 
enseignements du microscope, car tout en donnant à cette question de 
spécificité une réponse négative, on ne peut s'empêcher de reconnaître 
qu't/ n'y a, ni à Vétat normal^ ni à F état pathologique^ aucune espèce de 
tissu oU la cellule dite cancéreuse se montre aussi développée et ausH 
abondante que dans certains cancers; de sorte que, en présence d'une de 
ces tumeurs, un micrographe exercé ne saurait conserver le moindre 
doute, quand il pourra étudier, non quelques cellules prises en particu- 
lier, mais toute l'étendue d'une préparation et même plusieurs prépara- 
tions empruntées à différentes parties de la même tumeur. Cette nécessité 
de ne pas se borner à l'examen de quelques cellules isolées avait été par- 
bitement appréciée, il y a déjà longtemps, par Yogel. Avec cette précau- 
tion, il est le plus souvent possible de se prononcer non-seulement sur la 
nature cancéreuse du produit, mais encore sur l'espèce de cancer à la- 
quelle on a affaire, alors même que les éléments sont mal caractérisés et 
peu nombreux. — Ainsi, malgré l'absence de cellules multinucléées , 
quand la plupart des éléments sont très-irrégulicrs et granuleux, quand 
les noyaux et les nucléoles sont volumineux, il est très-probable qu'il s'a- 
git d'une tumeur squirrheuse ou encéphaloïde. — D'un autre côté, l'exis- 
tence de quelques macrocytes dans un tissu ne doit pas faire conclure à 
l'existence d'un cancer. 

Ces explications suffisent pour faire comprendre quelles réserves on 
doit faire dans les cas douteux, et pourquoi il peut être nécessaire de se 
baser sur les caractères cliniques pour apprécier la nature d'un tissu 
morbide. 

Si nous avons assez longuement insisté sur ce qui se rattache aux élé- 
ments du cancer, l'importance du sujet et les divergences d'opinion qui 
régnent encore sur ce point d'anatomie pathologique, entre des hommes 
d'une compétence incontestable, justifient les détails dans lesquels nous 
sommes entrés. 

Quant au processus qui s'accomplit dans la tumeur, depuis son origine 
jusqu'à ce qu'elle soit constituée à l'état adulte, nous ne pouvons l'envi- 
sager d'une façon générale. Il en a été question pour les principales es- 
pèces de cancers; on comprend les aspects variés que peuvent prendre 
les tumeurs suivant que la multiplication porte plus spécialement sur les 
éléments conjonctifs ou épithéliaux et suivant le type que prennent les 
cellules de nouvelle formation. 

3"* Groupement et disposition des éléments du cancer. — En général, 
les cancers sont remarquables par la disposition désordonnée des éléments 



Digitized by VjOOQIC 



176 CANCER. — car\ctères généraux des tumeitrs cakcéredses. 

anatomiques qui les constituent, et presque toujours ce désordre de tex* 
ture est en rapport direct avec le degré de malignité de la tumeur, de 
sorte que son importance est aussi grande que la forme des éléments 
considérés en eux-mêmes et indépendamment de leurs connexions mu- 
tuelles. 

Dans les cancers épithélioïdes, par exemple, les cellules sont accumu- 
lées dans des alvéoles creusées au milieu du tissu, ce qui ne se retrouve 
point à Fétat normal. Les autres groupes de cancers n'oflrent pas tous 
cette apparence, mais il n'en est pas moins vrai que le tissu de toutes 
ces tumeurs, même celui des hétéradénomes, ne ressemble pas aux tissus 
naturels. L'enchondrome mou, par exemple, ressemble si peu au carti- 
lage normal, que bien souvent on Ta pris pour de Tencéphaloïde. Ainsi 
donc, bien que les éléments des cancers ressemblent à certains éléments 
normaux, les tissus qu'ils constituent s'éloignent beaucoup de tous les 
tissus qu'on trouve à Tétat normal. 

Pour être juste, on doit avouer que certaines tumeurs bénignes sont 
également très-différentes des tissus de l'organisme; cependant il est rare 
qu'elles s'en éloignent autant que les cancers. 

4^ Accroissement des tumeurs cancéreuses ; action sur les tissus vm- 
sins. — La tumeur cancéreuse, une fois formée, subit un accroissement 
graduel et indéfini ; mais en général elle entraine la mort avant d'avoir 
acquis un volume considérable. 

Cet accroissement reconnaît deux causes : 1** une multiplication des 
éléments propres de la tumeur, c'est-à-dire de ceux qui font déjà partie 
du tissu morbide ; 2^ l'envahissement de nouveaux tissus au voisinage et 
sur les confins de la tumeur. L'accroissement se fait donc par deux méca- 
nismes : par une sorte A*intussusception et ipSir juxtaposition. Que le pre- 
mier mode prédomine, et Ton aura une tumeur mieux^circonscrite, ten- 
dant à prendre la forme sphéroïdale et à se constituer une enveloppe 
cellulo-fibreuse, une sorte de kyste, par refoulement et tassement du tissa 
conjonctif voisin. Si au contraire la tumeur s'accroît principalement par 
juxtaposition ou envahissement des tissus voisins, on aura plutôt la forme 
par infiltration du ti^u morbide. Voilà, je crois, la véritable cause déter- 
minante des formes enkystée ou infiltrée, dont sans cela on ne peut 
guère se rendre compte; la même cause explique également pourquoi, 
dans les formes enkystées, le tissu morbide est généralement plus mou, 
puisque la multiplication excessive des éléments cellulaires ^ dû avoir 
pour conséquence de détruire la trame de la tumeur. 

Dans son accroissement périphérique ou par envahissement, le tisso 
morbide est remarquable par son action sur les tissus voisins. Ceux-ci 
sont tous détruits de proche en proche ; si quelques-uns, tels que les 
aponévroses et les autres tissus fibreux résistent pendant quelque temps, 
ils finissent par être englobés dans le tissu morbide. Les os eux-mêmes 
sont atteints, usés et infiltrés. D'une façon générale, cependant, on peut 
dire que les tissus les plus mous, et en particulier le tissu conjonctif, sont 
bien plus promptement envahis. 



Digitized by VjOOQIC 



CANCER. C\R.iCTÈRES GÉKÉRADX DES TUMEURS CANCÉREUSES. 177 

Cette tendance des tumeurs cancéreuses à envahir tous les tissu8, 
sans aucune distinction, est un des traits les plus caractéristiques de leur 
histoire. 

C'est en vertu de cette propriété que les vaisseaux et nerfs de la région 
sont altérés. Nous ne décrirons pas en détail les désordres qui en sont la 
conséquence, parce qu'ils ont été indiqués à propos de Tencéphaloïde, 
inais nous devons revenir sur les lésions veineuses, qui sont d'une impor- 
tance considérable. 

On se rappelle en quoi consistent ces altérations des veines, parfaite- 
ment décrites parBroca. La veine devient d'abord adhérente au tissu mor- 
bide, de telle sorte que, coupée en travers, elle reste béante. Plus tard, ses 
parois sont envahies et finissent par céder; le tissu cancéreux, après avoir 
détruit la tunique externe, fait en quelque sorte hernie dans la cavité du 
vaisseau, en refoulant devant lui la tunique interne. Cela constitue le 
- premier degré de Taltération. Au second degré, la tunique interne est 
détruite, mais la circulation continue encore. La production morbide se 
trouve en contact direct ayec le sang, et pousse dans la cavité de la 
veine un prolongement sous forme de champignon, qui continue de vé- 
géter et peut prendre un accroissement assez considérable. Au troisième 
degré, enfin, la veine, complètement obstruée, devient imperméable au 
sang. 

C'est au deuxième degré de cette altération des veines que des frag- 
ments de cancer plus ou moins considérables peuvent se détacher, devenir 
flottants et être transportés dans la direction du courant sanguin, à une 
distance plus ou moins considérable. Ce sont ces débris que, faute d ob- 
servation rigoureuse , on avait pris pour des masses développées de 
toutes pièces dans le liquide sanguin lui-même, et que pour ce motif on 
avait appelés cancers du sang. On sait aujourd'hui qu'un pareil mode de 
développement est impossible et que, lorsque des fragments de cancer 
«ont trouvés flottants dans la circulation, ils y ont toujours pénétré à U 
£aveur d'une perforation des parois vasculaires. Il ne faut pas, du reste, 
confondre ces débris avec des caillots fibrineux décolorés, plus ou moins 
ramollis, résultant de ces phlébites coagulantes, qu'il n'est pas rare d'ob- 
server à une époque avancée de la cachexie cancéreuse. 

Enfin, cette pénétration du cancer au travers des parois veineuses dé- 
foncées prouve, comme nous l'avons déjà dit, que les éléments microsco- 
piques du cancer peuvent être directement introduits dans la circulation, 
€t que transportés par le sang lui-même à de grandes distances, ils peuvent 
infecter l'économie entière et devenir la cause directe de la formation 
des tumeurs consécutives qu'il est si commun de rencontrer aune époque 
avancée de la cachexie, et que nous avons fait connaître sous le nom de 
cancers par infection. Ce qui prouve que les cancers par infection peu- 
vent avoir cette origine, c'est le résultat d'expériences faites sur des ani- 
maux vivants. Ces expériences ont prouvé, en effet, que du suc cancéreux 
injecté dans les veines jugulaires d'un chien, peut déterminer la formation 
de petits noyaux cancéreux dans les poumons de l'animal. Deux tentatives 

HOOT. DICT. M£d. BT CHIB, TT. — 12 



Digitized by VjOOQIC 



178 CANCER. — caractères cÉNiRAUx des tomeurs cakcéreuses. 

de cette nature, faites par Langenbeck et Folliu, ont été couronnées de 
succès. 

Il est probable, bien que ce fait ne soit pas encore démontré d*une ma- 
nière certaine, que toutes les variétés de cancer sont susceptibles de pé- 
nétrer ainsi dans la cavité des veines après avoir détruit leurs parois; 
mais ce sont ceux dont le tissu est mou et présente peu de cohésion qui 
offrent surtout cette tendance. Sous ce rapport, Tencéphaloïde vient 
en première ligne et en a fourni les premiers exemples, mais on l'a 
constaté depuis pour les tumeurs iibro-plastiques et cartilagineuses 
molles. 

5° Modifications ultérieures des tissus cancéreux, — En général, les 
tissus cancéreux tendent à se ramollir. Ce caractère a de Timportance, 
bien qu'il ne soit pas absolu, puisque certains cancers ne se ramollis- 
sent pas, Tostéoide, par exemple, et que le squirrhe atrophique, loin de 
se ramollir, semble se condenser de plus en plus. 

Le ramollissement est généralement en rapport avec la prédominance 
des éléments cellulaires sur la trame, aussi c'est dans Tencéphaloïde 
qu'il se montre au plus haut degré. Comme il en a été question à propos 
dé ce cancer, nous n'avons rien à y ajouter. 

Un autre caractère des tumeurs cancéreuses, c'est leur tendance à s'ul- 
cérer. L'ulcération, il est vrai, peut se montrer dans quelques cas de tu- 
meurs bénignes, mais elle ne survient alors que fort tard, quand la peaa 
a été distendue outre mesure. Dans le cancer, Tulcération se produit au 
contraire avant que la tumeur ait acquis un très-gros volume, par infil- 
tration des éléments dans l'épaisseur du derme. 

6* Influence du milieu oîi le cancer s est développé sur la structure 
de la tumeur. — Cette question est une des plus intéressantes de celles 
qui se rattachent à l'anatomie pathologique. Les tumeurs cancéreuses, 
malgré les modifications qu'éprouvent leurs éléments, sont assez dispo- 
sées à revêtir Tapparence des tissus dans lesquels elles se sont dévelop- 
pées. Il y a, en un mot, tendance à la formation de tissus analogues. Celle 
particularité, qui cependant souffre des exceptions, est rendue frappante 
par les quelques remarques qui suivent : 

a. Lorsque la diathèse cancéreuse se localise dans les téguments ex- 
terne ou interne, elle tend à y revêtir l'apparence du cancroïde ou cancer 
épithélial, c'est-à-dire que la lésion est constituée par des éléments épi- 
' éliaux ou épidermiques qui s'éloignent peu du type normal. Aussi 
lyor est-il tenté de regarder le cancroïde comme la forme spéciale sous 
[uelle se montre le cancer des téguments. Ceci a quelque chose de 
li, mais il faut admettre une autre condition, celle d'une diathèse peu 
tive, ainsi que le démontre, la marche essentiellement chronique du 
ncer épithélial. La preuve que la question de siège n'a pas une impor- 
ice exclusive» c'est que d'une part on peut trouver le cancroïde dans 
us les organes, et que d'un autre côté les cancers les plus malins et à 
acrocytes ne sont pas rares à la surface des téguments où ils conservent 
urs caractères de malignité. 



Digitized by VjOOQIC 



CANCER. CARACTÈRES G6^SRAUX DES TUMEURS CANCÉREUSES. 179 

b. Les tumeurs iibro-plasUques se montrent de préférence dans les ré- 
gions abondamment pourvues de tissu conjonctif. 

c: C'est dans les os que s'observe plus particulièrement le cancer os- 
téoîde, preuve manifeste de Tinfluence du tissu qui a été le point de dé- 
part du mal. 

d. Le cancer mélanique montre une prédilection marquée pour la 
peau et le globe de Tœil, deux organes où le pigment existe à Tétat 
normal. ^ 

e. Pour l'encéphaloïde et le squirrhe, l'analogie de texture parait 
moins frappante. Cependant nous remarquerons que ces deux formes, 
dans lesquelles les cellules se rapprochent du type épithélial, s observent 
plus particulièrement dans les régions où Tépithélium normal est exposé 
à subir, à Tétat physiologique, de profondes modifications, par exemple 
la mamelle et le testicule. 

Comme on le voit, il est impossible de ne pas établir une certaine cor 
relation entre la structure de la tumeur cancéreuse et celle de la région 
qui en est le siège. 

T* Lésions secondaires. — Nous indiquerons rapidement les lésions 
ganglionnaires et viscérales déjà étudiée» dans le cours de cet article (voy. 
E>'céphalouie). 

Les lésions ganglionnaires sont susceptibles de se montrer dans toutes 
les espèces de cancers, mais dans une proportion bien variable; leur 
marche nous est indiquée par la production des cancers successifs. — Les 
tumeurs bénignes, au contraire, ne sont peut-être jamais accompagnées 
^ lésions ganglionnaires spécifiques. 

Les tumeurs par infection proprement dites, qui peuvent exister sans 
engorgement ganglionnaire, sont ordinairement d'un volume médiocre, 
quelquefois même très-petites ; elles occupent de préférence la surface 
des organes, par exemple la face convexe du foie et la. surface du lobe 
inférieur du poumon, où elles se présentent sous l'orme de noyaux arron- 
dis, disséminés, gros comme des noisettes ou de petites noix. Sur la 
plèvre, elles ont l'aspect de petites tumeurs aplaties, blanchâtres, opa- 
ques, que l'on a avec raison comparées à des gouttes de cire. Très-com- 
munes dans l'encéphaloïde et le squirrhe, puisqu'on les y rencontre au 
moins dans la moitié des cas (Broca), quand la mort arrive par le fait 
même des progrès de la maladie, les tumeurs par infection sont au con- 
traire, dans quelques formes de cancers, d'une excessive rareté. C'est ce 
qui fait que x^rtaines espèces de tumeurs ont été à tort séparées des au- 
tres cancers ; il n'y a là qu'une question de fréquence relative, et à cet 
égard, on peut dire que dans les manifestations cancéreuses on trouve 
tous les intermédiaires possibles. 

En général, le degré d'aptitude d'un tissu à se généraliser paraît être 
en rapport direct avec l'abondance des sucs dont il est abreuvé, ce qui 
rend probable l'action des sucs infectieux sur l'organisme. — Ordinai- 
rement le siège occupé par les dépôts consécutifs offre une grande 
analogie, malgré la diversité de texture des tumeurs qui ont produit l'in- 



Digitized by VjOOQIC 



180 CANCER. — CARACTÈRES GÉNÉRAUX DBS TUMEURS CANCÉREUSES. 

fection. Ces motifs nous font supposer que la cause anatomique est tou- 
jours la même, quoique Ton n'ait pas encore constaté directement, pour 
tous les cancers, les lésions veineuses qui accompagnent si souvent Pen- 
céphaloïde. 

Un fait remarquable, c'est que les tumeurs par infection ont habituel- 
lement une texture analogue à celle de la tumeur primitive ; c'est ce qu*0Q 
a appelé la loi de permanence. Ainsi, consécutivement à un cancer roéla- 
nique de la peau ou de l'orbite^ on trouve des tumeurs mélaniques dans 
les organes les plus divers, par exemple dans les poumons et le système 
osseux; — à un cancer ostéoïde du squelette succèdent des tumeurs os- 
téoïdes d'organes parenchymateux, glandes lymphatiques et poumons en 
particulier. Cette tendance à la formation de lésions semblables va même 
si loin, que Robin, consécutivement à un cancer du sein, a constaté dans 
le poumon des culs-de-sac glandulaires formés d'un épithélium polyédri- 
que finement grenu, à noyaux assez volumineux, semblables à ceux 
qu'on trouve dans la mamelle atteinte de cancer. — Toutefois la forme 
anatomique peut changer, et il semble que dans ce dernier cas la dit- 
thèse tend à produire de préférence Tencéphaloïde, celui de tous les can- 
cers qui possède au plus haut degré les caractères de la malignité. Celte 
alternance se voit surtout pour le squirrhe, mais des exemples remarqua- 
bles sont également fournis par le cancroïde, le fibro-plastique, l'ostéoîde, 
le chondrome, etc. 

En terminant ce qui a trait à Tanatomie pathologique générale des 
cancers, nous devons parler d'une lésion qui au siècle dernier a déjà été 
mentionnée par Ânt. Louis, c'est la fragilité des os. On peut se demander 
si cette modification du squelette existe réellement, car pour en admettre 
la réalité, il ne suffit pas de se fonder sur la facilité avec laquelle des 
fractures se produisent chez certains cancéreux, puisque maintes fois on 
a pu constater que ces fractures dites spontanées étaient déterminées par 
une lésion cancéreuse de l'os. Broca, qui s'est livré à quelques recher- 
ches pour élucider cette queslion, a trouvé sur un sujet mort de cancer 
que les os, sains en apparence, étaient d'une fragilité remarquable. 

D'autres fois, au contraire, comme l'a montré Cazalis, les os présentent 
en quelques points une augmentation de densité pouvant aller jusqu'à 
l'ébumation. 

En nous fondant sur les caractères anatomiques que nous venons de 
tracer, est-il possible de faire un diagnostic anatomique^ ou, en d'autres 
termes, une tumeur étant donnée, peut-on, en l'étudiant à Tœil nu et au 
microscope, se prononcer sur sa nature? 

Si dans les types il n'est guère possible de se méprendre, il y a quel- 
ques tumeurs qui peuvent beaucoup embarrasser le praticien. En général, 
il faut se défier des tumeurs qui possèdent une structure embryonnaire, 
surtout quand leurs éléments, volumineux, sont disposés sansr ordre et 
tendent à s'éloigner des types qui à l'état normal doivent se trouver dans 
la région où le tissu morbide s'est développé. Il faut se défier également 



Digitized by VjOOQIC 



CANCER. — STVPTOMATOLOGIE ET OIIGKOSTIC Gfi5éRAt. i8l 

des tumeurs qui se confondent insensiblement avec les tissus voisins et 
qui contiennent un suc abondant. 

Tout cela permet d'approcher beaucoup de la vérité, mais ne sufGt pas 
toujours pour caractériser avec certitude une tumeur maligne. Dans- les 
cas douteux^ il est prudent de n'être pas trop affirmatif, le pronostic 
devant être fondé non-seulement sur les caractères anatomiques du tissu, 
mais encore sur la marche de la tumeur qui met en lumière ses pro- 
priétés cliniques. A l'appui de cette proposition on peut citer ces cancers 
iibroïdes que Paget a observés et qui se rapprochaient beaucoup, par leur 
texture, des tumeurs fibreuses bénignes. 

STMPTOMATOLOGIE ET DIAGNOSTIC GÉNÉRAL DES CANCERS. 

Ce sont surtout les caractères cliniques qui permettent de distinguer 
les tumeurs malignes; nous signalerons seulement leurs symptômes les 
plus importants, ceux qui peuvent conduire à un diagnostic générât de 
ces pseudoplasmes. 

Le siège de la tumeur, sa forme, son volume, n'ont pas grande signi- 
fication, car à ce triple point de vue, on trouve dans les cancers toutes 
les variétés possibles. 

Le peu de mobilité de la tumeur est d'une certaine importance quand la 
tumeur n'a pas son point de départ dans le squelette. Bien que ce carac- 
tère puisse se rencontrer dans les tumeurs bénignes, il peut être pris 
comme élément de diagnostic, car il survient souvent de très-bonne heure 
dans le cancer, avant que la tumeur ait acquis un grand développement. 
Comme l'une des tendances les plus remarquables du cancer consiste dans 
l'envahissement de tous les tissus sans distinction de nature, la tumeur 
cesse bientôt d'être roulante, on sent qu'elle fait partie de l'organe ma- 
lade et qu'elle s'immobilise dans la région qui en est le siège. 

Les douleurs méritent également d'être prises en considération. Bien 
que certains cancers soient peu douloureux du commencement à la fin et 
que parfois des tumeurs bénignes soient le siège de douleurs vives, on 
peut dire d'une manière très-générale que les affections cancéreuses arri- 
vées à une certaine période de leur évolution sont remarquables par les 
douleurs qui les accompagnent. Les malades comparent leurs souffrances à 
une brûlure, à de la pesanteur; mais ils insistent surtout sur les élance- 
ments quils éprouvent comme si une aiguille, un poignard, un fer brû- 
lant étaient plongés dans la tumeur. C'est à ces douleurs qu'on a donné 
le nom de douleurs lancinantes; leur fréquence est telle qu'on les a 
regardées, avec assez de raison, comme constituant un bon caractère 
diagnostique. 

Vnlcération est moins constante, car il n'est pas très-rare de voir des 
malades qui meurent avec une ou plusieurs tumeurs cancéreuses non 
ulcérées. Cependant toutes les tumeurs cancéreuses tendent à s'ulcérer, 
et si ce travail n'est pas encore accompli au moment où l'on observe le 
malade, l'adhérence de la peau au tissu morbide a presque autant de 
Taleur. Lorsque l'ulcération s'est effectuée, il en résulte un nouveau ca- 



Digitized by VjOOQIC 



182 CANCER. — siurroNATOLOGiE et diagnostic général. 

ractère important : la surface de l'ulcère est sanieuse, irrégulière, à bords 
saillants, blaforde ou au contraire d'un rouge vif; elle repose sur une 
base dure et épaisse, offre en certains points des anfractuosités profondes, 
en d'autres des bourgeons charnus exubérants et même de véritables fon- 
gosités ; en un mot, elle n'a point les caractères d'un ulcère de bonne nature. 
Ajoutons qu'elle ne fournit point de véritable pus, mais un liquide ténu, 
séreux, grisâtre ou sanguinolent, qu'on appelle idior cancéreux^ d'une 
odeur fétide particulière, repoussante, analogue dans tous les cas. 

L'existence d'un engorgement ganglionnaire spécifique serait un ex- 
cellent caractère de la tumeur cancéreuse, s'il était toujours possible de 
se prononcer sur la nature de l'altération des glandes lymphatiques aug" 
montées de volume. Malheureusement, il est souvent fort difficile d'avoir 
une certitude. Si toutefois les glandes engorgées sont multiples, dures, 
peu mobiles, adhérentes à la peau; si surtout elles sont déjà le siège d'une 
ulcération offrant les caractères de l'ulcère cancéreux, on ne peut avoir 
de doutes. 

Le retentissement sur la santé générale est un bon signe, car il démon- 
tre souvent d'une façon remarquable la malignité de la tumeur. Bien 
qu'il ne soit pas rare de trouver des malades, porteurs de cancers exter- 
nes volumineux et anciens, chez lesquels la santé générale n'a pas encore 
subi de profondes atteintes, on peut dire que ce n'est pas la règle, et 
qu'en général il y a disproportion marquée entre la lésion et le reten- 
tissement sur l'organisme. C'est ainsi qu'on ne peut expliquer d'une 
façon satisfaisante la dépression des forces ni par le suintement, ni par 
les hémorrhagies, car très-souvent ces deux phénomènes n'existent pas 
ou sont insignifiants ; on meurt aussi bien de cachexie cancéreuse alors 
qu'il n'y a aucune tumeur secondaire et que l'organe lésé est d'une mé- 
diocre importance ; enfin le malade peut succomber même avant Tulcéra- 
tion. Tout cela prouve qu'il faut rattacher à la nature de la tumeur son 
influence délétère sur la constitution et montre le contraste qui existe 
entre les productions malignes et les tumeurs bénignes. Celles-ci peuvent, 
en effet, exister pendant de très-nombreuses années et acquérir un déve- 
loppement énorme sans causer d'autre préjudice à la santé que celui 
qui résulte de leur poids et de leur volume considérables. 

L'ensemble des symptômes généraux qui surviennent dans le cours de 
la maladie cancéreuse est ce qu'on appelle la cachexie cancéreuse. Quand 
on veut étudier cet état, dégagé de toutes les complications qui peuvent 
intervenir pour modifier la santé générale, il convient de choisir de pré- 
férence les cancers externes ou chirurgicaux, et non pas les cancers des 
organes internes qui, par leur siège même, peuvent s'opposer à Texercice 
d'une fonction indispensable à la vie. 

De tous les signes de la cachexie cancéreuse, celui que nous devons in- 
diquer tout d'abord, c'est un certain degré d'amaigrissement, pas très- 
considérable, cependant, car on voit des sujets mourir de cancer qui ont 
conservé un embonpoint notable, ce qui ne se retrouve pas dans d'autres 
cachexies, la cachexie tuberculeuse, par exemple. Cet amaigrissement 



Digitized by VjOOQIC 



V*' ^ 



CANCER. STMPTOMATOLOGIE ET DIAGNOSTIC GÉRÉRAL. 185 

s'accompagae d'une Xeinie jaune paille du visage, qui n'est ni celle de la 
chlorose, ni celle de i'ictère. 

En même temps les fonctions digestives se troublent ; le malade a moins 
d'appétit, les digestions se font avec quelque difficulté, les selles ne sont 
pas aussi régulières qu'à letat normal, mais la diarrhée ne survient que 
rarement et dans les dernières périodes de la maladie. Si du muguet se 
développe, il annonce généralement une fin très-prochaine. Les forces dé- 
clinent d'une manière sensible, le malade s'affaiblit de jour en jour, il 
survient de Tessoufflement et quelques palpitations. Quand la dyspnée 
est très-marquée, qu'elle s'accompagne de toux, de respiration siffiante 
et d*une expectoration renfermant de temps à autre des traces de sang, 
il est probable que des tumeurs secondaires se sont développées dans les 
poumons. 

A une époque variable de la cachexie cancéreuse, on voit fréquemment 
survenir des hydropisies qui peuvent avoir deux causes : tantôt elles sont 
mécaniques et dépendent uniquement de ce que la tumeur principale ou 
plus souvent des glandes lymphatiques engorgées compriment ou enva- 
hissent de gros troncs veineux ; d'autres fois elles ont une cause plus gé- 
nérale et dépendent d'une altération profonde du sang. Dans le premier 
cas, les hydropisies sont limitées à un membre ou même à une portion 
de membre (ex. : œdème du bras dans le cancer du sein avec engorgement 
des ganglions axillaires); dans le second cas, elles sont bien[moins localisées 
et occupent à la fois le visage et les extrémités, les inférieures surtout. 
Il importe de signaler une autre cause d'œdème partiel : ce sont des 
phlébite» coagulantes, très-communes à une période avancée de la ca- 
chexie cancéreuse, et qui se montrent surtout aux membres inférieurs. 
Quant à la circulation, elle est peu influencée par la maladie cancé- 
reuse; la fièvre ne s'allume guère que dans les derniers temps de la vie. Il 
en est de même des fonctions intellectuelles, qui ne se troublent que peu 
de temps avant la mort. 

Assez souvent les malades se plaignent de douleurs vagues et profondes 
dans les lombes et dans les membres, douleurs qui peuvent tenir à ce 
que des dépôts de matière cancéreuse se sont faits dans les os. Quand ces 
derniers ont été usés par le tissu morbide, il peut survenir des fractures 
dites spontanées, dans un léger effort, par exemple lorsque le malade se 
tourne dans son lit. 

Tels sont les signes de la cachexie cancéreuse. Quant à ses causes, 
pouvons-nous les déterminer? Un fait très-frappant, c'est l'influence que 
la tumeur exerce sur la santé générale. Un malade peut offrir les condi- 
tions d'une diathèse cancéreuse très-activc, ainsi que le démontre l'érup- 
tion, en un court espace de temps, de nombreuses tumeurs^ sans que la 
santé générale paraisse aflectée. Au contraire, la cachexie tend à paraître 
à mesure «que la lésion cancéreuse se développe, et l'on peut dire d'une 
façon générale qu'elle est assez en rapport avec l'ancienneté, le volume de 
la tumeur et la quantité de sucs qu'elle contient. Cette triple condition ne 
doit pas être perdue de vue. 



Digitized by VjOOQIC 



i84 CANCER. — STMPTOMATOLOGIE ET DIAGXOSTIC GÉNÉRAL. 

Une autre preuve de laction de la tumeur sur la sauté générale peai 
être tirée du résultat des opérations. Une tumeur cancéreuse existe, l'a- 
maigrissement et la teinte jaune paille du visage prouvent qu'elle a déjà 
retenti sur la santé générale : eh bieni l'opération rend au malade ses 
forces et ses couleurs, jusqu'à ce qu'une nouvelle tumeur vienne à son 
tour infecter l'organisme. Voilà un fait que Ton vérifie chaque jour et 
dont on ne peut contester Timportance. 

Marche. — Examinée en elle-même, une tumeur cancéreuse est une 
lésion qui, à partir de son début, tend continuellement à s'accroître, ne 
rétrograde jamais. C'est là un des faits les plus essentiels de la maladie, 
et que ne sauraient infirmer de très-rares exceptions, telles que la gan- 
grène de la tumeur et la cicatrisation d'ulcères cancéreux. En elTet, cette 
guérison est apparente, le mal ne tarde pas à reparaître et à suivre son 
cours habituel. 

Quelquefois, dès le début, les tumeurs cancéreuses sont multiples. On 
peut voir, il est vrai, les tumeurs bénignes en très-grand nombre sur le 
même sujet, mais alors toutes les tumeurs occupent le même système 
organique (lipomes dans le tissu conjonctif sous-cutané), ou le même or- 
gane (Obroïdes de l'utérus), et dans tous les cas elles n'infectent point 
les viscères. Souvent, au contraire, les tumeurs cancéreuses multiples oc- 
cupent en même temps les régions et les organes les plus divers. 

A la tumeur cancéreuse primitive succède, comme nous l'avons dit, 
l'engorgement ganglionnaire spécifique ou de même nature. Il nous serait 
difficile de dire d'une façon générale à quelle époque cette altération se 
produit; mais nous devons reconnaître que cet engorgement spécifique 
est non-seulement très-fréquent, mais probablement caractéristique du 
cancer : il n'y a pas un seul cancer qui ne puisse, à une époque variable, 
se compliquer d'altération semblable des ganglions correspondants, tandis 
que je ne crois pas qu'il existe un seul exemple de tumeur bénigne ayant 
entraîné la formation de produits semblables à son propre tissu dans les 
glandes lymphatiques. 

EnGn, nous savons que la généralisation des cancers est un des points 
les plus importants de leur histoire, et par là il faut entendre, non pas 
simplement la multiplicité des tumeurs dans un même système orga- 
nique, mais la multiplication dans des organes différents : ainsi. Ton 
peut trouver des cancers à la fois dans presque toutes les régions de l'or- 
ganisme. 

Toutes les espèces de cancers n'ont pas les mêmes propriétés infec* 
tieuses : tandis que les unes, telles que l'encéphaloïde, le squirrhe, Tos- 
téoïde, le mélanique, se généralisent très-souvent, il y en a d'autres 
pour lesquelles c'est un fait très-rare, le cancer épithélial, par exemple. 

Une remarque générale qui doit être faite, c'est que les cancers consé- 
culifs suivent ordinairement une marche plus rapide que le primitif, qu'il 
s'agisse d'une tumeur récidivée sur place après opération, ou d'une tu- 
meur ganglionnaire, ou enfin de cancers par infection. 

La durée est d'une certaine valeur diagnostique, non-seulement pour 



Digitized by VjOOQIC 



Cancer. — diagnostic différejntiel. 185 

séparer les cancers des tumeurs bénignes, lesquelles en général marchent 
avec beaucoup de lenteur, mais encore pour distinguer entre elles les di- 
Terses lésions cancéreuses. 

Terbiinaison. — La terminaison du cancer abandonné à lui-même est 
toujours mortelle. Cette proposition est si généralement vraie qu'on peut, 
sans hésitation, la formuler de la façon la plus nette et ne signaler que 
comme des exceptions infiniment rares les cas où il semble qu'une tumeur 
Yéritablement cancéreuse ait disparu sans laisser de traces. Tels sont les 
quelques faits cités par Yelpeau et qui' offrent toutes les garanties dont un 
diagnostic cliiiique est susceptible. 

Opéré, le cancer peut récidiver sur place, dans les ganglions, ou à dis- 
tance. Quand, au contraire, une tumeur bénigne est enlevée, d'ordinaire 
elle ne récidive point, et si la récidive survient, elle a lieu sur place. La 
récidive n'est cependant pas, dans tous les cancers, également prompte 
et fatale. Il y a des formes, par exemple le tibro-plastique et le cancroïdê, 
qui, par l'opération, sont susceptibles deguérison durable et même radi- 
cale, tandis que d'autres, tels que l'encéphaloïde et le squirrhe, exposent 
presque fatalement à la récidive. Toutefois des exceptions existent, et si 
quelquefois le cancroîde récidive avec la plus grande opiniâtreté, on peut, 
d'un autre côté, après de nombreuses années, voir des malades qui restent 
guéris des cancers les plus graves. 

DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL. 

Comme il n'existe aucun signe pathognomonique qui permette de sé- 
parer les cancers des tumeurs bénignes, c'est par l'ensemble des caractères 
généraux qui viennent d'être décrits que l'on peut, au début surtout, par- 
venir à formuler le diagnostic. Ainsi l'on peut considérer comme malignes 
les tumeurs qui, sans avoir acquis un grand volume, deviennent prompte- 
m^nt immobiles, bien qu'elles se soient développées dans les parties 
molles; qui envahissent la peau et s'ulcèrent de bonne heure; qui s'ac- 
compagnent de douleurs lancinantes et d'un engorgement dur des glandes 
lymphatiques, et dont le développement coïncide avec une altération de la 
santé générale. 

Si chez un sujet déjà opéré d'un cancer on voit survenir une nouvelle tu- 
meur, il est presque impossible de douter de la nature cancéreuse de 
cette seconde production. 

Quant à l'hérédité, elle n'a guère d'importance au point de vue du dia- 
gnostic; il «n faudrait cependant tenir compte si, dans la même famille, 
plusieurs exemples de cancers avaient déjà été observés. 

I^e diagnostic différentiel du cancer comparé à chaque espèce de tumeur 
bénigne prise en particulier est une question si complexe, qu'elle ne 
pourra être traitée avec avantage que lorsqu'il sera question, en divers 
points de cet ouvrage, des tumeurs de chaque organe. Ici nous devons 
nous borner aux indications les plus générales. 

On peut avoir à diagnostiquer le cancer à deux périodes de son évolu- 
tion : à Vétat de tumeur et à Vétat d'ulcère. 



Digitized by VjOOQIC 



186 CANCER. — dugkostic difpébentibl. 

Des tumeurs liquides telles que des kystes séreux on hydatiques, des 
collections de sang ou de pus, oot été prises pour des cancers mous, et 
réciproquement on a pu prendre ces derniers pour une collection liquide. 
Cette double erreur a été commise par les meilleurs chirurgiens, soit parce 
que le liquide emprisonné dans une membrane kystique épaisse et disten- 
due à Texcès n'a pas offert d'une façon manifeste le phénomène de la fluc- 
tuation, soit parce que certains encéphaloïdes très-mous donnent aux 
doigts une sensation de fluctuation parfaite. — Quand l'encéphaloïde est 
sur le point de s'ulcérer, il s'accompagne d'une rougeur de la peau et 
d'une sensibilité qui en imposent encore davantage et peuvent contribuer 
à le faire prendre pour un abcès, surtout quand il a suivi une marche ra- 
pide. — La présence d'un kyste volumineux dans un encéphaloîde p^it 
encore être la source d'erreurs. - 

^ Il faut connaître la possibilité de semblables méprises pour tâcher de 
les éviter et tenir compte des antécédents, tels que les contusions et 1» 
phénomènes inflammatoires qui ont pu précéder la formation de la tumeur. 
Si l'on conservait des doutes, après avoir tout préparé pour l'opération, 
pour le cas où il s'agirait d'un cancer, il suffirait de faire dans la tumeur 
une ponction exploratrice pour compléter le diagnostic. 

La forme d'encéphaloïde, qu'on a appelée fongus hématode, pourrait être 
confondue avec une tumeur érectile à cause des battements dont elle est 
animée et du bruit de soufQe qui peut y exister. Si la tumeur siège dans 
les parties molles d'un membre, la compression de l'artère principale per- 
met de réduire à peu près complètement la tumeur érectile, ce qui n'a 
pas lieu pour le fongus hématode. Les tumeurs érectilesdes os sont regar- 
dées aujourd'hui comme fort rares : ce sont presque toujours des cancers 
qui [en ont imposé pour des tumeurs vasculaires du squelette. D'après 
Sistach, dès le début, le cancer des os s'accompagne de douleurs vagues, 
indéterminées, qui privent le membre d'une partie de ses fonctions,, et 
qui durent quelque temps avant toute apparition de tumeur. 

Quant aux indurations inflammatoires et aux tumeurs ganglionnaires, 
hypertrophiques, graisseuses, fibreuses, myéloplaxiques, osseuses, etc..., 
leur^diagnostic se trouvera dans les articles consacrés à leur étude. 

A^l'état d'ti/c^re, le cancer peut être confondu avec des ulcères entrete- 
nusjpar une cause locale et avec les ulcères syphilitiques. 

Les ulcères calleux accompagnés ou non de varices, les ulcérations en- 
tretenues par la présence d'un corps étranger, seront généralement recon- 
nus avec facilité. L'ulcère cancéreux a débuté par une tumeur et repose 
sur une base dure, épaisse ; les ulcères simples, dont les callosités sont 
dues à un travail d'inflammation chronique, seront rapidement modiâés 
par le repos, Tapplication des émoUients, l'extraction des corps étrangers 
qui peuvent exister : rien de semblable n'aura lieu dans l'ulcère cancé- 
reux. 

Les ulcères syphilitiques, surtout ceux de la période tertiaire, ressem- 
blent quelquefois beaucoup à l'ulcère cancéreux. Ils seront habituelle- 
ment reconnus a leur marche, à l'existence d'autres accidents syphili- 



Digitized by VjOOQIC 



CANCER. — PROHOSTic. 187 

tiques antérieurs ou concomitants et à l'amélioration assez rapidement 
obtenue par i emploi do Tiodure de potassium. 
I Les cancers internes se révèlent par des troubles fonctionnels qui do- 

minent tous les autres signes, car souvent la tumeur n'est appréciable 
qu'à une époque où le mal est déjà très-avancé. Les symptômes sont si va- 
riés en pareil cas qu'il est impossible d'en donner une idée générale. Ce- 
pendant il convient de placer ici une remarque de Trousseau : d'après ce 
I professeur, quand chez un malade on observe des troubles abdominaux 
de nature douteuse, s'accompagnant d'œdème, on doit presque Tatalement 
' admettre un cancer interne. 

' L'existence du cancer étant reconnue, il faut encore déterminer sa na- 

' ture. Le siège de la tumeur, son volume, sa forme, sa consistance, la ra- 
' pidité avec laquelle elle s'accroit et s'ulcère, tels sont les éléments qui 
peuvent servir à élucider cette question ; pour les détails, nous ne sau- 
^ rions mieux faire que de renvoyer à ce que nous avons dit de chacune 
' des espèces de cancers. Si la tumeur est ulcérée, il faut tenir compte de 
l'aspect de l'ulcère, de Tabondance du suintement qu'il fournit, de sa 
F tendance aux hémorrhagies. 

^- Le diagnostic, pour être complet, doit enfin comprendre certaines 

questions accessoires. Ainsi l'on doit déterminer avec précision le siège 
I du mal, ses rapports avec les parties voisines (os, vaisseaux et nerfs im- 
t* portants de la région); il faut rechercher s'il n'existe pas quelque part des 
! cancers par infection. Tout cela doit être pris en sérieuse considération 
au point de vue du pronostic, du manuel opératoire et de l'opportunité 
même de l'opération. 

Enfin, quand il existe un engorgement ganglionnaire, on peut se de- 
mander si cet engorgement est sympathique ou spécifique. Cette distinc- 
tion, faite par tous les chirurgiens, est d'une haute importance pratique. 
En effet, Tengorgement sympathique ou d'irritation, analogue à celui qui 
survient quand une simple écorchure existe sur le trajet des vaisseaux 
lymphatiques, n'a par lui-même aucune gravité, et pourrait être négligé 
dans une opération, s'il était toujours possible de le distinguer de l'autre 
espèce, car il tend à disparaître dès que la cause de l'irritation est suppri- 
mée. Il n'en est plus de même de Tengorgement spécifique : ce dernier 
suit la marche naturelle des cancers, et l'ablation de la tumeur primitive 
n'a aucune action sur lui. 

Il n'est malheureusement pas facile de décider cliniquement à quelle 
sorte d'engorgement on a afiaire. Toutefois on aura de fortes présomp- 
tions pour une altération spécifique quand les glandes seront multiples, 
volumineuses, fermes, agglomérées en une masse unique et surtout peu 
mobiles. L'existence d'un ulcère de mauvaise nature dans ces ganglions 
rend le doute impossible» 

PRONOSTIC. 

Il est inutile d'insister sur la gravité du pronostic. Il résulte, en effet, 
de l'étude générale du cancer que cette maladie, abandonnée à elle- 



I 



Digitized by VjOOQIC 



188 CANCER. — pronostic. 

même, est constamment mortelle. Alors même que la chirurgie inter- 
vient, la maladie est souvent encore au-dessus de toute ressource. 

 côté de ce pronostic général, il y a cependant quelques distinctions 
à établir. Toutes les tumeurs cancéreuses ne sont pas également mali- 
gnes ; on ne saurait trop insister sur ce point, qui trop souvent a été mé- 
connu par les auteurs qui se sont occupés de cette question. Sous le rap- 
port de la malignité, on pourrait ranger les principales espèces de 
cancers en trois groupes et reconnraître : des tumeurs d'une malignité 
excessive (cancers mélanoïde, ostéoïde, encéphaloïde, squirrheux) ; des 
tumeurs d'une malignité moyenne (cancers fibro-plastique, colloïde); des 
tumeurs d'une malignité moindre (cancers chondroïde, épithélial). 

Dans une espèce prise en particulier, le degré d'organisation de la tu- 
meur a de l'importance : un fibro-plastique à structure tout à fait em- 
bryonnaire est plus malin que celui dont les éléments tendent à passer à 
l'état de cellules allongées et de fibres. 

Quand un organe essentiel à la vie est atteint de cancer, évidemment 
le pronostic est beaucoup plus sérieux. Quand des organes internes, 
quels qu'ils soient, sont affectés, le pronostic est toujours très-Iàcheux, 
alors même qu'il s'agit des formes les moins malignes, puisque le malade 
ne peut jouir des chances de l'opération. Parmi les cancers externes, ceux 
du sein , du globe de Tœil et des os sont les plus graves. 

Les conditions d'âge, de sexe, de constitution, etc., ont peu d'in- 
fluence sur le pronostic. Signalons cependant le squirrhe atrophique des 
vieillards dont la marche est parfois si lente qu'on peut le voir durer 10^ 
15 et même 20 années. 

Quant à la récidive du cancer, nous en dirons quelques mots après 
avoir parlé du traitement de cette maladie. 

ÉTIOLOGIE, 

Nous ne passerons pas en revue tout ce qu'on a dit de l'étiologie du 
cancer; parmi les causes qu'on a assignées à celte maladie, nous n'accep- 
terons que celles qui reposent sur l'observation. Ces causes ont été dis- 
tinguées en «prédisposantes et occasionnelles. 

Age. — D'une manière absolue, c'est entw 40 et 60 ans qu'on observe 
le plus grand nombre de cancéreux, mais cela ne prouve pas que l'apti- 
tude à cette maladie prédomine à cet âge ; au contraire, d'après Paget, si 
l'on réunit tous les cancers sans distinction de siège ni d'espèce, et si l'on 
tient compte du chiffre de la population aux divers âges, on arrive à cette 
conclusion que la prédisposition aux tumeurs cancéreuses s'accroît pro- 
gressivement de 10 à 80 ans. 

L'encéphaloïde en particulier qu'on a appelé le cancer du jeune âge^ 
parce qu'en effet c'est la forme de cancer qu'on observe le plus souvent 
chez les jeunes sujets, augmenterait, d'après Paget, de fréquence relative 
depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse. Il ne faut accepter ce résultat 
qu'avec réserve, parce que l'auteur fait figurer dans sa statistique des 
cancers internes dont la nature encéphaloïde n'est pas démontrée. Il est 



Digitized by VjOOQIC 



CAiNCER. — ÉTioLOGiE. J8 

certain que les encéphaloïdes chirurgicaux se montrent de prélérence à 
un âge peu avancé. Ainsi, les deux tiers de ces cancers se rencontrent au* 
dessous de 40 ans, et sont à peu près également répartis entre les quatre 
premières périodes décennales (Paget). 

Le squirrhe, au contraire, présente entre 40 et 50 ans un maximum 
de fréquence absolue et relative très-prononcé. On ne trouve guère qu'un 
quart de ces tumeurs avant Tâge de 40 ans, et au-dessous de 50 ans en 
particulier cette forme de cancer devient infiniment rare. 

Le cancer épithélial, également fort rare au-dessous de 50 ans, devient 
très-commun de 40 à 60 ans, et plus tard il semble encore augmenter de 
fréquence proportionnelle. 

L'aptitude des différents âges aux autres cancers est encore inconnue. 

Sexe. — Le sexe féminin prédispose au cancer, et la plus grande fré- 
quence de la maladie chez les femmes tient uniquement à ce que chez 
ell^ les cancers du sein et de Tutérus sont très- communs, car d'autre 
* part les honmies sont plus sujets aux cancers de certains organes, tels que 
le foie, Testomac, les organes génitaux externes et les os. D'après Lebert, 
les hommes seraient atteints dans la proportion de 57 pour 100; d'après 
Walshe, dans le rapport de 26 pour 100; Sibley a même trouvé pour les 
hommes le rapport de 20 pour 100 seulement. Il y a de l'inexactitude 
dans ces chiRres, puisqu'on n'y a pas tenu compte du cancer épithélial, 
lequel est plus fréquent chez l'homme, ainsi que le cancer ostéoïde ; le 
squirrhe, au contraire, est bien plus commun chez la femme. 

On a dit que le célibat prédisposait au cancer, mais cette assertion ne 
parait pas suffisamment fondée. 

Le régime alimentaire a peut-être de l'influence ; du moins pour les 
animaux, Leblanc a remarqué que le cancer est pUis commun chez les 
carnivores que chez les herbivores. 

Le tempérament^ la constitutiony n'ont aucune action connue sur le 
développement du cancer. 

Climats. — Leur influence a été étudiée par Walshe. D'après cet au- 
teur, le cancer serait bien plus fréquent en Europe que partout ailleurs ; 
il serait au contraire très-rare chez les malades des hôpitaux de Hobart- 
Town et de Calcutta. A l'hôpital de Calcutta, sur 4,080 hommes, on ne 
compta que 3 cancéreux, et sur 701 femmes, il n'y eut que deux exem- 
ples de cette maladie. Le cancer parait également rare chez les indigènes 
d'Egypte, de l'Algérie, du Sénégal, de l'Arabie et dans les régions tropi- 
cales de l'Amérique. Peut-être ces différences dépendent-elles des habi- 
tudes de la vie plutôt que du climat. 

Hérédité. — Vainement Breschet, Ferrus etPiorry rejettent l'influence 
héréditaire; presque tous les auteurs ont adopté une manière de voir 
tout opposée. Il résulte des (aits réunis de Laurence, Lebert et Paget, 
qu'on trouve des antécédents héréditaires dans 1/6 ou 1/7 des cas. Les 
exemples où le cancer se multiplie dans une famille ne sont même pas 
très-rares; l'un des plus remarquables a été observé par Warren : le père 
était mort d'un cancer de la lèvre, le fils eut un cancer du sein, deux de 



Digitized by VjOOQIC 



190 CANCER. — ÉTioLOGiE. 

ses sœurs eurent également un cancer du sein ; la (ille d'une de ces ma* 
lades eut un cancer du sein que Warren enleva dès son origine, mais 
Topérée mourut quelques années après d'un cancer de l'utérus ; enfin 
une fille du frère eut un cancer du sein. Il est difficile d'imaginer un fait 
phis concluant. Broca a cependant cité un exemple encore plus frappant. 
Il s*agit d'une famille où il y a eu 16 cas de mort par le cancer 8ur27 per- 
sonnes ayant dépassé Tâge de trente ans et atteint, par conséquent, la pé- 
riode de la yie où le cancer a Thabitude de se manifester. 

Souvent, dans la transmission héréditaire, il y a une grande t^ddance 
à la production du cancer dans le même organe. Velpeau rapporte que 
trois sœurs avaient chacune un cancer du sein, maladie dont leur mère 
était morte. Le fait de Warren est également remarquable sous ce rap- 
port. 

Quand la maladie cancéreuse se manifeste chez plusieurs personnes de 
la même famille, c'est tantôt sous la même forme anatomique, tantôt 
sous une forme différente (squirrhe et colloïde, cancroïde et encépha- 
loïde...); toutes les combinaisons peuvent se rencontrer. 

Influence des autres diathèses. — On a dit qu'il y avait antagonisme 
entre les diathèses cancéreuse et tuberculeuse. Trop de faits démontrent 
la coexistence possible des deux maladies pour qu'on soit autorisé à ad- 
mettre un antagonisme réel, et si cette coexistence est rare, cela vient 
peut-être uniquement, comme l'a dit Broca, de ce que le cancer et le tu- 
bercule n'ont pas leur maximum de fréquence aux mêmes âges : la dia- 
thèse tuberculeuse a frappe ses victimes à un âge où le cancer n'est pas 
encore très-commun. Toutefois, Paget a cité un fait singulier dans lequel 
une guérison presque complète d'un squirrhe coïncida avec l'évolution 
de tubercules dans tes poumons. 

Bazin et Hardy ont signalé les relations du cancer avec les affections 
de la peau de nature dartreuse ; bien des fois j'ai pu vérifier Texactitude 
de cette observation. 

Siège, — Tous les organes peuvent être alfectés de cancer; les plus 
prédisposés sont : le sein (chez la femme), l'utérus, le testicule, l'esto- 
mac, le foie, la langue, les os, etc. Pour donner une idée de la fréquence 
du cancer dans les deux premiers organes, il suffira de dire que sur 519 
cas indistinctement réunis par Sibley, il y en avait 191 pour le sein 
et 156 pour l'utérus. 

Toutes les espèces de cancers n'ont pas le même siège de prédilec- 
tion : ainsi, Tencéphaloïde se trouve plus particulièrement dans les or- 
ganes internes, dans le testicule et dans les os ; le squirrhe dans la ma* 
melle; le colloïde dans le péritoine et les ovaires; le cancroïde dans 
les téguments ; le fibro-plastique dans le tissu conjonctif et ses déri- 
vés ; etc.. 

Violences extérieures. — Outre les cas où aucune cause extérieure ne 
peut être assignée au cancer, bien souvent les contusions sont trop va- 
guement indiquées par les malades pour qu'on doive sérieusement en te- 
nir compte. Cependant il y a un si grand nombre de sujets qui affirment 



Digiti^ed by VjOOQ IC 



CANCER. — Itiologie. iOI 

de la façon la plus positive que c'est à la suite d*un coup que la tumeur 
a paru, qu'on ne peut r^arder cette assertion comme de nulle valeur. 
En faveur des causes locales, on pourrait faire remarquer en outre que le 
testicule arrêté dans le trajet inguinal, où il est exposé à des contusions 
et à des froissements, semble assez disposé à devenir cancéreux ; que 
des irritations peu vives, mais fréquemment répétées, donnent assez soii- 
Tcnt naissance au cancer épithélial. Dans toutes ces conditions, il faut re- 
garder la violence extérieure comme une cause accessoire occasionnelle, 
ayant eu pour résultat de fixer la diathèse qui était près d'éclater en un 
point quelconque de l'organisme, mais incapable à elle seule de produire 
un cancer. 

Contagion; inoculation. — Les faits qu'on a cités pour prouver la con- 
tagion du cancer sont tout à fait insuffisants et en complet désaccord 
avec ce qui se passe chaque jour sous nos yeux. 

L'inoculation simple est dans le même cas. Les expériences tentées 

sur les animaux, celles que Alibert, Biett, Lcnoble e1 Fayet ont impru- 

' demment répétées sur eux-mêmes sont restées sans résultats. Peut-être 

s'agit-il d'une question de dose, car nous savons qu'après l'injection 

> d'une certaine quantité de suc cancéreux dans les veines d'un animal, on 
^ a trouvé de petites productions cancéreuses dans les poumons. On pos- 

> sède au moins deux faits de cette nature dus à des expériences de Langen- 

> becket deFollin. 

' Diathèse cancéreuse. — Les conditions étiologiques que nous venons 

i de passer en revue n'ont qu'une bien minime importance. Toutes sont 
^ évidemment dominées par une disposition générale de l'organisme, in- 
connue en son essence, en vertu de laquelle le cancer tend à paraître et 
i à se reproduire, et qu'on appelle diathèse cancéreuse. En effet, ce que 
nous savons des cancers doit les faire regarder comme des manifestations 
I diathésiques. Cependant quelques auteurs, confondant la diathèse avec 
la cachexie, ont nié la nature diathésique du cancer et ont prétendu que 
la tumeur, maladie primitivement locale, réagissait sur la santé générale 
de façon à produire tous les accidents qui se déroulent et qui finissent 
|)ar entraîner la mort. Une pareille opinion ne saurait être acceptée. 
Sans doute au début la santé générale n'a pas encore subi de pro- 
fondes atteintes, mais une diathèse est compatible avec les apparences 
de la santé la plus parfaite; sans doute aussi la tumeur réagit sur l'or- 
ganisme pour donner lieu aux phénomènes de cachexie ; mais il est im- 
possible de ne pas admettre une diathèse générale qui domine la scène, 
quand on voit des récidives survenir après une opération complète et 
foite de très-bonne heure, dans un point qui n'est pas en connexion 
avec le siège de la première tumeur, souvent même longtemps après 
l'opération. 

Entre les nombreuses manifestations de cette diathèse encore mal con- 
nue, il y. a des liens communs qui ne permettent point de méconnaître 
l'unité de cette terrible maladie, et qu'on peut rattacher à trois chefs prin- 
cipaux : 



Digitized by VjOOQIC 



192 CANCER. — traitemeîit médical. 

i<^ L'ensemble des symptômes et des propriétés des tumeurs cancé- 
reuses (toutes ces productions sont malignes) ; 

2" L'alternance et la combinaison des diverses lésions du cancer. Elles 
peuvent se manifester de plusieurs manières : (a) par rhércdité, les as- 
cendants ayant offert une forme de cancer différente de celle qu on ob- 
serve chez les descendants ; (b) par les tumeurs successives chez un 
même sujet, un encéphaloïde pouvant succéder à un squirrhe, à un can- 
croïde, à un cancer ostéoîde, etc. ; (c) par la combinaison, dans une 
même tumeur, de deux tissus cancéreux différents, ou par l'existence de 
tumeurs mixtes ayant des caractères intermédiaires à deux espèces Mt 
rentes (par exemple, tumeurs intermédiaires aux cancers squirrheux et 
encéphaloïde) ; 

5** L'existence de caractères cliniques qui ne correspondent pas ani 
caractères anatomiques. Ainsi, les formes anatomiques qui d'ordinaire 
sont les moins graves (cancroïde) peuvent exceptionnellement montrer 
4ans leur marche une excessive malignité ; tandis que des tumeurs habi- 
tuellement très-malignes (squirrhe) peuvent rester stationnaires ou mar- 
cher avec une grande lenteur. 

Je me borne à énumérer ces preuves de Tunité de la maladie cancé- 
Teuse sans aborder les détails étendus que comporterait un pareil sujet 

TRAITEMEKT. 

Si les causes qui donnent naissance au cancer étaient connues, il se- 
rait possible de formuler un traitemeut prophylactique ; mais dans notre 
ignorance sur un pareil sujet nous ne pouvons donner des indications 
même très-générales. Si ce qui a été dit des climats se conGrmait, on se- 
rait autorisé à érigef l'expatriation en méthode thérapeutique. Cahen i 
cité l'exemple d'un malade qui, atteint d'une tumeur récidivée supposée 
cancéreuse, aurait guéri par un séjour de six semaines en Afrique; 
quoique dans ce fait la nature cancéreuse de la tumeur ne soit pas dé- 
montrée, le résultat est assez encourageant pour qu'on fasse de nouvelles 
tentatives. 

Nous allons examiner successivement lë traitement médical du cancer, 
son traitement chirurgical, les indications générales qui dominent la 
thérapeutique chirurgicale; et nous terminerons par quelques mots sur 
la question des récidives et sur le traitement palUatif. 

Traitement médical. — Les méthodes thérapeutiques les plus variées 
ont été dirigées contre le cancer avec un constant insuccès ; il est donc 
inutile de nous arrêter sur les agents qu'on a vantés dans le traitement 
de cette maladie; nous n'en ferons qu'une simple énumération. 

Les préparations de ciguë (Storck, Récamier), d'aconit (Storck), de 
belladone (Lambergen); le lézard gris (Jos. Flores); les mercuriaux, l'ar- 
senic (Lefebvre de Saint-Ildefond, Justamond) ; le chlorure de baryum 
(Crawfort); les sels de cuivre, les sels de fer (Carmichael); l'iode 
(Ullmann); l'oxyde d'or (Chrestien); les alcalins, etc.; tous ces médica- 
ments, tour à tour vantés comme spécifiques et tombés dans un juste 



Digitized by VjOOQIC 



CANCER. — traitembut chirurgical. ' 193 

discrédit, n ont probablement jamais donné de guérison réelle ; de sorte 
que si le spécifique du cancer existe, ce qui est possible, il est encore à 
trouver. Ce qui fait que ces médicaments ont été prônés à diverses re- 
prises, c'est que des erreurs de diagnostic ayant quelquefois été com- 
mises, ils ont été administrés pour des tumeurs qui n'étaient pas cancé- 
reuses. 

Les médicaments internes ne réussissent pas plas à prévenir la récidive 
qu'à résoudre la tumeur; Tbuile de foie de morue, administrée dans ce 
but par Dieffenbach, n'a pas eu de succès. 

Dernièrement on a proposé Teau de mer, combinée ou non avec les 
préparations d*or et l'extrait de souci des vignes. J'ai plusieurs fois es- 
sayé cette médication, soit pour des tumeurs inopérables, soit après une 
opération dans Tespoir de prévenir la récidive, et je n'ai pas obtenu le 
moindre résultat favorable. 

Nous pouvons porter le même jugement sur les médications externes 
variées qu'on a opposées au cancer : les préparations de plomb, les pom- 
mades résolutives, les emplâtres de savon, de ciguë, de Yigo, les appli- 
cations de glace (Arnott), etc., etc., tout cela n'a jamais procuré une 
seule guérison. 

Les émissions sanguines, locales surtout, employées seules ou concur- 
remment avec un régime sévère, parviennent quelquefois au début de la 
médication à diminuer un peu le volume de la tumeur. Cela vient de ce 
que le cancer s'accompagne presque toujours d'un état de congestion ou 
même d'inflammation chronique des tissus voisins. Les antiphlogistiques 
peuvent amener le dégorgement de ces tissus, mais le cancer nullement 
modifié continue sa marche envahissante. 

Devant ces résultats désespérants, le médecin doit-il rester désarmé? 
Deux ou trois exemples de tumeurs probablement cancéreuses, qui ont 
graduellement disparu par résolution, sembleraient pourtant démontrer 
que le cancer n'est pas une maladie absolument incurable, et peut-être 
quelque jour découvrira-t-on un spécifique. La résolution de ces tumeurs, 
observée par Velpeau, a été due à un ensemble de moyens assez actifs 
qui, dans une foule d'autres circonstances, sont restés sans effets : 
iodure de potassium à l'intérieur, bains alcalins deux fois par semaine, 
purgatifs répétés, pommades et emplâtres fondants, quelques sangsues 
appliquées tous les quinze jours au voisinage de la tumeur. 

Si l'on avait affaire à une tumeur inopérable ou à un malade qui re- 
fusât absolument l'opération, il conviendrait de ne pas abandonner le 
mal à lui-même, et l'on aurait recours de préférence à la médication qui 
vient d'être indiquée, en la subordonnant à l'état des forces du sujet. 

Traitement ghircroical. — Une méthode thérapeutique qui tient le 
milieu entre le traitement médical et le traitement chirurgical, est celle 
qui se propose d*atrophier la tumeur par compression. 

Appliquée d'abord par Desault au traitement du cancer du rectum, elle 
fut employée plus tard pour les cancers externes par Young et Pearson ; 
mais c'est surtout Récamier qui, en 1825, préconisa cette méthode. Mal- 

ROIIV. DICT. MÉD. ET OUR. Yl. — 15 



Digitized by VjOOQIC 



104 CANCER. TRAITEMEMT CHrRDRGÏCAL. 

heureusement les beaux succès annoncés ne se sont pas reproduits; et il 
est probable que Récamier s'est mépris quelquefois et a pris pour des 
cancers des tumeurs hypertrophiques. Il est possible cependant qu'une 
tumeur cancéreuse diminue de volume soua l'influence de la compres- 
sion, mais cette diminution est ordinairement apparente, la tumeur ayant 
été enfoncée plus profondément dans les parties molles; ou bien si h 
diminution de volume est réelle, elle porte uniquement sur Tengorge- 
ment accessoire qui accompagne la production, mais nullement sur le 
tissu cancéreux lui-même. 

Je ne fais que mentionner la ligature des artères qui se rendent à la 
tumeur (Colas, Maunoir) et la section des nerfs (Jobert, de Lamballe). 
Ces méthodes tentées, comme la compression, dans Tespoir d*atrophierle 
tissu morbide, n'ont jamais arrêté ni même retardé le développement 
du cancer. 

Après avoir fait justice de toutes les méthodes thérapeutiques qu'on a 
instituées dans le but de produire la résolution de la tumeur ou de mo- 
difier la diathèse cancéreuse elle-même, arrêtons-nous aux méthodes 
chirurgicales proprement dites, qui ont pour objet de détruire la iumm 
sur place ou de la séparer de l'organisme. Elles sont au nombre de quatre: 
les caustiques, l'instrument tranchant, la ligature et l'écrasement linéaire. 
Comme ces deux dernières ont des applications exceptionnelles, je com- 
mencerai par en dire quelques mots. 

La ligature a été employée pour des cancers profondément situés dans 
des cavités où l'hémorrhagie est à craindre. Encore faut-il que la tumeur 
puisse se pédiculiser ou du moins que le fil constricteur puisse être placé 
au delà des limites du mal. C'est ainsi que la langue se prête facilement 
à l'application de la ligature; avec des modifications appropriées, on a pu 
mettre cette méthode en usage dans des régions où elle ne paraissait 
point applicable, au rectum, par exemple. 

Aujourd'hui la ligature ordinaire est avantageusement remplacée par 
Vécrasement linéaire de Chassaignac. L'écraseur, à l'aide de manœuvres 
opératoires soigneusement indiquées par Chassaignac, peut s'appliquer 
dans toutes les régions ; mais c'est dans les parties profondément placées 
et quand il s'agit d'opérer sur des organes vasculaires, comme la 
langue, le col utérin, le rectum, que l'écraseur trouve ses principales ap- 
plications. Cette méthode est infiniment supérieure à la ligature, puis- 
qu'elle permet de détacher complètement, en quelques minutes, des tu- 
meurs très-volumineuses. Le malade, auquel on peut administrer le 
chloroforme, n'est donc exposé ni aux violentes douleurs qui accompa- 
^ent la ligature, ni aux inconvénients qui résultent de la présence, pen- 
dant plusieurs jours, d'une masse atteinte de sphacèle. 

Les caustiques et l'instrument tranchant demandent quelques expli- 
cations. 

1** Caustiques. — Tous les caustiques à peu près ont été employés dans 
îe traitement des cancers. Quelques-uns ont été préférés, parce qu'on les 
a regardés comme spécifiques, mais il faut tout d'abord établir que nous 



Digitized by VjOOQIC 



CANCEIU — wurreMEKT chirurgical. 193 

ne possédons aucun caustique qui, à cause de son action spéciale, mette 
plus qu'un autre à l'abri des récidives. Ce qu'on doit surtout rechercher 
dans un caustique, c'est sa puissance d'action, et puis la facilité avec la- 
quelle il peut s'appliquer sur les surfaces les plus étendues et les plus 
irrégulières. 

Les cancers sont, en effet, des affections qui tendent à devenir pro- 
fondes ; et les ulcères cancéreux eux-mêmes, bien que superficiels en ap- 
parence, reposent sur une base indurée de mauvaise nature. Quand un 
ulcère simple languit et tarde à se cicatriser, il suffit le plus souvent de 
modifier sa surface à l'aide de pansements spéciaux, ou de caustiques su- 
perficiels ou cathérétiques ; si un ulcère cancéreux est traité de la sorte, 
on en augmente la gravité, car son activité redouble. Il faut donc préfé- 
rer les caustiques les plus énergiques, ceux qui d*un seul coup ou en un 
petit nombre de séances peuvent détruire tout le mal. C'est pour cela 
qu'on doit rejeter de la thérapeutique du cancer le nitrate acide de mer- 
cure, le nitrate d'argent, le chlorure d'or, etc., comme tout à fait insuf- 
fisants, et le fer rouge lui-même, avec lequel il est bien difficile de dé- 
truire une grande épaisseur de tissus. Cependant la cautérisation au fer 
rouge est encore utilisée comme opération complémentaire, quand après 
l'ablation de tumeurs avec le bistouri on se propose d'arrêter cer- 
taines hcmorrhagies profondes ou de détruire les derniers vestiges du 
tissu morbide. 

Galvanocaustie. — A l'aide de l'électricité, il est possible d'amener à 
l'incandescence des cautères de forme variée, et en particulier des anses 
métalliques qui, pouvant être maintenues longtemps à une haute tempé- 
rature, permettent de diviser avec rapidité une épaisseur considérable de 
tissus. Cette méthode peut servir à détacher des productions morbides 
d'un assez gros volume; mais en ce qui concerne les tumeurs cancéreuses, 
elle ne sera que d'une application restreinte, réservée pour le cas où le 
mal occupera une région profonde et pourvue de nombreux vaisseaux, ou 
bien lorsque le malade manifestera une répugnance invincible pour 
l'instrument tranchant. 

Les caustiques qu'on emploie généralement contre le cancer sont la 
pâte de Vienne, le chlorure de zinc et l'acide arsénieux. Nous en dirons 
quelques mots en omettant les détails qui doivent trouver place à l'article 
Caustiques. 

La pâte de Vienne est un bon caustique, à la fois peu douloureux et 
•d'une action énergique, de sorte qu'on peut s'en servir avec avantage. 
Le seul inconvénient qu'on doive signaler, c'est que si la tumeur fournit 
des liquides en abondance, le caustique est entraîné et son action en- 
travée. 

Le chlorure de sine uni à la farine constitue la pâte de Canquoin ; c'est 
un caustique facile à disposer en lames, en lanières, et qu'on peut appli- 
quer sur les surfaces les plus irrégulières et les plus étendues. Sa puis- 
sance est très-grande, puisque la pâte n* 1 , qui est la plus forte, détruit 
en 48 heures une épaisseur de tissus égale à quatre fois celle de la 



Digitized by VjOOQIC 



^96 CANCER. — traitenert chirurgical. 

couche de pâte employée. Ce caustique, beaucoup plus sûr que la pâte 
de Vienne, a une action si franche, si certaine, et détermine dans les 
tissus une inflammation éliminatrice de si bonne nature, qu'on doit le 
considérer comme un des plus avantageux. Malheureusement le chlonire 
de zinc agit lentement, puisqu'il faut le laisser en place de 12 à 48 heures, 
suivant le résultat qu'on se propose d'obtenir, et pendant tout ce temps 
il fait endurer d'atroces douleurs, infiniment plus vives que celles qui ré- 
sultent de l'action du bistouri. Tous les malades qui ont pu comparer les 
deux modes opératoires sont unanimes à ce sujet. Comme le chlorure 
de zinc n'agit pas sur la peau intacte, si la tumeur n'est point ulcérée, 
il faut détruire l'épiderme qui la recouvre soit avec un vésicatoire, soilà 
l'aide d'un petit fragment de potasse caustique avec lequel on frotte h 
peau jusqu'à ce qu'elle soit dénudée ; ou bien encore on commence le 
traitement par une application de pâte de Vienne afin de détruire les té- 
guments; 

Vacide arsénieuXj mêlé à d'autres substances plus ou moins inertes, 
fait partie des préparations de Rousselol, de frère Côme, et entre daos 
une foule de pâles que les empiriques emploient journellement. C'est un 
caustique dont Faction est précise et qui produit une eschare sèche et une 
inflammation éliminatrice très-franche ; mais il ne faut pas le regarder 
comme un spécifique, et rien n'autorise à croire, ainsi que quelques chi- 
rurgiens l'ont avancé, que cette substance attaque de préférence les tissus 
qui ont subi la dégénérescence cancéreuse. 

Afin de dessécher l'eschare plus complètement, on a conseillé de cou- 
vrir la couche de pâte arsenicale avec de la toile d'araignée, mais cette 
précaution est inutile : la croûte se dessèche promptement, fait corps 
avec les tissus mortifiés et se détache en même temps qu'eux. 

Ce caustique est fort douloureux et agit très-lentement; pendant plu- 
sieurs jours, une semaine ordinairement, de vives douleurs se font sen- 
tir ; une rougeur érysipélateuse et du gonflement se montrent au voisi- 
nage de la partie malade et sont habituellement accompagnés de fièvre. 
Ce ne sont pas les seuls inconvénients du caustique arsenical : l'acide 
arsénieux peut être absorbé en proportion plus ou moins forte et pro- 
duire des phénomènes d'empoisonnement. Il est vrai que ce danger peut 
toujours être évité si l'on prend soin de ne cautériser à la fois qu'une 
étendue deTulcère égale à une pièce de deux francs ; mais les douleurs 
vives et prolongées qu'il occasionne sont peut-être de nature à faire res- 
treindre l'emploi de ce caustique. Comme le chlorure de zinc, l'acide ar- 
sénieux n'agit que sur les surfaces dénudées. 

h acide sulfurique solidifié avec le safran, la poudre de garance ou de 
charbon, Vacide azotique solidifié avec de la charpie (Rivallié), sont éga- 
lement des caustiques énergiques qu'on peut étendre sur les surfaces les 
plus irrégulières ; mais la difficulté de préciser et de limiter leur action, 
et d'autre part les douleurs vives qu'ils occasionnent, empêcheront les 
pi*aticiens d'y avoir souvent recours {voy. Caustiques). 

Les caustiques peuvent être appliqués de deux façons : sur la turoeiu" 



Digitized by VjOOQIC 



CAiNCER. TRAITEMENT CIIIRORGICAL. ' 197 

elle-même, ou bien sur ses limites, de façon à la séparer des parties 
saines. 

(a) Quand le caustique doit être directement placé sur la tumeur, si 
celle-ci n'est point ulcérée et si l'on ne fait pas usage de la pâle de 
Vienne, il faut préalablement détruire Tépiderme par les moyens ci-des- 
sus indiqués; puis on pourra employer Tun ou l'autre des caustiques 
mentionnés plus haut, la pâte de Canquoin de préférence. Si la tumeur 
est ulcérée, ce dernier caustique est dès Tabord mis en usage. Son appli- 
cation est du reste très-facile : on met sur la tumeur une couche de pâte 
dont Tépaisseur est en rapport avec ce qu'on veut détruire du tissu mor- 
bide, et on la maintient en place à l'aide de quelques plumasseaux de 
charpie soutenus par une bande. Il est toujours facile de traiter ainsi les 
plaies les plus inégales et les plus irrégulièros : il suffit de découper avec 
les ciseaux des morceaux de pâte capables de couvrir tous les angles et 
de suivre toutes les sinuosités des contours de l'ulcère. 

Si une seule application a été insuffisante, on peut en faire une ou 
deux autres, soit sur toute la surface de la plaie, soit dans les points où 
Ton a lieu de craindre que des tissus malades aient été épargnés. 

(b) D'autres fois le caustique est placé non sur la tumeur elle-même, 
mais à son pourtour, sur les limites des tissus sains. On peut alors procé- 
der comme dans le cas précédent, de la surface vers la profondeur. Par 
exemple, on détruit la peau dans toute son épaisseur avec une tramée de 
pâte de Vienne placée autour de la tumeur, de façon à circonscrire 
celle-ci par une espèce de sillon de 8 à 10 millimètres de largeur. Dès le 
lendemain, on place au fond de ce sillon de petites lanières de pâte de 
Canquoin mises bout à bout, et tous les jours on renouvelle ces applica- 
tions jusqu'à ce que le sillon, devenant de plus en plus profond, ait déta- 
ché la tumeur à sa base. C'est la méthode que Girouard (de Chartres) 
emploie depuis plusieurs années. Quelquefois on procède différemment : 
avec un bistouri on ponctionne la peau sur les limites des parties saines 
avec les parties malades, et par les petites plaies qui en résultent on en- 
fonce des lames de pâte de Canquoin, qui doivent profondément atteindre 
les limites présumées de la tumeur. C'est ce qu'on a appelé la cantérisa- 
tion en flèches. Telle est la pratique de Maisonneuve. Pour peu que les 
flèches au chlorure de zinc soient assez multipliées, on détruit du même 
coup toutes les connexions qui rattachent la tumeur aux parties voisines, 
de sorte qu'elle tombe en bloc. Avec cette méthode, des masses énormes 
de tissus, des tumeurs entières peuvent être détachées. 

2** Instrument tranchant. — Quand une tumeur est attaquée avec l'in- 
strument tranchant, on en fait l'ablation ou bien on pratique l'amputa- 
tion de la partie qui en est le si^e. Nous n'avons point à nous arrêter 
sur ce sujet, qui se rattache entièrement à la médecine opératoire, et 
qui trouvera une place plus naturelle dans l'article consacré aux tumeurs, 
envisagées d'une façon générale. Un peu plus bas, on signalera seule- 
ment les indications spéciales qui ressortissent à la nature cancéreuse des 
tumeurs soumises à l'opération. 



Digitized by VjOOQIC 



198 CANCER. — traitemekt chirurgical. 

Conditions générales et indications du traitement chirurgical. — Comme 
les opérations tentées pour la guérison des cancers ont une certaine gra- 
vité, il convient tout d'abord de se demander si ces tumeurs doivent être 
opérées. Ce point de pratique a été diversement résolu et demande quel- 
ques explications. 

Certains auteurs, se fondant sur ce que la production cancéreuse naît 
sous la dépendance d'une diathèse, regardent comme inutile une opéra- 
tion qui peut bien faire disparaître la manifestation, mais qui n'a aucooe 
prise sur l'état général pour empêcher l'apparition d'une nouvelle tu- 
meur. Quelques chirurgiens pessimistes ne se contentent même pas de 
regarder la récidive comme fatale et prétendent que la vie des malades 
est abrégée par l'opération, à cause de la rapidité plus grande de la 
marche des récidives. Si de pareilles assertions étaient fondées, il est 
évident qu'il faudrait s'abstenir; la question mérite donc d'être examinée 
et résolue par des faits bien observés, car le raisonnement seul ne doit 
pas guider quand il s'agit de prendre une détermination aussi grave que 
celle que nous discutons en ce moment. 

Pour nous, qui faisons rentrer dans les cancers un assez grand nombre 
de tumeurs, nous devons établir tout d'abord que certaines espèces, 
telles que le cancer épithélial et le fibro-plastique, sont susceptibles de 
guérison radicale. Il y a probablement peu de chirurgiens qui aujour- 
d'hui soient disposés à nier la curabilité de ces affections. Mais beaucoup 
d'auteurs ayant pris en considération les cancers les plus malins, le 
squirrhc et Tencéphaloïde, par exemple, sont arrivés à des résultats dé- 
courageants. 

Alex. Mouro, sur 60 malades environ qu'il vit opérer, en trouva seule- 
ment 4 sans récidive au bout de deux ans. De son côté, Scarpa, dans sa 
longue carrière, n'observa que 3 cas sans répullulation. Ces deux statis- 
tiques montrent que la récidive est très-fréquente, mais n'étabUssent pas 
l'incurabilité absolue. 

D'autres chirurgiens se prononcent cependant pour Tincurabilité. Ainsi 
Mac Farlane, sur 32 cas opérés par lui-même et dans 80 opérations pra- 
tiquées par des chirurgiens de ses amis, n'en observa aucun qui fut 
exempt de récidive. Broca et Paget adoptent également cette manière de 
voir, quoique ce dernier ait opéré de squirrhe du sein une femme qui 
mourut 11 ans 1/2 après d'une maladie étrangère au cancer, et que 
Broca ait revu en bonne santé une malade opérée par lui depuis 8 ans. 

Les opinions émises par des auteurs d'un si grand mérite démontrent 
que dans les cancers les plus malins la guérison est malheureusement 
tout à fait exceptionnelle; mais elles ne prouvent pas que la récidive soit 
inévitable, et nous pouvons opposer à leurs assertions les faits de guéri- 
son observés par Velpeau, Manec et Laboulbène, et 3 cas où FoUin, 
dont on ne niera pas la compétence en fait de recherches micrograpbi- 
ques, a vu des femmes qui restaient guéries depuis 5, 7 et 11 ans, après 
avoir été opérées de cancers du sein. En admettant qu'après un aussi 
grand nombre d^annécs les malades ne soient pas encore à l'abri d'une 



Digitized by VjOOQIC 



CANCER. TRAITEMENT CHIRURGICAL. 199 

récidiye, ce qui est supposable, on doit reconnaitre que Topération a eu 
pour effet d'allonger considérablement la durée de la vie. 

Même quand la récidive se produit de bonne heure, ce qui est la 
règle, un résultat semblable est obtenu, la vie est prolongée, de sorte 
qu'il n'est pas exact de dire avec quelques médecins que les malades 
succombent plus vite quand ils ont été opérés. C'est ce qui ressort des 
tableaux donnés par Paget, Birkett et Sibiey. D'après Paget, la différence 
est peu considérable et porte sur les cas les plus aigus de la maladie, ce 
qui conduit à la nécessité de ne point opérer les cancers à marche très- 
lente, tel que le squirrhe atrophique des vieillards. Les résultats des deux 
autres auteurs qui viennent d'être cités sont plus satisfaisants. Birkett 
établit que dans le cas de cancer du sein les femmes non opérées vi- 
vent 3 ans 1/2, tandis que la vie de celles qui ont été opérées est 
de 4 ans 1/2. Pour Sibiey, la différence est plus considérable encore, 
puisque les femmes non opérées vivent 32 mois 2/10, tandis que celles 
qui ont subi l'opération lui ont donné une moyenne de 53 mois 2/10. 

Du reste, outre les chances, malheureusement trop faibles, de guéri- 
son définitive et l'augmentation de la durée delà vie, l'opération a d'au- 
tres avantages. Elle donne parfois au malade quelques années d'une exis- 
tence plus supportable, exempte de douleurs et d'inquiétude; la récidive, 
souvent moins douloureuse que la tumeur primitive, se produit fréquem- 
ment dans les organes internes et laisse au malade une illusion bien 
désirable dans une telle maladie. 

D'une façon générale, on peut donc conclure en faveur de l'opération ; 
il reste à déterminer les cas où l'on est autorisé à intervenir et les règles 
qui doivent guider le chirurgien. 

Indications et contre-indications du traitement chirurgical. — Cer- 
taines conditions générales et locales doivent être soigneusement étu- 
diées quand on cherche à s'éclairer sur l'opportunité d'une opération de 
cancer. 

1* Il faut que la tumeur soit dans des conditions telles qu'elle puisse 
être complètement enlevée. On doit, en effet, rejeter toute espèce d'opé- 
ration dans laquelle on se bornerait à détruire seulement une partie du 
tissu morbide. Malgré l'opinion de Syme, l'existence d'un engorgement " 
ganglionnaire n'est pas une contre-indication à l'opération, si ces glandes 
sont médiocrement nombreuses et volumineuses, et si elles sont mobiles, 
car Paget a démontré qu'en pareil cas les récidives ne sont pas plus 
promptes que lorsque l'engorgement ganglionnaire n'existe pas. Dans ces 
graves conjonctures, on devra se décider avec beaucoup plus de facilité 
s'il s'agit d'une des formes les moins malignes. 

2* Il faut que la plaie qui résulte de l'opération soit localement cu- 
rable. 

3** Un léger amaigrissement ne contre-indique pas l'opération, quand 
il parait dépendre du suintement, des hémorrhagies, de l'inquiétude cau- 
sée au malade par la présence de sa tumeur. 

4* Mais on ne doit pas opérer quand il existe des signes évidents de ca- 



Digitized by VjOOQIC 



300 [CANCER. — traitement chirurgical. 

chexie, et à plus forte raison quand il y a déjà des cancers par infection. 
Il est donc nécessaire, avant d'entreprendre une opération, d'interroger 
les principales fonctions et d'explorer les viscères où les dépôts conséoi- 
tifs sont le plus communs. 

5^ On ne doit pas toucher à certains cancers très-malins dont la marche 
lente pourrait être troublée par l'opération : tels sont les squirrhes atro- 
phiques des personnes avancées en âge. Velpeau repousse également 
l'opération, à cause de la rapidité des récidives, pour le squirrhe en 
masse, le squirrhe lardacé diffus, et pour les tumeurs autour desquelles 
se trouvent de petits noyaux de cancer occupant l'épaisseur de la peau. 
Les faits dont nous avons été témoin nous font adopter l'opinion du chi- 
rurgien de la Charité. 

Du choix de la méthode. — La cautérisation, qu'on a cherché à f;^ 
prévaloir, en prétextant la répugnance que les malades éprouvent pour 
le bistouri et les douleurs de l'opération sanglante, est une mauvaise mé- 
thode. Sans la condamner d'une manière absolue, on doit en restreindre 
l'emploi à un petit nombre de cas spéciaux. Ainsi, quand il s'agit de 
détruire une tumeur très-petite et en même temps très-superficielle, 
quand il n'existe qu'un ulcère cancéreux superficiel ne reposant pas sur 
une base dure, on peut employer la cautérisation ; mais il faut toujours, 
même dans ces cas favorables, employer une cautérisation énergique, 
susceptible de détruire une grande épaisseur de tissus. Ce serait, du 
reste, une erreur de croire que les douleurs occasionnées par le caustique 
sont moins vives que celles du bistouri : rien n'est plus faux ; et d'un 
autre côté, avec le chloroforme, l'horreur que font éprouver les opérations 
sanglantes tend à s'effacer chaque jour davantage. 

La cautérisation en flèches, employé dans un cas de cancer de la ma- 
melle, a produit une perforation de la paroi thoracique. — Aussi, quand 
à cause de l'excessive pusillanimité du malade ou pour quelque autre mo- 
tif le chirurgien se décide à extirper une tumeur à l'aide de la cautérisa- 
tion, il doit préférer, soit la galvanocaustie, soit la méthode de Girouard 
de Chartres, qui permet d'agir à ciel ouvert et de reconnaître les cou- 
ches anatomiques dans lesquelles le caustique doit pénétrer (roy. Cai»- 
tiques). 

Pour obvier à l'un des inconvénients de la cautérisation, à son action 
insuffisante, A. Dubois faisait d'abord l'excision des tissus indurés, et, 
trois ou quatre jours après, cautérisait la surface de la plaie avec la pàtc 
arsenicale. Cette méthode doit également être réservée pour des cas 
exceptionnels. 

Malgré le reproche qu'on a adressé au bistouri d'être suivi d'érysipèle 

et d'infection purulente beaucoup plus souvent que les caustiques, nous 

* pensons qu'on doit le préférer, parce qu'un intérêt de premier ordre, 

la destruction complète des tissus altérés, domine la thérapeutique du 

cancer. 

Règles à suivre pour ropération. — Dès qu'une tumeur cancéreuse est 
reconnue il faut l'enlever, à moins qu'elle ne présente quelqu'une des 



Digitized by VjOOQIC 



CANCER. TKAirBMERT CUIRUBGICAL. 201 

conditions générales ou locales qui contre-indiquent l'opération ; toute 
expectation aurait pour effet de compromettre le succès définitif, tandis 
qu'une opération faite de bonne heure peut avoir d'immenses avantages. 

On peut procéder à l'ablation du cancer par amputation ou dissection 
de la tumeur. Quand celle-ci occupe un membre et adhère aux os, ou que, 
siégeant dans les parties molles elle les a envahies dans une grande 
étendue, l'amputation doit être faite. Quand les os des membres sont 
atteints, il faut se rappeler que le tissu morbide s'étend quelquefois très- 
loin dans le canal médullaire, de sorte que le trait de scie doit porter 
assez haut pour tomber sur une partie saine de Pos ; dans certaines cir- 
constances, le chirurgien devra même préférer la désarticulation dans la 
jointure supérieure de l'os malade ou l'amputation au-dessus de cette 
articulation. — Si la tumeur s'est développée dans un organe bien défini, 
Pœil et la mamelle par exemple, il vaut mieux enlever tout l'organe alors 
même qu'une partie parait saine. 

Dans tous les autres cas, on procède par dissection ; mais avant d'opé- 
rer il convient de déterminer avec précision les limites de la tumeur, les 
adhérences qu'elle peut avoir contractées avec les parties voisines, os, 
aponévroses, etc., l'état des ganglions lymphatiques de la région. Quand 
tous ces points sont élucidés il faut opérer très-largement^ de façon à 
enlever non-seulement la tumeur elle-même, mais encore une bonne 
épaisseur des tissus qui l'environnent, bien qu'ils ne paraissent pas alté- 
rés, parce qu'il est d'observation que dans beaucoup de tumeurs le mal 
est bien plus étendu en réalité qu'il ne parait l'être au premier abord. 

Si la peau qui recouvre la tumeur est malade, il faut pour le même 
motif ne pas hésiter à en sacrifier une grande étendue, au risque de 
laisser une partie de la plaie non couverte de téguments. Si le tissu mor- 
bide est fixé au squelette, on doit autant que possible enlever largement 
la portion d'os adhérente, ou tout au moins ruginer sa surface quand on 
craint de pénétrer dans une des grandes cavités naturelles. 

Dès que la tumeur est détachée, l'œil et le doigt doivent soigneusement 
explorer la plaie ; et si l'on aperçoit des tissus suspects, si l'on trouve de 
ces prolongements rameux qui s'étendent parfois très-loin, il ne faut pas 
craindre de les poursuivre pour en dépasser les limites. 

Les glandes engorgées seront enlevées ; le doigt permettra de recon- 
naître si derrière les principales il n'y en a pas d'autres plus petites. Ces 
dernières, souvent placées à une grande profondeur, seront extraites par 
énucléation pour éviter la lésion des vaisseaux et nerfs importants qui les 
avoisinent presque toujours. 

Comme complément d'opération, il est quelquefois nécessaire de cau- 
tériser avec le fer rouge des régions profondes, des surfaces osseuses où 
la tumeur avait contracté des adhérences, ou bien d'appliquer une liga- 
ture ou l'écraseur sur des parties que le chirurgien n'attaque pas avec le 
bistouri à cause de leur vascularité. 

Enfin, si cela est possible, on réunit la plaie par première intention en 
ménageant une voie pour l'écoulement des liquides. — Quelquefois il est 



Digitized by VjOOQIC 



202 CANCER. — teaitembwt palliatif. 

utile d'avoir recours à Tanasplastic pour restaurer des organes impor- 
tants; mais Tanasplastie n'a par elle-même aucune autre yaleur, et il ne 
faut pas croire, comme Martinet et après lui quelques chirurgiens Tont 
prétendu, qu'elle mette à l'abri des récidives. 

De la récidive. — Quelque soin qu'on ait apporté à Topération, une 
récidive peut se produire sur place. 

Cette récidive survient quelquefois avant la cicatrisation complète de 
la plaie, à la surface de laquelle les bourgeons charnus prennent use 
couleur pâle, grisâtre ou violacée, deviennent fongueux et exubérants, et 
finissent par dégénérer en un volumineux champignon qui fait saillie et 
s'épanouit à la surface. Cette forme de récidive, qui souvent n'est que la 
continuation du mal, quand quelques portions du tissu morbide ont 
échappé au chirurgien, est ordinairement au-dessus des ressources de Tart. 
Il n'en est pas toujours ainsi' des suivantes. 

Le plus souvent, c'est quand la cicatrisation est achevée que se fait la 
récidive, quelques mois et même plusieurs années après l'opération. La 
nouvelle tumeur naît dans la cicatrice même, ou bien isolément, mais à 
peu de distance. Elle peut débuter par un tout petit tubercule dans l'é- 
paisseur même de la peau. 

D'autres fois, enfin, comme nous l'avons dit, la récidive apparaît dans 
les ganglions qui correspondent à la région primitivement malade, ou 
mémo à distance. 

Ces tumeurs récidivées, qu'on doit bien distinguer des cancers par in- 
fection, sont susceptibles d'opération au même titre que la fumeur pri- 
mitive, à la condition qu'elles soient également bien circonscrites; et s'il 
survient une seconde récidive, elle n'apparaît pas plus promptement que 
la première (Paget). Il peut même se faire que l'intervalle soit plus long, 
et qu'une troisième, une quatrième opération, plus radicale que les pré- 
cédentes, donne' une guérison définitive. Cela s'est vu surtout pour les 
formes les moins malignes, mais pour les espèces les plus graves on en 
possède des exemples. 

Traitement palliatif. — Quand, pour l'un des motifs que nous avons 
signalés plus haut, aucune opération ne peut être faite, on doit se borner 
à un traitement palliatif. A la fétidité et à l'abondance du suintement, 
on opposera les substances antiseptiques et les poudres absorbantes (liqueur 
de Labarraque, eau de Pagliari, permanganate de potasse, plâtre coaltaré); 
la douleur sera combattue avec les préparations opiacées et belladonées, 
à l'intérieur, ou en topiques ; pour réprimer les hémorrhagies, on em- 
ploiera des moyens variés : compression avec de la charpie ou des ron- 
delles d'agaric, solution de perchlorure de fer, poudre de ratanhia, 
' tannin, etc. C'est également dans ces circonstances, pour modifier la sur- 
face de l'ulcère, diminuer le suintement ichoreux et les hémorrhagies, 
qu'on peut avec avantage se servir d'une solution faible de chlorure de 
zinc, 1 à 4 grammes de ce sel pour 100 grammes d'eau (Follin). Desplu- 
masseaux de charpie, imbibés de cette solution, sont appliqués sur l'ul- 
cère et détruisent les fongosités. En employant ce pansement plusieurs 



Digitized by VjOOQIC 



CANCER. — BIBLIOGRAPHIE. 205 

jours de suite, et le renouvelant trois ou quatre fois dans les vingt-quatre 
heures, on a pu désorganiser complètement des tumeurs cancéreuses ; 
cependant ce mode de cautérisation doit être réservé pour détruire la 
putridité.et les fongosités des ulcères. 

L'état général ne doit pas non plus être négligé : une alimentation ré- 
paratrice et des médicaments toniques, tels que les vins de quinquina, 
de gentiane ou de quassia,les ferrugineux, seront employés pour soutenir 
les forces sans cesse décroissantes du malade. 

Les articles et les travaux publiés sur le cancer sont trop nombreux pour ôtre tous mention- 
nés ; je me borne à signaler, en choisissant surtout parmi les plus récents, ceux qui peuvent être 
consultés avec fruit. 

NoiiFORD(W.), Essay on the gênerai melhod of trealing cancerous Tumour?, etc. London, 1758. 
Stoec, Libeliiis quo demonstratur cicutam remedium in multis morbis esse, qui hucusquc curatu 

impossibiles dicebanlur. ViennsB, 1760. 
PiTRiLHE (Ber.), Dissert, academica de cancro, quam duplici prxmio donavit ill. acad. scient 

LQgdunensb,anno 1775. Paris, 1774. 
Ledran, Mémoire avec un précis de plusieurs observations sur le cancer [Mémoires de l' Académie 

nfyale de chirurgie, in-4, Paris, 1778, t. III, p. 1). 
JusTAMOND, An account of the methods pursued in thctreatmentof cancerous and scirrhous disor- 

ders. London, 1780. 
PouTEiu, Œuvres posthumes de chirurgie. Paris, 1783. 
BuR5s, Spongoid Inflammation; in Lecture on Inflamm. Glasgow, 1800. 
ÂBCRifETHT, A classification of Tumeurs; in surgical Observât. London, 1804. — On Tumeurs 

(surgical WorksK London, 1816. — Surgical Observations on Tumeurs. London, 1827. 
YocxG, Inquiry into the nature of Cancer. London, 1805. — Minutes of the cases of Cancer 

and cancerous tendency successfully Ireated by the new melhod of pressure, etc. Londres, 1816. 

— Further Reports of Cases of Cancer and cancerous tendency successfully treated, etc. Lon- 
don, 1818. 
Home (Everard), Observât, on Cancer. London, 1805. 
Roux (Ph. J.), Quelques remarques générales sur le cancer. In Desault, Œuvres chirurgicales, 

3« édition, 1850. 
I/Vahdrop, On Fongus Hematodes. Edinl urgh, 1809. 

• Batle (T.), Vues théoriques et pratiques sur le cancer [Bibliothèque médicale, 1812). 
Labksec, Diclionn. des sciences médicales, art. Anat. Palhol., t. II, 1812, et Dégénérescence, 

t. Vni. Paris, 1814. 
Batle et Catol, Dictionn. des sciences médicales, art. Cancer, t. III, 1812. 
Het, On Fongus Hematodes, in Pract. Observât, in Surgery. London, 1814. 
RouzET, Recherches et observations sur le cancer. Paris, 1818 
ScARPA, Memoria sulla scirro e sul cancro. Mihno, 1821 ; Pavia, 1825. 
Vllmakx, Die grosse VVirksamkeit des ausserlich Angewandten Hydriodinsauren Kalis bci Kreb- 

sarli^en Geschwûren (GrSfe's und Wallher's, Journal der Chirurgie, 1822). 
Yelpeac, Mémoire sur les altérations du sang dans les maladies cancjrcuses [Revue médicale^ 

1823). 
Brbschet et Ferrus, Dictionn, de médecine^ 1" édition, art. Cancer. Paris, 1827. 
A5MAL, Dictionn. de médecine^ 2* édit., art. Product. morbides. — Clinique médicale. Paris, 

1827, t. IV, p. 361. — Anatomie pathologique, 1. 1, p. 498. 
Récahier. Recherches sur le traitement du cancer par la compression. Paris, 1829. 
CtWEiLHiER, Anat. patholog. du corps humain. Paris, 1820-1835. 
BoTER, Traité des maladies chirurgicales. 4* édit., Paris, 1851, t. II, p. 434. 
Caioi, Clinique médicale, elc 1832. 

BfRARD (P. H.), Dictionn. de médecine en 30 vol. Paris, 1834, t. VI, art. Cancer. 
BooiuADD, Dictionn. de méd* et de chirurg.- pratiques. Paris, 1830, t. IV, art. Cancer. 
Conpendium de médecine, t. II, p. 33. Parb, 1837. 
Compendium de chirurgie, 1. 1, p. 645. Paris, 1840. 
MILLER, Ueber ossiflcirende Schwâmme, oder osleoid-Geschwûlsle (Mûller's, Archiv, fur Anato- 

mie. 1843, p. 396). 
TANCBouy Recherches sur le traitement médical des tumeurs cancéreuses du sein. Paris, 1844. 
Lebert, Physiologie pathologique. Paris, 1845. — De la nature locale ou générale des tumeurs 

^Mémoires de la Société de biologie, !'• série, t. II, 1850). — Traité pratique des maladie» 



Digitized by VjOOQIC 



204 CANCËIL — filBUOGBAPHlE. 

cancéreoses. Paris, 1851. — Traité d'anatomie pathobgique générale et spéciale. Pans, 4857, 

t. !, p. 272. 
V^ALSBE (W. H.], Tbe Nature and Troatmentof Cancer. London, 1856. 
ViacHow, Zut Entwickelungsgescbicbte des Krebses (Archiv, furpatholog. AnaUmùe, 1*' voL, 

1847). — Die endogène Zellcnbiidung beim Krebs \Archiv, fur patholog. Anatomie, 1S49). 

— Pathologie cellulaire, traduit par Picard. Paris, 1866. 
FamcHS, Ueber Gallert oder Galloid GeschwOlste. Gôtlingeo, 1847. 
Benbett (Hugbes), On cancerous and cancroid Growths. Edinburgh, 1849. 

Robin (Gh.), Mémoire sur la production accidentelle d'un tissu ayant la structure glandulaire, 
dans les parties du corps dépourvues de glandes [Mém. de fh Soc. de biologie, t. II, p. 72]. 

— Mémoire sur les difers modes de naissance de la substance organisée en général et des élé- 
ments anatomiques en particulier [Joum. de VAnat. et de la Physiol, normales et palkobf., 
Paris, 1864). — DifTérents articles du Dicttonn. de médecine, 12* édil. (Cancer, Uétéromorphe, 
Hypersénèse, etc.). Parb, 1865. 

Bboca, Quelques propositions sur les tumeurs dites cancéreuses. Thèse inaugurale, Paris, 1849. 

— Ânatomie pathologique du cancer (in Mém. de l^Acad. de méd,, Paris, 1852, t. XYl, p. 153;. 

— fiouv. Dictionn. de méd. et de chirurg. vét&., art. Cancer et Pseudo-Cancers. Paris, 1856. 
RouTANSET, Ueber den Zottenkrebs [Silsungsberichte der mathematisch-naturwitsenseiuft' 

lichen Cloise der Kaiserlichen Akademie der Wissenchafïen, Band. YIII. Jahrgang, ib53; 
Vienne, 1852). — Lehrbuch der pathologischen Anatomie. Wien, 1855. 

Gerlacu, Der Zottenkrebs und das Ostcoid. Mainz, 1 852. 

Cari Marti 08, Die combinationsverbiltnisse des Krebses und der Tuberculose. Erlangen, 1855. 

Aran, Note sur une forme particulière et encore peu connue de cancer de la dure-mère et des» 
du crâne (Cancer vert, Chloroma) [Arch, génér. de méd., octobre 1854). 

Bulletin de V Académie de médecine de Paris, t. XX, p. 7 et suiv. 1854-1855 (Discussion sur le 
diagnostic et la curabilité du cancer). 

Oluer, Recherches anatomo-pathologiques sur la structure intime des tumeurs caucéreuses au 
diverses périodes de leur développement. Paris, 1856. 

Wagner, Zur CoUoidmetamorphose der Zellen [Archiv fUr physiologische Heilkunde, l'* partie, 
1856). — Ueber die Bedeutung der Bindegewebe Kôrperchen TAr die Entstehuog und insbe- 
sondere fur das Wachsthum der Rrebsigen Geschwûlste (Archiv fur physiologische HeiUaudt, 
1857). — Ueber die Gestalt der Krebsalveolen und die Zellenlagerung innerhalb derselben 
(WunderUch's Archiv, 1858). 

Michel (de Strasbourg), Du microscope et de ses applications à Tanatomie pathologique, an dia- 
gnostic et au traitement des maladies (Mém. de l Acad. de méd. de Paris, Paris, 1857, t. XII, 
p. 241) 

Pemberto:*, Observations on Melanosis. 1857. 

Laurekce (J. Z.), The Diagnosis of surgical Cancer, 2* édit. London, 1858. 

FoLLiir, Du cancer, du cancroTde épithélial et du tissu Abro-plastique au point de vue de la diniqoe 
et de la micrographie pathologique (Archiv, génér. de méd., décembre 1854). — Traité élé- 
mentaire de pathologie externe. Paris, 1861, 1. 1, p. 273.' 

Pacet (J.), Lectures on surgical Pathology. London, 1863. 

MoRicoDRT, De la nature des aifections considérées cliniquement comme cancéreuses. Thèse de 
Paris, 1864. 

CoRML, Sur la production de tumeurs épithéliales dans les nerfs (iii Joum. de VAnat. et delà 
Physiol. normales et pathologiques, i" année, Paris, 1864, p. 183). — Mém. sur les tumeus 
épithéliales du col de l'utérus ^Même journal, 1864, p. 472). — Du cancer et de ses caradérei 
anatomiques, mémoire couronné par l'Académie impériale de médecine (prix Portai] etaccoo- 
pagué de figures [Mémoires de V Académie impériale de médecine. Paris, 1867, t. XXVll, 
p. 501 et fuiv.]. Nous avons emprunté nombre de figures à cet intéressant travail. 

GoLLis, On the diagnosis and treatmcnt of Cancer and the Tumeurs analogous to it. Loodoo, 
1864. 

Chaujx)u, Nature et modes de généralisation des affections cancéreuses. Thèses de Paris, 1865. 

Alfred Ueuhtaux. 



Digitized by VjOOQIC 



CANCROÏDE. — SYifoimiiE, déhnitio.x, caractères ciifiRAUx. 205 

CA]fCR#iDi;. — Le cancroide ou cancer épithélialy Vune des 
roanirestations les plus communes de la diathèse cancéreuse, a déjà été 
mentionné à Tarticle Cancer, mais son importance nécessite une des- 
cription spéciale. J'ai emprunté à ma thèse inaugurale la plupart des 
matériaux qui m'ont senri à la rédaction de cet article. 

Longtemps confondue avec les autres formes du cancer, cette affection 
n'est bien connue que depuis les recherches microscopiques ; mais déjà 
bien avant qu'il fût question d'appliquer le microscope à l'étude des tu- 
meurs, beaucoup de chirurgiens, en tête desquels il faut citer Ledran, 
avaient été frappés des différences cliniques qui séparent les ulcères 
caqcéreux du visage des autres cancers. Les progrès récents de l'anato- 
mie pathologique ont, jusqu'à un certain point, rendu compte des résul- 
tats fournis par la clinique. 

Synonymie. — Dans les anciens ouvrages, le cancroide est décrit sous 
les noms de Noli tangere^ chancre malin, ulcère chancreux, ulcère ron- 
geant, cancer cutané, ulcère cancéreux primitif. — Depuis 1844, époque 
où cette lésion est devenue l'objet d'études plus approfondies, on a plus 
particulièrement employé les noms suivants : cancer faux^ cancer bâtard 
(Eckcr), epithelioma (Hannover), épithéliomey cancroide (Lebert), cancer 
épithélial. 

Nous emploierons indifféremment, dans le cours de cet article, les . 
deux dernières dénominations; les autres manquent de précision ou 
d'exactitude. 

Définition; caractères généraux. — Le cancroide est une lésion con- 
stituée par l'infiltration, dans la trame des tissus, d'éléments épithéliaux 
qui se rapprochent beaucoup de Tépitliélium normal. Bien qu'on puisse 
le rencontrer dans tous les tissus, il se montre de préférence sur le tégu- 
ment externe et au voisinage des orifices naturels, et débute sous forme 
de papilles, de squame, ou d'une petite tumeur qui ne prend pas un ac- 
croissement considérable sans s'ulcérer. Cette affection, dont la marche 
est ordinairement lente, n'infecte que tardivement les ganglions lympha- 
tiques et se généralise très-rarement. 

Comme on le voit, tout en admettant que le cancroide doit être 
décrit à titre d'affection distincte, nous pensons que des caractères 
multiples sont nécessaires pour le définir, parce qu'il n'y en a pas un 
seul, soit au point de vue analomique, soit au point de vue clinique, 
qui lui soit absolument propre. Pour s'en convaincre, il suffirait de 
se reporter aux détails contenus dans cet article ; mais dès le début de 
ce travail, il n'est pas inutile de présenter sommairement les caractères 
généraux sur lesquels on s'est fondé pour établir l'existence de cette 
lésion. 

C'est avec les formes de cancer les mieux avérées et les plus graves, 
l'encéphaloïde et le squirrhe, qu on a comparé le cancroide. Il n'y a pas 
lieu de s'en étonner, quand on considère que ces divers tissus présentent 
des cellules entre lesquelles il est impossible de ne pas trouver une cer- 
taine analogie, et quand on compare les caractères, communs à bien des 



Digitized by VjOOQIC 



206 CÂNCROÏDE — DéFiNinoii, caractères généraux. 

égards, des ulcères cancroïdes, squirrheux et encéphaloîdes. C'est pour 
ce double motif que les cliniciens et les micrographes se sont toujours 
efforcés de saisir les caractères communs et difTérenticIs de ces lésions 
malignes. Nous devons envisager la question sous le même jour, et com- 
parer ces manifestations cancéreuses au double point de vue de l'anato- 
mie pathologique et de la clinique. 

Au point de vue anatomo-pathologique^ y a-t-il une différence réelle 
entre le cancroïde d'une part, et les tissus squirrheux et encéphaloîde 
d'autre part; et, si elle existe, cette différence est-elle toujours appré- 
ciable? 

Dans le groupe des cancers, nous avons établi qu'il y a trois tissus 
dont l'élément fondamental est analogue à la cellule épithéliale ; ce sont : 
l'encéphaloïde, le squirrhe, le cancroïde. C'est même pour cela que Ch. 
Robin embrasse ces trois productions sous le nom collectif d'épithéliome. 
Yirchow admet également que les cellules dites cancéreuses doivent 
se rattacher au type épithélial ; mais ce rapprochement, fondé snr le 
caractère de l'élément, ne l'empêche pas de distinguer le cancroïde du 
carcinome, nom sous lequel il désigne collectivement le squirrhe et 
l'encéphaloïde; car, si la forme des cellules n'a pas pour lui une grande 
signification, l'examen comparatif des tissus lui montre des différences 
assez tranchées pour qu'il se croie autorisé à les distinguer. 

Il nous faut franchement aborder cette question; et, pour faciliter 
l'exposition du sujet, à l'exemple de Virchow nous désignerons provi- 
soirement sous le nom de carcinome les tissus squirrheux et encépha- 
loîde. 

Or, si l'on nous pose cette question : étant donnée une tumeur, est-il 
possible de dire s'il s'agit d'un cancroïde ou d'un carcinome? Nous ré- 
pondrons que la distinction est généralement possible et même facile, 
mais qu'il y a des cas exceptionnels où elle est impossible. 

Pour justifier cette réponse et les réserves qu'elle renferme, il con- 
vient de peser avec rigueur les caractères communs et différentiels de 
ces productions morbides, ce qui n'a pas toujours été fait avec l'impar- 
tialité désirable. 

Nous commencerons par exposer les différences qui séparent le can- 
croïde du carcinome, et qui sont assez tranchées pour avoir frappé les 
observateurs dès le début des recherches microscopiques. Ces caractères 
différentiels portent sur la forme des cellules, les caractères du suc, les 
cavités ou alvéoles du tissu, la trame de la tumeur. 

1"* Forme des cellules. — Nous avons établi l'analogie des éléments du 
cancroïde et du carcinome, mais cela ne veut pas dire qu'il y ait identité 
complète et absolue des cellules au point de vue morphologique. Nous 
reconnaissons, en effet, que généralement les cellules épidermidales du 
cancroïde sont faciles à distinguer des cellules épithéloïdes du carcinome, 
à l'aide des caractères suivants : dans le cancroïde, les cellules sont apla- 
ties, feuilletées, assez régulières ; elles possèdent un noyau petit et géné- 
ralement unique. En un mot, ces cellules se rapprochent beaucoup de 



Digitized by VjOOQIC 



CANCROÏDE. — DÉFINITION, CARACTÈRES CéN^RAlIX. 207 

celles qu'on rencontre à Tétat normal, à la surface de la langue ou dans 
les couches profondes de Tépiderme. — Dans le carcinome, les cellules 
sont de grande dimension, sphéroïdes ou à contours très-irréguliers; les 
noyaux sont eux-mêmes volumineux et pourvus de gros nucléoles. Sou^ 
vent il y a plusieurs noyaux dans une même cellule. 

2* Caractères du suc. — Dans le cancroïde, le suc est peu abondant, 
grumeleux, et les grumeaux qui y sont suspendus, délayés dans Feau, se 
dissocient sous forme de petites lamelles. — Dans le carcinome, le suc 
est crémeux, lactescent et forme avec l'eau une émulsion homogène. 

y Cavités du tissu ou alvéoles. — Dans le cancroïde, les alvéoles sont 
grandes, visibles à Tœil nu, maci*oscopiques (Virchow). — Dans le car- 
cinome, Ie»alvéoles sont microscopiques^ visibles seulement à un grossis- 
sement plus ou moins considérable. 

4** Trame. — Enfin dans le cancroïde, dit Virchow, la trame est con- 
stituée par les tissus mêmes de la région malade, dans l'épaisseur desquels 
les cellules épithéliales sont infiltrées; — tandis que dans le carcinome 
il y a une trame de tissu conjonctif de nouvelle formation. 

Tous ces caractères différentiels ont une grande valeur; et si Ton prend 
pour les comparer Tun à l'autre un cancroïde type et un carcinome type, 
par exemple un cancroïde du tégument externe ou des orifices des mu- 
queuses et un carcinome de la mamelle, la confusion entre les deux 
tissus morbides est impossible. Nous sommes donc autorisé à dire : une 
tumeur étant donnée, il est généralement facile de reconnaître s'il s'agit 
d'un cancroïde ou d'un carcinome. 

Mais, dans quelques circonstances, la réponse pourra être embarras- 
sante. Ainsi, il y a des tumeurs mixtes, où les caractères précités ne se 
montrent pas avec une netteté suffisante pour qu'on puisse rigoureusement 
établir qu'il s'agit de l'un ou l'autre des deux tissus. Par exemple, cer- 
taines productions qui se sont d'ailleurs comportées comme des can- 
croïdes, possèdent dans quelques-unes de leurs parties des cellules qui se 
rapprochent beaucoup de celles qu'on appelle cancéreuses, ou renferment 
un liquide crémeux et lactescent analogue au suc cancéreux. — Il y a des 
encéphaloïdes véritables dont les alvéoles, parfaitement visibles à l'œil 
nu, sont aussi grandes que les cavités du cancroïde. — Enfin, pour cer- 
tains carcinomes il est difficile de décider s'il y a oui ou non une trame 
de nouvelle formation. 

D'un autre côté, dans quelques régions, notamment l'utérus et le tube 
digestif, le cancer (mot que nous employons ici comme terme générique) 
revêt une forme qu'il est habituellement difficile de classer dans le 
groupe des cancroïdes ou dans celui des carcinomes. 

Donc, il n'y a pas un seul caractère anatomiquc qui soit capable de 
différencier d^une manière absoltie le cancroïde du carcinome. 

Au point de vue diniquey les difficultés sont quelquefois tout aussi 
grandes. Les caractères différentiels qu'on a donnés sont relatifs à la 
marche, à la cachexie, à l'action de la tumeur sur les glandes lympha- 
tiques, à l'infection générale et à la curabilité. 



Digitized by VjOOQIC 



208 CANCROÏDE. — définitioii, caractères GÉsiRAUx. 

1^ Marche. — Le cancroïde a une marche très-lente, au point que 
pendant de longues années il peut rester à Tétat de petit bouton ou de 
plaque inoCTensive, et qu'il peut avoir une durée de 15 ou 20 ans, et 
même davantage. Dans le carcinome, la marche est rapide, car la mala- 
die a généralement une durée qui ne dépasse pas 5 ou 6 ans. 

2"* Cachexie. — On a dit que dans le cancroïde la cachexie se pîroduit 
difficilement, après un temps très-long, et que cette affection n^cntraîne 
une altération profonde de la santé que lorsqu'elle compromet un organe 
important. Le carcinome tue indépendamment de son volume et de son 
siège, par le fait d'une malignité particulière. 

3" Action sur les glandes lymphatiques. — Elle ne surviendrait que 
rarement et tardivement dans le cancroïde ; elle est au contraire Irès- 
fréquente et rapide dans le cas de carcinome. 

4** Infection générale. — C'est là un des arguments les plus sérieux 
qu'on ait invoqués pour séparer complètement le cancroïde du carci- 
nome. Longtemps, en effet, on a prétendu que le cancroïde était incapable 
de se généraliser, c'est-à-dire de se multiplier dans les organes internes, 
tandis que le carcinome présente à un haut degré cette triste aptitude. 
On sait aujourd'hui que le cancroïde peut se développer consécutivement 
dans les viscères et dans tous les tissus; toutefois cela constitue une très- 
rare exception. 

5*" Curahilité. — Enfin la curabilité est très-différente dans les deux 
cas. Dans le carcinome elle est tellement rare que des auteurs distingués 
l'ont niée d'une manière absolue. Dans le cancroïde, au contraire, la cu- 
rabilité par opération est assez fréquente. Toutefois on a peut-être exa- 
géré cette fréquence. 

Comme on le voit, au point de vue clinique, il existe des différences 
notables entre les deux alîections ; toutefois on peut remarquer qu'il n'y 
a point encore de distinction absolue à établir entre elles, car tous les 
jours on trouve des tumeurs intermédiaires; et si d'un côté certains car- 
cinomes se font remarquer par l'excessive lenteur de leur marche, il y a 
d'autre part des cancroïdes qui, par leur évolution rapide, leur action 
précoce sur les glandes lymphatiques et leur funeste influence sur la santé 
générale, ne le cèdent en rien aux carcinomes les plus graves. 

Il résulte de ces considérations qu'on ne saurait établir une ligne de 
démarcation tranchée tendant à séparer complètement le cancroïde des 
autres variétés de cancers ; cependant, toutes réserves laites pour ces 
variétés intermédiaires, dont il sera question à propos du cancer des di- 
verses régions, il est incontestable que, par l'ensemble de ses carac- 
tères anatomiques et cliniques, le cancroïde mérite une description spé- 
ciale. • 

Nous croyons utile de mettre sous les yeux, dans les deux tableaux 
suivants, les caractères distinctifs du cancroïde et du carcinome, parce 
que, bien que n'étant pas absolus, ces caractères, en ce qui concerne les 
types de ces affections, conservent toute leur valeur. 



Digitized by VjOOQIC 



CANCI^OÏDE. — DÉFINITION, CARACTÈBES GÉNÉRAUX. 209 

CARACTÈRES A^IATOMO-PATHOLOGIQUES. 



CARACTÈRES TIRÉS 
DE 


CASCROÏDE 


carcixome 
[e^cépualoïde et squirbhe) 


1* Forme des celloles. . . . 
2« Soc 


CeUules apUlies, feuiUetées, ayant 
un noyau petit et générale- 
ment unique. 

Peu abondant, grumeleux; les 
grumeaux se dissocient dans 
l'eau sous Tonne de lamelles. 

Grandes, visibles à l'œil nu, 
macroscopiques. (Vircbow.) 

Constituée par les tissus même de 
la région. 


Cellules épaisses, à contours 
souvent irréguHers; noyaux 

Souvent plusieurs noyaux 
dans une cellule. 

Abondant, crémeux, lactescent; 
fonne avec l'eau une émul- 
sion homogène. 

Petites, microscopiques. 

Tissu conjonctif de nouvelle 
formation. (Vircbow.) 


3* CaTÎtés du tissu ou alTéoles. 
4» Trame 





CARACTÈRES CLIMIQOES. 



CAlACTâRES TIRÉS 
DE 


CASCROÎDE 


CARCUCOMB 

(ekcépualoîde et sqdirrhe] 


!• Marche 


Très-lente 


Rapide. 

Survient de bonne heure. 

Se montre très-souvent et d'as- 
sez bonne heure. 

Très-fréquente. 
Extrêmement rare. 


2* Cachexie 

3* Action sur les glandes lym- 
phatiques 

4* Infection générale. . . . 
5- Curahilité 


Tardive 


Se produit tardivement. . . . 
Très-rare. ....•••.. 


Fréauente. ......... 





n convient de réfuler dès à présent une opinion émise presque au 
début des recherches microscopiques. D'après Mayor, quand la dialhèse 
cancéreuse se localise sur la peau, elle prend la forme de tumeurs épi- 
dermiques. On ne peut adopter cette manière de voir : il n'est pas très- 
rare, en eflet, d'observer sur le tégument externe des manifestations can- 
céreuses autres que le cancroïde, par exemple l'encéphaloïde et le 
squirrhe; et d'autre part, le cancer épithélial, loin d'être spécial à la 
peau, peut se rencontrer à peu près dans tous les tissus. 

Nous prendrons comme type le cancroïde de la peau, parce qu'il est le 
plus fréquent, que dans cette région la lésion se présente avec des carac- 
tères bien définis, et qu'on peut en suivre pas à pas les progrès. 

.Anatomie pathologique. — Le cancroïde est constitua par l'infiltration, 

KOirV. micT. HÉD. ET CfllR, VI — 14 



Digitized by VjOOQIC 



no CANGROIDE. — lésions primordiales. 

dans l'épaisseur des tissus, de cellules et de lamelles épithéliales qui se 
rapprochent beaucoup, par leurs formes et leur apparence, de celles 
qu'on rencontre à l'état normal et spécialement à la surface de la peau et 
dans la cavité buccale. 

Mais on n'aurait qu'une idée incomplète du cancroïde si Ton se bor- 
nait à Tétudier à son état de complet développement ; il importe de dé- 
terminer comment il débute, recherche beaucoup plus facile pour cette 
forme de cancer que pour les autres, puisque la lésion, reconnue dès soo 
origine, est souvent enlevée de bonne heure, ce qui permet de Fétudier 
à ses premiers âges. 

Comme pour les autres cancers, on peut ordinairement constater que 
le cancroïde est le résultat d'une hypergénèsc d'éléments préexistants^ 
d'une hyperplasie. Presque toujours la production des cellules épitbé* 
liales se fait en des points où il en existe à l'état normal, par exemple à 
la surface même de la peau ou dans les glandes sudoripares ou sébacées ; 
mais d'autres fois, dès le début, il y a hétérotopie véritable, c'est-à-dire 
que des éléments épidermiques se montrent d'emblée en des points où il 
ne s'en trouve pas à l'état normal. Cette origine variée du cancaroîde en- 
traîne la multiplicité des lésions élémentaires ou primordiales, par l'é- 
tude desquelles nous devons commencer. 

I. liéalons primordiaiea. — A. Le cancroïde papillairCj bien étudié 
par Yirchow, est la forme la plus superficielle. Il se montre d'abord soos 
l'apparence d'une hypertrophie des papilles de la peau. Une préparaticm 
faite pour l'examen microscopique montre des papilles présentant encore 
leur apparence fibroïde, mais augmentées de volume et parcourues par 
des capillaires plus gros et plus nombreux qu'à l'état normal. 

De son côté, l'épiderme, participant à celte espèce d'exubérance, forme 
des gaines épaisses constituées par la superposition de nombreuses la- 
melles épithéliales. 

Ainsi, hyperémie des papilles (surtout vers leur base), hypertrophie 
de ces petits organes et épaississement de l'épiderme, tels sont les trois 
faits constitutifs de cette lésion. On peut remarquer qu'il n'y a rien là 
de caractéristique, et, comme Ta fait observer Yirchow, on ne peut dif- 
férencier ces productions ni de la simple tumeur papillaire, ni du con- 
dylome. 

Ce n'est point encore du cancroïde ; mais au bout d'un temps variable,. 
à cette lésion se joint la formation , dans l'épaisseur des papilles et du 
derme lui-même, de petits éléments épithéUaux d'abord sphériques, qui 
plus tard s'aplatissent sous forme de lamelles, et qui en se multipliant 
finissent par se creuser des cavités ou alvéoles (cavités macroseaj^^ies 
de Yirçhow) dans lesquelles s'entassent en grand nombre les éléments 
épithéliaux. 

B. CancrcUde dermique. — Bien que débutant à la surface même du 
derme, le cancroïde peut ne pas s'accompagner d'hypertrophie des pa- 
pilles, et généralement alors il s'empare assez promptement de toute 
l'épaisseur de la t)eau. Cette variété, que j'ai désignée sous le nom de 



Digitized by VjOOQIC 



CANCROIDE. — lisio^Ns primordiales. 21 i 

cancroîde dermique, correspond au cancroîde diffus deLebert; et, quoi- 
qu'il soit rare de la trouver à Tétat d'isolement, elle me parait mériter 
une description spéciale. 

Au niveau du point malade, Tépiderme, épaissi, se décolle avec la plus 
grande facilité et renferme souvent, surtout dans les couches profondes^ 
ces agglomérations de lamelles que nous étudierons plus loin sous le nom 
de globes épidermiques. Le derme épaissi lui-même, est friable et d'un 
blanc laiteux^; il se montre constitué par une matière amorphe, fibroîde» 
granuleuse, ne contenant pas encore d'éléments épithéliaux. 

Si j'en juge par ce que j'ai vu, on trouve donc dans cette forme du 
cancroîde, comme lésion primitive, un épaisissement de la couche épi- 
dermique coïncidant avec une sorte d'hypertrophie du derme. Il est imr 
possible de ne pas voir l'analogie qui existe entre ce fait et celui que nous 
avons indiqué au début du cancroîde papillaire. Plus tard, des éléments 
épithéliaux infiltrent la substance du derme; celui-ci est quelquefois coo- 
▼erli complètement en matière amorphe ; d'autres fois il contient encore 
quelques libres conjonctives et surtout des fibres élastiques, ou enfin des 
cellules fusiformes de tissu conjonclif embryonnaire. Enfin, des alvéoles 
s'y produisent à une époque plus avancée par le même mécanisme que les 
cavités profondes du cancroîde papillaire. 

C. Cancroîde folliculaire. — Ce nom, proposé par Lebert, doit être 
appliqué aux cancroïdcs qui débutent par une lésion des glandes annexées 
aux téguments ou des iollicules pileux. 

Yemeuil et Remak ont, presque à la même époque, appelé l'attention 
sur les lésions des glandes sudoripares. Une hypcrgénèse épilhéliale se 
produit d'abord dans l'intérieur de la glande. Le tube qui constitue cette 
glande augmente de volume, ses parois s'amincissent et se laissent dis- 
tendre en des points circonscrits, ce qui leur donne un aspect variqueux 
et bosselé ; ces bosselures, d'abord sessiles, s'allongent, prennent la forme 
de doigts de gant, se renflent à leur extrémité et semblent alors se ratta- 
cher au tube par un pédicule rétréci. Les diverticules développés autour 
du tube primitif sont quelquefois si multipliés, que la préparation offre 
l'aspect d'une glande en grappe. 

Plus tard les parois de la glande se trouvent détruites par distension 
excessive, et les éléments épithéliaux s'insinuent dans les tissus voisins 
et les envahissent graduellement. 

La lésion des glandes sébacées est ordinairement secondaire et acces- 
soire, mais elle peut être primitive. Comme pour les glandes sudoripares, 
il y a d'abord une simple hypertrophie par hypergénèse de l'épithélium 
glandulaire; puis les parois deviennent minces, se détruisent, et enfin 
l'épithélium gagnant les tissus voisins, le cancroîde se trouve constitué. 

Les follicules pileux eux-mêmes peuvent sans doute être le point de 
départ de lésions analogues, ainsi que cela semble résulter de Texameu 
d'une pièce analysée par Remak. Je n'ai jamais constaté leur altération. 

D. Cancroîde par hétérotopie. — Dans tout cancroîde confirmé il y a 
hétérotopie véritable, puisque des éléments épithéliaux se rencontrent 



Digitized by VjOOQIC 



$12 CANGROiDE. — cancroIde cohhriié ou adulte. 

dans des lissus où Ton n^en trouve pas à l*état normal ; mpis ce fait est 
la conséquence des progrès de la lésion, car, au début, l'épithélium s'était 
multiplié en des points où il préexiste. Dans la variété que nous siofnalons 
actuellement, les cellules épithéliales se produisent dès Tabord sans la- 
cune connexion avec l'épithélial normal, dans le tissu conjonctif, pir 
exemple, ou dans un os, ainsi que cela a été vu par Yirchov^ pour le tibia. 
Ordinairement cette variété débute sous une forme enkystée, et ce n'est 
que plus tard, par suite de Taccumulation de l'épithélium, que les élé- 
ments cellulaires usent la membrane qui les a isolés pendant un temps 
plus ou moins long, et s'infiltrent dans les tissus. 

II. Oanorolde oonllriiié oa mdalle. — Le cancroîde adulte est 
ce qu'on trouve décrit dans presque tous les ouvrages où Ton s^est occupé 
de Tanatomie pathologique de cette affection. 

La tumeur se présente rarement sous forme d*une petite masse bien 
circonscrite; c'est plutôt une tuméfaction diffuse ou une ulcération à base 

indurée, qui souvent s'étend 
-^ J^ beaucoup plus en largeur qœ 

dans les couches profondes. Sa 
consistance est ferme, élastiqœ 
et comme fibreuse. A rextérieor, 
le produit morbide offre ordi- 
nairement une couleur roo^'^ 
sombre, due au développement 
des capillaires superficiels; si 
l'un des points de sa surface est 
ulcéré, on y trouve habituel- 
lement des éminences papilli- 

FiG. 38. — PapiUc hypertrophiée, grossie trois cents formes qui, examinées au mi- 
fois. —A, papille.— a, fl, Cellules épidermiques croscope, se montrent COUTertes 
arrondies, — c, c, Cellules épidermiques vues de , u^î^ii^ A^UkAi:«i«« /«/, '^Si 
profil, d'apparence fusiforme. avec leurs noyaux, de lamelles épithelialcs (fig.oSl. 

B, Cellules épidermiques isolées. — a, Paroi de la Ceséminences résultent quelque 
ceiiuie. — *, Noyau (Lebert). f^jg j^ Thypertrophie des pa- 

pilles de la région; mais, le plus 
souvent, ce sont des productions nouvelles nées de la surface de ruicèw 
cancroîde, et quand elles sont nombreuses et très-développées, elles font 
donner à la lésion le nom de cancroîde papillaire. 

Les cancroïdes des téguments externes sont le plus souvent recouverts 
de croûtes brunes ou jaunâtres, qui peuvent acquérir une épaisseur telle 
qu'on les a confondues avec de véritables cornes. 

Divisé avec le scalpel, le tissu malade crie souvent quand on le conp^) 
comme le tissu squirrheux ; d'autres fois il ne présente pas ce caractère. 
Dans le premier cas, la surface de section est dense, sèche, blanche, comine 
fibreuse; dans l'autre, on trouve un parenchyme opalin, gris blanchâtre, 
mollasse, parcouru çà et là par de petits vaisseaux. 

En examinant avec soin la surface de section, on remarque habitueUe- 
ment, mais non toujours, de petits grains arrondis ou allongés, venm- 



Digitized by VjOOQIC 




CONCROÏDE. 



COKCAOIOE COifFlBllé OU ADULTE. 



213 



formes, d'un blanc perlé ou jaunâtres, qui peuvent atteindre, et même 
dépasser, le volume d'une tête d'épingle. Ces petits corps, qu'on peut 
extraire de leur cavité avec la pointe du scalpel, et qui se réduisent en 
pulpe à la plus légère pression, se dissocient dans Teau sous forme de 
lamelles, sans se mélanger intimement avec ce liquide. Ils sont consti- 
tués par un amas de cellules épithéliales. Si Ton comprime la tumeur, 
il n'est pas difficile d'en faire sortir d'autres, qu'on n'apercevait pas 
d'abord, sous forme de petits vers qui ont la même origine et la même 
composition {vermiothes cancrdides de Virchow). 

Quand on gratte avec le tranchant du scalpel la surface coupée, on ne 
peut extraire de la tumeur qu une très-petite quantité d'un liquide qui ne 
ressemble point au suc dit cancéreux, car il est assez transparent et tient 
en suspension quelques grumeaux caséiformes de même nature que les 
petits grains jaunâtres disséminés au milieu de la tumeur. 

Examiné au microscope, ce liquide présente des éléments variés. Ceux 
qui en font la base, les éléments épithéliaux, se montrent àMifférentes 
périodes de développement. Ce sont : 1° des noyaux libres, sphériques 
ou ovalaires, de petit volume, dont les nucléoles, ordinairement uniques, 
sont petits et de couleur blanche; 2^ des cellules plus ou moins exactement 
arrondies ; 5'' d'autres cellules devenues polygonales par la pression réci- 
proque de leurs parois ; 4® enfin des lamelles épithéliales qui se rencon- 
trent ordinairement en très -grand nombre et sont caractéristiques 
(fig. 39). Ces lamelles .ressemblent beaucoup à celles qu'on trouve à la 




FiG. 59. — Cellules épithéliales d'une intiltration épidemnique de la langue 
(Lebirt, Ânatomie pathologique), 

surface de la langue ; elles sont très-minces,'ordinaijrement pourvues d'un 
noyau ovoide, petit; quelques-unes cependant ne contiennent pas de 
noyau. D'autres lamelles sont plissées, ratatinées, contournées sur elles- 
mêmes. On rencontre souvent, en outre, des cristaux de cholestérine. 

Dans le cancroïde type, les éléments essentiels diffèrent donc des élé- 
ments dits cancéreux par la présence de lamelles épithéliales, la petitesse 



Digitized by VjOOQIC 



214 CANCROIDE. — cancroïde confirmé ou adulte. 

«i la régularité plus grandes des cellules, et surtout parle petit volume 
des noyaux et des nucléoles. Ajoutons que, le plus ordinairement, dans 
le cancer épithélial, la cellule est pourvue d un seul noyau, et celui-ei 
d^un seul nucléole. 
Dans la plupart des tumeurs que nous étudions, on trouve çà et là des 



FiG. 40. — Éléments d'une (umear épidermique de U face dans les couches pro- 
fondes du derme. — a, Globules épidermiques grossis cinquante fois. — b. Globules 
épidermiques grossis trois cenU fois (Lebert, Anatomie pathologique, pi. XVni). 

cellules épithéliales agglomérées spus forme de petites masses arrondies 

que Lebert a mentionnées le pre- 
mier, et qu'il a appelées globes éjn- 
dermiques (fig. 40). a Ces globes, 
ovoïdes ou sphériques, ne sont com- 
posés que d*un véritable tassement 
concentrique de feuillets épidermi- 
ques, qui, dans la partie périphé- 
rique, sont si étroitement juxtapo- 
sés, que ces globes en prennent un 
aspect tout à fait fibreui; et ce 
n'est que vers le centre, et plus 
généralement lorsqu'on ajoute de 
l'acide acétique, que l'on y recon- 
naît les cellules propres de l'épi- 
derme. » Dans le globe épidermique, 
les lamelles épithéliales forment 
donc des couches emboîtées et so- 

Pre. 41. — Cancroîde à cellules pavimenteuses pcrposées COmme les écailles d'uE 
(grossissement de 250 diamètres). oignon. 

Quand le cancroîde se développe 
dnsune région pourvue d'un épithélium cylindrique, les cellules, dans leur 



Digitized by VjOOQIC 



CANCROIDE. — CAMCRoiDB coKPiiaii ou adulte. 215 

hypergénèse, coiiser?ent habiUielIement leur forme normale, ce qui donne 
aux éléments de la tumeur ua ca- 
ractère tout spécial (fig. 41 et 42). 

Dans le suc extrait des cancroïdes 
on peut trouver, en outre, comme 
accessoires, de très-petits éléments 
cellulaires et nucféaires, des élé- 
ments embryo-plastiques,des fibres 
4e tissu] connectif et de tissu élas- 
tique, de la matière amorphe, des 
«matières grasses. 

Les vaisseaux sont de la nature 
des capillaires, peu nombreux et 
de petit volume. 

Un fait important de l'histoire du '7gJ!:-^:SlT''4.*di*:^t^,^--îitï:^ 

Cancroîde, c'est que les limites de la iules cylindriques déUchées. — b, Cavité fol- 

iésion ne sont ni régulières, ni bien 'Meuleuse vue suivanl sa longueur. — c. Cavilé 

. ,, *.i*iA' Ai_i semblable vue sur une section transversale. 

tranchées : ça et la le tissu patholo- Toutes sont tapissées par une couche de cd- 

gique s'enfonce sous forme de traî- luies cylindriques. 

nées blanches ou jaunâtres, espèces 

de rayons qui vont porter au loin le germe du mal, et sont de la plus haute 



FiG. 43. — Cancroïde i cellules cylindriques (grossissement de 80 diamètres). — g g, Glapdes en 
tubes hypertrophiées. — p, Papilles libres à la surCice ulcérée ou végétant sur la pafW des ca- 
vités h. Les papilles et la paroi des cavités sont tapissées par les mêmes cellules cylindriques. 

importance dans la question de récidive. Les limites de l'altération sont 
•donc représentées habituellement par une ligne très-inégale, qui donne la 
mesure du degré de résistance opposé par les organes à Faction destruc- 
tiye du cancroïde. C'est un point qui mérite d'être étudié, parce qu'il 
rend, jusqu'à un certain point, compte de la façon dont les récidives se 
produisent. Examinons les limites du cancroïde, successivement sur les 
bords et dans les couches profondes. La peau qui environne le tissu mor- 



Digitized by VjOOQIC 



'216 CANCROIDE. — caïvcroÎde co^fibhé od adulte. 

bide est altérée dans une certaine étendue : Tépidenne, épaissi, se déto- 
che facilement ; le derme est blanc, opaque, friable, granuleux, infiltré 
d'éléments épithéliaux dans une zone parfois beaucoup plus étendue qn'oi 
ne pourrait le supposer au premier abord. Cette diffusion du mal, qu'il 
est facile de reconnaître sur la. plupart des pièces, est de la plus hîale 
importance, et n'a peut-être pas encore attiré suffisamment Tattaitioo 
des praticiens. Prévenu de ce fait, le chirurgien doit explorer avec som 
les environs du cancroïdc, tenir compte de la vascularisation de ses borè, 
et surtout de cet état de l'épiderme que j'ai signalé et que je crois très- 
propre à fournir de bonnes indications. 

Du côté des couches profondes, le cancroïdc se propage de préférence 
dans le tissu cellulaire. Ainsi c'est à la faveur des traînées celluleuses que 
se font ces prolongements qui s'irradient au loin, entre les faisceaux 
musculaires, ou bien le long des vaisseaux et nerfs de la région. Ab 
lèvre inférieure, par exemple, après avoir franchi la commissure, le can- 
croïdc s'étend horizontalement dans Tépaisseur de la joue, en suivant le 
tissu conjonctif lâche qui unit les fibres du muscle buccinateur; et d^un 
autre côté, dans Fépaisseur de la lèvre, il rencontre le faisceau des Tais- 
seaux et nerf mentonniers, qui, à la faveur de son tissu cellulaire, le 
conduit jusque dans le canal dentaire, où il fait de nouveaux progrès. 

Ces lésions du tissu cellulaire offrent une importance pratique qu'on 
ne peut nier : l'opérateur doit les connaître ; et s'il est vrai que le can- 
croïdc reparaît le plus souvent parce qu'il a été incomplètement enleTé, 
peut-être sera-t-il possible de diminuer les chances de récidives, en ^mi 
égard à la direction dans laquelle se fait l'extension du mal. 

Ce n'est pas la seule voie de propagation du cancroïdc : de proche en 
proche l'altération envahit tous les autres tissus ; il n'y en a pas un seul, 
muscles, os, aponévroses, etc., qui soit plus respecté par le cancer ^i- 
thélial que par les cancers les plus malins ; mais leur degré de résistance 
est très-variable. Les muscles ne se laissent détruire qu'avec une certaine 
lenteur. Les artères résistent assez longtemps ; elles finissent cependant 
par être atteintes, mais leur destruction ne s'opère le plus souvent qu'après 
l'effacement de la cavité du vaisseau : aussi les hémorrhagies sérieuses 
sont-elles rares dans le cours du cancroïdc. Toutefois Paget a vu trois fois 
des hémorrhagies de l'artère fémorale dans des cancroïdes secondaires 
des ganglions de l'aine. Les veines et les lymphatiques sont envahis parle 
mécanisme indiqué à l'article Cakcer. Les tissus fibreux, aponévroses, 
ligaments, etc., résistent assez longtemps; ainsi, à la verge, Lisfranc 
avait remarqué que le cancer reste longtemps limité aux couches super- 
ficielles, et la connaissance de ce lait avait été le point de départ duo 
mode opératoire qui consiste à respecter les corps caverneux. 

Quoique fibreux, le périoste est assez promptement atteint, car il offre 

de nombreux vaisseaux qui ne lui sont pas destinés, il est vrai, mais 

dont le passage trace une voie aux progrès du mal. C'est par cette voie 

' que les os finissent par être atteints eux-mêmes. Les canaux de Havers 

s'élargissent, on voit s'y enfoncer des espèces de cônes composés deccl- 



Digitized by VjOOQIC 



CANCROÎDE. CAKCROÏOE CONPIRMé ou ADULTE. 217 

Iules épithéliales tassées et assez régulièrement disposées côte à côte; le 
tissu osseux se raréfie donc par un mécanisme qui offre, avec celui de 
l'ostéite, une certaine analogie. A une époque avancée, les lamelles qui 
persistent entre les canaux de Havers élargis deviennent de plus en plus 
minces, se brisent, et de petits fragments osseux, privés de leurs con- 
nexions, tombent sous forme d'un détritus plus ou moins grossier dans 
les cavités dont l'os s'est creusé. 

Telles sont les lésions qu'on rencontre dans le plus grand nombre des 
cas; il reste à dire quelques mots de certaines variétés de cancroïdes qui 
ont une structure en quelque sorte anomale. 

Les cancroïdes de la partie supérieure du visage contiennent quelque^ 
fois un fort petit nombre de cellules épithé- 
liales. Il y en a d'autres dont les lamelles, 
longues et minces, légèrement renflées à leur 
partie moyenne, peuvent au premier abord 
être prises pour des éléments fibro-plas- 
tiques lùg. 44). II suffit d'un peu d'attention 
pour éviter cette erreiir. Quelques-uns ren- 
ferment des éléments offrant tout à fait les 
caractères de ceux qu'on a appelés cancé- 
reux. Ces éléments ainsi modifiés peuvent 
être en nombre très-considérable, mêlés aux 
lamelles épithéliales et aux globes épider- 
miques. — Enfin des tumeurs se rattachant, 
du reste, entièrement au cancer épithélial, 
peuvent offrir un dépôt pigmentaire, de façon 
à constituer de véritables cancroïdes méla- 
uiques. 

U infection ganglionnaire est très-com- 
mune dans le cancroïde, mais sa fréquence Fig. 44. — Éiémenu d'une tumeur 
relative a été très-diversement appréciée, épidermique de la ftce. — a, Cei- 
Dans mes observations personnelles celle in- rproff- ? Les'''É IZ 
fection existait dans un peu plus du tiers de face (Lcbbrt, Anatome patho- 
des cas, ce qui ne veut pas dire que les ^inç^f pl- XVIII.) 
deux tiers des cancroïdes échappent à cette ^ 

complication. II me paraît probable, au contraire, que tout cancroïde 
dont la marche ne serait entravée par rien finirait par occasionner l'en- 
gorgement des glandes lymphatiques correspondantes; toutefois il est 
bien difficile de démontrer l'exactitude d'une pareille assertion, puisqu'on 
peut voir des malades qui portent des cancroïdes depuis vingt ou trente 
ans sans que le système lymphatique soit envahi. Ici, comme pour les 
autres cancers, l'engorgement peut être sympathique ou spécifique. 

Vinfection générale est infiniment plus rare, car je n'en connais que 
orne observations, ce qui établit un contraste frappant entre le cancer 
épithélial et les tumeurs encéphaloïdes ou squirrheuses, qui entraînent si 
souvenMa formation de tumeurs secondaires dans les organes internes. 



Digitized by VjOOQIC 



318 CANCROÏDE. — puïsiologib pathologique, simptomatologib. 

C'est un caraclère différeniiel qui a une immense valeur, et suffirait k kn 
seul pour faire du cancroïde une affection spéciale. Les tumeors secon* 
daires, développées dans les organes internes, rappellent, par leur siège 
et leur multiplicité, les lésions qu*on rencontre si souvent chez les ma- 
lades qui ont succombé au squirrhe du sein ; elles occupent de préferenoe 
les poumons, le foie, les plèvres, les os, le coeur. Ces tumeurs ont urne 
structure analogue à celle des cancroïdes cutanés et muqueux. 

On ne doit pas confondre avec Finfection proprement dite les cas où il 
est question de cancroïdes multiples, développés à la fois sur plusiems 
points du tégument externe; ce sont des faits à part, qui n'iropKquent pas 
la nécessité d une infection générale. 

Physiologie pathologiqce. — Quand on suit le cancroïde dans ses di- 
verses phases, on ne tarde pas à y reconnaître trois âges, ou, si Ton 
veut, trois périodes distinctes. Dans la première, nous assistons à la 
naissance de la lésion, qui n'a encore rien de caractéristique. La seconde 
est caractérisée par l'infiltration épithéliale : c'est Tâge adulte du can- 
croïde, dont les caractères nous sont connus. Dans la troisième enfin, ou 
période de destruction, Tulcération se produit pA* le mécanisme signalé 
à Particle Cancer, par usure des tissus qui constituent la trame de la tu- 
meur. C'est au même mécanisme qu'est due la formation, au centre de 
certains cancroïdes, de ces masses jaunâtres que Ton a comparées i an 
mastic, et qui sont uniquement composées d'épithélium. Le tissu du 
cancroïde tend donc à se détruire lui-même; mais, comme pour les autres 
cancers, cela n'aboutit point à une guérison, car pendant que la destruc- 
tion fait un pas, la lésion en fait deux, de sorte que le mal tend sans 
cesse à s'accroître. 

Le même mécanisme rend compte d*un fait qu'on observe souvent du 
côté des glandes lymphatiques. Quand ces organes sont infectés par Toi- 
sinage, l'hypergénèse épithéliale se produit au milieu d*une trame déli- 
cate qui n^oppose qu'une faible résistance à ces éléments parasites déve- 
loppés dans son sein. La coque fibreuse du ganglion résiste au contraire 
assez longtemps avant de se laisser détruire par le produit morbide. B 
en résulte qu'au moment où cette coque ganglionnaire a été usée, lorsque 
le travail ulcératif a détruit la peau sus-jacente, on voit sortir un liquide 
épais tenant en suspension des grumeaux caséeux, ou même une matière 
crémeuse, assez homogène, qui peut être prise pour du pus : mais le 
trajet fistuleux se perpétue, et loin de se cicatriser, l'ulcération s'élargit 
et prend tous les caractères du cancroïde. 

Sympt(»iatologie. — Nous pouvons encore prendre comme type le can- 
croïde cutané, nous réservant de signaler en passant ce qu'il y a de spé- 
cial au point de vue symptomatique dans celui des autres régions. 

L'affection débute sous des formes variables, insidieuses, qui peuvent 

se combiner entre elles, et dont l'étude a de l'importance, car il serait 

à désirer qu'on pût en reconnaître la nature au moment même de leur 

apparition. 

A. Souvent ce sont des bouquets de papilles hypertrophiées, reposant 



Digitized by VjOOQIC 



CANCROIDE. — STMPTOIIATOLOGIE. S19 

oo non sur une base unique et englobées dans une gaine épidermique ; ou 
bien des gnuratations groupées au nombre de cinq ou six, grosses comme 
des grains de millet, faisant à la surface de la peau une saillie hémisphé- 
rique. C'est à ces formes qu'on a donné le nom de tumeuns pajMaireSy 
nom qui mérite d être conservé, parce qu'il rappelle Torigine de la lé^ 
sion. La couleur de ces petites productions est grisâtre ou rosée, et Ton 
' distingue souvent dans leur voishiage des stries dont la teinte est plus 
vive et qui sont formées par des capillaires dilatés. 

Cette forme peut s'observer partout, mais on la rencontre surtout au 
dos de la main, au talon, et à la lèvre inférieure. 

B. D'autres fois on observe dès l'origine une petite squame épider- 
mique dont les bords sont nettement délimités ou confondus d'une façon 
insensible avec l'épiderme des parties voisines. Cette écaille ne lait sou- 
vent aucune saillie et même semble excavée; dans quelques cas, au con- 
traire, la squame d'épiderme est assez épaisse. La surface en est tantôt 
molle et in^le, tantôt unie, sèche, fendillée et d'un aspect nacré. 

C. Enfin le cancroïde délmte quelquefois par un tubercule grisâtre ou 
rosé, dont le volume varie depuis la grosseur d'un grain de froment jus- 
qu'à celle d'une petite noisette. Cette production fait ordinairement à la 
surface cutanée une saillie hémisphérique ou inégale et comme lobulée, 
quelquefois déprimée à son centre; rarement elle est pédiculée. Presque 
toujours on trouve à sa surface une pellicule au-dessous de laquelle est 
mae surface à peu près unie. 

Quand elle a pour point de départ les glandes sudoripares, la lésion 
présente souvent une certaine largeur, parce qu'elle occupe un assez 
grand nombre de ces petits organes. Dans ce cas, la surface malade est 
ordinairement limitée par un bourrelet épais, ondulé et sinueux, de 
couleur rougeâtre. 

Ainsi, au début, le cancroïde peut offrir les formes papillaires, squa- 
meuse on tubéreuse. 

Quelquefois, peu de temps après son apparition, la lésion offre l'as- 
pect d'une fissure grisâtre ou pointillée de rouge, dont les bords, coupés 
à pic et indurés, n'ont aucune tendance à la cicatrisation. Ce n'est point 
une forme anatomique spéciale : la petite ulcération dont je parle se voit 
presque toujours au voisinage des orifices naturels où les tissus sont ex- 
posés à des alternatives continuelles de resserrement et de distension. 
C'est aux lèvres et à la langue que celte variété se rencontre le plus 
souvent. 

Presque toujours le cancroïde est unique; il n'est cependant pas rare 
de trouver des sujets qui portent à la fois deux ou plusieurs de ces pro- 
ductions parfaitement distinctes. Paget a même vu sur quelques ramo- 
neurs une centaine ou plus de productions verruqueuses paraissant être 
des cancroïdes au début. 

Dans l'origine, l'affection ne révèle sa présence que par de petits pico- 
tements et un léger prurit ; tout cela parait si insignifiant que bien sou- 
vent le chirurgien n'est pas consulté. Le malade, cédant au désir de s^ 



Digitized by VjOOQIC 



320 CÂNGROiDE. — stmptoiiatologie. 

gratter, arrache de temps en temps la pellicule qui recouvre la tumeur; 
la surface grenue mise à découvert ne tarde pas à se recouvrir d^une 
nouvelle écaille. 

La lésion peut rester stationnaire pendant plusieurs années ; mais il 
-arrive un moment où une ulcération superficielle s'établit. Cette surface 
ulcérée laisse écouler une faible quantité d'une humeur claire, citrine, 
qui se concrète à la surface et donne lieu à la production de croûtes iné- 
gales de couleur jaune ou grisâtre, quelquefois même presque noire, 
quand une petite quantité de sang s'y est mêlée. 

Ces croûtes de nouvelle formation peuvent acquérir une épaisseur qui 
leur donne une certaine ressemblance avec des cornes ; elles produisent 
des tiraillements et des démangeaisons, tombent d'elles-mêoies ou sont 
arrachées par le malade, se reproduisent; la même série de phénomènes 
se renouvelle ainsi à quelques jours d*intervalle, et à chaque fois Tolcénh 
tion fait de nouveaux progrès. 

L'envahissement du cancroïde est donc continuel, et, quand ses pre- 
mières périodes ont été abandonnées à leur marche naturelle, Fulcère, 
qui en est le résultat, présente dc^ caractères dont la vue seule peut don- 
ner une juste idée. 

La surface ulcérée a des dimensions qui peuvent aller depuis 1 os 
2 centimètres jusqu'à 10 ou 12, quelquefois même plus. Le fond de cet 
ulcère est taillé de la façon la plus irrégulière : en quelques points ce 
sont des excavations profondes ; ailleurs, des bourgeons charnus exubé- 
rants, saignant au moindre contact, qui dépassent le niveau des parties 
saines voisines. Cette surface est tantôt rouge terne et violacée; tantôt 
grisâtre, pointillée de rouge, ou couverte d'un enduit pulpeux; elle sé- 
crète un liquide sanieux, d'une odeur fétide, analogue à celle qu'on a re- 
gardée comme spéciale aux tumeurs squirrheuses et encéphaloïdes ulcé- 
Tées. Dans les espèces de cavernes dont est creusé Tulcère, il n'est pas 
rare de remarquer une matière blanchâtre, caséeuse, composée de gru- 
meaux, offrant une ressemblance grossière avec un peloton de fil, et 
constituée par un détritus d'éléments épithéliaux qu'on enlève avec fa- 
cilité. 

Les bords de Tulcère ont la forme de bourrelets saillants, rugueui, 
inégaux, renversés en dehors, d'une dureté squirrheuse, et sont parsemés 
de bourgeons exubérants ; ici taillés à pic, ailleurs ils conduisent par 
une pente douce des parties saines vers le fond de l'ulcère ; leur côté 
interne, qui répond à l'ulcère, continuellement lubrifié par les liquides 
sécrétés, reste humide et rosé ; leur face périphérique se dessèche, se 
couvre de croûtes provenant de la dessiccation de l'humeur sanieuse qui 
a coulé sur les parties voisines, ou bien on y voit quelques écailles épi- 
dermiques, tout à fait analogues à celles tpxi marquent le début de li 
plupart des cancroïdes, et dont l'anatomie pathologique nous a donné h 
Taleur. 

Au delà de ces bords indurés, fréquemment la peau est marquée^de 
stries vasculaires qui peuvent s'étendre au loin, comme dans les cas où le 



Digitized by VjOOQIC 



CANCROfDE. — màbchb, TBBmifAisoKS. 221 

tégument, soulevé par une tumeur cancéreuse, est aminci et sur le point 
de s*ulcérer. 

A une période avancée, la base dure sur laquelle repose Tulcère perd 
la mobilité qu'elle avait au début. On sent une masse empfttée, diffuse, 
qui confond toutes les couches anatomiques de la région. S'il est vobin 
de quelque partie du squelette, Tulcère attaque le tissu osseux, le cor- 
rode; on peut, avec le stylet, en détacher des parcelles; des cloi- 
sons osseuses disparaissent et établissent des communications anomales 
entre des cavités voisines, telles que les fosses nasales et la cavité 
buccale. 

Ce travail de destruction ne s'accompagne pas toujours de douleurs 
très-vives. Certains malades éprouvent seulement un peu de prurit au 
Toisinage de l'ulcère et de loin en loin quelques petits élancements, tan- 
dis que d'autres sont en proie à des souffrances horribles et ressentent 
des douleurs lancinantes aussi aiguës que celles qui accompagnent les tu- 
meurs squirrheuses et encéphaloïdes. 

L'ulcère cancroïde n'a pas toujours les mêmes caractères : tantôt il y a 
formation de bourgeons charnus exubérants et papillaires qui peuvent 
dans leur développement excessif dépasser le niveau des parties saines 
Yoisines ; c'est la forme végétante. D'autres fois l'ulcère se creuse pro- 
fondément et devient anfractueux, ce qui constitue la forme rongeante de 
Taffection. 

Au point de vue symptomatique, le cancroïde des muqueuses ofire 
avec celui de la peau de nombreux points de contact; mais l'ulcéra- 
tion y est précoce. Quant aux caractères spéciaux, ils ne peuvent être in- 
diqués ici. 

Marche, tershnaisons. — Un des traits les plus caractéristiques du 
cancroïde est la lenteur habituelle de sa marche, non-seulement au début, 
mais encore lorsque Fulcération s'est produite. Boyer a vu un bouton ne 
s'ulcérer qu'après vingt-sept ans. De pareils exemples sont fort rares, 
mais on peut assez souvent voir le cancroïde ne dépasser cette preiçière 
période qu'après plusieurs années. 

Cependant, par exception, le cancer épitbélial peut suivre une marche 
très-rapide. 

Fréquemment des cancroïdes qui ont marché tout d'abord avec la 
lenteur habituelle prennent tout à coup un grand accroissement. Quel- 
q[uefois on ne peut se rendre compte de ce changement, mais presque 
toujours on en trouve la cause dans une irritation mécanique portée sur 
la partie malade. Il est en effet remarquable de voir l'influence que les 
irritations locales de toute nature ont sur la marche de cette aflection, et 
c'est pour cela que les anciens chirurgiens donnèrent à cette espèce de 
cancer le nom de noli tangere. 

Le siège du cancer épitbélial a de l'influence sur sa marche : quand la 
lésion occupe la peau, le nez et les joues en particulier, elle parcourt ses 
périodes avec une extrême lenteur. Sur les muqueuses ou à leurs ori- 
fices, l'affection suit une marche beaucoup plus rapide ; ainsi, de tout 



Digitized by VjOOQIC 



322 CÂNGROiDE. — mabche, teb]iiiiai90ks« 

temps, on a remarqué combien le cancroide des lèvres est plus grave que 
celui du tégument externe. 

La nature de la lésion a également de rimportance ; le cancroide der- 
mique parcourt ses périodes avec rapidité, si on le compare aux autrei 
formes et surtout au cancroide papillaire. 

A une époque variable de son évolution, le cancroide s'accompagne 
d'engorgement ganglionnaire et de cachexie. 

V engorgement ganglionnaire est la moins grave des deux conséqueaces 
ultimes du cancer épithélial. Tout semble encore se passer dans la ré- 
gion atteinte, car c'est le ganglion le plus voisin de la partie malade qui 
est tout d'abord envahi. L'époque où l'infection du système lymphatique 
se produit est très-variable. Dans mes relevés, la plupart des engorge* 
ments ganglionnaires existaient chez des sujets malades depuis un à Irob 
ans. Toutes choses égales d'ailleurs, on comprend que les chances de 
cette complication deviennent d'autant plus grandes que la lésion est pins 
ancienne ; mais il n'y a là rien d'absolu. 

L'envahissement des glandes lymphatiques est d'autant plus prompt 
et plus sûr que le cancroide suit lui-même une marche plus rapide. D eo 
résulte que ce sont surtout les cancroïdes des lèvres et de la langue qui 
donnent lieu à l'infection ganglionnaire, tandis que ceux du tronc et des 
membres ne la produisent que fort tard. 

Au début, les glandes engorgées ont une consistance ferme ; plus tard 
elles se ramollissent, deviennent adhérentes à la peau et s'ulcèrent. 

La cachexie se montre comme dans tous les autres cancers et n'oflire 
rien de spécial. Il est fort rare, même quand la cachexie est profonde, 
que des tumeurs secondaires se développent dans les organes internes; si 
pourtant elles se produisent, elles hâtent la terminaison fatale par leur 
multiplicité même ou par les troubles qu'elles apportent dans les font* 
tiens d'organes importants. A l'autopsie, on trouve alors des tumeurs 
qui ont ordinairement la structure des cancroïdes, mais quelquefois ce 
sont des encéphalôides véritables, ainsi que Paget et Schrôder van der 
Kolk en ont vu chacun un exemple. 

La mort est la terminaison naturelle de cette afiection, alors même 
qu'il ne survient aucune complication qui permette de l'expliquer ; mais 
elle est quelquefois hâtée par des troubles spéciaux dépendant du siège 
de la lésion : si la lèvre inférieure est détruite dans une grande étendue, 
l'écoulement continuel de la salive au dehors peut amener un afEaiblisse- 
ment dont les conséquences sont promptement funestes; un cancroide de 
l'oesophage peut faire périr d'inanition avant que la lésion soit encore 
bien avancée. 

Quelquefois, entin, des complications y telles que l'érysipèle et les hé- 
morrhagies, peuvent tuer prématurément le malade. 

Jusqu'à ces derniers temps, la guérison du cancroide sans opération 
n'avait été observée que deux fois à ma connaissance, par Lebert et 
Velpeau. Récemment, on parait en avoir guéri un certain nombre ptf 
l'emploi du chlorate de potasse ; nous reviendrons sur ces faits. 



Digitized by VjOOQIC 



CÂNCROiDE. MARCHE, TBRMI!fA1S0ICS. 223 

La gangrène a été vue, mais elle est fort rare. Elle ne frappe ordi- 
nairement qu'une partie de la production et n'empêche point la terminai- 
son fatale. 

Enfin une cicatrisation partielle peut se faire sur un ulcère cancroide, 
mais elle n'est que temporaire, et le mal ne tarde pas à reprendre bientôt 
aa marche envahissante. 

Étiolooie. — 1* Siège. — La peau est le siège de prédilection du can- 
eroïde, et la face à elle seule l'emporte sur tous les autres points de l'é- 
conomie, puisque sur 250 faits j'en ai trouvé 190 pour la face et 60 pour 
tous les autres points du corps réunis. 

Les régions les plus maltraitées sont les suivantes : lèvres 85, pau- 
pières i9, nez 22, joues 29, cavité buccale 22, etc. Comme on le voit, 
l'affection est surtout très-commune aux lèvres, et c'est presque toujours 
à la lèvre inférieure qu'on l'observe, sans qu'on puisse s'expliquer cette 
prédilection d'une façon satisfaisante. J'ai trouvé la moitié gauche de la 
lèvre inférieure plus souvent atteinte que la droite, dans la proportion 
de 5 à 1. — Aux paupières, il y a également prédominance en faveur 
de la paupière inférieure, mais dans une proportion moindre qu'aux 
lèvres. 

Pour les régions autres que le visage, le cancroîde se rencontre le plus 
souvent à la face dorsale de la main et des doigts, au talon, au prépuce, 
à la vulve. 

Ce qu'on a appelé en Angleterre cancer des ramoneurs, n'est autre 
ehose qu'un cancroîde du scrotum. Cette affection parait très-rare en 
France. 

2* Age. — Le cancroîde est une affection de la seconde moitié de la 
vie. C'est de 40 à 60 ans qu'on en trouve le plus grand nombre ; mais si 
l'on tient compte de la diminution progressive et rapide qui survient dans 
le chiffre de la population, on doit reconnaître que l'aptitude à contracter 
le cancroîde, loin de s'affaiblir avec l'âge, a de la tendance à augmenter. 
L'âge du malade n'influe pas beaucoup sur le siège occupé par la lésion. 

3^ Sexe. — Le cancroîde est beaucoup plus commun chez l'homme ; 
ainsi sur 247 malades, il y avait 182 hommes et 65 femmes, ce qui 
donne à peu près le rapport de 3 à 1 . 

Le sexe a une singulière influence sur le siège de prédilection du can- 
croîde : ceci est frappant surtout pour la lèvre inférieure, où certaine- 
ment les neuf dixièmes des cas au moins appartiennent à l'homme, sans 
qu'on puisse en apprécier les motifs. La cavité buccale est aussi, chez la 
femme, bien plus rarement atteinte. Aux autres régions de la face, l'affec- 
tion se montre avec une égale fréquence dans les deux sexes, si ce n'est 
aux joues où elle conserve encore sa prédominance chez l'homme. 

4^ On a remarqué presque de tout temps que le cancer épithélial se 
montre de préférence dans les classes pauvres, chez les habitants des 
campagnes et chez les gens qui négligent les soins de propreté. 

5^ Une irritation répétée ou permanente est souvent la cause du can- 
croïde, et c'est l'un des arguments dont on s'est servi pour nier la nature 



Digitized by VjOOQIC 



224 CÂNCROÏDE. — diaghostic. 

diathésique de cette affection ; mais il ne faut voir là qu'une cause pro- 
vocatrice, susceptible tout au plus de faire éclater la maladie chez les 
individus prédisposés : c^est ainsi qu'agit le phimosis quand il détermine 
le cancer de la verge, car il n'est pas rare de rencontrer la même affection 
chez des gens qui ne présentent pas ce vice de conformation. 

Pour expliquer la prédominance extrême du cancroïde de la lèm 
inférieure chez Thomme, Roux, Bouisson et quelques autres chirurgiens 
en ont voulu trouver la cause dans l'habitude de fumer et particulière- 
ment dans Tusage du brûle-gueule. A leurs assertions, on peut objecter 
qu'il est commun de rencontrer le cancroïde des lèvres chez des hommes 
qui ne font point usage du tabac, et que dans certaines localités du Finis- 
tère, où les femmes ont l'habitude de fumer, le caucroïde de la lèvre 
inférieure, dans le sexe féminin, parait aussi rare que dans les autres 
contrées. Il faut donc admettre que l'homme est spécialement prédisposé 
au cancer épithélial de la lèvre intérieure. 

6"* Hérédité. — Dans un vingtième des cas, Paget a trouvé des antécé- 
dents héréditaires. Pour ma part, j'en ai trouvé dans le dixième desfkits 
que j'ai observés ; mais il faudrait de nombreux chiffres pour fixer avec 
exactitude la valeur de cette condition étiologique. Lorsqu'il y a hérédité, 
elle est assez complexe : ainsi la lésion chez les ascendants est tantôt k 
cancroïde, tantôt une autre manifestation cancéreuse, Pencéphaloïde et 
le squirrhe par exemple ; et d'un autre côté, à un cancroïde on peut voir 
succéder chez les descendants des lésions cancéreuses plus malignes. 

DiAGiNOSTiG. — i^ Au début ^ quand il revêt la forme de papilles, de 
squame, d'un petit tubercule, le cancroïde n'est pas toujours d'un dia- 
gnostic facile. 

Les verrues^ surtout celles qui sont rugeuses et dont la surface est 
hérissée d'éminences papillaires, ressemblent quelquefois si complètement 
à l'hypertrophie papillaire qui se montre au début de certains cancroîdes, 
qu'on ne peut indiquer aucun caractère essentiel qui permette de les ai 
distinguer. Il y a lieu de craindre un cancroïde, lorsque la petite tumeor 
se montre à un âge avancé, et parait avoir de la tendance à un accroisse- 
ment progressif. On sera à peu près fixé sur la gravité de l'hypertrophie 
papillaire, quand celle-ci sera le siège de desquamations fréquentes, et 
quand, à la chute de l'épiderme, on remarquera à la surface des papilles 
une érosion même superficielle. A plus forte raison, on devra regarder 
comme graves les tumeurs papillaires qui s'accompagnent d'un épaissis- 
sèment de la peau, d'une sécrétion épidermique exagérée dans leur voi- 
sinage, ou celles qui se produisent aux environs d'un ulcère cancroïde 
déjà ancien. 

Le condylome cutané est fixé à la peau par un pédicule large, dense, 
quelquefois directement chargé de papilles hypertrophiées; mais le plus 
souvent on y trouve des pédicules secondaires et même tertiaires, ceqra 
donne à la tumeur une apparence ramifiée et la différencie du cancroUe 
papillaire. Sur les muqueuses, le même caractère ne suffit plus : en effet, 
dans ces régions, et en particulier au col de l'utérus, le cancroïde débute 



Digitized by VjOOQIC 



CANCROÏDE. — DIAGNOSTIC. 225 

souvent sous la forme de choux-fleurs (végétations en choux-fleurs du col 
de la matrice). 

On doit au reste se rappeler que les condylomes et les verrues peuvent 
devenir exceptionnellement le point de départ du cancroïde. 

On pourrait prendre pour des cancroïdes ces petites plaques d'épiderme 
qu'on remarque fréquemment sur le visage des personnes âgées, et qu^on 
désigne vulgairement sous le nom de crasses des vieillards. L'erreur est 
d'autant plus facile à commettre que ces petites croûtes peuvent se déta- 
cher et se reproduire ; mais la surface qu'elles recouvrent ne s'ulcère 
pas. Il est possible cependant que ces productions soient susceptibles de 
devenir le point de départ de véritables cancroïdes, au moins au même 
titre que les condylomes et les verrues. 

Vacné sébacée peut quelquefois embarrasser le chirurgien à cause de sa 
longue durée et de l'aspect des croûtes qui couvrent la peau, et qui, de 
temps en temps, tombent et se reproduisent. Mais dans cette aflection, 
les croûtes sont plus molles et plus gluantes que dans le cancroïde, et 
quand on les détache on trouve la peau saine et Ton aperçoit les orifices 
des follicules sébacés distendus par leur produit de sécrétion. Du reste, 
il suffit ordinairement d'employer quelques topiques et en particulier la 
glycérine pour modifier favorablement l'acné sébacée, tandis que le cancer 
épithélial n'est point influencé par ces applications. 

La verrue acrochordon occupe habituellement les paupières, le nez et 
le cou, s'attache à la peau par un pédicule rétréci sous forme de collet; 
sa consistance est molle et comme celluleuse, sa couleur ne diffère pas 
sensiblement de celle de la peau voisine ; la surface en est unie, sans 
écaille d'épiderme, et fréquemment elle donne insertion à quelques poils. 
Le tubercule du cancroïde n'onre pas cet ensemble de caractères. 

Les tubercules du lupus sont le plus souvent multiples; ils sont aplatis, 
mous, rougeâtres; leur sommet est terne et comme exfolié; ils survien- 
nent^resque toujours chez de jeunes sujets et sont indolents. Le tuber- 
cule du cancroïde est à peu près constamment unique, dur, se rencontre 
chez des personnes âgées ; sa surface est couverte d'une croûte sèche et 
souvent nacrée ; il est le siège d'un prurit incommode et de quelques 
picotements. 

La syphilide tuberculeuse se présente aussi sous forme de tubercules 
multiples, comme le lupus ; mais elle se distingue du cancroïde, surtout 
par l'étude des antécédents et par la coïncidence très-habituelle d'autres 
mapifestations syphiliques. 

La kéldide offre d'ordinaire l'aspect d'un bourrelet dur, allongé, dont 
la surface est unie et qui s'ulcère rarement et tardivement. 

S"" A rétat d'ulcèrCj le cancer épithélial doit être distingué des ulcères 
scrofuleux et syphilitiques et de quelques ulcérations dont la persbtance 
tient à certaines conditions locales. 

Les ulcères syphilitiques ont quelquefois été pris pour des cancroïdes. 
C'est presque toujours le chancre induré qui, par l'aspect de sa surface, 
l'induration de sa base et l'existence d'un engorgement ganglionnaire, a 

■OCT. DICT. ViO. ET CHU. VI. — 15 



Digitized by VjOOQIC 



226 CANCROÏDË. — pronostic. 

été Tobjet de semblables erreurs, surtout quand son siège insolite éloigne 
tout d'abord Tidée d'un pareil accident. Je connais deux erreurs de cette 
nature, toutes deux relatives à des chancres de la lèvre inférieure. — A h 
verge, les mêmes difficultés se présentent, aussi Ton comprend pourquoi 
Ricord insiste beaucoup sur le diagnostic différentiel : a Si la maladie 
existe depuis plus d'un an et qu'il n'y ait pas eu d'accidents secondaires 
syphilitiques, on peut dire que ce n'est point un chancre induré, mais 
un cancer. » Ici comme aux lèvres, quand il y a doute et que rulcératloo 
est de date récente, on doit temporiser et soumettre le malade au traite- 
ment mercuriel. 

Les ulcérations qui appartiennent à la période tertiaire de la syphilis 
et sont la conséquence de la suppuration des gommes et des inflaiadma- 
tions spécifiques du système osseux, seront généralement distinguées par 
leur marche, le peu d'induration de leurs bords, les accidents syphilitiques 
concomitants ou antérieurs, et par l'action curative de Tiodure de potas- 
sium. 

Les ulcérations scrofulettses^ surtout celles qui accompagnent le lupus, 
peuvent être confondues avec le cancroîde, spécialement quand elles siè- 
gent aux lèvres et à la région vulvo-anale. 

Les ulcères scrofuleux des lèvres occupent plutôt la supérieure que 
rinférieure, leur fond est rougeàtre, les bords en sont mous et viol^; 
s'ils sont indurés, l'induration n'a pas la consistance qu'on trouve dans 
la base de Fulcère cancroîde; ajoutons que le lupus ne s'accompagne 
d'aucune douleur et se montre de préférence chez de jeunes sujets. 

A la vulve, où le lupus porte le nom d'esthiomène, le diagnostic sera 
fondé sur l'aspect violacé de l'ulcère, l'empâtement mou des bords, sur 
la marche serpigineuse de l'affection et la possibilité de la guérir par des 
modiGcateurs généraux et locaux qui ne suffiraient pas s'il s'agissait d'un 
cancroîde. 

Certains tUcères entretenus par une causse locale ont pu être confondus 
avec le cancroîde. Cette erreur a été commise dans toutes les régions, 
mais nulle part peut-être aussi souvent qu'à la langue, où l'irritation 
produite par une dent cariée peut entretenir une ulcération de mauvais 
aspect. Pour obtenir la guérison de ces ulcère3 il sufGt d'en supprimer h 
cause. 

Si le cancroîde a gagné le tissu osseux, on peut le prendre pour une 
carie ou une nécrose. La marche de la lésion suffit le plus souvent pour 
en préciser la nature ; si l'ulcère n'a pas de caractères bien tranchés, il 
faut accorder une grande valeur aux grumeaux caséeux qui fréquemment 
peuvent être remarqués à la surface et dans lesquels on reconnaît sans 
peine au microscope les éléments épithéliaux. Ce précepte est applicable 
à tous les cas où le diagnostic d'un ulcère offre des difficultés. 

Quant au cancroîde des glandes lymphatiques, son diagnostic sera 
établi par une étude suivie des phases de la lésion. 

Prokostic, — La marche envahissante du cancroîde, sa tendance à in- 
fecter les glandes lympliatiques et à produire la cachexie en font une 



Digitized by VjOOQIC 



j 



CANCROÏbE. — PROHOCTic. 2Î7 

lésion très-sérieuse; cependant c'est Tune des formes les moins graves 
des manifestations cancéreuses, la moins grave de toutes peut-être, puis- 
^pi'elle peut exister pendant de nombreuses années sans porter atteinte à 
la santé générale, et que sa destruction par des moyens chirurgicaux est 
assez souvent suivie d'une guérison complète et définitive. 

Le siège a beaucoup dMnfluence sur le degré de malignité de la lésion : 
c'est aux joues et au nez que Taffection est le plus longtemps compatible 
avec un état général excellent et progresse avec le plus de lenteur. Parmi 
les orifices muqueux, les lèvres occupent le premier rang pour la gravité 
qu'y revêt le cancer épithélial, tandis qu'aux paupières la marche est 
ordinairement assez lente, même dans le cas où la conjonctive est déjà 
envahie. Entre tous, le cancroïde de la langue se fait remarquer par sa 
pernicieuse influence, et cependant on possède, même pour cette région, 
quelques exemples de guérison durable. 

n est presque inutile de faire remarquer que Texistence d'un engorge- 
ment ganglionnaire et surtout un commencement de cachexie sont des 
circonstances extrêmement fâcheuses. 

Quand le malade a été opéré, la récidive est fréquente, mais quelle en 
est la proportion réelle? Il n'est pas facile de le dire ; cela tient, en grande 
partie, à la longue durée du cancroïde, et dès lors aux difficultés qu'on 
éprouve à suivre les malades pendant un nombre d'années suffisant pour 
qu'il soit possible de conclure à la non-récidive. On doit remarquer, en 
outre, que souvent les malades ne viennent pas retrouver le chirurgien 
qui les a opérés une première fois, de sorte que les observations sont en 
réalité presque toujours incomplètes. En tenant compte indistinctement 
de tous les sujets qui sont venus consulter pour des cancroïdes récidives, 
on n'a pas non plus de données rigoureuses ; c'est pourtant le seul élé- 
ment qui nous reste, et, s'il n'est pas de nature à nous éclairer sur la 
fréquence des récidives, il peut du moins donner, sur d'autres points de 
-cette question, des notions importantes. 

Sur 242 faits que j'ai vus ou consultés, 52 fois il est question de réci- 
dives. Relativement au siège, ces récidives se répartissent de la façon 
suivante : 34 fois la reproduction s'est faite sur place; chez 6 malades, 
elle a eu lieu dans les ganglions correspondants; chez 9 autres, à la fois 
sur place et dans les ganglions lymphatiques ; trois fois la récidive a eu 
lieu à quelque distance. 

Il est donc certain que, d'une façon générale, la récidive est locale, 
ce qui a fait dire à quelques chirurgiens que le cancer épithélial est une 
affection localement maligne. J'ai déjà insisté sur un point très-impor- 
tant, c'est rétendue réelle du cancroïde. Il m'est arrivé si souvent de 
trouver sur les limites des parties enlevées des tissus déjà malades, que 
je n'hésite pas à regarder la repullulation comme due presque toujours à 
ce que l'opération n'a pas détruit tout le produit morbide ; il s'agit donc 
non d'une véritable récidive, mais d'une simple continuation de la mala- 
die. Je dis presque toujours, car dans certains cas il y a une véritable 
récidive au voisinage du lieu primitivement affecté. 



Digitized by VjOOQIC 



228 CANCROÏDE. — traitement médical. 

Quand la récidive se fait dans les ganglions correspondants, le méca- 
nisme est le même; c*est encore presque toujours la lésion primiiÎTe qui 
continue sa marche. 

La variété anatomique de Taffection a beaucoup d'influence sur la fré- 
quence et la forme de la récidive : 

a. Plus le cancroïde a des tendances envahissantes, plus il a de chances 
de récidiver soit sur place, soit dans les ganglions, soit dans ces deux 
points à la fois. Les deux régions les plus maltraitées sous ce rapport 
sont la langue et la lèvre inférieure. 

b. Tandis que les récidives locales sont fréquentes dans toutes les varié- 
tés, presque toutes les récidives ganglionnaires se rapportent à des can- 
croïdes qui siégeaient à la langue et à la lèvre inférieure. 

Tant que la récidive se fait sur place, elle ne présente pas, à part quel- 
ques exceptions, une plus grande gravité que la lésion primitive; pour- 
tant Ycipeau a remarqué que certaines récidives sont remarquables par 
les vives douleurs qui les accompagnent. C'est encore à la langue et aux 
lèvres que s'observe cette aggravation; sur tous les autres points du t^u- 
ment externe, hormis le cas où un caustique insuffisant a été appliqué, 
les récidives ont ordinairement la même marche que la lésion primitive, 
et peuvent, sans altérer beaucoup la constitution, se succéder en nombre 
presque indéfini. 

Quant à l'époque à laquelle la récidive se montre, elle est très-varia- 
ble; ordinairement c'est dans l'année qui suit l'opération, mais quelquefois 
c'est seulement après six ou huit ans, même pour des cancroîdes très- 
graves, tels que celui de la lèvre inférieure ; et il est probable que dans 
ces derniers cas il s'agit d'une véritable reproduction du mal. 

TRArrEMENT. — Traitement médical. — Le cancroïde était regardé 
comme une affection réfractaire aux médicaments, lorsque dans ces der- 
nières années on a appelé l'attention sur l'action curative du chlorate de 
potasse. Bergeron l'avait déjà employé une fois avec succès à Alfort, lors- 
que Milon et W. Cooke, appliquant à l'homme cet agent thérapeutique, 
obtinrent chacun une guérison. Depuis lors, d'autres succès ont été si- 
gnalés par Leblanc fils et Bergeron : Leblanc a expérimenté sur des ani- 
maux atteints de cancer épilhélial des lèvres, Bergeron a employé le 
médicament chez l'homme et a cité quelques faits assez extraordinaires 
qui paraissent concluants. 

Le chlorate de potasse a été administré à l'intérieur et employé locale- 
ment. A part un fait observé dans le service de Charcot oiî le médicament, 
donné seulement à l'intérieur, a produit une amélioration notable du 
mal, la médication interne a été sans résultat; chez quelques malade 
même l'emploi longtemps continué du sel a produit un état de dyspepsie 
qui en a nécessité la suspension. D'une façon générale, il faut donc pré- 
férer les applications topiques. 

Il y a des cas cependant où la médication interne est seule applicable, 
par exemple s'il s'agit de lésions de l'œsophage ou de reslomac suppo- 
sées de la nature des cancroîdes. — Dans le cancer épithélial de la bouche, 



Digitized by VjOOQIC 



CANCROÏM:. — TRAITEMEICT CHIRURGICAL. 229 

Fadmiuistratioa interne du médicament doit être très-favorable à son 
action sur le tissu morbide, car l'élimination du chlorate de potasse par 
la salive rend continuel le contact de ce sel sur les différents points de la 
cavité buccale. — Quand on se décide à employer le chlorate à Tinter 
rieur, il convient de commencer par des doses modérées, 0*^*^,50 cent, à 
i gramme, et de ne pas dépasser la dose de 2 grammes par vingt-quatre 
heures, a6n d'éviter les troubles digestifs. Le médicament doit être ingéré 
par doses réfractées. 

Localement on doit, à l'exemple de Milon et Blondeau, se servir d'une 
solution aqueuse saturée dont on imbibe des plumasseaux de charpie 
qui sont, s'il est possible, maintenus en permanence sur les parties ma- 
lades. 

Dans tous les cas, l'amélioration ne se montre guère qu'après quel- 
ques semaines, si toutefois la médication doit être couronnée de succès ; 
nliis il est, quant à présent, impossible de dire quelle proportion de 
guérisons on doit en attendre, et de l'aveu de Bergeron lui-même, les 
insuccès sont nombreux. Pour ma part, j'ai employé ce traitement chez 
huit ou dix malades sans le moindre résultat avantageux. 

Traitement chirurgical. — Parmi les anciens chirurgiens, plusieurs 
étaient d'avis de respecter ces petits boutons qui marquent souvent le 
début de l'affection. Par malheur, ces idées sont encore répandues dans le 
monde et partagées même par quelques médecins qui prennent à la lettre 
le nom de noli tangere. Cette erreur a les plus déplorables conséquences 
et amène journellement dans les hApitaux des malheureux qui sont inopé- 
rables à l'époque où ils réclament le secours de la chirurgie. 

On doit, au contraire, opérer de très-bonne heure, dès qu'un bouton 
suspect existe quelque part. On n'est autorisé à retarder l'opération que 
dans les cas exceptionnels où l'oapeut hésiter entre le cancroïde et une 
manifestation syphilitique : il convient alors de commencer par un trai- 
tement spécifique qui sert de pierre de touche et ne tarde pas à fixer sur 
la nature de la maladie. 

Les détails qui ont été donnés à propos du traitement chirurgical du 
cancer en général nous permettront d'abréger beaucoup celui du can- 
croïde. 

Dans le cancer épithélial il est permis de compter sur de solides gué- 
risons, même quand la tumeur, déjà volumineuse, a envahi les os et les 
glandes lymphatiques. Ainsi, Bauchet a cité le cas d'un homme qu'il a 
re¥u guéri sept ans après qu'il lui eut enlevé un cancroïde de la lèvre 
inférieure avec une portion du bord inférieur du maxillaire et plusieurs 
glandes sous-maxillaires altérées. De pareils succès sont encourageants et 
autorisent le chirurgien à opérer même quand les désordres locaux sont 
très-é tendus. 

C'est principalement dans cette forme de cancer que des chirurgiens, 
s'en laissant imposer par l'apparence superficielle du mal, ont préconisé 
la médication caustique. Adoptée d'une façon générale, la cautérisation 
serait une méthode dangereuse. On doit se rappeler que la lésion est tou- 



Digitized by VjOOQIC 



230 CANCROÏDE. — traitemekt chikdrgical. 

jours beaucoup plus étendue en largeur et en profondeur qu'elle ne le 
parait au premier abord; et si en effet, dans quelques can(TOÎdes pcQ 
profonds, les caustiques peuvent être mis en usage, il convient de ne pas 
s'en servir avec timidité, car il faut d'un seul coup désorganiser f oos les 
tissus malades. Si Ton se borne à détruire une partie du mal, Tanectioo 
qui jusque-là avait progressé avec une lenteur extrême prend une marche 
beaucoup plus rapide. Ledran avait déjà remarqué que les caustiques sont 
une arme à double tranchant : bien ou mal administrés, ils conduisent le 
cancroïde à une heureuse fin ou le rendent plus rebelle. 

Il en résulte qu'on doit exclure de la thérapeutique de cette affection 
tous les caustiques superficiels ou cathérétiques, et en particulier le nitrate 
d'argent, si aveuglément appliqué par quelques praticiens sur toute sur- 
face ulcéreuse qui ne marche pas franchement vers la cicatrisation. 

Les substances escharotiques elles-mêmes doivent être rejetées lorsmie 
le cancroïde repose sur une base dure, profonde et diffuse, parce que 
leur action est toujours plus ou moins incertaine. 

D'une &çon très-généi^le on doit donc préférer Tinstrument tranchant, 
et il fnut l'employer en particulier : pour les cancroïdes des surfaces 
muqueuses; — lorsque la lésion occupe le voisinage d'organes qu'il im» 
porte de ménager; — quand l'ulcère repose sur une base dure, étendue 
et dont les limites ne sont pas précises ; — enfin quand il est nécessaire 
de combler immédiatement la perte de substance pour conserver les 
fonctions d'un organe. 

La cautérisation en flèches, Texcision suivie de cautérisation, méthodes 
exceptionnelles, sont suffisamment indiquées (aux articles Ca^ccer et 
Caustiques) pour qu'il n'y ait pas lieu d'y revenir ici. 

Opérer de bonne heure et très-largement^ voilà les deux conditions les 
plus favorables pour obtenir une guérison définitive. Que l'on se serve du 
bistouri, des caustiques ou de l'écraseur, il faut d'abord explorer avec le 
plus grand soin les environs de la tumeur, pour reconnaître les parties 
qui commencent à s'altérer, et alors même qu'on a déterminé ces limites 
apparentes, on doit bien au delà porter la destruction. 

Pour apprécier l'étendue de la tumeur, on doit successivement exami- 
ner les couches superficielles et profondes. Du côté de la peau, il faut 
tenir compte des moindres saillies, de la rougeur qui avoisine le can- 
croïde ; des écailles larges ou furfuracées, un épaississement de la couche 
épidermique, annoncent que la peau sous-jacente est malade. 

Par le toucher, on doit s'enquérir des moindres prolongements qui, 
sous forme d'éperons, s'avancent dans l'épaisseur des tissus et révèlent 
la marche de la lésion. En se fondant sur les connaissances anatomiques, 
on ne tardera pas à reconnaître que ces irradiations suivent de préférence 
les espaces celluleux. 

Toutes les parties malades doivent être largement détruites; il faut 
donc subordonner le procédé opératoire à l'étendue présumée de la lésion. 
Trop souvent, pour enlever à la lèvre inférieure un lambeau en forme 
de Y, et réunir les bords de la plaie par la suture, on a été conduit à 



Digitized by VjOOQIC 



CANNE DE PROVENCE. — matière médicale, description. 231 

respecter quelques parties suspectes qui sont bientôt le point de départ 
d'une récidive. 

Dès que l'ablation du cancroïde a été faite, on doit examiner la pièce^ 
la couper en divers sens pour voir si l'on ne découvrira point de ces 
traînées blanches qui s'étendent quelquefois iort loin dans le tissu cellu- 
laire; si les limites du tissu malade n'ont pas été dépassées, on peut 
compléter l'opération soit en reportant le bistouri au niveau des points 
dont l'altération est reconnue, soit en faisant, quelques jours plus tard, 
l'application d'un caustique. 

Les glandes engorgées doivent être enlevées avec soin; les os malades 
seront réséqués dans une étendue bien plus considérable que celle où ils 
paraissent envahis. 

Enfin, quand un organe de protection important, comme la lèvre in- 
férieure ou la paupière supérieure a été détruit, il est indiqué de le réparer 
avec un lambeau autoplastique. 

Outre les ourrages indiqué? à la bibliographie du Cancer, on consultera plus particulièrement 
les travaux suivants : 

EcKER, Ueber den Bau der unter dcm Namen Lippenkrebs zusammengefasslen Geschwûble der 

Lippe, etc. [Archiv fiur physiologische Heilkunde^ 1844). 
Mator, Recherches sur les tumeurs épidermiques et leurs relations avec Taflection cancéreuse 

(Thèse de Paris, 1846). 
ViRCHow, Ueber Kankroîde und Papillargeschwaiste [Yerhandlungen der GeselUchaft in Wûrz- 

bwr§y 1851). — Trois observations de tumeurs épithéliales généralisées [Gazette médicale^ 

1855, p. 208). 
Hakhover, Das Epiihelioma. Leipzig, 1852. 
Vebnevil, Observations pour servir à l'histoire des tumeurs de la peau [Arch. gén. de mùl , mai, 

août et décembre 1854). 
DrpcT, Du cancroïde ou cancer épilhélial, surtout au point de vue de la généralisation (Thèse de 

Paris, 1855). 
Heurtaux (A.), Du cancroïde en général (Thèse de Paris, 1860). 
Bazik, Leçons théoriques et cliniques sur les affections cutanées artificielles et sur la lèpre, les 

dialhèses, le purpura, etc., rédigées et publiées par Guérard. Paris, 1862, p. 382. 
Lkvlanc nu. Des tumeurs épithéliales chei les animaux domestiques, et en particulier du can- 
croïde des lèvres chez le cheval et chez le chai {Bull, de VAcad, de médec, séance du 4 mai 

1863, t. XXVIII, p. 635). 
BEIUÎER05, Note sur le traitement du cancroïde par le chlorate de potasse (Bull, de VAcad. de 

méd,, séance du 22 décembre 1863, t. XXIX, p. 273). 

Alfked Heurtaux. 
CASiN^ AliliaiATI91JE. Voy. Calamus aromatighs. 

CAinirE DE PIi#¥EK€E. — Matière médicale. — Elle est four- 
nie par YArtmdo donax Lion., Roseau cultivé, famille des Graminées. 
C'est le rhizome ou lige souterraine, que, dans le commerce, on ap- 
pelle improprement racine. Cette plante croît en abondance et spontané- 
ment dans le midi de la France, le long des ruisseaux. On la cultive pour 
(aire des clôtures. 

Descrb»tion. — Elle arrive en morceaux assez longs (15 à 20 cent.), en 
tronçons de la grosseur du poignet, informes, bizarrement contournés, 
présentant des sillons circulaires, traces de l'implantation des feuilles des 
années précédente»; rugueuse, striée, d'un jaune-luisant extérieurement, 



Digitized by VjOOQIC 



252 CANNE DE PROVENCE. — usages, pbopriétés, dose, etc. 

elle est blanchâtre et spongieuse à l'intérieur. Dans les pharmacies, ces 
morceaux sont coupés par tranches de diverses grosseurs. L'odeur est 
nulle, la saveur est douce, sucrée, mais à peine marquée. 

Chevallier en a retiré de la silice et une matière résineuse, à odeur 
de Vanille. 

Usages et propriétés, dose et mode d'admiiostration. — Presque Ums 
les médecins sont d'accord pour regarder cette substance comme complè- 
tement inerte. Pourtant c'est Tantilaiteux par excellence, tout au moins 
pour le peuple, et le praticien est souvent obligé de prescrire delà décoc- 
tion de canne. On ne peut nier qu'il se produise un effet sudorifiqne, 
mais il peut être dû à Teau tiède qu'absorbent les malades et nullement 
aux tranches de canne de Provence qu'on y a mis bouillir. 

Dose : 30 gr. pour 1 litre, en décoction. 

Hygiène. — VArundo donaXy est devenue dans nos contrées mé- 
ridionales l'objet d'un commerce assez important. Au moment deli 
maturité, les tiges sont coupées, ramassées en tas et laissées pendant des 
temps variables exposées aux intempéries des saisons. Quand on veut les 
utiliser, on les débarrasse de leurs longues feuilles engainantes, et oo 
leur fait subir les transformations auxquelles elles sont destinées. 

Vers la (in du siècle dernier, Poitevin signala une singulière maladie 
survenue sur un homme qui avait manié ces cannes : les parties géni- 
tales s'enflèrent prodigieusement. Chaptal ajoute a qu'un chien qui avait 
dormi sur ces mêmes cannes eut le même sort et fut affecté dans les 
mêmes parties. » 

Cette observation passa inaperçue ; mais en 1840, Trinquier présenta 
à la Société de médecine pratique de Montpellier une série de faits du 
même genre. Plusieurs ouvriers Cannissiers ou Vanniers j des enfants qui 
avaient joué avec des tiges à^Arundo donax^ furent pris d'accidents ana- 
logues à ceux signalés dans le cas rapporté par Poitevin. 

Cinq ans plus tard, Michel (de Barbantane) publia sous le titre : 
a Un mot sur une maladie non encore décrite^ communiquée à Ihovme 
par la canne de Provence^ » des faits tout à fait semblables, mais plus gra- 
ves, car.dans l'un d'eux la mort survint en quelques jours. Dans les vingt- 
quatre heures qui suivirent la manipulation, il vit survenir les symptômes 
suivants : fièvre, cardialgie, pesanteur de tête, vertiges ; puis cuisson, 
chaleur à la figure, gonflement des yeux et delà bouche; le volume de la 
tête augmente considérablement, elle devient monstrueuse; des vésicules 
et des pustules apparaissent bientôt, et s'il y a eu pénétration dans les 
voies respiratoires et digestives, on voit cet état déjà si alarmant se com- 
pliquer de toux, de dyspnée, de coliques, de gastro-entérite, de diarrhée 
et de vomissement : a et chose curieuse, ajoute Tauteur, il y a turgescence 
douloureuse des organes génitaux, l'homme est tourmenté de satyriasis 
et la femme de nymphomanie. » 

Michel attribue ces accidents à une production particulière, à une 
moisissure qui se fait à la surface des roseaux. Cette moisissure donne 
naissance à des poussières (que l'auteur appelle pollen) qui agissent 



Digitized by VjOOQIC 



CANNELLES. — camnbllb blanche. 233 

comme corps irritant' sur la peau et sur les muqueuses, a Notre opinion, 
dit-il, est que cette poussière proyient de quelque cryptogame qui se 
développe à la surface. Mais il nous serait impossible de dire quelle est 
l'espèce de champignon yénéneux qui s'attache ainsi au roseau. » Il avait 
remarqué que les accidents n'étaient à craindre que pour ceux des can- 
nissiers qui dépouillent les cannes ou les transportent, et il avait noté 
qu'il n'y avait aucun danger s'il avait plu dans la nuit, » le pollen se trou- 
vant collé sur le roseau. » 

En 1859, Maurin (de Marseille) reprit la question et décrivit cette af- 
fection à laquelle il donne le nom de Dermatose des Vanniers dits Can- 
mssiers. L'examen microscopique a fait reconnaître que la poussière 
blanche, onctueuse au toucher, acre et corrosive, qui recouvre les roseaux 
altérés, est constituée par une moisissure pédiculée dans laquelle on re- 
connaît, outre les cellules propres à la moisissure, d'autres cellules 
arrondies qui, selon toute apparence, sont des spores prêtes à éclore. 
Comme prophylaxie, IMaurin (de Marseille) conseille de mouiller les ro- 
seaux et de les laver à grande eau. Quant au traitement de la dermatose, 
ce sont, dans la période d'acuïté, des émoUients, des bains d'eau de son, 
de légers purgatifs, et plus tard des bains alcalins, des tisanes alcalines; 
on couronne le traitement par quelques bains simples. 

Chaptal, Éicroents de chimie. Paris, 1790, t. III, p. 182. % 

TRnfQ0TER, Journal de la Société de médecine pratique de Montpellier el Gazette médicale 

de PariSr 7 noTembre 1840. 
Michel, Bulletin de thérapeutique, 1845, t. XXVIII, p. 414, 
Sur une maladie non encore décrite, communiquée à l'homme par la canne de Provence (fîitl- 

letitt de thérapeutique, 1845, t. XXVIII. p. 414). 
S. E. Maurin [de Marseille), Dermatose des Vanniers dits Cannissiers [Revue thérapeutique du 

Midi. Montpellier, 1859. — Moniteur des hôpitaux, 28 mars 1859. — Ann. d'hygiène et de 

médecine légale,i^6\y 2« série, t. XV, p. 197). 

Léon Mahchand. 

CJLSSNKWaMa'EH. — On trouve en pharmacie plusieurs écorces qui 
portent le nom de Cannelles, et qui n'ont souvent de commun entre elles 
que l'odeur aromatique et la saveur chaude. Pour éviter toute confusion, 
nous séparerons leur étude en deux parties. Nous étudierons d'abord la 
Cannelle blanche^ qui est fournie par les Guttifèkes, et nous réserverons 
la plus grande partie de cet article aux Cannelles qui proviennent de la 
famille des Lauri^nées. 

I. Cannelle blanche. — Description. — La Cannelle blanche est l'écorce 
du Winterana Cannella Linn. (Guttipères). Elle est en morceaux roulés 
de 10 à 20 centimètres de longueur et même quelquefois 50 centimètres 
et 1 mètre, elle a de 5 à 40 millimètres d'épaisseur ; sa surface extérieure 
est raclée, d'un jaune orangé pâle, sa surface intérieure semble couverte 
d'une pellicule blanche. Sa cassure est grenue, blanchâtre, comme mar- 
brée. Sa saveur est aromatique, amère, piquante ; son odeur a^éable. 

Propriétés et usages. — Elle est bien peu employée maintenant ; on 
peut cependant la prescrire comme excitante, tonique, stimulante. 

On peut la donner en poudre et en teinture. 



Digitized by VjOOQIC 



254 CANNELLES. — cannelles fournies par la. famille des laurinées. 

Les commerçants pea consciencieux sont les seuls, pour ainsi dire, à 
en faire usage, et cela pour la substituer à l'Écorce de Winter. 

II. CâKNELLES FOURINIES PAR LA FABULLE DES LAURINÉES. — DESCRIPTION. 

— Elles sont nombreuses. Nous décrirons la plus ordinaire; nous ne 

ferons ensuite que mentionner les autres variétés. 

A. Ganoelle de Geylan el de C^ayenne. — LeCannellier {Cinna- 

momum Zeylanieum 
Breyn.) (fig. 45; est 
l'arbre qui donne U 
Cannelle appelée Can- 
nelle de Ceylan. On 
enlève l'écorce avec 
un instrument tran- 
chant; on la roule 
en tubes, on la bit 
sécher et on la livre 
au commerce. Alors on 
la trouve sous forme 
de tuyaux de diamè- 
tres divers emboîtés 
les uns dans les au- 
tres, plus ou moins 
longs, plus ou moins 
roulés. — Ces petits 
tuyaux sont minces 
comme du papier, de 
couleurjaune rougeâ- 
tre, uniforme, leur 
texture est iibreuse et 
cassante. La Cannelle 
de Ceylan a une odeur 
agréable, très-suave, 
Fig. 45. — Cannellicr [Cinnamomum Zeylanieum Breyn.). q^ ^^q saveur chaude 

aromatique,piquante, 
en même temps un peu sucrée; ces propriétés la font rechercher comme 
condiment. 

Elle provient de branches de plus de trois ans, mais on peut en retirer du 
tronc quand il a été abattu; Ton a alors ce qu'on appelle Cannelle mate. 

Le Cannellier est originaire de Ceylan ; on Ty cultive encore dans un 
endroit nommé pour cette raison Champs de Cannelley mais on Ta im- 
porté aux iles Maurice, à Cayenne et aux Antilles, qui, maintenant, en- 
voient aussi de ses écorces en Europe. Telle est la Cannelle de Cayenne; 
elle est n^ins estimée que celle de Ceylan; elle s'en dislingue par ses 
écorces plus larges, plus pâles. Les Anglais ayant propagé le Cinnamo- 
mum Zeylanieum dans Tlnde, on a de même la Cannelle des Indes encore 
connue sous le nom de nouvelle Cannelle du Malabar. 



Digitized by VjOOQIC 



CANNELLES. — cahnelle de cuihe et cannelle giroflée. 335 

B. Caooeiie «e Chine. — Elle est due aux Cinnamomum Cassia 
G. Nées. Elle est en faisceaux plus courts; les écorces sont plus épaisses, 
roulées, mais non emboîtées les unes dans les autres ; son odeur a quel- 
que chose de peu agréable, et on a cru démêler dans sa saveur chaude 
et piquante un goût de punaise. C'est l'ancienne Cannelle du Malabar, 
ou cannelle ordinaire du commerce. 

C. CAMMelle yiroOée. — Elle provient du Dicypellium caryophylla- 
tum. Elle doit son nom à son odeur; sa saveur aromatique, acre et pi- 
quante, la fait ressembler pour les propriétés aux précédentes; au reste, 
elle est inusitée. 

Propriétés et usages. — « Les auteurs des meilleurs traités modernes 
de thérapeutique et de matière médicale font à peine mention de la Can- 
nelle. Nous croyons que cette substance ne mérite pas I oubli dans le- 
quel elle est tombée » (Chomier). 

Comme peut-être tous les agents de la matière médicale, les Can- 
nelles ont été vantées dans toutes les maladies; puis après avoir été 
réduit à ne les regarder que comme des toniques stimulants, on les a 
vues céder le pas au Quinquina et au fer. Si Ton consulte les auteurs, on 
voit cependant que plusieurs insistent sur une propriété qui semble être 
tout à fait méconnue de nos jours : la Cannelle serait un antimétror- 
rhagique. 

Van Swieten est le premier qui ait constaté ses effets dans ce cas, 
mais, depuis lui, de nombreux observateurs sontvenus confirmer ses asser- 
tions; Schmidtmann,' Plenck, Tanner, Frank, Gendrin, Teissier, Cho- 
mier, ont insisté sur son utilité dans les hémorrhagies utérines dans des 
cas où les astringents, où Tacétate de plomb, Tacide gallique, Toxyde 
d'argent, la teinture de sesquioxyde de fer avaient échoué (Tanner). La 
métrorrhagie par atonie semble surtout être lafTection dans laquelle on 
doit recommander ce médicament; mais cependant, d'après Teissier, la 
Cannelle agit mieux que l'ergotine dans les hémorrhagies symptomatiques 
de cancers de la matrice, parce qu'elle ne provoque pas comme cet agent 
des contractions de l'organe, et par conséquent des exacerbations de 
souflrances ; dans les hémorrhagies qui suivent l'accouchement et qui dé- 
pendent de l'inertie de la matrice. Teissier donnait encore la Cannelle de 
préférence à l'Ergot, surtout si les femmes étaient lymphatiques et 
Bioniques. 

DoîEs, mode d'administration. — On l'administrera en teinture à la dose 
de 5 à 6 gouttes, jusqu'à 5 à 6 grammes. La poudre se donne de 50 cen- 
tigrammes à 1«',50 centigrammes ; Teau de Cannelle orgée de 15 à 30 
grammes ; l'huile essentielle de 4 à 5 gouttes. On en a fait en outre une 
potion cordiale ; on la fait entrer dans toutes les poudres stomachiques, 
excitantes, digestives. Elle fait partie des sirops antiscorbulique, de 
rhubarbe composé; des alcoolats de Fioraventi, de mélisse composé, 
de Garus; du diascordium, de la thériaque, du laudanum de Sy- 
denham, etc.... 

Succédanées. — Les feuilles de notre Laurier commun, Laurus nobilis 



Digitized by VjOOQIC 



236 CÂNTHARIDES. — caktharidb ordinaire. 

linu. , sont quelquefois employées pour remplacer les écorces de Cannelle. 

TiNiŒR, EiTcts remarquables de la teinture de Cannelle dans .certaines formes de métrorrhagies 
[The Lancet, octobre 1853, et Bulietin de thérap., 1853, t. XLV, p. 577). 

Cbomibr, Préparations de Cannelle principalement dans la métrorrbagie {Bulletin de théref^ 
1855, t. XLIX, p. 70). 

Léon Marchand. 

eJkXTMA.WkUD'EM. — Histoire naturelle médicale. — Insectes vé- 
sicants de l'ordre des Coléoptères hétéromères, de la famille des Tra- 
chélides et de la tribu des Cantharidiens. 

La tribu des Cantharidiens (genre Meloe de Linné) comprend aujour- 
d'hui treize genres parmi lesqueb neuf sont constitués par des espèces 
vésicantes. Ces espèces sont : 

1** Cantharis vesicatoria^ Geoffroy (Midi de l'Europe) et les nombreuses 
espèces du même genre qui habitent le Brésil, le Sénégal, rAmériquedu 
Nord, la Grèce, etc.; 2** Mylabris cichoriiy Dejean (Chine); Af. variMis^ 
Dejean (France); M. dioscoridiSy A. Richard (Grèce); M. cyanescenSyW\' 
ger (France); Mylabris sidx, Fabricius (Chine); M. pusttdata^ Bilberg 
(Indes orientales); M. flexuosaj Olivier (France); Mylabris olex^ Chevrol 
(Algérie); M. Indica^ Fùssl. (Indes); 3** Meloe variegatus^ Leach (France); 
Af. tucciay Rossi (France)^ M. maialis^ Linné (France); Af. proscarabam^ 
Linné (France); Af. rugosus^ Marsh (Midi de la France); M. autumndis^ 
Olivier (Environs de Paris); 4** Cerocome Schœfferi, Geoffroy (Midi de 
TEurope); 5** IIycleus Bilbergi, Latreille (Espagne); fl. Argus (Sénégal); 
6** Œnas segetum^ Olivier (Nord de l'Afrique); OE. Syriacus, Latreille (Eu- 
rope méridionale) ; 7** Tetraonyx tigridipennis et T. quadrilineata, Dejean 
(Brésil); 8** Decatoma lunataj Fabricius (Cap de Bonne-Espérance) ; 9" Lt- 
Dus flavipenniSj Dejean (Europe). 

Parmi ces diverses espèces, toutes épispastiques, et qui comme telles 
sont ou pourraient être utilisées en médecine, les plus importantes appar- 
tiennent aux genres cantharide^ mylabre^ méloé et cerocome y les seuls 
dont il sera question dans cet article. Ces quatre genres se distinguent 
par les caractères indiqués dans le tableau suivant : 

i, / ( filiformes Cantharide. 

T^IT^IT Antennes ^^ -r,,^^, ( onze arUcIes. . . Mylabre. 

développées. I I chviformes. | ^^^^ ^^^.^^^^ C&ocome. 

membraneuses nulles Méloé. 

I. Cantliaricle ordinaire. — Cantharis vesicatoria^ Geoffroy ; Ljftto 
vesicatoriOy Fabricius; Meloe vesicatoriusy Cantharide des boutiques; 
mouche d'Espagne, Linné (fig. 46). 

Caractères. — Longueur, 14 à 23 millim.; largeur, 5 à 7 millim. 
Corps allongé, cylindroïde; tète cordiforme et un peu inclinée en des- 
sous; antennes longues, filiformes, noires, composées de onze articles; 
corselet petit et plus étroit que la base de la tête; prothorax presque 
carré; élytres flexibles d'un vert doré, finement guillochés et pourvus 
de deux nervures longitudinales vers leur bord interne ; ailes membra- 



Digitized by VjOOQIC 




CANTHARIDES. — cantharide ordwaire. 257 

neuses transparentes ; pattes grêles, à tarses filiformes terminés par une 
paire de crochets très-recourbés et 
couverts en dessous de poils serrés. 
La cantharide ordinaire est un in- 
secte commun en France, en Italie 
et surtout en Espagne. Elle se mon- 
tre dans notre climat, vers le solstice 
d^été, sur les Jasminées (frêne, lilas, 
troène, jasmins), quelques Caprifo- 
liacées (sureau, chèvrefeuille) et aussi 
sur les rosiers, les pommiers, les 
saules, les peupliers, les noyers et le 
chamœcerasus. La récolte des can- 

-, . , r 'x 1 *• É. t Fi6. 46. — Cantharide ordinaire. — a. Plu- 

tharides se fait le matm, avant le sieuw œufs agglomérés.- *, Un œnf isolé 

lever du soleil, lorsque ces insectes considérablement grossi. 

sont encore engourdis. On secoue 

fortement les rameaux des arbres ou des arbrisseaux qui les portent, après 
avoir étendu à terre de grands draps pour les recevoir. Pour les faire 
périr, on les place sur des tamis que l'on expose à la vapeur du vinaigre 
ou du chloroforme (Lutrand). On les fait ensuite sécher à l'étuve et on les 
conserve à l'abri de l'humidité, dans des vases que Ton ferme exactement. 
Même en prenant cette précaution, les cantharides deviennent bientôt la 
proie de divers insectes : elles sont attaquées par la mite (acartis do- 
mesticus) et les larves des dermestes^ des ptinus ou de Vanthrenes mtisœo- 
rum. On a cherché différents moyens pour les préserver. Le camphre 
qui réussit bien contre les mites, n'a pas la même vertu contre les an- 
thrènes. On a conseillé de traiter les cantharides par le procédé d'Appert 
(Wislin) ou de placer un peu de mercure au fond des vases qui les ren- 
ferment (Soubeiran). 

On mélange quelquefois aux cantharides d'autres insectes qui ne sont 
nullement vésicants, notamment le callichrome musqué ^ la cétoine do- 
rée (Guibourt) et aussi la chrysomèle fastueuse (Emmel). 

Les cantharides sont composées, d'après Robiquet, de : Cantharidiney 
huile grasse jaune^ huile concrète verte^ substance jaune visqueuse, sub- 
stance noire, osmazome, adde uriquCy acétique et phosphorique, phospha- 
tes terreux, chitine. 

La cantharidine est le principe vésicant des cantharides. Elle est blan- 
che, cristallisée, excessivement acre; appliquée sur la peau, elle fait naî- 
tre rapidement des ampoules. Elle est insoluble dans l'eau, soluble dans 
les huiles, dans l'alcool et surtout dans Téther. Elle est très-volatile. Sa 
composition répond à la formule C*WO* (Regnaud). 

La cantharidine se trouve-t-elle indistinctement dans toutes les parties 
de l'animal? Hippocrate regardait comme inertes les antennes, la tête, les 
élytres, les ailes et les pattes et conseillait de les rejeter. Linné assurait, 
au contraire, que le principe vésicant réside à peu près également dans 
tout le corps de l'insecte. H. Cloquet et Audouin ont partagé cette manière 



Digitized by VjOOQIC 



238 CANTHâRIDE. — mylabrb de la chicorée. 

de voir. Cependant Farines a constaté que Tapplication, pendant trente 
heures, d'un emplâtre préparé avec la poudre des antennes, des élytres, 
des aile^ et des pattes, ne produisait aucun effet. Berthoud s'est livré tout 
récemment à de nouvelles recherches qui lui ont démontré que le prin- 
cipe actif, la cantharidine, existe dans les parties cornées de même que 
dans les parties molles, mais en proportion quatre fois moindre. 

Les cantharides perdent-elles avec le temps leur principe actif? C. Do- 
méril a constaté que des cantharides vermoulues avaient encore au boA 
de vingt-quatre ans conservé leurs propriétés vésicantes. D'un autre côté, 
Forster assure que lorsque ces insectes sont tombés en poussière, leurs 
débris n'ont plus aucune action. Cette dernière assertion n'est point fon- 
dée; mais il ne faut pas croire non plus, avec quelques auteurs, que le prin- 
cipe actif des cantharides ne soit pas attaqué parles parasites de ces insectes. 
S'il en était ainsi, les cantharides rongées, au lieu^de diminuer de valeur, 
deviendraient, au contraire, de plus en plus actives, ce qui n'est pas. D'a- 
près Farines (de Perpignan), la vermoulure des cantharides présente, com- 
parée à la poudre de cantharides non altérées, une action moindre expri- 
mée par le rapport 7 : 10,5. Berthoud a retiré de 125 grammes de ver- 
moulure 94 milligrammes de cantharidine, c'est-à-dire environ les trois 
cinquièmes de ce que fournit ordinairement un même poids de cantha- 
rides. Robiquet, Guibourt et Yirey ont trouvé aussi de la cantharidine, 
mais en quantités plus faibles, dans les vermoulures qu'ils ont analysées. 
Le genre cantharide comprendrait, d'après Audouin, jusqu'à soixante- 
quatre espèces, mais la plus importante et presque la seule usitée est la 
cantharide ordinaire, Cantharis vesicatoria,, qui vient d'être décrite. 

D'après Courbon, la cantharide pointillée (Cantharis osp^^a) de Mon- 
tevideo peut produire une excellente vésication et même dans un temps 
plus court que la cantharide ordinaire. Cette espèce vit sur la betterave; 
elle est longue de 13 à 16 millimètres. Sa tète, son corselet et son abdo- 
men sont d'un gris cendré, uniformément criblé de petits points noirs. 
Ses antennes sont noires et ses pattes roussâtres. 

n. Mylabre de la cliicorée, Mylabris cichom, Fabricius; Meloe 

Ctc/iorti, Linné; Cantharides de la Chine.— Le mylabre de la chicorée 

(fig. 47) est long de 14 à 16 millimètres, large de 5 environ; son corps 

est cylindrique, couvert d'élytres jaunes avec trois 

\/^yr^ bandes transversales disposées en zigzag et de 

AJtf couleur noire. Il paraît très-probable, dit Guibourt, 

/^^ que cet insecte est celui que Dioscoride et Pline 

^nB\. ^^^ désigné sous le nom de cantharide. Il se trouve 

J V^ sur les fleurs de la chicorée sauvage et sur plusieurs 

' ^ autres plantes de la famille des synanthérées. Il est 

^' de*h dJico?éf "^ employé en Italie, en Grèce, en Egypte et en Chine. 

Quelques auteurs croient que l'insecte des contrées 

chaudes de l'Europe diffère de celui de la Chine, et 

que ce dernier seul constitue le vrai Mylabre de la chicorée. 

On compte aujourd'hui près de deux cents espèces de mylabres; celles 



Digitized by VjOOQIC 



CANTHARIDES. — cérocone de schiipfer. 239 

qui^ par leurs caractères «oologiques et leurs propriétés vésicantes, se 
rapprochent le plus du mylabris cichorii^ sont : 

Le mylabris variabilis qui existe, dit-on, en abondance dans le centre 
de la France et qui a été préconisé par le docteur Brelonneau, comme 
ayant une action vésicante égale, sinon supérieure à celle des cantharides. 
Le M. sidsty grande espèce qui vit en Chine et dont on fait en Alle- 
magne un très-fréquent usage ( Soubeiran ) . 

Le M. cyanescens sur lequel Farines (de Perpignan) a appelé l'attention 
des médecins, et qu'il considère comme le plus actif des insectes vési- 
cants, après la cantharidc. 

IILMéioéposoaraliée. Meloe proscarabeuSy Linné; Scarabée onc- 
tueux (fig. 48, grandeur naturelle). — Insecte long de 28 millimètres et 
large de 11 environ, de forme ovoïde oblon- 
gue, d'un noir violacé. Élytres mous, courts, 
ne recouvrant qu'une partie de Fabdomen ; 
point d'ailes ; tête plus large que le corselet 
et pourvue d'antennes et d'articles grenus 
arrondis comme des grains de chapelet, et 
amincis en pointe à leur extrémité. 

Cette espèce et le méloé de mai, Meloe 
maiaUsj improprement appelé ver demain se 
trouvent au printemps dans toute l'Europe, 
sur les gazons, les plantes herbacées, notam- 
ment sur les ranunculus et les veralrum. '"'"• ^^' "^'^^^^ proscarabée. 

Le méloé proscarabée et le méloé de mai, 
appliqués sur la peau, l'enflamment, causent une cuisson mordante, peu 
durable, mais ne produisent pas de vésication. Ils n'exercent pas non 
plus d'action irritante sur les organes génito-urinaires. Ils étaient autre- 
fois employés en médecine. On en composait des exutoires et on les ad- 
ministi^ait aussi à l'intérieur. On les croyait efficaces contre la rage. 

On pourrait employer également comme rubéfiants le Meloe rugosuSj 
Marsh, commun aux environs de Montpellier, et le Meloe variegatus^ que 
Ton trouve aux environs de Paris (Moq. -Tandon). 

IV. Cérooome «e «cliieffer, Cerocome Schxfferi^ Fabricius (fig. 49). 

— Insecte de 10 à 15 millimètres de longueur, 

pubescent, à tête petite, noire ; corselet noir, an- 
tennes et pattes jaunes, élytres flexibles d'un vert 

doré. Le cerocome vit sur les graminées, les om- 

bellifères et les synanthérées. 11 existe aux environs 

de Paris. Bretonneau Ta trouvé en Touraine, sur 

les fleurs de VarUhemis coiula^ et a signalé son 

action éminemment épispastique. Fie. 49. — Cerocome 

Pharmacologie. — La cantharide officinale (Can- ^® Schœfîer. 

tharis vesicatoria) est le plus actif des insectes qui 

viennent d'être mentionnés. C'est elle que l'on emploie de préférence en 

France et dans les contrées septentrionales de l'Europe, soit à l'extérieur 



Digitized by VjOOQIC 




240 CANTHARIDES. — pharmacologie. 

comme vésicanl, rubéfiant ou épispastique, soit à Fiiitérieur pour mettre 
à profit l'action élective qu'elle exerce sur les organes génito-urinaires. 

Les formes pharmaceutiques principales sous lesquelles on administre 
les cantharides sont les suivantes : 

Poudre. — La poudre de cantharides était employée autrefois pour re- 
couvrir la surface des emplâtres vésicants, pratique aujourd'hui complè- 
tement abandonnée. On ne devra jamais prescrire la poudre de cantha- 
rides pour l'usage interne, pour cette raison que, malgré l'extrême ténuité 
que Ton pourrait lui donner, on aurait toujours à craindre qu'elle ne se 
déposât sur quelques points de la muqueuse digestive et n'y déterminât 
de graves accidents locaux. 

Teintures. — Les teintures de cantharides (alcoolé et éthérolé) se pré- 
parent au huitième et non au cinquième comme les autres teintures. La 
teinture alcoolique s'obtient avec huitparties d'alcool à 56*" cent. (21 Cart.) 
pour une de substance ; elle est presque la seule préparation de cantha- 
rides que l'on emploie à Tintérieur, mais on la fait souvent entrer dans 
les liniments révulsifs avec l'huile camphrée, l'huile d*olives ou Thuile 
d'amandes douces comme véhicule. La teinture éthérée est préparée avec 
une partie de poudre de cantharides et huit parties d'éther acétique ; ék 
est exclusivement réservée pour l'usage externe. 

Huile de cantharides, — Cantharides pulvérisées, une partie; huile 
d'olive, huit parties. On fait digérer au bain-marie pendant six heures, on 
passe avec expression, on laisse déposer, on décante et Ton filtre. Cette 
huile est très-active. Bien que la cantharidine pure se dépose en entier 
de sa dissolution dans les huiles fixes, elles persiste en dissolution dans 
l'huile de cantharides, où elle se trouve accompagnée des autres princi- 
pes de l'insecte, les matières grasses, jaune et verte (Soubeiran). 

Collodion cantharidé. — Cantharides grossièrement pulvérisées, cinq 
cents parties; éther vinique, cinq cents parties; éther acétique, cent 
parties. Opérez par lixiviation et ajoutez : fulmicoton, une partie. 

Emplâtre vésicatoire. — Poix résine, axonge, cire jaune, poudre de can- 
tharides : parties égales. Après avoir fait liquéfier la résine, l'axonge et la 
cire, on ajoute à l'aide d'un tamis, la poudre de cantharides. Il est préfé- 
rable, d'après le conseil de Muller, de laisser digérer le mélange sur un feu 
doux, pendant quelques heures. En opérant ainsi, les principes vésicants 
de la cantharidé se dissolvent dans la masse emplastiquc et rendent son 
action plus prompte et plus efficace. En été, pour obtenir un emplâtre de 
consistance convenable, on doit augmenter un peu (d'un 1/4 environ) la 
quantité de cire et diminuer d'autant celle de l'axonge. Les vésicatoires que 
l'on prépare avec cette masse emplastique sont saupoudrées de cantharides. 

Emplâtre vésicatoire anglais. — Cire blanche, 3 ; axonge, 7 ; suif, 5 ; 
poix blanche, 1 ; poudre de cantharides, 7 ; F. S. A. Cet emplâtre, con- 
tenant le tiers de son poids de cantharides, agit plus énergiquement que 
l'emplâtre ordinaire; de plus il est moins adhérent et fait par conséquent 
moins souRrir le malade lorsqu'on le détache de la peau. Cet emplâtre 
vésicant est aujourd'hui généralement employé. On l'étend sur du spara- 



Digitized by VjOOQIC 



CANTHARIDES. — puabhacologib. 241 

drap ou sur de la peau blanche. Dans ce dernier cas, il y a avantage à 
l'entourer d'un bord de diachylon. 

Vésicatoire perpétuel de Janin. — Poudre de cantharides et d'eu- 
phorbe, de chaque une partie, térébenthine et mastic pulvérisé, 12 par- 
ties. On iait liquéfier la térébenthine et Ton y incorpore à chaud l'eu- 
phorbe et les cantharides ; on ajoute ensuite le mastic et l'on agite 
jusqu'à parfait refroidissement. 

Mouches de Milan. — Poix résine, cire jaune, axonge et poudre de 
cantharides de chaque 64 parties, térébenthine, 16 parties ; essence de 
lavande et de thym de chaque une partie. F. S. A. (Mouchon). On étend 
cette masse emplastique sur du taffetas noir de manière a obtenir de pe- 
tits épithèmes que Ton applique, comme substitutifs, contre les douleurs 
névralgiques, les maux d'yeux, etc. On laisse ces mouches appliquées 
jusqu'à ce qu'elles se détachent d'elles-mêmes. 

Papier vésicant.— Pour le préparer, on imbibe, avec l'extrait éthéré de 
cantharides évaporé en consistance sirupeuse, un morceau de papier Jo- 
seph de la grandeur et de la forme du vésicatoire que l'on veut établir, 
et l'on place ce papier sur une rondelle de sparadrap de dimension un 
peu plus grande. Ce moyen indiqué par Trousseau réussit fort bien : l'épi- 
derme est soulevée sept à dix heures après l'application. 

Sparadraps vésicants, — Les sparadraps vésicants , aujourd'hui fort 
employés, sont obtenus en étendant sur du calicot ou mieux sur de la 
toile écrue, diverses compositions emplastiques ayant pour base la poudre, 
l'extrait alcoolique ou l'extrait éthéré de cantharides. Ces sparadraps 
doivent être conservés en rouleaux dans des boîtes en métal fermant 
exactement et placées dans un endroit frais. Au fur et à mesure du be- 
soin, on découpe, dans la pièce, des emplâtres de la grandeur prescrite. 

Le vésicatoire Leperdriel est une toile vésicante dont la face libre est 
divisée en centimètres carrés par un tracé qui permet d'obtenir très«faci- 
lement des emplâtres de dimensions précises. 

Les vésicatoires préparés de la sorte ne présentent pas de bord libre et 
par conséquent ne peuvent être entourés d'un liséré d'emplâtre diachy- 
lon, destiné à faciliter leur application et à les maintenir en place. Il faut 
donc, pour les fixer, avoir recours à l'emploi de quelques bandelettes ag- 
glutinatives ou se servir d'un bandage de corps. Mais, à côté de cet incon- 
vénient, ces vésicatoires ont l'avantage d'être, pour ainsi dire, tout faits 
et de présenter une couche emplastique qui, étant d'une épaisseur peu 
considérable, égale partout et à surface très-unie, s'applique plus exacte- 
ment sur les parties de la peau qu'elle doit recouvrir, et tend à produire 
une vésication plus parfaite et plus prompte. 

Suivant la durée de leur contact avec la peau et suivant aussi leur ri- 
chesse en principes vésicants, les topiques cantharides donnent naissance 
à des phénomènes inflammatoires bien connus, qui peuvent aller de la 
simple rubéfaction au véritable vésicatoire. Mais outre cette action sub- 
stitutive toute locale, que dans un très-grand nombre d'indications, le 
médecin cherche à produire, les cantharides, par leur absorption, déter- 

KOUV. DICT. MÉD. ET CHIB. VI. — 16 



Digitized by VjOOQIC 



242 GANTHàRIDES. — tuébapeutique. 

minent sur les organes génito-urinaires, une action irritante plus on 
moins vive, qu'il importe au plus haut point d'éviter. Pour obvier à cet 
inconvénient, on est dans l'usage de camphrer les vésicatoires, soit en 
étendant à leur surface une couche de camphre finement pulvérisé, soit 
en les arrosant, selon le conseil de Cadet de Gassicourt, de quelques 
gouttes d'une teinture éthcrée de cantharides saturée de camphre. Sui- 
vant Morcl Lavallce, cette pratique, déjà ancienne, serait purenaent illu- 
soire. D'après Bretonncau, on diminue grandement les chances d'ab- 
sorption en interposant, entre le vésicatoire et la peau du malade, on 
papier brouillard imprégné d'huile. Par ce moyen, on évite certainement 
qu'une portion et la masse emplastique demeure adhérente à l*épiderme 
après que l'emplâtre a été détaché de la peau, inconvénient que présente 
souvent les compositions vésicantes de consistance molle, l'emplâtre vé- 
sicatoire anglais, par exemple. 

Pommades épispastiques. — Il existe deux sortes de pommades épi- 
spastiques, l'une verte dans laquelle les cantharides entrent en nature i 
l'état de mélange, l'autre jaune, obtenue par solution. La pommade verte 
se prépare en incorporant une partie de poudre de cantharides dans un 
mélange de cire blanche, 4 parties, et onguent populeum, 28 parties. la 
pommade épispastique jaune s'obtient en faisant digérer au bain-marie 
pendant quatre heures, dans 210 parties d'axonge, 15 parties de cantha- 
rides en poudre grossière et 1 partie de curcuma pulvérisé, passant avec 
expression, ajoutant 30 parties de cire jaune préalablement fondue et, 
lorsque la pommade est presque refroidie, une partie d'essence de citron. 

Si l'on veut avoir du papier épispastique, on étend une composition cin- 
tharidée, ayant quelque analogie avec la pommade jaune, sur des bandes 
de papier vélin au moyen du sparadrapier ou d'un appareil approprié. Ces 
papiers servent à panser les vésicatoires. 

Lorsqu'on juge utile d'entretenir un exutoire, ce qui devient de plus 
en plus rare, il faut se rappeler que la pommade verte, bien que renfer- 
mant moitié moins de cantharides que la jaune est cependant beaucoup 
plus active ; ce qui tient à ce que les cantharides y existent en nature. Il 
ne faut pas oublier non plus que l'une et l'autre de ces pommades sont i 
base de cantharides, et qu'elles sont, par conséquent, susceptibles de pro- 
duire très-souvent des symptômes de cystite, auxquels ne donne ja- 
mais lieu la pommade épispastique au garou, laquelle, pour cette raison 
devrait être seule employée. Fait regrettable, bien loin qu'il en soit ainsi, 
la pommade au garou n'existe que dans peu de pharmacies, et à moins 
que le médecin n'insiste pour en obtenir, c'est presque toujours la pom- 
made jaune qu'on lui délivre lorsqu'il prescrit la pommade au garou. 

Louis Hébert. 

Thérapeutique. — Les propriétés vésicantes des cantharides les carac- 
térisent essentiellement; mise à la surface de la peau, la poudre de can- 
tharides amène, peu d'heures après son application, de l'engourdissement, 
puis un sentiment de douleur brûlante; la peau rougit, de petites bulles 



Digitized by VjOOQIC 



CANTHARIDES. — raiBAPEOTiQOE. 245 

se forment sous répiderme ; soulevées comme les phlyctènes d'une brû- 
lure, elles s^agrandissent, se réunissent les unes aux autres, et forment 
une large collection séreuse; de la sérosité citrioe s'en écoule lorsque la 
mince pellicule épiderraique soulevée vient à se rompre ; en enlevant cette 
pellicule, on trouve à la surface de la peau une couche de lymphe semi- 
coagulée; et parfois une gelée tremblotante, épaisse et adhérente, tient 
h'eu de sérosité, et apparaît seule sous Tépiderme soulevé. 

Les fausses membranes, qui s'enlevaient facilement aux premiers pan- 
sements, sont plus adhérentes les jours suivants, et forment des lamelles 
scarieuses et sèches, à Pabri desquelles Tépiderme se reforme mince et 
rosé, comme celui d'une cicatrice récente. 

La poudre de cantharides, mise à la surface d'une muqueuse, donne 
lieu à une exsudation pseudo-membraneuse, à une concrétion de lymphe 
semi-coagulée. 

La poudre de cantharides doit la plus grande partie de son action irri- 
tante à un principe immédiat cristallin, la cantharidine. La cantharidine, 
dissoute dans Phuile ou l'éther, produit sur la peau une irritation vési- 
cante plus rapide et plus vive que la poudre de cantharides. 

On a voulu savoir quelles étaient, des parties de la canthariile, celles 
qui renferment en plus grande quantité le principe actif. Ferrer pense 
que toutes les parties du corps, et surtout les parties molles, sont vési- 
cantes. Suivant Pereira, le principe vésicant ne se trouverait que dans les 
organes génitaux de Tanimal : telle est aussi l'opinion de Zier. Leydy 
regarde comme actives, outre le sang et les œufs, les glandes accessoires 
des organes mâles et femelles de la cantharide. 

bdépendamment de la cantharidine, il existe encore dans l'insecte 
une matière huileuse verte et une autre huile vésicante, d'une odeur acre 
•et pénétrante. 

La cantharidine pure n'est point soluble dans l'eau ; mais comme elle 
est très-soluble dans les huiles grasses et les éthers, les matières huileuses 
précédemment énumérées la tiennent en solution, et en rendent l'action 
immédiate, facile et sûre. 

L'épiderme soulevé laisse écouler une sérosité citrine, albumineuse et 
alcaline ; or le principe actif vésicant de la cantharide, insoluble dans 
l'eau, se dissout, au contraire, dans le sérum alcalin, et, par l'intermé- 
-diaire de cette sérosité citrine, qui distend et soulève l'épiderme, il baigne 
les papilles dénudées; il'est rapidement absorbé, et de là une série d'ac- 
cidents généraux qui tiennent à son absorption, et que hous allons exa- 
miner maintenant. 

I. Lorsqu'il y a près de deux siècles, Baglivi entreprit, avec la teinture 
<le cantharides, des expériences sur les animaux, il fit des injections dans 
la veine jugulaire : les animaux moururent rapidement après quelques 
accidents convulsifs ; chez l'un d'eux on trouva la vessie rouge et en- 
flammée. 

De la lecture de ce mémoire, le premier où il soit question d'expé- 
riences, on ne peut rien conclure, mais on voit déjà indiqué un fait im- 



Digitized by VjOOQIC 



244 CANTHARIDES. — tiiérapkdtiqde. 

portant, essentiel, qui n'a été bien établi, bien démontré, que de nos 
jours ; nous voulons parler de la cystite cantharidienne. 

Après Tapplication d'un vésicatoire, après Tingestion de poudre ou de 
teinture de cantharides, on voit souvent survenir de fréquentes envies 
d'uriner ; Turine foncée est troublée par de légers enéorèraes ; puis une 
sensation brûlante,* bientôt suivie d'une vive et cuisante douleur, se fait 
sentir au méat ; les urines, qui sont rendues avec peine, ont une cou- 
leur citrine plus ou moins foncée; quelquefois elles sont sanguinolentes: 
des fausses membranes, dont quelques-unes sont comme enroulées sur 
elles-mêmes, s'aperçoivent dans l'urine, laquelle est albumineuse. On di- 
rait qu'il s'est fait à la surface de la vessie une exsudation de sérosité al- 
bumineuse avec fausses membranes, telle qu'elle se produit sur la peau. 
C'est là une explication très-ingénieuse et très-vraie de la cystite et de 
l'albuminurie concomittante ; mais l'albuminurie peut tenir encore à une 
lésion rénale. 

Morel-Lavallée, et plus tard Andral, ont vu souvent après des appli- 
cations de vésica^oires, lorsqu'on avait occasion de faire des autopsies 
dans les deux ou trois jours qui suivaient, la vessie injectée, vivement 
ecchymosée, recouverte d'un exsudât membraneux. Morel-Lavallée est 
donc le premier qui ait signalé la cystite cantharidienne; Bouillaud fit 
connaître l'albuminurie, suite de l'application de vésicatoires ; il en 
donna l'explication en montrant, dans ce cas, les reins injectés, les bas- 
sinets enflammés et couverts de fausses membranes. 

Les travaux de Morel-Lavallée remontent à plus de vingt-deux ans, et 
tous les observateurs qui sont venus après lui n'ont fait qu'étendre et 
confirmer le résultat de ses recherches sur ce sujet. 

Quant à l'albuminurie cantharidienne, on comprend très-bien qu'elle 
puisse être liée à la fois à l'exsudation vésicale, et aussi à l'altération du 
rein, néphrite parenchymateuse. 

Si nous rapprochons de cette albuminurie les faits d'éruptions cutanées 
observés par OEsterlen, et l'action très-réelle des préparations de cantha- 
rides prises à l'intérieur, sur la guérison d'affections cutanées rebelles, 
nous sommes amenés à rattacher ces faits les uns aux autres, et nous 
comprenons facilement que le principe actif, irritant, de la cantharide, 
venant à s'éliminer par les reins et par la peau, produise dans un cas 
l'irritation rénale et l'albuminurie, et, d'autre part, l'irritation cutanée, 
et plus tard des éruptions plus ou moins étendiies. 

Leriche et Maxwell ont vu survenir de la salivation après l'application 
d'un vésicatoire : c'est un accident du même ordre que ceux auxquels 
nous venons de faire allusion . 

Ainsi donc le principe actif de la cantharide absorbée circule dans les 
vaisseaux, les traverse sans laisser traces de son passage, et ce n'est que 
dans les cavités d'excrétion qu'il exerce son action irritante. Voici com- 
ment on a cherché à rendre compte de ee fait : 

Dissoute dans le sérum alcalin du sang, et combinée avec lui, la can- 
tharidine devient libre dans la sueur et dans l'urine acide; si donc on 



Digitized by VjOOQIC 



CANTHARIDES. — THiRAPEuriQUB. 245 

parvenait à rendre l'urine alcaline, la canlharidine maintenue combinée, 
traverserait les voies d'excrétion rénale sans déterminer nulle part d'ac- 
tipn irritante. 

Hartin-Damourette, qui, le premier, a donné cette explication fort in- 
génieuse, indique un moyen simple d'éviter aux malades les souffrances 
très-vives de la cystite cantharidienne : il conseille de leur donner au- 
paravant 10 à 15 grammes de bicarbonate de soude, de façon à rendre 
l'urine alcaline. 

L'indication est très-nette, mais elle n'est pas toujours facile à remplir; 
nous avons nous-mêmes, dans le service du professeur Grisolle, donné à 
un malade, pendant 5 ou 4 jours, 10 grammes de bicarbonate de soude 
en 24 heures, et cela sans avoir pu rendre son urine alcaline, et lui évi- 
ter les douleurs de la cystite cantharidienne. 

Il sera donc souvent impossible d'alcaliniser l'urine, et, dans tous les 
cas, nous ne croyons pas qu'il soit indifférent de donner à un malade 
jusqu'à 10 grammes de bicarbonate de soude par jour, et cela dans le 
cours d'une autre médication dont les effets ne peuvent manquer d'être 
contrariés par l'administration des alcalins. 

Cette absorption du principe actif de la cantharide à la suite d'un vési- 
catoire, n'a pas toujours lieu : cette fausse membrane qui, le plus sou- 
vent, reste à la surface des papilles dénudées lorsqu'on a laissé écouler 
la sérosité, peut s'opposer à l'absorption. Il convient donc, pour qu'il y 
ait absorption, que le vésicatoire soit resté longtemps sur la peau, 
que le malade ait fait dans son lit des mouvements qui aient dérangé, 
séparé en partie de la peau l'exsudat sous-séreux. L'absorption se tait 
mieux encore lorsque la peau sous-jacente au vésicatoire a été récemment 
scarifiée, comme cela arrive souvent lorsqu'on fait succéder le vésicatoire 
aux ventouses, comme un moyen révulsif plus énergique et plus continu. 

IL Nous venons de montrer ce qui a lieu lorsque la poudre de cantha- 
rides est mise sur une étendue relativement petite de la surface du corps ; 
nous avons dit que, sur une muqueuse, l'action locale est plus vive, et 
que, sur cette peau qui n'a point d'épiderme, la vésication se fait plus ra- 
pidement; l'absorption est aussi plus active. 

Lorsque la cantharide est ingérée, on peut donc compter sûrement sur 
les accidents d'élimination qui suivent son absorption. Le principe actif, 
mêlé à l'urine, exerce son action irritante le long des uretères, de la 
messie et du canal urélhral. 

S' éliminant par la peau, le principe actif de la cantharide peut, dans 
certains cas d'affections chroniques de la peau, produire une irritation 
substitutive fort avantageuse. 

Telles sont les seules données certaines sur lesquelles reposent les 
applications thérapeutiques que l'on a tenté de faire de la cantharide, 
applications presque toujours incertaines en dehors de l'action vraiment 
héroïque des cantharides comme révulsif local. C'est à ce titre qu'il con- 
vient d'abord de les étudier. 

a. Nous n'avons point à faire ici l'histoire de la révulsion ; nous dirons 



Digitized by VjOOQIC 



246 CANTHARIDES. — thérapeutique. 

seulement que, de tous les agents révulsifs, le vésicatoire à la cantharîde 
est celui qui est employé le plus souvent et avec le plus d'avantages. Lors- 
qu'on laisse suppurer un vésicatoire, il devient un exutoire dont il con- 
vient de surveiller la marche ; difTérents cas peuvent alors se présenter: 
lorsque le vésicatoire sèche, il faut le ranimer par des pommades et 
des taffetas épispastiques (cela a lieu surtout chez les enfants et les vieil- 
lards); lorsque le vésicatoire se recouvre de fausses membranes (et on ne 
peut, après les expériences de Bretonneau, contester que rinflammatioii 
cantharidienne ne soit essentiellement membraneuse), un moyen très- 
simple, indiqué par Trousseau, consiste à appliquer sur la plaie un nou- 
veau vésicatoire ; nous parlons ici de fausses membranes adhérentes, et 
non point de ces concrétions molles, grisâtres, pultacées, d'odeur fétide, 
que Ton observe à la suite de certains vésicatoires, et que Ton aggrave- 
rait en les traitant par des applications épispastiques. Un vésicatoire peut 
être le point de départ d'un érysipèle, de vésicules d'eczéma, de pustules 
d'impétigo ; d'autres fois le vésicatoire se recouvre de végétations. 

EnGn, ainsi que nous l'avons fait pressentir, l'application d'un vésica- 
toire sera souvent accompagnée de dysurie, de cystite, quelquefois de pria- 
pisme, et même de métrite, etc.; nous ne mentionnons que comme 
exceptions, et sous toutes réserves, ces cas cités par GuibourI, et où Tem- 
poisonnement cantharidien, suite de l'application de vésicatoires, aurait 
amené la mort. Contre cette dysurie, nous avons dit ce que nous pen- 
sions de l'usage des sels alcalins ; quant au camphre dont on saupoudre 
les vésicatoires, ou que, depuis Groenvelt, on associe comme médicament 
interne à l'usage externe des cantharides, nous le croyons peu eHicace, et 
nous ne pensons pas que, de cette façon, on ait grande chance d'éviter 
les accidents qui se manifestent du côté des reins et de la vessie. 

b. Il résulte des expériences de Siegmund, que la cantharidine à très- 
petites doses amène une accélération du pouls avec augmentation d'urée 
dans l'urine; cette légère excitation doit-elle entrer en ligne de compte 
dans l'appréciation des effets révulsifs que produisent les vésicatoires? 
nous ne le pensons pas. 

Le vésicatoire à la cantharide n'est pas le seul mode de vésication ; il y 
a bien d'autres moyens de faire à la peau des brûlures avec larges pblyc- 
tènes, mais c'est le plus simple, le plus sûr et le meilleur de tous. Nous 
avons fait connaître ce qui a trait aux vésicatoires à la cantharide ; nous 
ne croyons pas devoir, à l'exemple de Stillé, parler de toutes les mala- 
dies dans lesquelles les vésicatoires ont été administrés; c'est là une 
question beaucoup plus générale et qui se rattache entièrement à celle 
des indications et des contre-indications de la médication révulsive 
(voy. Révulsion). 

III. Oribase est le premier qui ait fait mention de l'emploi des can- 
tharides comme épispastiques ; pendant tout le cours du seizième siècle^ 
Tusage des vésicatoires fut presque abandonné; plus tard on crut trouver, 
dans Texutoire produit par le vésicatoire, un moyen d'amener en dehors 
les humeurs peecantcs, et il fallut que Baglivi, dans son mémoire De 



Digitized by VjOOQIC 



CÂNTHARIDES. — tuébapectique. 247 

ustt et abuiu vesicantium^ reprit la question, pgur fixer les indications 
et les contre-indications d'une méthode qui, si elle avait rendu quelques 
services, avait déjà fait plus d'une victime. 

Hais où était le danger? C'était surtout dans l'emploi irraisonné, 
comme médicament interne, de la cantharide et de ses préparations ; on 
le sentit si bien qu'on en proscrivit Tusage, etGroenvelt fut mis en prison 
pour s'être servi, très-prudemment cependant, de préparations de can* 
tharides. 

Aujourd'hui on ne met plus en prison ceux qui, à tort et à travers, 
usent de dangereux médicaments ; aussi voyons-nous la cantharide préco- 
nisée contre l'épilepsie, l'hystérie, la rage, etc. Comme Trousseau le fait 
remarquer avec juste raison, il suffît malheureusement qu'un remède 
soit héroïque, et que Tadministration en soit périlleuse, pour qu'il se 
trouve des médecins qui croient devoir le tenter dans le traitement des 
affections aiguës et chroniques réputées incurables; et comme on se ré- 
sout difficilement à avoir fait des essais infructueux, on exagère souvent 
les vertus du remède dont on a' étudié les effets, et on finit quelquefois 
par s'abuser soi-même et par tromper les autres. 

£n traitant de l'action physiologique des cantharides, nous avons, 
parlant de la cystite et des értiptions cutanées, laissé pressentir quelles 
étaient les seules indications précises de l'usage interne des cantharides. 

Le père de la médecine, Hippocrate, donnait la poudre de cantharides 
dans les cas d'hydropisie, d'apoplexie, d'ictère; et comme il connaissait 
bien les propriétés abortives de ce médicament, il en conseillait l'usage 
dans les accouchements laborieux, pour solliciter l'expulsion du fœtus et 
du placenta. 

Comme hydragogue, la cantharide fut préconisée par Richter, Blackall, 
Lîeutaud ; Rayer l'employa avec quelque succès dans l'hydropisie liée 
à la maladie de Bright; on l'a conseillée également dans les épanche- 
menls pleurétiques (Faivre). 

On l'a préconisée contre la dysurie (Groenvelt, Werlhof), contre la 
paralysie de la vessie, l'incontinence et la rétention d'urine. 

Burdach et Murray l'ont ordonnée dans des cas d'aménorrhée et de 
dysménorrhée rebelles. 

Lorsque la dysurie est sous la dépendance d'un état d'atonie de la 
vessie, comme cela a lieu souvent chez les vieillards, on comprend que 
la cantharide puisse avoir un salutaire effet. Dans un de ces cas de 
paralysie vésicale, Lisfranc guérit son malade en portant, à l'aide d'un 
cathéter, la cantharide jusque dans la vessie. 

On a conseillé l'usage de la cantharide dans le traitement de la pyéUte, 
du catarrhe vésical. Bartholin, et, plus tard, Mead, et, de nos jours, 
Robertson, ont donné avec succès la teinture de cantharides dans le trai- 
tement de la blennorrhagie, et surtout de la blennorrhée ; on comprend 
comment, dans ce cas, la cantharide peut agir en déterminant sur la 
muqueuse uréthrale une inflammation substitutive. 

Trousseau assimile avec raison l'emploi des cantharides données à l'in- 



Digitized by VjOOQIC 



248 CANTHARIDES. — médecine légale. 

térieur à ces injections.irritantes que l*on fait dans la yessie et l'urèthre, 
pour modifier et guérir les inflammations de la membrane muqueuse, 
qui en revêt les parois. 

Daas les derniers siècles de la domination romaine, nous voyons faire 
grand usage des cantharides. Pline raconte l'histoire d'un chevalier 
romain qui s'empoisonna avec un hreuvage contenant des cantharides, 
et qu'il prenait pour se guérir d'une affection cutanée rebelle. Ce n'esl 
guère que vers la fin du dernier siècle que Lorry conseilla la cantharide 
dans les cas d'affections cutanées. Suivant Biett, Leroy, Cazenave, la tein- 
ture de cantharides modifie souvent, de la façon la plus heureuse, des af- 
fections cutanées rebelles, psoriasis, lèpre, eczéma, lichen, etc.; soos 
l'influence du médicament, la peau s'anime, les plaques rougissent, les 
papules s'affaissent, les squames se détachent et tombent, et au beat 
d'un mois à six semaines, souvent plus tôt, la guérison est obtenue. 

Sans croire que la teinture de cantharides soit responsable de toutes les 
guérisons qu'on a voulu, dans ce cas, lui attribuer, nous pensons que le 
principe actif de la cantharide, s'éliminant par la peau, peut amener, 
dans certains cas, une inflammation substitutive, et que cette inflamma- 
tion, dans le cours d'une affection squameuse rebelle, ne peut produire 
qu'un heureux et salutaire effet. 

Telles sont les applications thérapeutiques que l'on a essayé de faire 
de la teinture de cantharides. On ne saurait être trop prudent, trop ré- 
servé dans l'administration d'un médicament dangereux et dont on ne 
peut obtenir d'effets utiles que dans quelques cas, et suivant certaines 
indications souvent difficiles à bien préciser. 

Nous n'avons pas, jusqu'ici, parlé de la cantharide comme aphrodisia- 
que, car la thérapeutique, art bienfaisant et sage, n'a rien à voir dans la 
composition des breuvages abortifs et de ces philtres clandestins ou 
l'homme épuisé va chercher, au péril de sa vie, une jeunesse factice et 
des plaisirs longtemps regrettés. (Voy. t. III, p. 17, art. Aphrodisiaques 
parRicord.) 

Médecine légale. — En se reportant aux chiffres qui, dans le tableau 
donné par Tardieu de la fréquence relative des empoisonnements, nous 
font connaître le nombre de cas où la cantharide a servi de poison, nous 
voyons que le nombre en est grand (23 sur 617) (Leçons sur les empoi- 
sonnements, p. 164). Les quelques lignes par lesquelles nous avons ter- 
miné l'histoire thérapeutique des préparations de cantharides, laissent 
assez deviner dans quelles circonstances le médecin légiste doit s'attendre 
à observer l'empoisonnement par les cantharides : nous voulons pari^ 
des attentats aux mœurs et des avortements. (Foy.art. AvoRTEiiEKT,t.IV, 
p. 342.) 

I. Les accidents de l'empoisonnement par les cantharides varient sui- 
vant la quantité du poison absorbé. 

C'est d'abord un sentiment de douleur brûlante avec constriction dans 
la bouche et l'arrière-gorge ; une soif vive que les boissons ne peuvent 
calmer, car le malade ne peut avaler quelques gorgées de liquide qu'après 



Digitized by VjOOQIC 



CANTHARIDES. — MiraciiiE LicALB. 349 

de Tives souffrances, tant sont grandes la constriction douloureuse de la 
gorge et la dysphagie. 

Il éprouve bientôt de yiolentes coliques ; le yentre tendu, ballonné, est 
très-douloureux à la pression. Le malade est pris de nausées, de yombse- 
ments glaireux et sanguinolents ; il se plaint de téoesme et a des selles 
sanguinolentes. La douleur est surtout vive, cuisante au bas-ventre, mais 
il n'y a point de dysurie, car les urines se sont supprimées. 

Dans cette première période la peau est chaude, les yeux injectés, dé- 
lirants ; puis les vomissements continuent, la face se refroidit et s'altère, 
les yeux sont excavés, cernés, sans expression et presque sans mouve- 
ment ; la peau se recouvre d'une sueur froide et visqueuse, et après quel- 
ques secousses convulsives suivies d'une légère roideur tétanique, le 
malade tombe dans le coma et succombe bientôt après. 

Ce sont là les accidents de l'empoisonnement suraigu; ils ne durent 
généralement qu'un petit nombre d'heures. 

Dans une forme plus lente, les troubles génito-urinaires sont plus nette- 
ment accusés : douleur cuisante tout le long du canal, et surtout au méat, 
envies fréquentes d'uriner, urines rares, sanglantes, dans lesquelles 
nagent des stries pseudo-membraneuses ; ténesme rectal, diarrhée san- 
guinolente; érections presque continues avec tension extrême de la verge, 
érections douloureuses presque toujours frustes, sans qu'il y ait là ces 
pollutions voluptueuses, cette excitation satyriasique dont de prétendus 
observateurs nous ont complaisamment tracé le tableau. 

L'anxiété, l'agitation sont très-grandes; la soif est vive; les nausées, les 
vomissements surviennent presque à chaque instant; le malade salive 
abondamment. 

On a souvent observé du délire, de l'agitation, des soubresauts, des 
mouvements convulsifs, de véritables accès épileptiformes ; puis, à cette 
agitation, à ce délire, succèdent une très-grande prostration et toujours un 
ralentissement du pouls, avec défaillances et affaissement de plus en plus 
prononcés. Le malade peut s'éteindre ainsi après un, deux ou trois jours. 

Mais la mort n'est pas toujours la conséquence de l'empoisonnement 
par les cantharides, et n'arrive pas nécessairement dans les cas même 
où les accidents ont débuté avec le plus de violence et d'intensité ; cela 
tient en effet à la différence qui peut exister entre l'intensité de l'action 
locale et la quantité du poison absorbé, qui seule peut donner la mort. 

Le ralentissement du pouls, les accidents nerveux convulsifs, et l'al- 
tération profonde des traits, succédant à Tinjection de la face animée et 
vultueuse, font pressentir l'aggravation des accidents et une mort presque 
certaine. 

U. En présence d'un cas d'empoisonnement par les préparations de 
cantharides, le médecin légiste doit se préparer à répondre à cei*taines 
questions qui ne se représentent pas pour la plupart des autres empoi- 
sonnements. 

11 doit chercher, par l'examen attentif des organes génitaux, si une 
femme qui a pris de la cantharide, ne l'a pas fait dans le but d'amener 



Digitized by VjOOQIC 



250 CANTHARroES. — médecinb légale. 

un avortement ; il doit se préoccuper de savoir si les préparations de can- 
tharides n'ont pas été données pour provoquer et faciliter un attaitat 
aux mœurs, et si l'excitation génésique qui a pu se produire a été le point 
de départ de tentatives ou d'actes dont le corps et les parties sexuelles de 
la victime peuvent avoir conservé des traces. 

Quant à la question qui a été soulevée une fois en cour impériale, de 
savoir si la cantharide est bien réellement un poison, nous ne croyons pas 
qu'elle se représente jamais ; tous les faits prouvent manifestement que 
les préparations de cantharides appartiennent à la classe des poisons les 
plus énergiques et les plus redoutables. 

A quelle dose les préparations de cantharides peuvent-elles donner la 
mort? La question est difficile pour la poudre et la teinture de cantharides,. 
dont l'énergie dépend de la qualité et du degré de conservation des 
mouches broyées. Taylor donne comme dose limite une once de poudre. 
4 ou 5 grammes de cantharide en poudre suffisent pour tuer un chien 
d'assez forte taille. 

Au delà de 50 centigrammes, la cantharidine peut amener la mort; à 
la dose de 4 à 10 centigr., elle amène chez l'homme des accidents graves. 

Comme traitement de cet empoisonnement, il faut avant tout et par* 
dessus tout, éviter de donner des huiles qui dissolvent et disséminent le 
poison, en favorisant son absorption; on devra prescrire des boissons mu- 
cilagineuses et délayantes, ipais non en grande quantité, pour ne pas pro- 
voquer une trop grande sécrétion d'urine, dont l'émission cause de si vives 
souffrances aux malades. Stillé conseille l'opium dans la période d'exci- 
tation ; on devra mettre les malades dans des bains tièdes, appliquer sur 
le ventre de larges cataplasmes laudanisés. 

Comment reconnaîtra- t-on un empoisonnement par les cantharides, en 
outre des accidents qui, au point de vue clinique, peuvent le carac^ri- 
ser ; en un mot, quelles seront sur le cadavre les lésions observées, et 
quel sera le moyen de retrouver le poison ? 

Comme lésions anatomiques, on trouve la bouche, la langue et Far- 
rière-gorge phlogosées, couvertes d'une couenne blanchâtre ; la muqueuse 
gastro-intestinale, rouge, injectée, ramollie par places, enduite de muco- 
sités sanguinolentes; la vessie, vide, épaisse, ramollie, et présentant en 
certains points des fausses membranes. , 

Le sang est à demi-poisseux, peu coagulé. Les organes génitaux ont été 
trouvés phlogosés, gangrenés. 

L'urine est quelquefois sanguinolente, et toujours renferme de Tattiu- 
mme et des stries pseudo-membraneuses. 

Pour démontrer le poison, quand il a été donné à l'état de poudre, le 
procédé de Poumet permet, en insufflant et faisant dessécher l'intestin, 
de voir par transparence, incrustées en ses parois, les débris d'écaillés 
vert doré des cantharides. L'examen des matières fécales, durcies et cou* 
cassées, montre aussi, dans la masse, ces mêmes paillettes disséminées; 
les malières suspectes, quelles qu'elles soient, délayées dans un peu d'al* 
cool, puis étendues sur des lames de verre, laissent voir à la lumière ré- 



Digitized by VjOOQIC 



CANTHABIDES. — bibliographie. 254 

fléchie les paillettes vert brillant dont elles sont parsemées. Mais, dans le 
cas où il s'agit soit de teinture de cantharides, soit de cantliaridine, ce 
procédé est insuffisant; sans recourir à Texamen histologique du résidu 
. cristallin obtenu, ainsi que le conseille Taylor, on devra suivre de préfé- 
rence le procédé de Bamiel, procédé tout aussi exact et beaucoup plus 
pratique. 

D consiste essentiellement à épuiser par Téther le résidu des matières 
alimentaires ou digestives sur lesquelles on opère, et à se servir ensuite 
de la solution éthérée pour en frotter les lèvres, les bras, et chercher à 
déterminer, comme l'a fait Barruel, l'apparition d'une érosion, d'une 
phlyctène, qui ne laissent plus alors aucun doute sur la nature vésicante 
de la substance provenant d'aliments ou de matières suspectes. 

Bagliti, DisserUtio YII, De usa et abusu vesicanlium in Opéra omnia. 7* edit., p. 640, Lugduni, 

iiKi», 1710. 
BcAupoiL, Recherches niédico-chimiques sur les vertus et les principes des cantbarides [Thèses de 

Paris, 1803, in-8). 
ScHOBART, Archih fur medizinisch. Erfahrung., 1824, p. 61-64, in-8. 
IKiAT et DKtENs, Dictionn. de matière médicale^ 1832, t. IV, p. 319, in-8. 
MedwwUch.-chirurgische Zeiiung, 1834, b. IV, s. 298. 
CmusnsoN (Robert), A treatise on poisons. Edinburgb, 1836, 3" édit., in-8. 
WiBiEii, Wirkung der ArsneimUtel und Gifle, 1837, t. III, p. 248. 

PocMBT (J.), Recherches sur Tempoisonnement par les cantharides (Thèse de doctorat, Paris, 1842). 
Mobcl-Latallée, Comptes rendus de V Académie des sciences , juillet 1844. — Action des can- 
tharides sur la vessie; cystite et fausses membranes causées par cet agent [Comptes rendus 

de rAcad.des sciences, ei BulL de thérapeutique, 1846, t. XXXI, p. 474). — Arch. gén&, 

de médecine, 1856, 5* série. 
LispRANc, Injections dans la vessie avec la teinture de cantharides dans un cas de rétention et 

d'incontinence d'urine causées par une paralysie incomplète de l'organe [BulL de thérapeut . 

1844, t XXYI. p. 375). 
KEDsKKiiEii, Empoisonnement par les cantbarides (Joum. des conn. méd.-chirurg,, mai 1844, et 

BulL de thérap., t. XXVI, p. 388). 
Diev, Traité de matière médicale. 1845, t. II, p. 24, in-8. 
Faestbl, L'ingestion des cantbarides ne cause pas toujours des phénomènes aphrodisiaques. 

Symptômes déterminés par cette substance chez six individus qui y ont été accidentellement 

soumis pendant six mois [BulLde thérap,, 1846, t. XXX, p. 461). 
BouiLLACD, De l'albuminurie cantharidienne [Revue médico-chirurgicale de Paris, 1848, t. III, 

p. 5 et 65). 
DooKip (U.). Des elTets de la cantharide sur les voies urinaires (Thèse de doctorat, P&ris, 1849). 
ÎArr, Administration delà teinture de cantharides a l'intérieur dans le cas d'ulcères rebelles [The 

lancet, mai 1851, et BulL de thérap, 1851, t. XL, p. 524). 
Ratkk, Catarrhe vésical modifié avantageusement par l'administration de la tcmture de (utnlha- 

rides à l'intérieur [BulL de thérap., 1851, t. XL, p. 551). 
CHALVfGiCAC, Empoisonnement par la teinture alcoolique de cantharides (Thèse de doctorat, Paris, 

1852). 
OBFUjk. Traité de toxicologie. 5* édit, 1852, t. II, p. 158, in-8. 
Ara!i, Pyélite subaiguê, teinture de cantharides a l'intérieur. Guérison [BulL de thérap., 1852, 

t. XLIII, p. 509). 
SnsHUND, In Archiv fur patholog. AnaL und PhfsioL, von R. Virchow. 1853, 6« vol., p. 228. 
X..., Cystite cantharidienne simulant les symptômes de la pierre (BulL de thérapeute 1854, 

t. XIVII, p. 296). 
Galhea, Traité de toxicologie. 1855, t. II, p. 471, in-8. 
Soiiorr. Zeitschrift der kk. GeseUschaft der AerUe zu Wien. 1855, n»* 7 et 8. 
Gœdek, YergirtuDg durch gepûlvcrte Ganthariden (Casper's Viertetjahrschrift, 1856, Band IX, 

p. 108). 
Pcreira's, llateria medica. 5'^ edit., 1857, vol. II, p. 742. 
Stille's, Ihcrapeutics andNateria medica. 1860, t. I, p. 413. 
Weikher. Uiitersuchungcn Qberden EinQûssdcs Ganthariden. Gicssen, 1800, in-4. 
ŒsTERLEK. Handbuch der Heilmittellehre..., 1861, p. 594. 



Digitized by VjOOQIC 



252 CAOUTCHOUC. — histoire naturelle, description. 

ÂMEuiLLE, Comptes rendus de la Sociélé médico-pratique (Union médicale^ 4862% 

Trousseau et Pidodx, Traité de thérapeutique et de matière médicale. > édition, 18C2, t. 1, 

p. 519, in-^8. 
Gdizot, Essai sur les cautharides (Thèse de doctorat, Paris, 1864). 
Ollivier (Aug.), Essai sur les albuminuries produites par l'élimination des substances toxiques 

(Thèse de doctorat, Paris, 1863). 
Tatlor, The principles and practice of médical Jurisprudence. 1865, p. 271, in-8. 
Faivre (Ëlie), De l'emploi de la cantharide à l'intérieur comme agent curatif de répaiichenieiit 

pleurélique et de quelques autres indications de ce médicament (Thèse de doctorat, Pan>, 

1865). 
Archives de médecine, 1860, vol. II, p. 103. 
Taadieu (k.], Étude médico-légale sur les empoisonnements. Paris, 1867, in-8. 

Auguste Ollivier et Georges Bergerox. 
CAUTTHARIBINIi. Voy. Cantharides. 

CAOUTCHOIfC. — Histoire naturelle. — On a donné ce nom à 
plusieurs substances dont le caractère principal est de présenter une 
très-grande élasticité. Cette dénomination, qui vient du mot indien 
cahuchu^ a été appliqué non-seulement au produit végétal < que tout le 
monde connaît, mais encore à une espèce de bitume élastique qu'on 
nomme caoutchouc minéral ou caoutchouc fossile. On a aussi fabriqué on 
caoutchouc artificiel en mettant couches par couches des huiles rendues 
siccatives. Nous ne parlerons ici que du caoutchouc végétal. 

Description. — On connaît dans le commerce deux caoutchoucs qui 
dilfèrcnt par leur couleur : Pun est noirâtre, c'est le plus doux, celui qui 
se prête le mieux à la distension ; l'autre est brunâtre, plus sec, moins 
élastique. Dans les collections on en trouve parfois un troisième, rouge, 
qui, dans le pays où on le fabrique, sert à faire des parures. 

Le caoutchouc le plus connu est une substance opaque, quand elle est 
en masse, demi-transparente, au contraire, quand elle est en lame mince. 
Il est très-élastique, et cette élasticité augmente avec la température. Il est 
imperméable aux gaz et à la plupart des liquides ; il est insoluble dai^ 
Teau et Talcool; l'élher ne le dissout que très-difficilement; il est soluUe 
dans le sulfure de carbone, les huiles volatiles et le naphte, et, suivant 
Bouchardat, dans l'essence de térébenthine distillée sur la brique. Son 
meilleur dissolvant est un mélange de six à huit parties d'alcool anhydre 
et de cent parties de sulfure de carbone. L'acide sulfurique le charbonne 
difficilement, l'acide nitrique le dissout en dégageant de Tazote, de Tadde 
carbonique, de Tacide cyanhydrique, et en formant de l'acide oxalique. 
Il fond au feu, se boursoufle et brûle avec flamme en répandant une 
odeur empyreumatique désagréable. 

Le caoutchouc pur et récemmenPpréparé, est blanc, presque diaphane, 
très-élastique. Pour le préparer ainsi, on étend d'eau le suc de la plante, 
l'eau se charge des matières étrangères, et le caoutchouc surnage. 

Le caoutchouc jouit de la propriété singulière de se combiner avec le 
soufre dans certaines circonstances. Alors il acquiert une souplesse et une 
élasticité qui ne varient plus avec les températures. Ce caoutchouc est 
dit volcanisé. Il est une branche d'industrie qui s'occupe de la vulcani- 
sation du caoutchouc. 



Digitized by VjOOQIC 



CAOUTCHODC. — awaltsb, origines. 255 

AwALYSE. — Faraday a démontré dans le suc de caoutchouc récent : 
eau, acide, etc., SôS'',? décigrammes; caoutchouc pur, 317 grammes; 
substance colorante, azotée, amère, 70 grammes; matière soluble dans 
Teau et l'alcool, 29 grammes; matière albumineuse, 19 grammes; 
cire, 1*',50 centigrammes. 

On a été longtemps peu d^accord sur la composition chimique du 
caoutchouc; on le croyait composé de carbone, d*hydrogène, d oxygène 
et d'azote, et cela parce que celui du commerce, décomposé au feu, 
donnait de l'ammoniaque ;^mais cela tient à ce que, dans le caoutchouc, 
il y a toutes les matières organiques que nous avons énumérées plus 
haut. D'après les recherches de Faraday, si l'on agit sur le caoutchouc 
pur, obtenu comme nous Tavons indiqué, on le trouve composé de : car- 
bone, 87^,2 décigrammes; hydrogène, 12«',8 décigrammes. Sa formule 
serait donc CW. 

En distillant le caoutchouc on obtient différents carbures d'hydro- 
gène, parmi lesquels deux, la caoutchéine et Vhévéine^ sont isomères . 
avec le gaz oléfiant. La caoutchéine dissout parfaitement le caoutchouc. 

Origines. — Tous les sucs laiteux des plantes contiennent du caou- 
tchouc, et c'est sa réunion avec une résine particulière qui constitue ces 
singulières émulsions végétales. On comprend par là combien est consi- 
dérable le nombre des plantes qui peuvent fournir cette substance. On 
peut les classer dans quatre familles principales. 

1* EuPHORBiACÊEs. — On retire du caoutchouc de VHevea Guyanensis 
Aubl. ou Siphonia elasHca Pers., c'est l'arbre qui en fournit le plus au 
commerce. 

2* Urticêes. — On retire le caoutchouc de VAmbora quadrifida Poir.; 
du Castilloa elastica Cerv.; de VEuphorbia Punicea Sw.; de VHippomane 
mancenilla Linn., etc.; du Ficus elastica Lam.; du Ficus religiosa Linn., 
figuier des pagodes; du Ficus radula Wild.; du Ficus elliptica Kunih.; 
du Cecropia pellata Linn. 

3** Apocytîées. — Au Brésil on obtient cette substance de VRancor- 
nia speciosa Gom.; à Bornéo, de VUrceola elastica ^oi^h.^ c'est le caou- 
tchouc de Singapour, ou Pulopenang; à Madagascar du Vahea gummifera 
Poir. 

4** Lobeliacées. — Cette famille fournit le caoutchouc des Popayanais. 
On le tire du Lobelia caoutchouc Humb. 

Il serait trop long de décrire toutes ces plantes ; cependant nous dirons 
quelques mots du Siphonia elastica^ qui est celle qui, nous le répétons, 
en fournit le plus. 

Le Siphonia elastica Pers. est un arbre de première grandeur, car il 
atteint de quinze à vingt mètres de hauteur. Son écorce est épaisse, gri- 
sâtre ou rougeâtre. Ses feuilles sont composées de trois folioles longue- 
ment pétiolées, ovales, cunéiformes, arrondies au sommet ou atténuées 
parfois en une pointe courte, entières, glabres, vertes en dessus, cendrées 
en dessous, coriaces, épaisses. Les fleurs sont petites, monoïques, dis- 
posées en grappes de cimes terminales. 



Digitized by VjOOQIC 



!254 CAOUTCHOUC. — htgième, ikoostrie et maladie des ouvriers. 

Récolte du gàoutcbouc. — Rien n'est plas simpk que de retirer du 
tronc des arbres le suc laiteux qui doit donner le caoutchouc. On choisit 
le végétal sur lequel on veut opérer ; avec de l-argile molle on façonne sur 
le tronc une sorte de coupe ; avec un pic on fait une plaie au-dessus de 
ce vase improvisé, et le suc y descend bientôt : l'on passe à un autre ar- 
bre, puis à un troisième, et ainsi de suite. Après quelque temps Ton re- 
vient au premier et l'on verse dans une calebasse le contenu de U 
première coupe, puis celui de la seconde, de la troisième, de la qua. 
trième, etc. On a remarqué que, dans une certaine limite, plus on retire 
de suc laiteux et plus Tarbre en produit: on peut utiliser ainsi un Si- 
phonia pendant toute l'année, mais l'usage est de laisser reposer le sujet 
depuis la floraison jusqu'à la maturité des fruits. 

Dans le commerce on livre parfois le caoutchouc en masses brutes et 
informes, en lames; mais il est plus fréquent de le trouver sous forme de 
bouteilles, de gourdes, d'oiseau^ etc. Pour obtenir ces formes FouTrier 
façonne son argile en une boule à laquelle il donne la forme qu'il désire, 
la fixe à Textrémitc d'un bâton, puis il applique dessus une couche do 
suc qu'il a recueilli, la laisse sécher, applique une seconde couche, et 
ainsi de suite jusqu'à ce qu'il y ait une épaisseur de trois à quatre milli- 
mètres; alors il brise le moule et le retire de dedans l'enveloppe. 

Pour faire le caoutchouc en lame, on verse le suc dans des cadres munii 
d'une toile métallique et appliqués sur le sable (llantoine); ou bienoo 
rétend sur des planches, et on le fait sécher au soleil et au feu (Carré). 
Si l'on abandonnait le suc à lui-même, il se séparerait en deux parties, 
l'une solide, l'autre liquide ; aussi quand on veut avoir le caoutchouc en 
masse, faut-il le coaguler, ce qui se fait au moyen du rhum (Hantoine)* 

Le caoutchouc est d'abord mou et de couleur peu foncée ; ce n'est que 
par le temps et par l'action du soleil qu'il prend la consistance et la cou- 
leur que nous lui connaissons. Léon Marchand. 



ACCIDENTS déterminés PAR LE SULFURE DE CARBONE CHEZ LES 0UTRUS8S 
QUI TRAVAILLENT A LA FABRICATION DU CAOUTCHOUC SOUFREE. 

Le sulfure de carbone est un des agents les plus employés en chimie 
industrielle ; on s'en sert pour la vulcanisation du caoutiAouc, Tépu'- 
sèment des tourteaux d'olive ou de colza, le dégraissage des laines, 
l'extraction de la paraffine, des bog-heads, ainsi que du bitume et da 
soufre de certains schistes et grès, tels, par exemple, que les grès de 
Forcalquier ; on s'en est encore servi pour isoler certaines essences aro- 
matiques (Millon), préserver les grains conservés en silos (Doyère), et 
pour la fabrication en grand du collodion (Aubert et Girard). 

Nous ne parlerons point ici de ces diverses industries ; nous ferons seu- 
lement l'étude hygiénique d'une profession qui ne s'exerce que depuis peu 
d'années, et qui cependant a fait à Paris surtout de trop nombreuses 
victimes ; nous voulons parler des ouvriers qui travaillent à la fabrication 
du caoutchouc soufflé. Cette question a été très-bien étudiée par le 



Digitized by VjOOQIC 



CAOUTCHOUC. — HTGièi^E, ihoustrib et maladie des ouvriers. 355 

docteur Delpecb, et nous ne sachons pas qu on ait rien ajiHité d'important 
aux deux intéressants mémoires qu'il a publiés sur ce sujet, et dont le 
plus récent remonte à 1861. 

i^ Dans les fabriques de caoutchouc soufflé, on distend, au moyen de 
soufflets ou de machines spéciales, des vessies de caoutchouc préalable* 
ment trempées dans un mélange vulcanisant; on se sert le plus habituel- 
lement du mélange de Parkes, qui renferme pour 1000 grammes de sul* 
fure de carbone, 2, 5 à lU grammes de chlorure de soufire. 

L'action de ces deux corps est différente : le sulfure de carbone amène 
le caoutchouc à un état dé mollesse qui distend ses mailles et permet le 
dépôt facile du soufre que renferme le chlorure. Il en résulte, pour le 
caoutchouc ainsi préparé, une souplesse sensiblement égale pour toutes 
les températurea, une imperméabilité plus grande ^t une moins grande 
facilité d'adhérence des lamelles les unes avec les autres. 

C'est tantôt sous un hangar, au milieu d'une cour ou d'un jardin, 
comme cela se fait à Grenelle ; d'autres fois, et plus souvent, dans des 
ateliers mal aérés, dans des chambres situées à un étage élevé de cer- 
taines rues, certains quartiers de Paris (quartiers Saint-Denis, du Temple 
et de Belleville), que se pratique cette industrie. 

2^ Dans les accidents que lui ont offerts les ouvriers employés à la vul- 
canisation du caoutchouc, Delpech distingup deux périodes : une période 
d'excitation et une période dépressive. 

La première peut se présenter sous deux formes différentes : elle peut 
parcourir ses phases avec une grande rapidité et dans un temps très- 
limité, ou bien les traverser lentement, d'une manière progressive et cou- 
linue. On voit survenir les premiers accidents de l'empoisonnement au 
bout de quelques heures seulement ; d'autres fois après des semaines et des 
mois de travail : ce sont d'abord des maux de tète violents, atroces, avec 
battements douloureux des temporales; les membres, les articulations, 
sont en même temps le siège de douleurs contusives, et quelquefois la 
douleur prend, dans les membres inférieurs surtout, la forme de crampes 
et d'élancements d'une excessive acuité. 

En même temps les ouvriers ont des éblouissements, des vertiges; et 
on les voit souvent quilter l'atelier, se mettre à une fenêtre, rester à l'air 
pendant quelque temps. 

C'est là un des meilleurs signes du début de l'empoisonnement, un des 
plus caractéristiques. 

La peau, en divers points, surtout à la partie interne des cuisses, au 
scrotum, est le siège d'irritations, de fourmillements. 

En même temps que les ouvriers éprouvent des éblouissements et des 
vertiges, leur vue est troublée; ils ont des bruissements, des tintements 
d'oreilles continus et fatigants. Le goût est perverti, ils sentent constam- 
ment dans leur bouche la fétidité du sulfure de carbone ; leurs aliments 
paraissent en être imprégnés ; aussi beaucoup d'entre eux, très-difiiciles 
sur le choix des aliments, ont perdu en partie leur appétit ; le nombre 
est bien rare de ceux chez lesquels on peut observer, toujours au début 



Digitized by VjOOQIC 



356 CAOUTCHOUC. — htgièhe, indushue et maladie des ouvriers. 

des accidents, une exagéralion de la faim, une stimulation des fonctions 
digestives. 

Mangeant difficilement et avec dégoût, tourmentés par des éructations 
fétides, des nausées et des vomissements, ces ouvriers boivent abondam- 
ment des liqueurs fortes, excitantes; c'est là un point étiologique sur 
lequel on n'a pas assez insisté pour séparer, dans les accidents qu'on 
observe ultérieurement, les conséquences de Fempoisonnement profes- 
sionnel de celles que peuvent avoir des habitudes d'ivrognerie remontant 
souvent à plusieurs années. 

Ils dut un peu d'oppression, quelquefois une toux sèche et habituelle; 
au début, une légère suractivité circulatoire, des palpitations de cœur, 
la peau chaude, et, plus tard, couverte de sueurs. 

Chez beaucoup d'ouvriers, dans les premières semaines de leur travail, 
on a observé une suractivité très-grande des fonctions génésiques, des 
érections fréquentes, des besoins sexuels pressants; chez les femmes, les 
règles s'exagèrent, et il peut survenir de véritables métrorrhagies. 

En même temps les ouvriers sont excitables, bruyants ; ils peuvoit 
être pris de convulsions épileptiques, et leur extrême irritabilité peut 
aller jusqu'à déterminer des accès de fureur et de délire maniaque. 

A ces accidents succède un abattement profond ; tristes et découragés, 
n'ayant plus rien de cette e^^itation bruyante et maniaque des premiers 
jours, ils semblent indifférents à tout ce qui les entoure, et tombent dans 
le marasme et l'abrutissement. 

Ils ont les mains engourdies; la peau est anesthésiée en divers points ; 
la cornée souvent insensible, à tel point qu'on peut promener à sa sur- 
face une barbe de plume sans que l'œil vieAne à se fermer. 

La vue est troublée; les malades distinguent difficilement les objets; 
ils ont devant les yeux des phantasmes, des nuages, etc. 

A la période d'excitation génésique que nous avons signalée, succède 
un état tout opposé ; les malades n'ont plus de désirs ni d'érections ; et 
chez les enfants travaillant à cette industrie, on peut voir, lorscpi'ils 
grandissent, un arrêt de développement des organes génitaux coïncida' 
avec l'absence de désirs et de besoins génésiques. 

Lorsque les femmes deviennent enceintes, elles avortent presque con- 
stamment pendant les premiers mois; et les métrorrhagies, si fréquentes 
chez les femmes qui travaillent au caoutchouc soufBé, ne sont, dans bien 
des cas, que des avortements survenant au deuxième ou au troisième 
mois de la grossesse. 

A l'excitation des mouvements, succède un affaissement, une faiblesse 
musculaire qui se montre aux mains, aux bras, puis aux membres infé- 
rieurs, et peut aller jusqu'à la paralysie. Les ouvriers se traînent lente- 
ment, se reposant presque à chaque pas ; ils ont la démarche chancelante 
et comme avinée; leurs muscles affaiblis sont souvent le siège de palpita- 
tions fibrillaires. 

C'est à peine si, dans les derniers temps, ils mangent juste assez pour 
ne pas mourir de faim ; pâles, amaigris, épuisés, cachectiques, ils se re- 



Digitized by VjOOQIC 



CAOUTCHOUC. -^ HTGiàfiB, industrie et maladie des ouvriers. 257 

mettent difficilement du trouble profond que plusieurs années de travail, 
au milieu des buées du sulfure de carbone, ont amené dans leur consti» 
tution. 

Le pronostic est des plus graves, si Ton réfléchit que la plupart de 
ces ouvriers cherchent dans Tivrognerie une excitation qui, loin de les 
faire sortir de leur état d'alanguissement et de torpeur, les y plonge plus 
encorâ. Sans doute, comme le fait avec raison remarquer Delpech, on ne 
voit point chez les ouvriers en caoutchouc soufflé apparaître des symptô- 
mes terribles, comparables à ceux qui, dans l'intoxication saturnine, par 
exemple, peuvent frapper de mort dans un temps très-court les ouvriers 
soumis aux influences toxiques; mais si l'on considère que Pintoxication 
sulfo-carbonique, dans la forme spéciale que nous étudions, peut amener 
des troubles immédiats de la nature la plus triste ; que dans la période 
d'excitation elle peut porter les malades aux actes les plus graves, et les 
amener jusqu'à la folie ; que dans la période dépressive, elle détermine 
un trouble profond des facultés intellectuelles, des altérations des sens, 
rimpuissance, et chez les enfants, Tarrét de diéveloppement des organes 
génitaux ; si Ton réfléchit que de la parésie, et même de véritables pa- 
ralysies, enfin une cachexie profonde peuvent en résulter, on ne saurait 
considérer comme indifférent le sort des ouvriers que le hasard et souvent 
la misère condamnent à une aussi malheureuse profession. 

5^ Delpech a fait des expériences sur les animaux pour savoir si, dans 
le mélange de sulfure et de chlorure de carbone, les accidents doivent 
être attribués à Tune ou à l'autre des deux substances ; car, dans le mé- 
lange, aucun corps nouveau ne se forme. 

Il résulte de ces expériences que, si active que puisse être l'influence 
toxique du chlorure de soufre employé à haute dose et d'une manière pro- 
longée, cette influence doit être regardée comme à peu près nulle, ou 
du moins très-secondaire, dans le cas actuel. C'est donc au sulfure de 
carbone qu'il convient d'attribuer les accidents que présentent les animaux 
soumis à Texpérience, et ces accidents sont de même nature que ceux 
qu'ont offerts à notre observation les ouvriers employés à la vulcanisation 
du caoutchouc. 

Le seul remède à opposer à de pareils accidents consiste à rendre obli- 
gatoires pour les fabricants certaines mesures de prudence, à les con- 
traindre à faire travailler dans des ateliers disposés de façon à ne pas 
laisser, comme cela a lieu trop souvent^ d'épaisses vapeurs de sulfure se 
condenser pour ainsi dire tout autour des ouvriers. L'installation décrite 
dans le mémoire de Delpech n'est pas assurément la plus pratique qui se 
puisse imaginer ; les fabricants se refusent à l'employer ; il convient donc 
de chercher de plus simples et de meilleures dispositions. 

Quant aux pilules de phosphore données pour combattre l'anaphro- 
disie et les paralysies sulfo-carboniques, nous ne pensons pas qu'on ait 
ainsi obtenu de guérisons définitives, et nous croyons que le phosphore 
est un poison trop dangereux par les altérations organiques graves qu'il 
amène à sa suite, même à très-faibles doses, pour qu*on puisse, sans 

KOCT. DKT. MÉn. IT CHIR. i YL — 17 



Digitized by VjOOQIC 



258 CAOUTCHOUC. — thérapeutique chirurgicale. 

inconvénient et sans danger, le prescrire, et en continuer l'usage pendant 
plusieurs jours. 

A. Delpech, Mémoires sur les accidents que développe, chez les ouvriers en caoutchouc, Finb. 
lalion du sulfure de carbone en vapeur, lu à l'Académie de médecine en 1856. Parii, 1856, 
in-8. — Nouvelles recherches sur l'intoxication spéciale que détermine le sulfure de cariMne 
dans l'industrie du caoutchouc soufflé [Annales d'hygiène publique el de médecine légûk 
2- série, 1865, t. XIX, p. 63). 

Georges Bergeron et Peliagrino Levi, Note sur l'anesthésie de la cornée par le sulfuie de ev- 
bonc dans l'empoisonnement [Comptes rendus des séances et Mùnoires de la SoàéU it 
biologie, 1865, p. 49). 

Gallard (T.), Union médicale, 1866. 

Auguste Oluyier et Georges Bergero5. 

Thérapeutique chirurgicale. — Le caoutchouc est d un usage très-ré- 
pandu en médecine et en chirurgie. Il sert : 1^ Comme substance imper- 
méable, inaltérable et souple ; 2"* l'on met à profit son élasticité pour 
obtenir des tractions ou des pressions constantes, grâce à la force qu'il 
déploie pour revenir sur lui-même lorsqu'il a été distendu. Voyons com- 
ment il s'acquitte de ces deux ordres de services qu'il est appelé à rendre. 
i"" Étendu en couche fine sur une étoffe de coton ou de soie, il la rend 
imperméable sans nuire à sa souplesse. Il sert alors comme couche iso- 
lante et arrête, plus sûrement que Talèze, les liquides tels que Teau, le 
sang, le pus qui pourraient souiller le malade et le lit où il est couché. 
C'est le complément nécessaire de Talèze chaque fois qu'un liquide quel- 
conque doit couler longtemps et avec une certaine abondance. Cette der- 
nière, en effet, ne tarderait pas à être traversée. Sans une étoiïede 
caoutchouc ou une toile cirée, les irrigations continues qui rendent de si 
grands services en chirurgie seraient presque impraticables : le lit et le 
malade lui-même seraient baignés d'eau comme la partie blessée. £o 
France, la toile cirée est d'un usage plus répandu ; c'est une économie 
mal entendue, car ce tissu se détériore beaucoup trop rapidement. 

On a fait des alèzes en caoutchouc; 
celle que nous reproduisons ici est 
formée d'une nappe de cette substance 
que Ton tend sur la surface du lit au 
moyen des liens que portent deux tiges 
rigides fixées sur ses deux petits côtés. 
^ .,, »,. r^ I . . u Cette alèze a l'avantage d'être imper- 

riG. 50. — Alezc dalanle en caoutchouc. — » i.i p *i ^ i • • 

a. Corps de l'aièze, pièce de caouichouc de meable, lacile a nettoyer et de ne jamais 
60 à 80 centimètres carrés.— b, b, Ba- faire de plis susceptibles de blesserk 

guettes passées dans deux replis que pré- mal^nlp 

sente latéralement Talèze. — c, c, c, c, _ ' 

Extrémités de ces baguettes sur lesquelles On se sert de VeSSics en caoutchODC 

s'attachent les lacs destinés à fixer et à pour isoler les parties que l'on VCUt 

tendre l'alèze dans le lit. .. < ,» .. j ? -j ^ i^ 

soumettre a 1 action du froid sans les 
mouiller. On peut donner à ces réser- 
voirs llexibles une forme en rapport avec celle de la partie sur laquelle 
on veut agir, et on la remplit d'eau froide, de glace concassée, ou on y 
fait passer un courant continu (bonnets^ vessies à glace). 



Digitized by VjOOQIC 



CAOUTCHOUC. — THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE. 259 

Le bonnet à glace que nous représentons ici embrasse étroilement la 
calotte crânienne. Il peut être pourvu d*une ou de deux tubulures par 
lesquelles on peut renouveler son contenu ou faire passer sur la surface 
du crâne un courant liquide d'une température constante (fig. 51). Cet 



-^ 



Fig. 51. — Bonnet à glace de Galante. — a, Double sac contenAnt une cnvilé où doivent é(rc 
reçues l'eau glacée ou la glace en fragments. — b, Ouverture circulaire, espèce' de chembée 
de dégagement pour les vapeurs qui s'échappent du cuir chevelu. Une seconde ouverture, 
qui communique avec l'intérieur du bonnet, reçoit un bouchon de liège, garni lui-même 
d'une enveloppe de caoutchouc vulcanisé et percé de deux trous pour le passage de deux 
tubes dont l'un communique avec le réservoir d, placé au-dessus du niveau de la tête du 
malade, et dont l'autre, é*, se rend dans un récipient inférieur. 

appareil remplace avantageusement les affusions froides dans les inflam- 
mations nnéningo-encéphaliques. 

Dans le cas d'incontinence d'urine, un urinai en caoutchouc masque 
en partie cette triste iniirmilé. Pour l'homme, c'est une poche suspendue 
entre les cuisses par une ceinture qui embrasse le bassin; elle se ter- 
mine par un tube dans lequel plonge la verge. Galante, fabricant d'in- 
struments de caoutchouc, fait surmonter le réservoir par un suspensoir 
qui embrasse complètement les parties génitales (fig. 52). Pour la femme. 



Fig. 52. — Urinai Galante, avec ceinture et suspensoir. — a, Suspensoir, avec sous-cuisses, f. — 
b, Partie qui doit recevoir la verge. — c, Réservoir de l'urine, avec cordons, g g, qui s'atta- 
chent à la partie externe de la cuisse et empêchent ce réservoir de ballotter — d Robinet 
pour récoiûement de l'urine — c. Ceinture abdominale. 



Digitized by VjOOQIC 



260 CAOUTCHOUC. — thIrapeutiqcie chirurgicale. 

le tube supérieur est remplacé par un entonnoir qui s'applique au pé- 
rinée et se continue en avant snrle 
pénil et en arrière jusque sur \t 
coccyx (fig. 55). Avant que le caou- 
tchouc fût connu, on employait pov 
ces mêmes usages la vessie don 
animal ou le cuir; le progrès est id 
manifeste. 

Les tubes de caoutchouc rendent 
en médecine et en chirurgie de 
nombreux services; ils sontsoapk 
et longtemps inaltérables aux li- 
quides qui les traversent. On s'en 
sert comme conducteurs daus les 
nombreux irrigateurs que Ton m- 
F.G. 55. - Urinai pour femme. pj^jg jjg gercent aussi à établir des 

siphons lorsqu'on veut obtenir ré- 
coulement continu d'un liquide. Depuis les travaux de Chassaignac, ik 
sont en chirurgie d'un usage fréquent. Le drainage chirurgical, dont nous 
n'avons pas à étudier ici les avantages ou les inconvénients {voy, Abc^ 
Drainage, Kystes), s'exécute au moyen de tubes en caoutchouc de diamè- 
tres variables ouverts aux deux bouts et percés de petites fenêtres sur 
toute leur longueur. La grande souplesse des tubes à drainage faits de 
caoutchouc, la douceur et le poli durable de leur surface, permettent aux 
tissus de l'organisme de les supporter facilement. Les liquides sécrétée 
dans les foyers où on les introduit parcourent facilement le cylindre béaot 
qu'ils présentent, et les injections qu'ils conduisent permettent un lavage 
complet de ces mêmes cavités. Les tubes en caoutchouc sont appelés à rem- 
placer avantageusement dans presque tous les cas les mèches de charpie 
et de linge. Citons seulement pour mémoire les canules flexibles, les bouU 
de seUij les seins pour Tallaitement artificiel, les siispensoirs du «««, 
calottes de caoutchouc au moyen desquelles on exerce sur la glande m 
pression continue et uniforme ; ils sont peu employés. 

L'avantage que présentent ces instruments faits de caoutchouc est la 
facilité avec laquelle on les entretient dans la plus parfaite propreté. Os 
ont un inconvénient inhérent à la substance dont ils sont fabriqués : 
comme les corps gras attaquent facilement le caoutchouc, quelle que soit 
sa qualité et la perfection de sa vulcanisation, mis en contact du lait ou 
des sécrétions sébacées de la peau, ils ne tardent pas à se ramollir, de- 
viennent collants et perdent leur rigidité. 

Les sondes uréthrales faites de caoutchouc méritent un examen plu-^ 
approfondi. Elles présentent des avantages et des inconvénients qui doi- 
vent les faire adopter dans certains cas et rejeter dans d'autres. Un fait 
incontestable, sur lequel j'ai souvent attiré l'attention des élèves, c'est 
qu'elles s'altèrent moins vite que les sondes emplastiques lorsqu'on te 
laisse à demeure dans Turèthre, surtout si l'on a soin de remplacer k 



Digitized by VjOOQIC 



CAOUTCHOUC. THÉRJLPBUTIQDE CHIRURGICALE. 361 

corps gras, destiné à favoriser leur introduction, par un liquide mucila- 
gincux. De plus, grâce à leur grande souplesse, elles suivent les cour- 
bures de ce canal, sans presser sur aucun point ; aussi les snpporte-t-il 
plus facilement que les sondes ordinaires, dont la surface devient ru- 
gueuse et offensive, et dont la rigidité, quelque légère qu^elle soit, se 
nianifeste à la longue par des pressions douloureuses. On devra donc pré- 
férer les sondes de caoutchouc comme sondes à demeure, et je suis heu- 
reux de pouvoir m'appuyer ici sur Tautorité de Nélaton. La crainte que 
Ton a manifestée de les voir se briser dans la vessie, serait à peine légi- 
time pour de mauvais instruments mal vulcanisés ou déjà altérés par un 
trop long usage. Mais l'extrême souplesse devient un défaut dans la sonde 
lorsque le cathétérisme présente quelque difficulté. On peut bien, il est 
vrai, la rendre rigide par un mandrin en métal, mais alors dans bien 
des cas elle n'a pas une flexibilité suffisante. Ici les sondes emplastiques 
ont une supériorité marquée, grâce à la rigidité toute spéciale qu'elles 
présentent. 

Le mélange siccatif est aussi, et pour les mêmes raisons, préférable 
au caoutchouc pour la fabrication des botigies coniques, filiformes^ oli- 
vaires^ etc., et pour celle des sondes œsophagiennes. 

Les applications de la force élastique du caoutchouc sont nombreuses 
et variées. On en fait des bracelets destinés à exercer une pression circu- 
laire autour d'un membre; ils remplacent, par exemple, les bandelettes 
agglutinatives dans le traitement des ulcères. Ils sont peu employés : 
les sécrétions, le cérat, les onguents, les altèrent assez rapidement, et la 
pression continue qu'ils exercent n*est que difficilement supportée par 
les malades. 

2** Les ceintures en caoutchouc embrassant l'abdomen en maintiennent 
les parois affaiblies; elles servent surtout aux 
femmes, et trouvent aussi leur application dans 
les éventrations, dans les hernies ombilicales, 
dans celles qui sont la conséquence des larges 
incisions faites à la paroi antérieure de l'abdo- 
men, pour l'ovariolomie, l'opération césarienne 
etTablation des tumeurs de l'utérus. On pour- 
rait les employer après la paracenthèse pour 
remplacer la pression qu'exerçait le liquide sur 
les vaisseaux de l'abdomen, et pour prévenir 

leur engorgement passif si favorable à la repro- ^'î^tnron'tfuT il'Se! 
duction de l'ascite. Enfin, nous ne serions pas ment deai peloios, / /, pou- 
éloigné d'employer des ceintures thoraciques vam se gonOer d'eau ou d'air. 

i»«^i al 1 ifi j*â cl contenant par leur dé velop- 

faites de caoutchouc dans les fractures décotes; ^^^^^^ deurhemies ingui- 
elles pourraient, mieux que les bandages de naies 
linge qui ont l'inconvénient de se relâcher, im- 
mobiliser les fragments et diminuer les douleurs que provoque le mou- 
vement des côtes dans l'acte respiratoire. Nous reproduisons ici deux 
exemples de ceintures abdominales embrassant étroitement Tune la partie 



Digitized by VjOOQIC 



262 CAOUTCHOUC. — tiiérapeutique chirurgicale. 

inférieure de Tabdomcn (fig. 54), l'autre ses parties moyenne et supé- 
rieure, ainsi que la base de la cage thoraciqoe 
(Kg. 55). ^ 

Les partisans déclarés du caoutchouc ont tooIo 
remplacer dans tous les cas les bandes en linge 
par des bandes en caoutchouc. Il est facile de 
prévoir les inconvénients qu'elles présenlenl. 
Étant imperméables, elles s'opposent à l'éîapa 
ration de la sueur qui se concentre sous les 
doloires qu'elles forment; il en est de même des 

Fio. 55 — Ceiniare Galante ab- liquides qui s'écoulent dcs plaies qu'elles recoo- 
dominaie;ihoraco^bdominaie. ^^^^^ p^ ^j^g^ j, ^^^ très-difQcile de modérer 

la pression qu'elles exercent: quelque légère 
que soit la tension de la bande, comme son action est continue, elle est 
très-fatigante et souvent très-pénible à supporter. Ces inconvénients ont 
restreint l'usage des bandes de caoutchouc, aux seuls cas où l'on cherche 
une pression continue. Ce qui tout à l'heure était un inconvénient, devient 
ici un précieux avantage. Maisonneuve en a tiré parti pour réduire des 
hernies étranglées et pour combattre l'engouement, précurseur de plus 
graves désordres, dans les hernies anciennes, volumineuses et irréducti- 
bles. Lorsque la tumeur herniaire ne forme pas une sailHe notable, il se 
contente de la recouvrir de tours de bande de caoutchouc suftisamment 
tendus. Dans le cas contraire, il pédiculise d'abord la tumeur par deux oa 
trois tours circulaires qui la circonscrivent vers sa base. 

Ceux qui sont partisans de la compression dans le phlegmon diffus 
doivent, pour être logiques, la faire au moyen de bandes élastiques, car 
les bandes de toile ne maintiennent pas longtemps la pression qu'elles 
exercent lors de. leur application. Ce serait, je crois, un dangereux 
moyen. On emploie très-avantageusement des bandes tissées avec du fil 
et du caoutchouc dans les engorgements chroniques sanguins ou séreui 
des membres, quelle qu'en soit du reste la cause anatomique, qu'ils tien- 
nent à une inflammation chronique ou à un obstacle quelconque au cours 
du sang veineux. Ces bandes tissées ne sont pas imperméables, et, ne 
s'opposant pas à l'évaporation de la sueur, elles n'ont pas l'inconvénient 
de maintenir la peau dans un perpétuel état de moiteur qui peut ramollir 
Tépiderme et favoriser les inflammations érythémateuses si fatigantes 
pour les malades. 

Le docteur Millot vient de réaliser avec le caoutchouc un nouveau 
genre de sutures sèches qui est appelé à rendre d'assez bons services dans 
les plaies dont les lèvres ont une tendance marquée vers récartement 
On colle sur les bords de la plaie, au moyen d'une solution de caou- 
tchouc dans un liquide volatil, deux petites bandes de linge sur lesquelles 
sont cousues des agrafes ordinaires; une bandelette de caoutchouc fine, 
étroite et perforée d'oeillets, est engagée dans les agrafes et court en ser- 
pentant d'une lèvre à l'autre de la plaie qu'elle réunit. On peut faire varier 
à volonté le degré de striction qu'exerce cette bandelette en multipliant ses 



Digitized by VjOOQIC 



CAOUTCHOUC. THÉRAPEUTIQUE CHIRUBGICALE. 263 

ya-el-vienk et en augmentant sa tension. Cette suture a Tinconvénienide 
provoquer vers le troisième jour des démangeaisons souvent assez vives ; 
de plus, comme toutes les sutures sèches, elle n'agit qu'à la superficie . 
Suivant nous, elle doit surtout servir à soutenir les sutures ordinaires 
lorsque ces dernières menacent de couper trop vite les parties qu'elles 
réunissent. 

Les bas élastiques, employés dans les varices des membres inférieurs, 
seront étudiés au sujet de cette affection (voy. VAnicEs) ; qu'il nous suf- 
fise de signaler les avantages incontestables que Ton retire ici de Télas- 
c ticitc du caoutchouc. 

> On a eu recours à cette même force pour obtenir une extension conti- 
I nue dans les fractures des membres, lorsque les fragments ont de la 
tendance au chevauchement. On se sert à cet effet, de lacs en caoutchouc, 
pour faire l'extension et la contre-extension, ou, cette dernière étant fournie 
par un point d*appui immobile et un liçn inextensible, Textension seule 
est faite par un lien élastique. On emploie de préférence à cet effet, les 
tubes de caoutchouc d'épaisseur et de diamètre variables que Ton trouve 
facilement partout. L'on ne saurait trop recommander de bien matelasser 
les points du membre où s'appliquent les lacs : faute de cette précaution, 
la pression qu'ils supportent devient rapidement intolérable. 

Nous reproduisons ici, comme type de ce nouveau genre de service rendu 
par les lacs de caoutchouc, Fappareil du docteur Gariel pour les fractures 
du fémur (fig. 56). Nous ne saurions toutefois en recommander l'emploi. 



FiG. 56. — Appareil à extension et contre-extension continues 
pour le traitement de la fracture du col du fémur. 

car l'immobilité des fragments n*est pas suffisamment assurée. Elle Test 
même moins que dans l'appareil analogue où les liens ne sont pas élas- 
tiques. Du reste, aucun exemple ne peut mieux nous montrer l'intolérance 
extrême de nos tissus pour une force continue quelque légère qu'elle 
soit. L'observation attentive faite au lit du malade, me porte à croire que 
l'extension continue, lorsqu'elle est réellement efficace, ne saurait être 
tolérée par le plus courageux. Il suffit d'examiner un de ces appareils en 
place, pour reconnaître que si le malade le supporte, c'est que la traction 



Digitized by VjOOQIC 



^64 CAOUTCHOUC. — thérapeutiqoe chirurgicale. 

est annulée par le poids du membre, par la pression et par le frottement 
qu'il exerce sur le lit ou dans Tappareil où il est enfermé. 

Le caoutchouc est appelé au contraire à rendre de grands services dans 
certains cas de coaptation difficile. On en a fait des coussins à air qui 
grâce à leur élasticité répartissent très-également la pression des ateiles. 
Ceux qui sont munis d'un robinet permettent d'augmenter ou de diminuer 
la pression exercée sur le membre sans lever Tappareil. C'est là surtout 
leur grand avantage sur les coussins de balle d*avoine dont la souples5e 
est moins grande, mais dont le prix est beaucoup moins élevé. Les cous- 
sins de caoutchouc sont supérieurs aux autres dans les fractures commi- 
nutives et compliquées lorsque Ton veut soumettre le membre à des irri- 
gations continues ou lorsque le pus et la sanie s'écoulent en abondance et 
salissent Tappareil : on les lave facilement avec une éponge mouillée. 
Cette répartition exacte de la pression dans toute l'étendue de l'appareil 
peut devenir un inconvénient lorsque l'on veut agir avec plus de force 
sur un point que sur d'autres. Peut-on y obvier par de petits coussins 
supplémentaires? 

Les coussins de caoutchouc ont aussi l'inconvénient de perdre à h 
longue l'air qu'ils contiennent : la pression qu'ils exercent va donc en 
s'affaiblissant de jour en jour et presque d'heure en heure. 

Les matelas de caoutchouc contenant de l'eau, matelas hydrostatiques^ 
préviennent la formation des escharcs dues à la pression du lit, et faci 
litent leur guérison lorsqu'elles se sont produites. Un défaut les a fait 
rejeter jusqu'ici : la plus petite déchirure et même un trou d'aijruille 
permettent au matelas de s'affaisser et d'inonder la chambre lorsqu'il 
est rempli d'eau, c'est là un inconvénient qu'il est facile d'éviter. 

Le matelas hydrostatique construit par Galante (fig. 57), d'après les 




FiG. 57. -~ Matelas hydrostalique de Galante. 

indications de Demarquay, a l'avantage d'être d'un maniement facile, il 
ne contient que 25 litres d'eau que l'on peut renouveler facilement, ei 
dont on peut faire varier la température au gré du malade. 

Dans un mémoire sur les hôpitaux de Londres, nous avons cherché à 
faire ressortir les avantages que peut retirer la pratique hospitalière des 
lits hydrostatiques, et nous espérons voir bientôt leur usage se généra- 
liser dans nos hôpitaux comme dans la pratique privée. 

Nous n'hésitons pas à présenter ici les figures de quelques-uns de ces 
lits hydrostatiques employés dans les hôpitaux anglais. 



Digitized by VjOOQIC 



CAOUTCHOUC. THEftAPEUTIQUE CUIRORGICAtE. 265 

La figure 58 représente un matelas et un coussin] recouvrant toute la 



FiG. 58. — Matelas hydrostatique de Hoopcr [de Londres). — Tout le lit. 

surface du lit. Le malade repose tout entier sur une couche liquide que sa 
pression déplace et qui se moule, en quelque sorte, sur toutes les saillies 
et sur toutes les anfractuosités de Tocciput, de la nuque, du dos et des 
épaules,^ du bassin et des membres inférieurs. Mais il peut ne pas être 
nécessaire de protéger tout le plan postérieur contre la pression du lit et 
Ton peut dans bien des cas se contenter des trois quarts ou de la moitié 
d'un matelas (figures 59 et 60). 



Fie. 59. — Matelas hydrostatique de Hoopcr (de LonHrcs\ — Trois quaris. 



Fi6. 60. — Matelas hydrostatique de Ilooper (de Londres). — Demi. 



Digitized by VjOOQIC 



266 CAOUTCHOUC. — thérapeutique chirurgicale. 

Souvent, enfin, il suffit d'un simple coussin hydrostatique que Ton 

place, suivant les cas, sous la nuque, sous les membres, sous les épaules, 

•sous le bassin, comme dans la figure 61. L'appareil peut être glissé vide 



FiG. 61. — Coussin hydrostatique de W. Hooper (de Londres). 

SOUS le malade, puis rempli sur place au moyen d*un fuyau conducteur 
que ferme un robinet. On peut ainsi, sans déranger le malade, changer 
le liquide que contient le matelas et faire varier à volonté sa tempé- 
rature et sa tension élastique. 

Boudin s'est servi du caoutchouc pour construire un spiromètre d'une 
très-grande simplicité; c'est une vessie en caoutchouc maintenue par uo 
point dans un cadre métallique assez grand pour lui permettre un 
développement étendu. Elle porte, au point opposé à celui ou elle est 
fixée, une tige de bois léger et graduée qui glisse dans une ouverture 
du cadre; la vessie, en se remplissant de l'air expiré qui lui arrive par 
un tuyau garni d un embout, fait remonter la tige sur laquelle on lit au 
niveau de l'ouverture qu'elle traverse, la quantité d'air qui a pénétré dans 
l'appareil (voy. Spiromètre). 

Les propriétés du caoutchouc ont été utilisées d'une façon fort ingé- 
nieuse dans la confection d'un certain nombre d'appareils destinés au 
tamponnement des cavités naturelles. Celui destiné aux fosses nasales est 
un petit tube muni d'une ampoule terminale; on l'introduit vide jusque 
dans le pharynx en le faisant glisser au moyen d'un mandrin sur la pa- 
roi inférieure qui est plane. L'insuiflation déplisse le sac; il bouche l'ori- 
fice postérieur sur lequel il se moule grâce à l'élasticité du caoutchouc. 
La pression qu'il exerce sur tous les points de la muqueuse avec lesquels 
il entre en contact est douce et uniforme. C'est un moyen très-silnple, 
facile à appliquer, beaucoup moins douloureux pour le malade que le 
tamponnement exécuté avec des bourdonnets de charpie. Suivant nous, 
il mérite dans tous les cas la préférence. 



Digitized by VjOOQIC 



J 



CAOUTCHOUC. — THÉRJLPEOTIQUE CHIRUnCICALE. 267 

On a aussi tamponné le vagin dans les métrorrhagies avec une vessie 
en caoutchouc que l'on introduit vide après Tavoir trempée dans une dé- 
coction mucilagineuse ou simplement dans i'eau et que Ton distend sur 
place en la gonflant d'air. On se sert à cet effet d'une poire en caou- 
tchouc (insufflateur), munie d'un robinet et présentant un volume suf- 
fisant. 

Nous reproduisons (fig. 62) le tamponnement du vagin réalisé au moyen 
d'un de ces appareils; il est 
d'une exécution facile et ra- 
pide. 

Des poires munies de ca- 
nules allongées présentant 
des parois assez épaisses 
pour revenir avec force à 
leur forme sphéroïdale, lors- 
qu'on les a aplaties en les 
comprimant, servent à as- 
pirer les liquides ou à en 
injecter dans les plaies avec 
une force que le chirurgien 
peut graduer lui-même en 
faisant varier la pression 
qu'il exerce. Ces appareils n , . a . . . 

* . , 1 - P riG. 62. — Pelote a tamponnement du vagin. 

aspirateurs remplacent la- 
cilement les seringues dans 

le pansement des plaies, et en les modifiant légèrement, on a obtenu des 
irrigateurs portatifs pour le vagin et le rectum. De petits globes en caou- 
tchouc, présentant une ouverture assez large et des parois d'une épaisseur 
suffisante font l'office de ventouses par l'aspiration qu'ils produisent en 
reprenant leur forme, lorsqu'on les a comprimés entre les doigts et 
appliqués à la surface des téguments. Kilian de Bonn met une de ces 
ventouses en caoutchouc sur le mamelon pour réveiller pendant l'accou- 
chement les contractions de l'utérus lorsqu'elles ont de la tendance à se 
ralentir. 

Des pessaires de toutes les formes ont été faits en caoutchouc. Les uns 
sont à air fixe^ les autres à réservoir mobile ; ces derniers ont l'avantage 
de pouvoir franchir vides l'anneau vulvaire. On les insuffle dans le vagin, 
et on les vide avant de les retirer ; si l'on ajoute à ces qualités la sou- 
plesse des instruments de caoutchouc, on leur accorde sans peine la pré- 
férence. 

Les pessaires à réservoir présentent, à côté de leurs avantages, un 
inconvénient inhérent au caoutchouc : grâce à leur grande élasticité, ils 
ne maintiennent bien l'utérus qu'à condition d'être énormément dis- 
tendus. Ils seront donc toujours plus volumineux que les pessaires em- 
plastiques; ils sont néanmoins beaucoup mieux tolérés. Trois mois suf- 
fisent environ pour les détériorer. 



Digitized by VjOOQIC 



268 CAOUTCHOUC. — thérapeutique chirurgicalb. 

Les figures 65 et 64 représentent un pessaire globuleux à réservoir mo- 
bile avant et après son application. 



Fie. Cû). — Pesia TC Galante a réservoir d'air avant l'introduction. 



Fie. 6i. — l'cssdire Galante à réservoir d'air après l'introduction. 

Le réducteur à air de Favrot, destine à relever Tutérus dans la rétrover- 
sion, est une vessie en caoutchouc que l'on introduit vide dans le rectum, 
et qui, en se distendant, refoule en avant la paroi antérieure de Tinteslin 
et le fond de Tutérus. Les figures 65 et 66 représentent les deux temps de 



Fi6. t)6. — fl, Utérus réduit. — à, Vigb — 
c, Vessie. — d, Réducteur dilaté. — ^, Pe- 
lote4nsufflateur — f, Symphyse do pubis. 



Digitized by VjOOQIC 



CAOUTCHOUC. THjfiRAPEUTIQUE CHIRURGICALE. 269 

Topération. Dans la figure 65, Tuténis en rétroversion déprime la paroi 
antérieure du rectum; la vessie réductrice est introduite vide dans le 
rectum. Dans la figure 66, la vessie rectale distendue a repoussé en avant 
l'utérus, qui est revenu dans sa position normale. Il nous semble évident 
que cet appareil ne saurait obtenir une réduction difficile; la force qu'il 
développe est assez limitée, et s'exerçaut excentriquement dans toutes 
les directions, elle est en partie perdue. 

Mous pourrions rappeler ici Finstrument ingénieux de Tamier, déjà 
exposé et figuré dans cet ouvrage à propos de l'accouchement prématuré 
artificiel (voy. vol. I, p. 505). 

Le caoutchouc a été employé pour fabriquer des pulvérisateurs^ et ces 
derniers, depuis les ingénieux essais de Richardson, ont été modifiés de 
plusieurs manières pour produire Tanesthésie locale. Celui dont nous 
nous servons, qui est de l'auteur anglais, est représenté figure 67. 11 est 
formé d'un flacon ^. 

de verre contenant ^^:-. 

le liquide volatil ^^ 

(éther, kérosène, f*'" 

kérosolène, gazo- ^ 

lène ou rhigolène; 

l'éther est préfé- ^« 

rable); le bouchon 
est de caoutchouc; 
il est traversé par 
un tube de métal 
€ recourbé, muni 
d'un embout mo- 

l>ile dont la lu- Fig. 67. — Appareil de Richardson pour l'aoesUiésic locale. 

mière est très - 

étroite. Ce tube présente à la partie inférieure du bouchon une petite 
ouverture qui le fait communiquer avec la partie supérieure du flacon con- 
tenant l'éther, et il renferme un second tube, plus fin, qui va du fond du 
flacon jusqu'à l'embout. Sur le tube d'enveloppe, et près du bouchon, vient 
s'adapter l'appareil souffleur. Ce dernier est formé de deux poires de caou- 
tchouc B, C, reliées entre elles et à l'appareil par des tubes de caoutchouc 
a, c. La poire terminale B est une pompe aspirante et foulante pourvue 
d'une valvule ou clapet, en tous points semblable à celle des irrigateurs. 
C'est celle que l'on tient en main; on la fait marcher par pression de la 
main. La poire intermédiaire C est une chambre à air; elle régularise le 
courant intermittent fourni par la première. L'air, en arrivant dans le tube 
d'enveloppe, se divise en deux colonnes, à cause de l'étroitesse des orifices 
d'écoulement. La colonne descendante pénètre dans le flacon d'éther, et, 
par pression, fait monter ce liquide dans le petit tube, d'où il tend à 
s'échapper par l'embout ; mais là il rencontre la colonne d^air ascen* 
dante, qui, le soufflant avec force à travers l'orifice, le pulvérise, en 
fournissant un jet de 8 à 15 centimètres. En se vaporisant, l'éther 




Digitized by VjOOQIC 



270 CAOUTCHOUC. — thérapeutique chirurgicale. 

abaisse rapidement la température des objets qu'il rencontre. Â 8 oq 
10 centimètres de l'embout, le thermomètre s'abaisse à quinze degrés 
au-dessous de zéro; en une minute environ, la peau se blancliil, durcit 
légèrement et devient parfaitemefnt insensible. Il est bon de noter que l'é- 
paisseur des couches anesthésices ne dépasse guère 1 centimètre, et que 
la dissection est rendue plus difficile par Tinduration des parties ; le jet 
d'éther dans la plaie ne réveille, du reste, aucune douleur, L'anesthésie 
locale doit donc être réservée pour les incisions simples et superficielles, 
et encore, lorsque les parties sont enflammées, comme dans le panaris, 
les abcès, etc., l'action du froid semble presque aussi douloureuse que 
celle du bistouri. Nous ferons aussi la remarque que Tanesthcsie par le 
froid provoque une hémorrhagie capillaire qui dure une dizaine de mi- 
nutes ; c'est un jnconvénient au point de vue de la réunion immé- 
diate. Malgré ces quelques imperfections, la méthode de Richardsoneâ 
appelée à vivre et à se généraliser dans la pratique chirurgicale : mais 
c'est trop lui demander que de vouloir l'employer comme on a chercliéà 
le faire dans les amputations, dans l'ovariolomie ou dans l'hystérotomie. 
Si nous jetons les yeux sur les usages du caoutchouc dans la prothèse, 

nous lui voyons fournir pour les béquilles 
des coussins, qui présentent en les eii- 
gérant les avantages et les inconvénients 
des coussins à fracture (voy. p. 264). Les 
pelotes des bandages herniaires^ faites de 
caoutchouc, ont le défaut de s'affaisser len- 
FiG. 68.— Genouillère orlhopcdiqiic tcment; ct, de plus, elles sont asscz rapi- 
de Galante, demi-cylindre, sorte de dément attaquées par l'enduit sébacé de 

carapace qui embrasse exactement la , j floiatiers les bracelets les 

partie antérieure du genou, et qui ** P^*"' ^^^ aoigiiers^ les oraceieiS.lfS 

présente de chaqne côté trois anneaux çauts^ ne sont pas entrés dans la pratique; 
pour fixer l'appareil sur un plan de jgs genouHlères^ au Contraire, ont scrri 

bois earni d'un coussin en caoutchouc i <• • « i ■ . .ri- 

Tuicanisé. Sous la carapace est fixée quelquefois a redresser lentement larti- 
une pelote à air. culation du genou, fléchie avec fausse 

ankylose. La figure 68 représente l'ap- 
pareil en place. C'est une plaque de caoutchouc vulcanisé, fixée sur la 
partie antérieure du genou par six rubans qui s'attachent sur les bords 
d'une attelle postérieure garnie d'un coussin. .4u 
besoin on peut augmenter la pression exercée par 
cet appareil sur la partie antérieure de Farticu- 
lation, en glissant entre la peau et la genouillère 
Fie. 69. — Obturateur corn- "" coussin à air que Ton peut distendre au moyen 
posé de trois plaques de du robiuct dout il cst pourvu. Il cst représenté 

caoutchouc vulcanisé, su- g^^. ,3 f ^„ ^ ^^jg ^jj^ 

DerDosees et soucices en— 

semble. — a, Plaque du On a fait cn caoutchouc vulcanisé et durci des 
milieu. — b, Plaque su- obturateurs rappelant par leur forme les doubles 
^rTcure. "" ^* ^^^^^ '" boutons de chemises, destinés à fermer les perfo- 
rations de la voûte palatine (fig. 69). Ces pe- 
tits appareils sont plus faciles à introduire que ceux qui sont faits cd 



Digitized by VjOOQIC 




CAPILLAIRES. — capillaires de Montpellier. 



271 



métal ; ils sont aussi infiniment mieux supportés par les malades, mais 
ils ont l'inconvénient de ne pas être inaltérables. 

Le même reproche peut être adressé aux dentiei's de caoutchmic durci 
introduits dans la prothèse dentaire par TAméricain Evans. Il est toute- 
fois parvenu à retarder beaucoup, sinon à conjurer, Taltération du caou- 
tchouc, auquel il donne une couleur analogue à celle des gencives. Ici les 
plaques métalliques ou osseuses dures, douloureuses, excoriant par pres- 
sion la muqueuse gengivale, et déchaussant les dents sur lesquelles elles 
prennent leur point d'appui, sont avantageusement remplacées par une 
substance tout à la fois ferme, élastique et malléable. 

Comme on le voit par cette énumération rapide, le caoutchouc rend de 
nombreux services à la médecine et à la chirurgie, et de jour en jour on 
trouve pour cette substance des applications nouvelles. 

Coup d'œil sur l'emploi chirurgical du caoutchouc vulcanisé (Bull, de thér,, 1849, t. XXIVIT, 

p. ^7). 
Fatrot, Sur un nouveau mode de réduction des déviations de la matrice [Bulletin de VAcad. 

de médecine, \Sb\y t. XVII, p. ît5 ei Revue médico-chirurgicale de Paris, \9bi}. 
Coup d'oeil sur les pessaires à réservoir (Bulletin de thérapeutique y 1853, t. XLIV, p. 552). 
Sarazix, Essai sur les hApiUux de Londres [Ann. d^hygiénepuàl. etdeméd, légale, \W&, t. XXV). 

Charles Sarazîn. 

CAPEIjIME. Voxj. Bandage. 

CAPIIiliAIKES. — Sous 
le nom de Capillaires, on con- 
naît plusieurs plantes qu'on em- 
ploie en matière médicale ; toutes 
appartiennent à la famille des 
FocGÈREs, et la plupart au genre 
Adianium. 

Description. — 1** Capillaire 
4e Montpellier {Adianium 
Capillus Veneris Linn.) (fig. 70). 
— Nous plaçons cette espèce la 
première, non parce que c'est elle 
*qui aie plus de réputation, mais 
parce que c'est notre espèce in- 
digène, et qu'elle est la plus em- 
ployée, possédant, au reste, tout 
autant de vertus que l'espèce qui 
nous vient du Canada. Le Capil- 
laire de Montpellier a une tige 
souterraine brunâtre de 10 cen- 
timètres de longueur, couverte 
d'écaillés présentant au-dessuus 

des radicules fines et laissant F,g. 70. - Capillaire de Montpellier 

échapper en dessus de longues [Adianium capillus Veneris L.). 



Digitized by VjOOQIC 



272 



CAPILLAIRES. — capillaires du camada et du Mexique. 



feuilles décomposées à pétioles très-fins, brunâtres, luisants, à folioles 

vertes, alternes cunéiformes, lobées, glabres ; d'une odeur aromatique. 

2» Capillaire da Caoada {Adiantum pedattm Linn.) (fig. 7i). 

La tige est comme celle de la précédente espèce, les feuilles sont hautes 




FiG. 71. — Capillaire du Canada (Adiantum pedalum). 

de 50 à 40 cent., lair pétiole est brun, rougeâtre très-foncé, divisé en 
deux branches qui portent elles-mêmes cinq à six rameaux chargés de 
folioles cunéiformes, dont le bord supérieur est arqué et incisé de créne- 
Inres profondes. Ces rameaux, insérés tous du côté interne de chacune 
des divisions du pétiole, font ressembler la fronde entière à deux pieds 
mal assurés; de là le nom de pedalum imposé à cette espèce. 

Sou odeur est beaucoup plus agréable que celle de l'espèce précédente. 
Sa saveur est styptique. Celte plante nous vient du Canada, mais elle est 
très-rare. Aussi lui substitue-t-on quelquefois l'espèce suivante. 

S"" Capillaire dn MeaLlqoe (Adiantum trapezi forme Linn.). — 
Les feuilles sont hautes de 30 à 50 cent. Le pétiole est noir, très-lisse. 



Digitized by VjOOQIC 



CAPILLAIRES (vaisseaux). — aratoiiie et physiologie. 275 

Irès-ramifié à la partie supérieure ; les folioles, qui sont caduques, rap- 
pellent par leur forme le losange ou le trapèze, le bord supérieur est 
légèrement incisé ou crénelé. 

Cette espèce vient de rAmérique méridionale. Son odeur est plus 
agréable que celle de la Capillaire de Montpellier et moins que celle de 
la Capillaire du Canada. 

4** Capillaire sair {Asplenium adianthum nigrum Linn.). 

o*^ Capillaire ronge (Asplenium tiichomanes Linn.). 

Propriétés, usages, doses et mode d'administration. — C'est une plante 
réputée dans les affections bronchiques. On la donne en tisane (infu- 
sion, 10, 20 grammes pour un litre d'eau), coupée avec du lait; ou bien 
en sirop (30 à 100 grammes), avec lequel on édulcore d'autres tisanes. 

Cette plante entre dans le sirop à'Eryximum composé. 

Succédanés. — Cétérach, Ceterack officinartim, D.C. — La Doradille 
des murs, Asplenium ruta muralia Linn. Léon Marchand. 

CAPILIjAIKES (Taisscaiix). — Ainsi désignés à cause de leur 
grande ténuité, les vaisseaux capillaires appartiennent au système san- 
guin ou au système lymphatique. Nous ne nous occuperons ici que des 
capillaires sanguins. (Voy. Lymphatiques pour ce qui a trait aux capillaires 
lymphatiques.) 

Les capillaires sanguins établissent une communication entre les ar- 
tères et les veines, et forment la partie périphérique de la grande et delà 
petite circulation. Ce sont aussi des capillaires sanguins que l'on ren- 
contre dans les ilôts du foie, et qui font communiquer les branches ter- 
minales de la veine porte avec la veine centrale des lobules. Ces diffé- 
rents vaisseaux capillaires ne diffèrent ni par leur structure ni par leurs 
propriétés physiologiques. Aussi les comprendrons-nous dans la même 
description générale. 

Anatomie et physiologie. — Les capillaires sanguins, à cause de leur 
ténuité, furent connus seulement à partir de l'époque où le microscope 
fat appUqué aux études anatomiques. Malpighi découvrit ces vaisseaux en 
examinant le poumon et le mésentère de la grenouille vivante. Il vit les 
globules du sang sortir des artères, arriver dans les veines, après avoir 
traversé des canaux flexueux d'une finesse extrême. Mais ce ne fut que 
beaucoup plus tard que les vaisseaux capillaires furent isolés dans diffé- 
rents organes par Windischmann, J. Mûller, Yalentin, Schultz, Tre- 
Tiranus, Schwann, etc., et depuis lors aucun anatomiste ne soutint 
plus que chez l'homme le sang circule dans des lacunes creusées au sein 
des tissus. 

Les capillaires échappant à Tœil nu, c'est à l'aide du microscope seul 
qu'on peut déterminer leurs limites; et pourtant les histologistes ne sont 
pas tous d'accord sur ce point. Pour les uns, le mot capillaire doit être 
pris dans son acception rigoureuse, c'est-à-dire comprendre tous les 
vaisseaux d'une grande ténuité (Henle et Ch. Robni). Les autres définissent 
los capillaires par leur structure et non par lenr diamètre {Kôlliker et 

2VO0V DILT. MÉD. IT ClOU ^ TC — 8 

Digitized by VjOOQIC 



274 



CAPILLAIRES (VAISSEAUX). — stroctore. 



\irchow). Nous pensons qu'il y a avantage à suivre ces derniers auteurs, 
aussi bien pour la clarté de la description anatomique que pour la sim« 
plicité des déductions physiologiques. Si nous considérions en eflèt 
comme capillaires tous les vaisseaux ayant un diamètre inférieur à 0"",14 
nous serions forcé d'admettre plusieurs variétés histolgiques (capil- 
laires vrais, petites artères et petites veines), dont les limites serai^t 
incertaines, et nous trouverions à ces différents canaux sanguins des 
propriétés physiologiques diSerant pour chacun d'eux. Les petites ar- 
tères et les petites veines ont des parois éminemment contractiles, 
tandis que la membrane des capillaires vrais est entièrement inerte; et 
c'est dans la structure de ces vaisseaux que nous trouvons la raison de 
cette différence physiologique essentielle. C'est pour cela que nous nous 
éloignons complètement de Henle et de Ch. Robin, car leur première va- 
riété, qui au premier abord semble correspondre aux vrais capillaires, 
ne saurait cependant les englober tous, puisqu'ils y font rentrer tous les 
vaisseaux inférieurs à 0"*",03, et n'accordent par là-méme qu'un rôle 
accessoire à leur structure. 
Nous pensons donc avec Kôlliker que les vrais capillaires sont les 

seuls petits vaisseaux dépourvus d*é- 
léments musculaires de la vie o^ 
ganique. 

Ainsi envisagés, les capillaires se 
montrent avec des caractères histo- 
logiques qui ne diffèrent pas dans les 
divers tissus ou organes de l'éco- 
nomie. 

StmeCare des caplllalref. - 
La structure de ces vaisseaux apparaît 
d'abord avec une extrême simplicité; 
les tubes qui les constituent semblent 
formés d'une membrane hyaline par- 
semée de noyaux. Cette membrane a 
un double contour, dont l'interne est 
toujours moins accusé que l'externe; 
son épaisseur varie enfape 0"",001 cl 
0"",002; elle est d'une transparence 
parfaite; on n'y voit ni stries, ni 
fentes, ce qui a fait admettre jusque 

dans ces derniers temps qu'elle est 

Fifl. 72.- Vaisseaux les plus tins du côté de» complètement amorphe. Lesréactife 
trières. — a, Membrane amorphe des capU- qu OU emploie d ordinaire dans les 

laires, — d, d, Noyaux de celle membrane, recherches microscopiques n'ont SUT 

"'""*' elle qu'une action faible : l'acide acé- 

tique la rend moins réfringente, la 
gonfle un peu, mais ne la dissout pas ; le carmin ne la colore que diffi- 
cilement, et s'il produit sur elle une teinte légère, celle-ci disparait bientôt 




Digitized by VjOOQIC 



CAPILLAIRES (vaisseaux). — strugturb. 



275 



dans le liquide conservateur. C'est donc avec juste raison que KôUiker 
la compare aux vieilles membranes de cellules et au sarcolemme. 

Les noyaux, sphériques dans quelques organes (reins et poumons) > 
sont habituellement ovalaires; ils ont de 0'^,007 à 0'^,010 de longueur 
sur 0^,004 à O^^jOOS de largeur. Leur grand axe est toujours dans la 
direction du vaisseau. Ils semblent compris dans Tépaisscur même de la 
membrane, bien qu'ils fassent saillie quelquefois dans Tintérieur, d'autres 
fois à l'extérieur du tube capillaire. Ils ne sont pas moditiés par Pacide 
acétique et sont colorés fortement par le carmin qui y demeure fixé. 

Le diamètre des capillaires n'est pas constant; il varie entre 0"*'",005 
et 0"^,02: les plus fins se trouvent dans le poumon, et les plus volumi- 
neux dans les os. Les capillaires appartenant au même réseau n^ont pas 
tous le même volume. On a remarqué depuis longtemps que la mem- 
brane des gros capillaires est plus épaisse, et que le nombre des noyaux y 
«st plus considérable sur un même espace'. 

Cette structure si simple paraissait définitivement établie, quand de 
nouvelles recherches sont venues la renverser de fond en comble. 
Auerbach, Eberth et Aeby, en injectant chez la grenouille le système cir- 
culatoire avec une solution de nitrate d'argent à j^, sont arrivés à dé- 
montrer que la membrane des capillaires, qui paraissait amorphe, est en 
réalité constituée par des cellules, à chacune desquelles correspond un 
•des noyaux du capillaire. On savait déjà que le nitrate d'argent donne un 
précipité blanchâtre sur le ciment intercellulaire des pavés épithéliaux 
délicats, de telle sorte que des cellules, qui auparavant ne pouvaient pas 
être distinguées, sont maintenant séparées les unes des autres par des 
lignes sombres à la lumière transmise. Ces observateurs ayant obtenu sur 
la membrane des capillaires des dépôts d'argent disposés d'une manière 
régulière autour de 
chaque noyau, en ont 
conclu que cette mem- 
brane n'est pas amor- 
phe, mais bien consti- 
tuée par des cellules 
aplaties, réunies par 
leurs bords. Quel- 
-que temps après, 
-Chrzonczczewsky mo- 
difia le procédé des 
observateurs que nous 
Tenons de citer, et 
arriva à des conclu- 
sions un peu diffé- 
rentes. Remarquant 
•que les capillaires ne 
66 prêtent pas bien à l'examen quand ils sont aplatis, il essaya de les 
rendre, tiurgides et de les imprégner d'argent du même coup. A cet effet, 




Fie. 73. — Structure des vaisseaux capillaires d'après Clirzoncz- 
cxewsky ; la paroi de ces Taisseauz est tapissée par des cellules 
allongées. Ei\ ë et eu ^, les cellules ont été détachées au mo* 
ment de l'injection. 



Digitized by VjOOQIC 



276 CAPILLAIRES (vaisseaux). — structure. 

il poussa dans les vaisseaux une injection composée d'eau, de gélatine et 
de nitrate d'argent. 

 Paide de ce procédé, Chrzonczczewsky constata que les capillaires, 
comme les artères et les veines, sont revêtus d'un épi thélium, que les 
cellules qui forment ce revêtement sont allongées, losangiques, 
ayant 0'"'",05 à 0"»",09 en longueur et 0«^,04 à 0-^,08 en largeur! 
celles des petites artères et des petites veines sont moins longues, et leors 
côtés sont plus nombreux. En passant des artères sur les capillaires, ces 
cellules ne changent pas brusquement de forme ; la transition est gn- 
duelle. Il arrive parfois que la matière à injection en arrivant dans les 
capillaires entraine une portion de la membrane épithéliale ; elle ne pé- 
nètre pas pour cela dans les tissus, et le calibre du vaisseau reste con- 
stant. Ce dernier fait a conduit Fauteur à penser que la couche épithéliik 
est soutenue par une membrane propre. Il n'a cependant pas vu un double 
contour à cette prétendue membrane, de telle sorte que sa démonstra- 
tion n'est pas encore complète. Mais par contre, on ne saurait nier au- 
jourd'hui la présence d'une couche épithéliale. Lepithélium ne manque 
donc sur aucun point du système circulatoire. 

Nous pouvons comprendre maintenant comment s'établit la continuité 
des capillaires avec les deux autres ordres de vaisseaux, et pourquoi sur 
ceux-ci la tunique interne conserve encore pour un temps les caractères*de 
la membrane des capillaires. Ce n'est, en effet, que sur des vaisseaux d'ua 
calibre assez fort que cette tunique devient plus épaisse et striée en long. 

Pour compléter ce qui a trait à la structure des capillaires sauguins, 
nous devons indiquer les modifications importantes qu'elle subit dans les 
centres nerveux et dans les organes lymphoîdes. 

On savait depuis longtemps que chez la grenouille les vaisseaux arté- 
riels et capillaires sont compris dans une gaine lymphatique. On ne 
connaissait chez l'homme aucune disposition analogue, lorsque Ch. Robin 
découvrit que, dans le cerveau, les petites artères et les capillaires sont 



1 



FiG. 74. — Vaisseau capillaire du cerveau entouré de sa gaine lymphatique, 
d'après Ch. Robin. 

enveloppés par une membrane complètement amorphe, distante de la 
paroi externe de ces vaisseaux (fig. 74). Il en résulte un espace en forme 
de manchon, au centre duquel se trouve le yaisseau sanguin. Ch. Robio 



Digitized by VjOOQIC 



CAPILLAIRES (vaisseaux). — réseaux. 277 

ayant reconnu dans cet espace des éléments de la lymphe, en avait conclu 
qu'il était en rapport avec le système lymphatique. Plus récemment, His, 
qui à ce propos ne cite pas l'auteur de la découverte, ;Bst arrivé au moyen 
d'injections à démontrer la communication directe de ces espaces avec 
les vaisseaux lymphatiques. (Pour plus amples détails, voir Tarticle Lym- 
phatiques.) 

Dans les organes lymphoïdes (ganglions lymphatiques, rate, amyg- 
dales, follicules intestinaux isolés ou agminés, muqueuse de l'intestin 
grêle, etc.) le tissu connectif est constitué par des fibrilles très-minces 
anastomosées les unes avec les autres ; 
dans les points de jonction se trou- 
vent des épaississements ou nœuds ; 
les mailles que laissent entre elles ces 
fibrilles sont comblées par des glo- 
bules de la lymphe (fig. 75). Dans ce 
stroma réticulé cheminent des capil- 
laires sanguins, qui sont recouverts 
d'une seconde membrane ayant de 
0-^,001 à 0"^,002 d'épaisseur, plus 
opaque que l'interne, d'un aspect 
fibrillaire, et de laquelle se détachent 
des fibres fines qui se rendent à des 

nœuds du stroma réticulé. Cette dis- Pic. 75. - Capillaires contenus dans le tissu 
position signalée par Kôlliker et Frey connectif réticulé d'un ganglion lympba- 

se rencontre dans tous les organes \T^^ ^'"P"*^' ^'%^a?' y^sse^ux c»pii- 

. , . > Tk 1 laires sanguins revêtus dune couche de tissu 

qui ont ete indiques. Pour la rendre fibrillaire. — c, stroma réticulé contenant 

évidente, il faut employer le durcis- ^^ cellules de lymphe. 

sèment dans l'acide chromique à un 

degré suffisant pour permettre des coupes à l'aide du rasoir, et cependant 

pas assez fort pour qu'on ne puisse avec le pinceau chasser les globules 

lymphatiques ; car lorsque ceux-ci encombrent les mailles du stroma, on 

ne peut nettement en distinguer les fibrilles. 

Bé«e«ax onpiiialreai. — Nous trouvons dans le mode suivant le- 
quel les capillaires s'abouchent les uns dans les autres un caractère d'une 
grande importance. Tandis que les artères et les veines se divisent et se 
subdivisent comme les branches d'un arbre, les capillaires forment des 
réseaux. Ces réseaux affectent les formes les plus variées, de telle sorte 
que chaque tissu et organe possède un réseau capillaire caractéristique 
soit par la forme de ses mailles, soit par leur étendue. Ce n^est pas ic 
le lieu d'en donner une description minutieuse ; nous devons nous bor 
ner à quelques aperçus ayant des applications directes à la physiologie ei 
i la pathologie. 

Dans les os longs, par exemple, les capillaires ont une direction géné- 
rale parallèle à Taxe de l'os ; ils ne sont réunis les uns aux autres que par 
de rares branches obliques ou perpendiculaires» On peut donc considérer 
ces os comme étant constitués par une série de colonnes, disposition 



Digitized by VjOOQIC 



278 CAPILLAIRES (vaisseaux). — déyeloppemest. 

éminemment favorable à la solidité et à la résistance que doivent offrir 
les leviers osseux, 

La manière dont se fait la circulation capillaire dans le rein est tout à 
fait spéciale ; le sang artériel est obligé de parcourir deux réseaux succes- 
sifs avant de se Jeter dans les veines. On sait, en effet, qu'en arrivaol 
dans les glomérules de Malpighi, la petite artère qui lui est destinée fru- 
chit la capsule de Bowman et fournit un pinceau de capillaires anasto- 
mosés fréquemment entre eux ; tous ces capillaires se reconstituent en- 
suite en une branche artérielle efférente qui sort de la capsule dans le 
voisinage de Taiférente, pour aller se diviser de nouveau et former le 
réseau capillaire des tubuli de la substance rénale. On comprend com- 
bien cette disposition unique est favorable à Texcrétion si abondante de 
l'urine. 

Dans le poumon, chaque vaisseau capillaire appartient à plusieurs al- 
véoles; il contourne en pas de vis une des trabécules minces cellulo- 
élastiques qui les séparant, en faisant dans Tune et l'autre alvéole une 
saillie très-marquée. De cette façon, les capillaires sont contenus non pas 
dans la trame de l'organe, mais dans les alvéoles eux-mêmes. Pendant 
longtemps ou a même cru que les portions saillantes de ces vaisseaux 
n'étaient pas recouvertes d'épithélium, mais Chrzonczczewsky, à l'aide 
de l'imprégnation d'argent, est arrivé à le démontrer sur toute la surface 
des vésicules pulmonaires. 

Cette saillie des capillaires dans les alvéoles du poumon prèle à d^im- 
portantes déductions physiologiques et pathologiques. Elle facilite d'abord 
à un haut degré les échanges de gaz entre le sang et Tair atmosphérique, 
puisque ces deux fluides ne sont séparés que par des membrane» d'une 
délicatesse extrême. Nous comprenons aussi facilement pourquoi le pou- 
mon est un des organes les plus sujets aux hémorrhagies. 

Enhn, dans la peau et les muqueuses, les capillaires présentent une 
disposition bien connue depuis longtemps ; ils y forment toujours deux 
réseaux, l'un superficiel destiné aux papilles ou aux villosités, prési- 
dant à l'absorption ; l'autre profond, se distribuant aux glandes et leur 
apportant les matériaux nécessaires à leur sécrétion. Ces réseaux péri- 
glandulaires ont une forme et une richesse en rapport avec la texture et 
l'activité des glandes. 

Dans presque tous les autres organes la configuration du réseau 
capillaire est sous la dépendance de la forme des éléments^ et de l'agen- 
cement des tissus. 

Il en est autrement de la richesse de ce réseau, qui semble en rapport, 
soit avec l'activité fonctionnelle de l'organe, soit avec l'absorption, les 
sécrétions et les échanges qu'il doit effectuer. Aussi est-ce dans le cerveau, 
les muqueuses, le foie, le rein et le poumon que nous trouvons la plu* 
grande richesse vasculaire. 

Développement de» €saiplllaitres. — Le développement des vais- 
seaux capillaires et de leurs réseaux diflère complètement du mode de 
formation des artères et des veines. Tandis que ces derniers vaisseaux, 



Digitized by VjOOQIC 



CAPILLAIRES (vaisseaux). — dIveloppement. 279 

comme Remak Ta observé, prennent naissance dans des traînées de cel* 
Iules embryonnaires, dont les périphériques forment les parois, les internes 
constituant les cellules du sang, nous voyons 1^ capillaires naître aux dé* 
pens des cellules plasraatiqucs et de 
leurs ramifications- En effet, Schwann 
d'abord, Kôlliker ensuite, ont observé 
ce mode de développement sur la queue 
des têtards de grenouille (fig. 76); ils 
ont vu des réseaux dé cellules plasma- 
tiques, dont quelques canaux venaient 
s'aboucher dans des capillaires déjà 
formés. Ces canaux, dun finesse ex- 
trême, s'élargissaient graduellement, 
jusqu'à ce qu'ils pussent livrer passage 
aux globules sanguins. De cette façon 
les membranes de cellules et les parois 
des canaux plasmatiques formeraient 
la tunique des capillaires; les noyaux 
des cellules formatrices, restant appli- 
qués sur cette tunique, en constitue- 
raient les noyaux permanents. 

Dans ces derniers temps, Balbiani 
est arrivé à souder de très-jeunes té- 
tards de grenouilles, et il a observé 
qu'il s'établissait une circulation com- 
mune.^ Le développement des capil- 
laires appartenant à cette circulation se 
fait par le procédé décrit par Schwann 
et Kollikcr. 

Nous savons bien que ce mode de 
développement n'est pas en rapport 
avec la structure qui a été récemment 
découverte. Néanmoins nous ne pou- 
vons pas mettre en opposition ces faits 
de structure et de développement si 
bien constatés de part et d'autre. Con- 
statons là une lacune, que des recher- 
ches ultérieures combleront probable- 
ment un jour. 

Une fois formés, les réseaux capillaires peuvent acquérir de nouvelles 
ramifications, suivant le même procédé que nous avons indiqué phis 
haut. On voit aussi quelquefois une communication latérale s'établir entre 
lieux capillaires (J. Mayer et Platlner); deux prolongements canaliculés 
d'une grande ténuité, venus chacun d'uu des capillaires voisins, s'abou^ 
chent entre eux ou dans une cellule plasmatique intermédiaire. 

Tout ce que nous venons de dire touchant la formation des capillaire* 




FiG. 76. — Capillaires de la queue d'un té- 
tard. — fl, Capillaires développés. — b, 
Noyau et restée du contenu des cellules 
formatrices primitives. — c, Prolonge- 
ments d'un vaisseau terminés en cul-de- 
sac. — d, Cellule formatrice étoilée, reliée 
par trois prolongements avec autant de 
prolongements de capillaires déjà creux 

e^ Corpuscules sanguins renfermant eil- 

core quelques granulations. Grossissement 
de 350 diamètres. (Kôluker.) 



Digitized by VjOOQIC 



280 CAPILLAIRES (vaisseaux). — physiologie céiiéRÂLE. 

et de leurs résaux ne nous fait pas comprendre comment s'établit leor 
continuité avec les artères et les veines ; nous ne saurions dire non phn 
par quel mécanisme des capillaires peuvent devenir des artérioles et des 
veinules. 

Pliyslologte générale des captllalres. — La physiologie géné> 
raie des capillaires se divise naturellement en deux parties distinctes : 
1^ mécanisme de la circulation des capillaires ; 2^ rapports de ces vais- 
seaux avec la nutrition intime des tissus, les sécrétions et TabsorptioD. 
V Mécanisme de la cieulation capillaire. — Pour avoir une bonne 
idée de la manière dont se fait cette circulation, il faut avoir recours i la 
belle expérience de Malpighi et de Leeuwenhoek, qui consiste à étaler ao 
moyen d'épingles la membrane interdigitale, ou mieux la langue d'ooe 
grenouille, sur une plaque de liège percée d'un trou, au niveau duqod 
doit se trouver la partie étendue. En fixant cette plaque de liége sur la 
platine d'un microscope, on peut à Taîde d'une bonne lumière transmise 
et d'un grossissement de 100 à 200 diamètres étudier tous les détails de 
la circulation capillaire. 

Il s'agit d'abord de bien distinguer les différents vaisseaux ; les artères 
se reconnaissent au sens suivant lequel se fait la circulation des grosses 
branches vers des branches plus petites, et aux ondées saccadées, inter- 
mittentes et isochrones qu'on y observe. Les veines sont plus volumi- 
neuses que les artères ; la circulation y est régulière, et s'y fait des petites 
vers les grosses branches. 

On reconnaîtra les capillaires à première vue par leur diamètre, par 
les réseaux qu'ils forment et l'irrégularité de leur circulation. 

Ce qui frappe d'abord dans cette circulation, ce sont ces oscillatioos 
irrégulières, d'autant plus saisissables, qu'on peut suivre chaque globule 
sanguin dans sa course vagabonde. A l'extrémité d'un tube capillaire, 
juste assez grand pour le contenir, un globule rouge peut s'engager dans 
l'une des deux ou trois branches qui se présentent. Rien ne semble le 
solliciter à entrer dans l'une plutôt que dans l'autre ; il s'arrête un instant, 
puis il s'échappe et parcourt rapidement l'une d'elles. Aussi pendant 
quelques secondes la circulation est-elle complètement interrompue dans 
un tube capillaire, pour reprendre ensuite avec énergie. Dans ces dcm 
conditions on ne voit ce tube ni se dilater, ni revenir sur lui-même; 
son calibre reste constant. 

La circulation n'est pas également active dans tous les points du calibre 
des capillaires. Au centre le courant est rapide, tandis que, près des 
parois, on remarque une couche presque immobile, dans laquelle se 
trouvent beaucoup de globules blancs, couche adhésive de Poiseuille. 
La présence de cette couche est éminemment favorable à la ciculatioo 
dans les petits vaisseaux, en ce sens que le frottement des globules contre 
la paroi vasculaire étant évitée, chaque globule glisse facilement sur cette 
couche, ou en entraine une partie. 

Les globules blancs et les globules rouges ne circulent pas avec la même 
facilité; les rouges sont lisses, et leur constitution, et leur forme lenrfet- 



Digitized by VjOOQIC 



CAPILLAIRES (vaisseaux). — physiologie cinéRALE. 28i 

mettent une certaine réductibilité. — Les globules blancs sotit légèrement 
rugueux, adhèrent aux surfaces et sont à peine réductibles. Aussi les glo- 
bules rouges ont une circulation très-active et passent avec rapidité au 
centre du vaisseau, tandis que les blancs se fixent à la paroi du capillaire 
et ne s'en détachent qu'au bout d'un instant pour être entraînés un peu 
plus loin. 

Cette différence dans la circulation des globules rouges et des globules 
blancs, constatée sur la grenouille doit être plus considérable encore chez 
rhomme, puisque chez celui-ci, les globules blancs sont plus volumineux 
que les rouges, contrairement à ce qui existe chez les batraciens. 

On peut, du reste, reproduire artificiellement entre deux lames de 
Terre une circulation comparable jusqu'à un certain point, à la circula- 
tion capillaire vraie, et qui met en relief les propriétés physiologiques des 
deux espèces de globules. Que l'on reçoive une gouttelette de sang sur une 
lame de glace, et q^'on la recouvre avec une lamelle de verre de manière 
à ce que le sang n'occupe qu'un des coins de celle-ci; qu'à ce ni- 
veau on ajoute une simple goutte d'eau, elle pénétrera par capillarité 
entre les deux lames, et on verra au microscope tous les globules blancs 
rester en place, bien que les globules rouges qui sont entraînés rapide- 
ment viennent à chaque instant leur imprimer des secousses. Lorsque 
l'équilibre sera rétabli, tous les globules rouges occuperont un point de la 
préparation et les blancs en occuperont un autre. 

Vierordt qui s'est appliqué d'une façon spéciale à déterminer la vitesse 
du courant sanguin dans les capillaires, et qui pour arriver à ce résultat 
a mis en usage des procédés variés, donne les chiffres suivants pour 
la circulation générale : 0™,6 à 0"**",9 par seconde chez l'homme, et 
0"",36 chez la grenouille. Du reste, rien n'est plus variable que la vi- 
tesse du courant sanguin dans les capillaires. Ces variations résultent des 
conditions nombreuses que nous allons étudier bientôt. Les unes sont 
fixes et dépendent de la richesse du réseau parcouru, de la longueur et 
du diamètre des vaisseaux qui le composent. 

Pour apprécier d'une façon mathématique la vitesse de la circulation 
capillaire, il ne suffit pas de chercher le rapport entre l'aire totale 
du réseau capillaire avec l'aire du système artériel, mais il faut voir 
encore le rapport de l'aire des capillaires d'un organe avec les ar- 
tères correspondantes. On comprendra que moins ce rapport sera éloi- 
gné, plus la circulation sera active dans le réseau capillaire. En outre, 
on sait, aujourd'hui que la circulation capillaire d'un organe ne se fait 
pas avec la même activité dans tous les points, depuis que Cl. Bernard a 
découvert la circulation dérivative et démontré son importance dans les 
fonctions d'un organe. Un certain nombre d'observateurs ont fait des re- 
cherches^ dans le même sens (Sucquet et Sappey). On comprend alors 
comment le sang passant plus ou moins facilement dans tel ou tel dépar- 
tement vasculaire, la circulation capillaire y variera de rapidité. 

Le diamètre et la longueur des capillaires ont au point de vue du cours 
du sang une importance qui a été mise en lumière par Poiseuille : c'est 



Digitized by VjOOQIC 



28^ Capillaires (yaisseadx). — phtsiolo^ib générale. 

a^ec juste raison que celui-ci a cherché à appliquer aux capillaires 
sanguins les lois de l'écoulement des liquides dans les tubes capillaires. 

I. Les quantités d^eau écoulées dans un même temps ^ sous une même 
pression^ à une même température^ à travers des tubes capillaires d'i» 
même diamètre^ diminuent propot^ionnellement à la longueur des tubes. 

II. Les quantités d'eau écoulées dans un même temps^ sous une même 
pression^ à une même température^ à travers des tubes capillaires d'une 
même longueur^ sont, entre dles comme les quatrièmes puissances des (fia- 
mètres de ces tubes. 

11 est certainement bien difBcile d'appliquer ces lois à la marche do 
sang t'ans tel ou tel organe spécial, à cause de la forme complexe des 
réseaux capillaires. — Ces lois n'en restent pas moins invariables pour 
chaque capillaire en particulier, et elles nous font comprendre la difficulté 
croissante que le sang éprouve à parcourir des vaisseaux, lorsque leur 
diamètre devient très-petit, surtout si cette étroitesse n.'cst pas compensée 
par la richesse du réseau. 

Les autres conditions de la circulation capillaire sont variables et de- 
vront être étudiées dans le cœur, les artères, les veines, le sang et les 
parties circonvoisines aux capillaires. 

Disons tout d'abord que c'est à Cl. Bernard que revient tout l'honnetu^ 
des connaissances précises que nous avons aujourd'hui sur cet important 
sujet. Cet illustre physiologiste, par ses expériences sur les nerfs vaso- 
moteurs, et surtout par les conclusions qu'il a tirées de leur mode d'ac- 
tion, nous a montré, en effet, que Torgane actif de la circulation est le 
cœur seul, et que la contractilité des petites artères ne saurait avoir 
d'autre effet que de la ralentir ou de la supprimer sur un point. Les 
' petites artères sont donc, par excellence, les organes régulateurs de la 
circulation capillaire. 

L'action du cœur sur la circulation capillaire a été signalée depuis long- 
temps. Les premiers observateurs ont constaté que, lorsque l'animal mis 
en expérience s'afTaiblit et que les pulsations cardiaques perdent de leur 
fréquence et de leur intensité, la circulation se ralentit dans les capil- 
laires; elle peut même cesser d'une manière complète entre deux pul- 
sations distantes. Dans certains cas on observe aussi une circulation eo 
retour qui reprend sa marche première sous Tinfluence de la prochaine 
ondée sanguine. Poiseuille a fait à ce sujet une expérience encore plus 
démonstrative : il supprimait la circulation dans une artériole en appli- 
quant sur elle un petit cylindre de platine; un arrêt complet du sang 
se faisait aussitôt remarquer dans les capillaires dérivant de cette bran- 
che artérielle. L'opinion de Bichat sur T indépendance de la circulation 
capillaire est donc dénuée de tout fondement; faisant cesser l'action du 
cœur dans les artères, il voulait que le sang cheminât dans les capillaires 
en vertu de la contractilité qu'il leur supposait. Cette contractilité existât- 
elle, elle ne pourrait évidemment servir qu'à enrayer la circulation. 

L'action des artères se traduit de deux façons sur la circulation dans 
les vabseaux capillaires ; elle transforme un mouvement intermittent en 



Digitized by VjOOQIC 



CAPILLAIRES (vaisseaux). — physiologie générale. S83 

mouvement continu ; elle règle le courant et peut même le supprimer 
d'une manière complète. C'est aux petites artères et non aux capillaires 
qu'il faut rattacher ce qui a été dit par Thomson, Kaltenbi'unner, Wharton 
Jones et Marey, touchant l'action des substances chimiques et des agents 
mécaniques sur la circulation qui nous occupe. Les expériences très-sim- 
pies de Marey méritent surtout de fixer lattention. Il est fâcheux seule- 
ment que cet habile physiologiste ait attribué les effets qu'il a observés 
aux capillaires, confondant ainsi différents ordres de vaisseaux qui s'éloi- 
gnent autant par leurs propriétés physiologiques que par leur structure. Ces 
expériences, que chacun peut reproduire sur lui-même, consistent dans 
la production d une légère irritation mécanique à la surface de la peau. 
En passant rapidement le tranchant d'un ongle sur le dos de la main, il 
se produit d'abord une ligne blanche, à laquelle succède une ligne rouge, 
sur les deux bords de laquelle on aperçoit un liséré blanc. 

La ligne rouge correspond au tracé de l'ongle et serait due à un épui- 
sement de l'activité musculaire des petits vaisseaux par une forte irrita- 
tion ; le liséré blanc dépendrait de ce que sur les pJDints où il s'est produit, 
l'activité musculaire étant accrue par une irritation modérée, la tunique 
musculeuse des petites artères mise ainsi en jeu déterminerait l'occlusion 
de ces vaisseaux. 

Les autres expériences de Marey viennent confirmer le résultat de 
celles-ci. Ces résultats sont du reste en rapport ayec ce qu'on connaissait 
de l'action des substances chimiques qui, suivant qu'elles sont faibles ou 
fortes, fait rétrécir ou dilater les petites branches vasculaires. 

Il est vrai que plusieurs observateurs, et entre autres Wharton Jones, 
ont noté danslmrs expériences le rétrécissement des plus fins capillaires 
lorsqu'on les soumet à des causes d'irritation. Mais comme ces expé- 
riences ont été faites sur la langue de la grenouille et sur les ailes" de la 
chauve-souris, et que dans ces deux cas les vaisseaux sont noyés dans du 
tissu musculaire, c'est à l'action des muscles environnants et non à l'ac- 
tivité propre de la membrane des capillaires qu'il faut rattacher le phéno- ^ 
mène observé, comme James Traer a essayé de le démontrer. 

La paralysie des petites artères se traduit toujours par un afBux plus 
considérable de sang dans les capillaires. Il peut même arriver que dans 
ces conditions la pulsation cardiaque s'y fasse sentir; c'est ce qu'on con- 
state fréquemment chez les grenouilles mises en expérience, lorsque 
l'animal est considérablement affaibli, et cette circulation saccadée a été 
considérée, avec juste raison, par Milne Edwards, comme le résultat de 
l'atonie des parois artérielles. 

L'influence des veines sur la circulation capillaire est démontrée par 
des faits nombreux. Tout le monde sait qu'une compression circulaire 
autour d'un membre suffisant pour arrêter la circulation veineuse, et 
permettant encore l'afflux du sang dans les artères, détermine la turges- 
cence des capillaires : la peau rougit, et la moindre piqûre amène une» 
goutte de sang. Poiseuille, appliquant uue ligature sur la patte d'une 
grenouille mise en expérience, vit les capillaires se dilater et devenir le 



Digitized by VjOOQIC 



284 CAPILLAIRES (vaisseaux). — physiologie générale. 

siège de pulsations semblables à celles des artères. Les petites veines ont 
donc sur la circulation capillaire une action inverse de celle dfô arté- 
rioles, action moins forte, il est vrai, puisque les veinules contienaent des 
fibres musculaires en quantité beaucoup plus faible. 

On ne saurait donc comprendre maintenant pourquoi certains physio- 
logistes, reconnaissant à tous les petits vaisseaux une même activité, leur 
ont donné à tous indistinctement la même action synergique. 

La composition du sang peut aussi avoir une influence considérable sur 
la circulation capillaire. Poiseuillc a mis ce fait hors de doute en appli- 
quant chez les animaux les données que lui avait fournies ^expé^imeDt^ 
tion sur des tubes inertes. Il avait remarqué que plusieurs substances 
chimiques, Tazotate de potasse et Tiodure de potassium, facilitent récoo- 
lement des liquides dans les tubes inertes, et que d'autres substances, 
chlorure de sodium , carbonate de soude, le ralentissent. En introduisant 
ces substances dans le torrent circulatoire du cheval , il a vu la circula- 
tion se ralentir ou s'accélérer suivant qu'il employait les unes ou les autres, 
et ces actions étaient entièrement en rapport avec ce que rexpérinnenti- 
tion physique lui avait donné. 

Les modifications apportées à la circulation capillaire par Fétat du sang 
se rencontrent dans beaucoup d'autres circonstances. La présence de gai 
dans les vaisseaux peut amener un arrêt complet de la circulation capil- 
laire, et ce doit être la cause de la mort dans les cas d'introduction d^air 
dans les veines. Les expériences de Jamin sur les corps poreux et les tubes 
capillaires sont venues donner une grande consistance à cette interpréta- 
tion. Ce physicien a remarqué que si une pression déterminée suffit pour 
faire cheminer dans un tube capillaire une petite colonne de liquide, cette 
pression devra être double pour faire cheminer deux index du même li- 
quide séparés par une petite colonne d'air, triple pour trois index, et ainsi 
de suite, quelle que soit du reste la longueur des index. On comprendra 
donc que, pour faire cheminer une colonne constituée par un grand nom- 
bre d'index successifs, il faille une pression énorme, bien supérieure à 
la tension artérielle, qui, comme on le sait, est seulement équivalente à 
15 centimètres de mercure. Si donc de l'air vient à s'introduire dans 
une veine béante, arrivé dans les cavités droites du cœur, il rendra le 
sang spumeux, et celui-ci, projeté dans les capillaires, du poumon entra- 
vera d'une manière complète la circulation dans cet organe et déterminera 
l'asphyxie. (J. Béclard.) 

La présence dans le sang d'une grande quantité de globules blancs peut 
aussi entraver la circulation. Ces globules, à cause de leur diamètre et de 
leur pouvoir adhésif, s'accumulent dans les capillaires, et ne peuvent que 
difficilement s'en échapper. Aussi, quand on vient à examiner les organes 
de sujets leucocythémiques,trouve-t-on les capillaires comblés par les glo- 
bules blancs et déchirés par places, de telle sorte que ces globules s'épan- 
chent dans les tissus. (Ollivier et Ranvier.) 

2° Des capillaires dans leurs rapports avec la nutrition^ rabsorptiw 
et la sécrétion. 



Digitized by VjOOQIC 



CAPILLAIRES (vaisseaux). — dilatation. 28S 

Les éléments anatomiques se nourrissent en vertu d'une activité qui 
leur est propre ; c'est-à-dire qu'ils font un choix des matériaux dont ils 
ont besoin. 

L'activité des capillaires dans cette nutrition est donc seulement rela- 
tive à l'apport des substances qui peuvent être utilisées par les éléments 
d'un tissu. Les capillaires ont en effet une structure et des propriétés 
analogues dans tous les organes. Et comme les organes ont des fonc- 
tions spéciales à chacun d'eux, on ne saurait voir dans les capillaires 
autre chose que des tubes chargés d'y amener le sang en quantité 
suffisante. Les propriétés de la membrane des capillaires sont unique- 
ment relatives aux transsudations de la portion séreuse du sang; ces 
transsudations dépendent de la tension du sang dans le réseau capillaire, 
de la composition de ce sang et de celle des liquides contenus dans les 
tissus qui avoisinent ces réseaux. (Pour plus amples détails, voir l'excel- 
lent article Absorption, publié dans ce Dictionnaire par Paul Bert.) Nous 
ne saurions mieux faire également que de renvoyer au même article pour 
ce qui a trait au rôle des capillaires dans l'absorption et la sécrétion ; 
nous éviterons ainsi des redites nombreuses. 

PATHOLOGIE. 

• 

Le rôle des capillaires sanguins dans un grand nombre d'actes mor- 
bides, tels que congestions, hémorrhagies , néoformations, etc., paraît 
avoir une si grande importance que l'on pourrait rattacher à Pétude des 
capillaires la pathologie générale presque tout entière. Mais ce serait 
peut-être à tort, car dans ces différentes affections les vaisseaux ne sont 
pas les seuls organes mis en jeu, et de plus, il convient de réserver des 
articles spéciaux de ce dictionnaire pour les congestions, les hémorrha- 
gies, etc., questions qui y seront traitées avec le développement qu'elles 
compcrtent. Aussi, nous bornerons-nous dans cet article à décrire les diffé- 
rentes modifications constatées jusqu'à ce jour dans les vaisseaux capil- 
laires. Dans cette description nous ne devrons donc pas suivre Tordre noso* 
logique, mais bien l'ordre anatomique ; c'est-à-dire qu'au lieu de prendre 
successivement chaque maladie et de montrer les modifications qu'elle 
(ait éprouver au système capillaire , nous exposerons méthodiquement ces 
modifications, en indiquant à mesure les affections dans lesquelles on les 
rencontre. Ces modifications sont des dilatations, des ruptures, des ré- 
trécissements, des oblitérations, des transformations graisseuses, des dé- 
générescences amyloîdes et des néoformations de capillaires. 

L'étude des capillaires, déjà si difficile à l'état physiologique, devient le 
plus souvent d'une difficulté extrême lorsqu'il s'agit de constater des 
altérations de ces vaisseaux, et surtout de poursuivre le développement de 
branches nouvelles. On ne sera donc pas surpris de voir combien ces 
questions sont peu avancées ; mais comme dans ces dernières années on 
a beaucoup perfectionné les moyens d'investigations histologiques, nous 
espérons que cette lacune sera bientôt comblée. 
•itatati«M. — Ces dilatations sont passagères ou permanentes. 



Digitized by VjOOQIC 



286 CAPILLAIRES ( vaisseaux j. — dilatation. 

Elles sont passagères lorsqu'elles n'ont pas dépassé la limite d'élasiîcilé . 
de la membrane vasculaire. On ne les a pas constatées chez rhomme, 
mais chez les animaux qui ont servi à Tétude microscopique de la circu- 
lation capillaire , on a observé qu'un afOux considérable de sang dans m 
réseau détermine un élargissement de ses branches. La rougeur et le léger 
gonflement qui caractérisent Thyperémie d'une certaine intensité, seraient 
donc dus, non-seulement à la réplétion du réseau capillaire, mais encore 
à la dilatation de ses rameaux. Mais alors la dilatation ne survit pas à 
l'action qui Ta produite, et elle ne se retrouve plus après la mort (éry- 
thème, érysipèles, etc.). 

Dans d'autres cas où l'hyperémie a été plus forte, et surtout de pbs 
longue durée, des dilatations persistantes, de véritables ectasies ont été 
observées. Hasse et Kôlliker, les premiers, virent de pareilles dilatations 
sur les muqueuses atteintes d'inflammations catarrhales chroniques. Ds 
{tirent suivis dans cette voie par un grand nombre d'histologistes : Bmcb 
observa une pareille altération dans la péritonite ; Ecker, dans les engor- 
gements scrofuleux ; Lebert, dans l'airthropathie rhumatismale et dans ks 
méningites ; Yirchove, dans l'hypertrophie inflammatoire des papilles de 
la peau. On ne s'est pas contenté de constater ces dilatations dans le pro* 
cessus inflammatoire, on les a encore étudiées dans des affections de difC^ 
rentes espèces, développées en dehors de tout mouvement phleg- 
masique. 

Considérées en elles-mêmes, les dilatations des capillaires se présentent 
sous diverses formes. Virchow les a divisées en ectasies simples, vari- 
queuses, ampullaires, disséquantes et caverneuses. Galliet n'accepte pas 
des divisions aussi nombreuses; pour cetauteur, les ectasies des capillaires 
peuvent toutes être ramenées à trois types : ectasies simples, variqueuses 
et ampullaires. 

L'ectasie simple consiste dans une dilatation uniforme. La variqueose 
est déterminée par une dilatation et élongation telles, que le vaisseau de- 
vient serpentin. L'ampullaire comprend les dilatatioiis circonscrites uni- 
latérales ou -fusiformes. 

Galliet, faisant observer que les ectasies caverneuses sont des ectasies 
variqueuses ou ampullaires parvenues à leur dernière limite, les rejette 
comme espèce distincte. Il n'admet pas non plus les ectasies disséquantes, 
puisqu'elles seraient constituées par une accumulation de sang sous h 
tunique adventive des petits vaisseaux, et que cette tunique n'existe pas 
pour les capillaires vrais. Mais depuis les recherches de Ch. Robin sur b 
gaine lymphatique des capillaires du cerveau, nous savons que ces ectasies 
disséquantes, qui, du reste, n'ont été observées que dans les centres ner- 
veux, sont dues à la rupture de la membrane vasculaire; lesangser^Mnd 
alors dans la gaine lymphatique et distend la roemhrane qui la forme. 
Dans ce cas, il n'y a pas dilatation, mais bien rupture du capillaire ; l'ex- 
pression d'ectasie disséquante ne saurait donc convenir. 

L'ectasie des capillaires se traduit à l'oeil nu par de la rougeur soos 
forme de plaque ou d'aii)orisation ; elle est quelquefois açsea prononcée 



Digitized by VjOOQIC 



CAPILLAIRES (vAissBàUx). — DiLàTATiow. 287 

pour que les tissus, dans lesquelles elle se rencontre, soient parsemés de 
points rouges de la grosseur d'une tête d'épingle. Cette rougeur persiste 
après la mort, car le sang qui a été accumulé sous rinfluence de Thy- 
perémie s'échappe difUcilement des parties dilatées, surtout quand Tec- 
tasie est partielle, fusiforme ou ampullaire. 

Mais pour constater ces dilatations d'une manière positive, il faut avoir 
recours à Texamen microscopique. Cet examen sera facile dans les centres 
nerveux, la rate et dans les tis&us pathologiques d'une consistance ana- 
logue, parce qu'il sera alors possible d'isoler les vaisseaux affectés. On 
constatera aisément aussi de pareilles dilatations sur des membranes 
transparentes, car il suffira de les étaler sur une plaque de verre. Il faudra 
seulement éviter d'ajouter de Teau à la préparation, parce que ce liquide 
dissout les globules rouges et enlève ainsi l'avantage de l'injection natu- 
relle. On pourra substituer à l'eau des solutions d'albumine et de chlorure 
de sodium, connues des micrographes sous le nom de liquides neutres. 

Dans certains cas, les dilatations des capillaires ont été reconnues à 
l'aide d'injections colorées (Thiersch), mais ce procédé a été rarement 
mis en usage. 

Dans le cerveau et les méninges, les dilatations des capillaires sont com- 
munes; leur histoire se trouve confondue dans le ramollissement cérébral 
et l'encéphalite. Ces dilatations sont rarement primitives ; le plus souvent 
elles surviennent à la suite d'une transformation graisseuse des capillaires. 
Dans le plus grand nombre des cas, la membrane vasculaire arrive à se 
rompre sous l'influence de la force qui Ta distendue, et le sang pénètre 
dans la gaine lymphatique, s'y accumule, la dilate et produit alors les 
prétendues ectasies disséquantes des capillaires. Cette altération, commune 
dans les foyers apoplectiques et de ramollissement, se montre avec des for- 
mes très-variées. Tantôt la dilatation est régulière, le plus souvent elle est 
ampullaire, et dans certains cas elle est assez considérable pour que la pe* 
tite ampoule ainsi produite atteigne la dimension de 1 ou 2 millimètres. 
Une rupture de cette seconde enveloppe peut encore se produire et déter- 
miner alors une hémorrhagie interstitielle (Pe8taIozzi,Yirchow,Laborde). 
Dans les méninges, on rencontre des ectasies des capillaires à la suite des 
congestions intenses et des inflammations (encéphalopathies rhumatis- 
males, méningites simples, tuberculeuses et rhumatismales). 

Ces dilatations, observées d'abord par Lebert, sont régulières, fusifor- 
mes et quelquefois ampuUaires. Le même observateur a constaté des ecta- 
sies semblables dans les franges synoviales des articulations atteintes do 
rhumatisme aigu ; nous avons eu bien des fois l'occasion d'étudier ces 
diverses altérations. 

Les muqueuses atteintes d'affections catarrhales de longue durée, pré- 
sentent aussi des dilatations des capillaires et des petits vaisseaux. On a 
noté de pareilles ectasies dans presque tous les organes ayant été le siège 
d'une phlegmasie prolongée, de telle sorte que l'hyperémie inflammatoire 
intense ou de longue durée parait se traduire d'une façon à peu près 
constante par la dilatation des capillaires. . . 



Digitized by VjOOQIC 



288 CAPILLAIRES (vaisseaux). — dilatation. 

Mais ce n'est pas seulement dans les tissus enflammés que cette dilata- 
tion a été rencontrée. La plupart des tumeurs molles sont sillonnées par 
des vaisseaux dont quelques-uns sont le siège d'ectasies plus ou moins 
considérables. De toutes les espèces de tumeurs, le sarcome (tumeurs fibro- 
plastiques), est peut-être celle qui présente le plus souvent des ectasies 
des capillaires. Nous pensons même que dans certains cas, la paroi des 
capillaires participe à la néoformation; le sang creuse alors dans lamai^e 
morbide des cavités plus ou moins considérables, qui se tronyent en rap- 
port avec la circulation. Aussi, les ponctions exploratrices pratiquées daœ 
ces sortes de tumeurs donnent-elles souvent des quantités notables de 
sang. Dans quelques formes de sarcome, l'ectasie porte sur presque tous 
les capillaires, et Télément vasculaire devient prédominant; entre 1^ 
vaisseaux dilatés ou les lacunes anfractueuses qui les représentent, existe 
une faible quantité du tissu morbide. Dans ces cas, on pourrait croire 
avoir affaire à une tumeur érectile vraie, alors qu'il n'en est rien. La 
marche de ces sarcomes télangiectasiques est habituellement rapide, 
tandis que les tumeurs érectiles sont fixes ou ont une évolution beaucoup 
plus lente. Lebert décrit dans son ouvrage d'anatomie pathologique qud- 
ques tumeurs de ce genre. L. Labbé a présenté à la Société anatomique 
une production analogue développée, dans l'extrémité supérieure du tibia. 
Du reste, les ectasies des capillaires dans les sarcomes ont été décrites 
par un grand nombre d'anatomo-pathologistes (Galliet, Paget, Roki- 
tansky, Schrôder van der Kolk, Fôrster, etc.).- Ce dernier a en outre 
figuré des ectasies des capillaires, dans un prétendu sarcome de la dure- 
mère, mais en réalité dans une de ces tumeurs constituées par des cel- 
lules épithéliales semblables à celles qui forment la tunique interne des 
petits vaisseaux, ou à celles qui constituent la membranes des capillaires. 
Dans cette espèce de tumeur, décrite pour la première fois par Ch. Ro- 
bin, et à laquelle Virchow donne le nom de glyome, à cause de sa con- 
sistance spéciale, les petits vaisseaux présentent constamment des dila- 
tations telles que les indique Fôrster, d'autant plus faciles a constater, 
qu'il suffit d'une légère dilacération pour isoler les capillaires. Dans les 
carcinomes mous (encéphaloïde), surtout dans la variété villeuse, les ec- 
tasies des capillaires sont constantes et revêtent toutes les formes décri- 
tes précédemment. Quand les vaisseaux dilatés prédominent on donne à 
la tumeur le nom de carcinome télangiectode. 

Dans les tumeurs érectiles {voy. ce mot) proprement dites (angiome), 
la néoformation et l'ectasie portent quelquefois uniquement sur les plus 
petits vaisseaux, ce qui constitue une des variétés de ces tumeurs. 

Maintenant que nous connaissons les principaux cas dans lesquels l'ec- 
tasie des capillaires a été constatée, il nous reste à étudier la cause pro- 
chaine de ces dilatations. Tous les auteurs qui se sont occupés de cette 
question reconnaissent que la pression excentrique du sang, accrue par 
Uhypérémie inflammatoire, joue un jcertain rôle dans la dilatation des 
capillaires, mais la plupart font intervenir d'autres causes dont Tinipoi^ 
tance devient prédominante. Ainsi pour Harting, Schrôder van der Kolk, 



Digitized by VjOOQIC 



CAPILLAIRES (vaisseaux). — ruptdres. 289 

Kuss et Paget, rinRammation déterminerait une diminution dans la con- 
sistance des membranes des capillaires, et celles-ci pourraient seulement 
alors subir une distension permanente sous Tinfluencc de la tension san- 
guine. Quekett et Lebert, se fondant sur ce que dans les tissus ennammés 
on observe des capillaires de nouvelle formation, pensent que la dilatation, 
qu'on remarque dans ce cas, ne serait qu'une première phase de la néo- 
formation. Virchow, s'appuyant sur le rapport entre la durée de l'hypé- 
rémie et la dilatation des vaisseaux, constatant d^autre part Texistencc de 
pareille dilatation dans des productions pathologiques molles, survenues 
en dehors de tout mouvement phlegmasique, a de la tendance à faire 
jouer le principal rôle à la tension sanguine. 

Il est probable que dans la majorité des cas, les différentes causes in- 
voquées par ces auteurs concourent à produire la dilatation des capillaires. 
On sait, par exemple, que dans le processus inflammatoire, la tension 
sanguine est augmentée, que Thyperémie est accompagnée ou suivie de 
près d'une exsudation à travers la membrane des capillaires, et que cette 
exsudation détermine une diminution notable dans la consistance des tissus. 
Il se peut aussi, surtout dans les phlegmasies chroniques, que l'élargisse- 
ment des capillaires précède la néoformation de branches vasculaires ; mais 
pour démontrer que la tendance à la néoformation détermine Télargisse- 
ment du capillaiire, il faudrait constater un plus grand nombre de noyaux 
sur la membrane de celui-ci. Cette constatation n'a pas été faite dans ce 
• cas, mais elle est facile dans celui de tumeur molle, quand les capillaires 
y sont considérablement dilatés et facilement isolables; les renflements 
qu'ils présentent alors sont quelquefois surchargés de noyaux. 

Les modifications ultérieures qui surviennent dans les capillaires dila- 
tés, n'ont été suivies que dans un petit nombre de circonstances. Quand 
Fectasie est ampullaire et sacciforme, il peut arriver que le sang se coa- 
gule dans la portion dilatée et subisse les altérations qu'on observe en 
pareil cas ; les globules rouges se dissolvent d'abord, et ensuite se dé- 
composent en donnant de l'hématoïdinc sous forme de granulations ou 
cristaux, et des granulations graisseuses. La membrane du capillaire subit 
alors la transformation graisseuse, comme nous le verrons plus loin. 

Kaptures. — La division des capillaires par une incision pratiquée 
dans des tissus vasculaires détermine habituellement une .très -légère 
hémorrhagie en nappe, et celle-ci s'arrête bientôt, grâce à la contraction 
des petites artères afférentes, déterminée par l'irritation mécanique. Dans 
certains cas, heureusement très-rares, cette hémorrhagie prend une pro- 
portion alarmante {voy. Hémorrhagie). Dans les contusions, l'ecchymose 
qui survient' est due à la rupture des capillaires et à Tépanchement de 
sang {voy, les mots Contusion et EccnYMosE). 

La rupture des capillaires se produit aussi en dehors de toute action 
traumatique, et les causes qui la déterminent peuvent être alors très- 
Tariées. Les unes semblent être générales, purpura simplex et hémorrha- 
gicn, scorbut, cachexies, divers empoisonnements, hémorrhaphylie, etc. 
Dans ces divers cas on n'a trouvé dans les capillaires aucune altération 

ÎIOCT. DICT. MÉO. ET CHIR. VI. — 19 



Digitized by VjOOQIC 



290 CAPILLAIRES (vaisbeaux). — rétrécissements et oBLiTÉRÀnoKS - 

histologique précédant la rupture, et Ton ne saurait faire intenreoir non 
plus une tension plus considérable du sang dans les vaisseaux. 

D'autres causes de rupture spontanée des capillaires ont pu être saisies. 
Ces causes sont un accroissement de tension dans le système circulatoire 
général ou partiel, ou des altérations appréciables des vaisseaux capil- 
laires. 

La dilatation des vaisseaux capillaires précède quelquefois kor 
rupture et constitue une cause importante d'hémorrhagie, conune Galliet 
Ta démontré. La transformation graisseuse de la membrane des peCit» 
vaisseaux, en diminuant sa consistance détermine quelqueiois lev 
rupture; ainsi qu'on Tobserve dans le cerveau et dans le rein Brigthique^ 
à la dernière période de Talbuminurie. 

On ne peut reconnaître à Texamen direct qu'un capillaire a été romps. 
Celte constatation est complètement impossible à Taide des procédés mis 
en usage jusqu'à ce jour pour Tétude des petits vaisseaux; de telle sorte 
que ceux qui soutiennent encore la possibilité des hémorrhagies par trau- 
sudation pourraient appeler à leur aide ce défaut de robservation. Mais 
il ne serait pas difficile de leur répondre en leur faisant remarquer que 
le système circulatoire est complètement clos et qu'un globule rouge ne 
peut s'en échapper, s'il ne trouve une ouverture pratiquée dans les mem- 
branes qui forment les gros ou les petits vaisseaux. 

Bétrf^lsseineiits et oblltératloiis. — Certains produits patho- 
logiques se développant autour des capillaires peuvent en les comprimant 
diminuer leur calibre; la membrane du capillaire est quelquefois envahie 
par la transformation graisseuse et la dégénérescence amyloîde, et par 
leur accumulation ces substances rétrécissent la lumière du vaisseau. 

Ces rétrécissements déterminent souvent l'oblitération, soit que ratréaie 
se complète, soit que le sang se coagule dans les points où la circulatioo 
est ralentie ou interrompue. On conçoit en effet que l'atrésie d'un capil- 
laire doive déterminer une stagnation d'abord, puis une coagulation da 
sang eu deçà et au delà du point rétréci. Mais l'oblitération des capiL 
laires n'est pas toujours la suite de rétrécissement, car des capillaires 
d'abord dilatés peuvent être oblitérés à la suite d'une coagulation du sang 
qu'ils contiennent; cette coagulation est la conséquence du ralentissement 
de la circulation dans les portions qui ont subi Pectasie ampuUaire. 
L'oblitération des capillaires s'observe encore dans les embolies, qu'elles 
soient artérielles, capillaires ou veineuses, et dans les thromboses; le 
sang, stagnant alors dans les réseaux correspondant au tronc vasculaire 
oblitéré, se coagule. 

Enfin l'oblitération des capillaires se produit quand on les met es 
rapport avec des substances qui ont une action coagulante sur le sang 
qui les remplit, comme le perchlorure de fer, l'acide chromique, le 
chlorure de zinc, etc. C'est à cette propriété que ces substances doivent 
leur action hémostatique; il est probable aussi que les eschares, déter* 
minées par leur application, soient en partie le résultat de l'oblitératioD 
des vaisseaux. 



Digitized by VjOOQIC 



CâHLLâIRES (vabseaux). — tbansporsatiom cba^isseose. 391 

La coagulation du sang dans les capillaires de la muqueuse stomacale 
8*observe, lorsqu'à la suite d'une ulcération de celle-ci les vaisseaux se 
trouvent au contact du suc gastrique. Il faut se garder de prendre le 
coagulum ainsi fermé pour une embolie capillaire, car on Tobserye dans 
des cas d'ulcérations pemphigoïdes, pour lesquelles on ne peut pas faire 
intervenir cette dernière cause. 

Dans le cerveau, la rate, et les tissus ayant une consistance analogue, fl 
est facile d'isoler les capillaires et par suite d'étudier les oblitérations 
qui s'y rencontrent quelquefois. C'est dans ces organes que Virchow a 
constaté l'existence d'embolies yéritablement capillaires, en ce sens que 
des masses emboliques d'une finesse extrême (fragments de caillots, 
débris des valvules du cœur, grains mélaniques), avaient pu arriver 
jusque dans les vaisseaux les plus ténus, où il étaient encore reconnais- 
sablés par leur forme anguleuse ou leurs caractères spéciaux. 

On reconnaîtra encore l'oblitération des capillaires sur des coupes 
\ pratiquées dans des tissus durcis à l'aide de l'acide chromique; cet acide 
i conserve aux globules rouges leur forme caractéristique, de telle sorte 
I qu'un capillaire perméable, examiné après l'action de ce réactif, a sa • 
I lumière remplie de globules reconnaissables, ou complètement vide, s'il ne 
I renfermait pas de sang au moment où l'on a fait macérer la pièce. Si le 
sang contenu dans les capillaires a été coagulé pendant la vie, les globules 
^ rouges, contenus dans le coagulum, ont habituellement subi une disso- 
ciation moléculaire, et Ton trouve alors dans la lumière du vaisseau une 
ji masse homogène, souvent parsemée de fines granulations graisseuses. 11 
arrive quelquefois que des globules blancs se sont rassemblés en grand 
nombre dans le capillaire oblitéré, ils sont alors accumulés le long de la 
paroi du vaisseau. On ne sera pas surpris de ce dernier fait, si l'on con- 
sidère que le ralentissement de la circulation sur un point est en même 
temps cause de coagulation du sang et d'accumulation des globules 
blancs. 

Quand les capillaires ont été oblitérés par coagulation du sang dans 
leur intérieur, le caillot subit ses métamorphoses régressives habituelles. 
De telle sorte que dans le stade ultime de Taltération, un réseau capillaire 
peut être représenté seulement par des traînées de granulations grais- 
seuses ; c'est ce qu'on observe dans les infarctus anciens et dans la 
forme atrophique de la maladie de Bright. 

TraBsroraiatlan ci**><M®aa^ ^^ dëcénërescence amyldde. 
— Les capillaires sont très-sujets à la transformation graisseuse, encore 
serait-on porté à en exagérer la fréquence, si l'on s'en rapportait à ce qui 
s'observe dans les centres nerveux. Chez l'adulte, en effet, on trouve 
constamment des granulations graisseuses disséminées sur les capillaires 
du cerveau. Mais ces granulations contenues dans les gaines lymphatiques 
(Ch. Robin), sont simplement des parties constituantes de la lymphe qui 
circule dans cette région. Dans le ramollissement cérébral (Prévost et 
Cotard), on observe une exagération de cet état, et des amas considé- 
rables de granulations graisseuses enveloppent les capillaires, sans leur 



r 



Digitized by VjOOQIC 



29i CAPILLAIRES (vaisseaux). — transformatioii graisseosb. 

adhérer. Il ue s'agit pas là d'une transformation graisseuse des capillaires, 
mais simplement d'une accumulation de granulations graisseuses i leur 
périphérie, liée à une altération spéciale de la lymphe. Nous rapproehe- 
rons de cette accumulation de granulations graisseuses autour des capillai- 
res, la présence de pareilles granulations dans le calibre des petits vai^ 
seaux, résultant de la décomposition des caillots formés à leur intérieor. 
Quand ces deux espèces d'altérations sont très-avancées, il est souvent 
difficile de les distinguer de simples transformations graisseuses des et- 
pillaires ; et la preuve en est que la confusion a été laite jusque dans ces 
derniers temps. On pourra néanmoins faire cette distinction, car, dau 
Taccumulation périphérique, la masse de granulations est mobile sir 
le vaisseau ; dans Toblitération par caillot dégénéré eu graisse, on voit, 
sur les coupes perpendiculaires à la direction des vaisseaux, la luroièn 
de ceux-ci occupée par une masse centrale; dans la transformation grais- 
seuse simple des capillaires,il est rare que la quantité des granulations soil 
assez grande pour masquer complètement la structure du vaisseau et 
généralement dans quelques points voisins des plus altérés, on relrourt 
, la membrane et ses noyaux avec quelques granulations rassemblées as- 
tour de ces derniers. En effet, la transformation graisseuse vraie des 
capillaires commence presque toujours au voisinage des noyaux, et gagne 
peu à peu toute retendue de leur membrane. 

Ajoutons que souvent la transformation graisseuse vraie de la mes- 
brane des capillaires accompagne Taccumulation de granulations grais- 
iscuses à leur surface ou leur oblitération par un coagulum granuleux. 

La transformation graisseuse des capillaires se montre à la période 
régressive du processus inflammatoire, elle est surtout commune et joue 
un rôle considérable dans les phlegmasies chroniques (voy. les mois 

ËNCÉPHAUTES, RAMOLLISSEMENT CÉRÉBRAL, AlGOOLISIIE, AlNUHTIURIE) . Lorsque 

des tumeurs de n'importe quelle nature arrivent à la transformation grais- 
seuse, les capillaires qu'elles contiennent subissent la même altératioa. 
La dégénérescence graisseuse des capillaires accompagne quelquefob 
Tathérome artériel, non-seulement dans le cerveau, mais encore dans 
d'autres organes, le poumon par exemple (Dittrich). Dans les infarctus 
(voy. ce mot), la dégénérescence graisseuse des capillaires survieot 
constamment; on l'observe encore dans les parties mortifiées par gan- 
grène. 

Les conséquences de la transformation graisseuse des capillaires, sout 
souvent très-graves. Le dépôt des granulations dans l'intérieur de li 
membrane de vaisseaux aussi ténus, diminue considérablement leur ca- 
libre, et si un grand nombre de vaisseaux sont en même temps ennbis 
dans un organe, le rein, par exemple, il peut en résulter des troubles 
dans la circulation locale et générale (Traube), assez importants pour 
amener une hypertrophie du cœur gauche. En outre, à la suite de cette 
transformation, la tunique des capillaires perd de sa consistance, se laisse 
distendre ou rompre suivant le cas. De telle* sorte que la transformation 
graisseuse des capillaires, est une cause puissante d'hémorrhagie, SD^ 



Digitized by VjOOQIC 



CÂPILLÂlRiiiS (vaisseaux). — néoformation. 293 

tout s'il ne survient pas une coagulation du sang dans rinlérieur des 
vaisseaux malades, ou si celte coagulation n'a pas précédé la transfor- 
mation graisseuse, comme dans les infarctus. Quand un capillaire ainsi 
dégénéré. séjourne au sein de l'organisme, il se désorganise peu à peu, 
et les matériaux de cette désorganisation sont repris par la circulation. 

Il arrive aussi que les vaisseaux capillaires dégénérés en graisse su- 
bissent la transformation calcaire, mais cette altération est beaucoup plus 
rare pour ceux-ci que pour les artères. 

La dégénérescence amyloide des vaisseaux ne commence jamais par les 
capillaires vrais (Virchow;; les artérioles sont les premières aftectées, et 
c'est dans les cellules musculaires qui constituent leur tunicpie moyenne 
que se fait le premier dépôt de la substance amyloïde. Â un stade plus 
avancé de Taltération, les capillaires sont envahis à leur tour, leur mem- 
brane devient épaisse et homogène, on n'y distingue plus de noyaux. 
Cette altération détermine une friabilité plus grande de cette membrane, 
ce qui explique les hémorrhagies qui surviennent au début du processus 
(Jaccoud). (Voy, le mot Amylou)e). 

ivéofaraiatloo. — La formation de nouveaux capillaires au sein de 
Torganisme est établie par de nombreuses observations. Les plus sail- 
lantes sont celles de Natalis Guillot sur l'établissement d'un résau anasto- 
motique, entre les vaisseaux pulmonaires et les intercostaux, à la suite 
de cavernes tuberculeuses superficielles ; celles d'OUier et de Bert sur les 
communications vasculaires qui se constituent entre l'organisme et des 
tissus greffés. On sait aujourd'hui que presque toutes les néoformations 
simples ou hétéroplastiques s'accompagnent de la formation de capillaires 
nouveaux. Les néoplasies inflammatoires sont éminemment favorables à 
la production de nouvelles branches vasculaires, ainsi qu'on l'observe 
dans les bourgeons charnus, les néomembranes et les adhérences. 

Les tumeurs contiennent aussi des capillaires, nouvellement formés, en 
quantité plus ou moins considérable. Les angiomes ou tumeurs érectiles 
sont constituées presque en totalité par des branches vasculaires des trois 
ordres. 

Un petit nombre de néoplasies semblent se produire sans qu'il se forme 
pour les nourrir de nouveaux capillaires ; dans ce cas, ce sont les granu- 
lations tuberculeuses (Fôrster, Yillemin, Cornil), elles étouffent même les 
rameaux sanguins, autour desquels elles se sont formées. Ainsi s'expli- 
quent le petit développement qu'elles prennent et leur courte durée. 

Le mode suivant lequel se forment et se développent les nouveaux 
vaisseaux capillaires, est un des points les plus obscurs, et par suite des 
plus discutés. Les uns (Cruveilher, Kaltembrunner, etc.) veulent que 
les branches nouvelles s'établissent de toute pièce en dehors de l'action 
des vaisseaux préexistants; pour les autres — ce sont les plus nombreux 
et ceux dont les recherches sont les plus récentes (Lebert, Quekett, 
Fôrster, Rokitansky, Galliet) — les vaisseaux nouveaux dériveraient des 
anciens. Cette manière de voir, fondée sur des observations minutieuses, 
paraît la seule admissible aujourd'hui. 



Digitized by VjOOQIC 



294 CAPILLAIRES (vais^adx). — bibuograoiiie. 

Mais la formation des branches nouvelles ne semble pas se faire too- 
jours suivant le même lypc. 

Le plus souvent (Paget, Fôrster), surtout dans les processus inOam. 
matoires et dans les tumeurs, la néoformation est amenée par des dilata- 
tions, des sortes de bourgeons creux des capillaires anciens. Ces bour- 
geons arrivent au contact d'autres bourgeons; des ouvertures s établissent 
entre eux, et ainsi se constituent de nouveaux réseaux. Suivant Fôrster^ 
quelques-uns de ces bourgeons portent à leur sommet un filament creoi, 
délié, qui aboutit à une cellule plasmatique de leur voisinage. Diaprés 
Rokitansky, les vaisseaux qu'on rencontre dans les néomembranes des 
séreuses naissent, par de longs bourgeons en forme de massue, déTelop- 
péssur les capillaires primitifs de la membrane séreuse. 

Il peut encore se former des capillaires nouveaux, d'après le type 
physiologique décrit par Kôlliker ; des réseaux de cellules plasmatiqws 
(Mayer) entrent en communication avec des capillaires, au moyen de 
prolongements en pointe, tels que nous venons de les indiquer. Les 
canaux plasmatiques s'élargissent progressivement, les globules sanguins 
ypénètrent et un nouveau réseau capillaire prend ainsi naissance. 

D'après Fôrster et Frey, des capillaires pourraient encore se dévelop- 
per dans des productions pathologiques, aux dépens de cellules em- 
bryonnaires, disposées en rangée; le sang pénétrerait entre celles-ci, qui 
se souderaient alors pour former un canal. 

Enfin, pour être complet, signalons une opinion assez singulière de 
Rokitansky, d'après laquelle des cellules superposées et se touchant Ter- 
raient se détruire les cloisons cellulaires qui les séparent et fourniraient 
alors par leur réunion un canal complet. 

Le sang qui occupe les nouveaux réseaux capillaires, au moment de leur 
formation, peut-il s'être constitué dans leur intérieur comme Billroth le 
soutient? Tous les auteurs que nous avons cités précédemment assurent 
n'avoir jamais observé ce fait, et ils pensent que le sang contenu dans le 
nouveau réseau y est arrivé au moment où il a été mis en rapport avec le 
système vasculaire. 



Malpighi, De pulmonibus epislola II, opéra oronia. 1661. 

Leedwetihoek, Lelter concerning Ihe Grculalion of Ihe Blood in Tapoles {Phihs. îreauxi., 

1700, t. XXII). 
SPALUHZAin, Dei fenomeni délia Gircalazione. Modena, 1777. 
Kalteitorohner, Recherches expérimentales sur la circulation du sang [Journal des prûffrèt da 

sciences et des instituiims médicales, 1828, t. IX). 
'WnfDiscmiAKN, Auris in aropbibiis structura. Lipsias, 1831. 
PoisEoiLLE, Recherches sur la circulation capillaire [Journal universel et hebdomadaire de a^ 

decine, 1833, t. XII). — Recherches sui les causes du mouvement du sang dans les wssan 

capillaires [Mémoires de P Académie des sciences [savants étrangers], 1835). 
ScHWANN, Eneyclop. Wârterbuch der med. Wissenschafien. Berlin, 1856. 
ScBULTz (G. H.), Das System der Circulatim. StuUgart, 1836. 
Berres, Ânatomie der Mikroskopischen Gebilde. Vienne, 1837, in-folio. 
GuiLLOT (Nat.), Formation des anastomoses des vaisseauz des cavernes avec les artères inl«wf- 

tales (Journal F Expérience, Paris, 1838, t. I, p. 550). 
Glcge, Quelques observations sur la couche (liquide) inerte des vaif seaux capillaires [Annales ^f* 

sciences naturelles, 2* série. 1839, t. XI). 



Digitized by VjOOQIC 



CARBONATES. — amiiE GéNénALE.' 295 

De Lespciasse (A. F. H.], Spec. anat. palb. de Tasis novis pseudo-membrananim tam art. qoam 

yen,, quam lymph. Traj. ad Rben., 1842. 
Hbrle, Anat. générale, trad. Jourdan [Encyclopédie anatomiq, Paris, 1843, t. II). 
Hassi et KdLLiiEB, Zeituhrift fur rationnelle Medizin, 1846, Band TI, p. 1. 
Bruch,/M., BandY, p. 71. 
K5LLIIUI, Zeitêchrift fir wistensch. Zoologie, 1849. 
PnrAumi, Diss. Aneurysmala spuria. W'Qrzburg, 1849. 

MCllbb (J.)> Physiologie, traduit de Tallemaud par A. J. L. Jourdan. Paris, 1851, 2* édit. 
Whaatoh Jones, On llie study of tbe Blood aod Blood-Vessels in Inflammation (Guy's HospilOê 

Reports, 1851. t. TU). 
Segottd (L. a.). Système capillaire sanguin (Thèse de concours pour Tagrégation. Paris. 1855). 
YiRoiowv tber die Erweiterung kleinerer Gefôsse [Archiv fiir pathologische Ânatonde, 1851, 

p. 443, table 4). 
AuiEBs, Froriepi Tagsberichte. Psychiatrie, I, p. 1. 
EcKXR (E. H.). Sur le système capillaire du cerveau. Utrecht, 1853. 
MifiR (Jos.), Ober die Neubildung Ton Blutgcfissen in plast. Exsudaten seroser Hembr. und in 

Hautwunden [Annalen der Berl. aiarité. Beriin, 1853, lY). 
Galuet, Recherches sur les lésions anévrysmaliques des vaisseaux capillaires (Thèse de doctorat. 

Paris, 1853). 
RoBnc (Cb.), Capotes rendus et Mémoires de la Société de biologie, 1855. — Mémoire sur 

Taltération des vaisseaux capillaires qui est une des causes de leur rupture dans l'apoplexie 

(Bulletin de V Académie de médecine, 1856, p. 748).— Structure des capillaires de l'encé- 
phale (Joum. de physiologie de Brown-Séquard. Paris, 1859, t. II). 
HoosBBBB, Ueber das patbol. Yerhalten der Himger&sse. WQrzburg, 1855. 
YiEBORDT, Die Wahrnehmung des Blullaufs in der Netzhaut des eigenen Auges (Archiv fUr phy- 

siologische Heilkunde, 1856). — Die Erscheinungen und Gesetze der Stromgescliwindig- 

ketten des Blutes nach Yersuchen. Frankfurt, 1858. 
YVaorxr (R.), Ueber eine neue Melhode der Beobachtung des Kreblaufs des Blutes und der Fort- 

bewegung des Chylus bei warmblûtigen ^'irbelthieren [Sachriehten von der Georg August Goi- 

tinger Unitfersitât, 1856). 
Bem!iab]> (Cl.), Leçona sur la physiologie et la pathologie du système nerveux. Paris, 1858, t. H. 
3I1LXE Edwards, Leçons sur STphysiologie comparée de Thomme et des animaux. Paris, 1858, t. III. 
Rbicbert, Beobachtungen ûber die ersten Blntgefâsse und dercn Bildung sowic ûber die Bcwe- 

^:ung des Blutes in denselben bei Fiscbembryonen (Studien des physiologischen Institut zu 

Breilau. Leipzig, 1858). 
SocQDET, De la circulalion du sang dans les membres et dans la tête chei l'homme. Paris, 1860. 
KôixnER, Handbuch der Geweblehre, ,3* édit. 
Ja»!!, Leçon sur lea lois d'équilibre et des mouvenienta des liquides, etc. {Société chimique, 

Paris, 1862). 
BnxROTH (Th.), Archiv fur Heilkunde. \%Ù% Band III. p. 47. 
J. Mabet, Physiologie médicale de la circulation du sang. Paris, 1863. 
FÔB9TBB, Handbuch der patb. Anatomie. 3 Livr., 2* édit. 1865. 
Fbet (H.), Das Hikroskop. Leipzig, 1865. 

Bebt (P.), Recherches expérimentales pour servir à l'histoire de la vitalité propre des tissus ani- 
maux. Paris, 1865, in-4*. 
CHROKSttiEwsKT, Ueber die feinere Structur der Blutcapillaren [ArcMv fir pathalog. Anat, von 

R. Yirchow, januar 1866, p. 169). 

L. Ranvier. 

CABBUltfATES. — Chimie générale. — Les carbonates consti- 
tuent un genre de sels formés par l'union de Tacide carbonique avec les 
bases salifiables. Leur caractère essentiel est de faire effervescence avec 
les acides, en dégageant un gaz incolore qui rougit le tournesol, préci- 
pite Teau de chaux et éteint les corps en ignition. 

C'est à Black que Ton doit les premières notions sur les carbonates, 

que Ton confondiait ayant lui ayee les alcalis ou les terres alcalines. C'est 

lai qui, en 1756, montra que l'acide carbonique pouYait dulciGer les 

alcalis, les faire cristalliser et leur donner la propriété de faire efferyes- 

<^ence ayec les acides. Depuis lors, un grand nombre de chimistes se sont 



Digitized by VjOOQIC 



296 CARBONATES. — chimie gékérale. 

occupés de ce genre de sels, et leurs travaux successifs ont tellement per- 
fectiouné Pctat de nos connaissances sur ce point, que Thistoire des car- 
bonates laisse aujourd'hui beaucoup moins de lacunes que cejles des 
autres genres. 

La plupart des carbonates existent dans la nature et forment même 
une partie importante des couches et de la solidité du globe. Ceux que k 
nature offre purs, peuvent servir directement aux usages médicaux; 
mais il en est d'autres, et c'est le plus grand nombre, que Tari prépare 
lui-même, soit en unissant directement l'acide carbonique avec les bases 
salifiablcs, soit en traitant par un carbonate alcalin la dissolution de 
l'oxyde que l'on veut changer en carbonate. Ce dernier procédé est le 
plus général, en ce qu'il s'applique à tous les carbonates terreux et mé- 
talliques qui, en raison de leur insolubilité, se prêtent très-bien à la loi 
des doubles décompositions, établie par Berthollet. 

Les propriétés physiques des carbonates sont peu propres à les carac- 
tériser. Leur saveur est quelquefois alcaline et urineuse ; mais elle est 
alors assez faible pour pouvoir être supportée. Tous sont susceptibles de 
prendre des formes polyédriques régulières, sinon par nos moyens 
artificiels, au moins par les procédés dont la nature dispose. Quelqufê- 
uns sont d'une dureté extrême, d'autres sont friables, ou même sans ag- 
grégation. 

La lumière paraît sans action sur les carbonates ; mais, en traversant 
la plupart d'entre eux, elle éprouve une modification importante par 
suite de laquelle elle se trouve partagée en deux faisceaux lumineux. Ce 
phénomène de double réfraction est surtout marqué dans le spath dis- 
lande (carbonate de chaux rhombocdrique) , et il paraît tenir à la Corme 
cristalline du minéral. Car le même carbonate, formé des mêmes élé- 
ments, réunis en même proportion, ne donne plus lieu à la double ré- 
fraction quand il cristallise dans un autre système (arragonite). 

La chaleur décompose tous les carbonates, à l'exception de ceux de 
potasse, de soude et de lithine. Ces derniers sont eux-mêmes décomposés 
si, à l'action d'une haute température, on ajoute celle d'un courant de 
vapeur d'eau. En général, la décomposition se fait de manière que lacide 
carbonique est dégagé à l'état de gaz, et que Toxyde est mis en liberté. 

L'air n'agit sur les carbonates par aucun de ses éléments, si ce n'est 
par la vapeur d'eau qu'il renferme. Suivant son état hygrométrique, il 
produit l'efHorescence dans les uns (carbonate de soude cristallisé), etU 
déliquescence dans les autres (carbonate de potasse). 

Tous les^arbonates sont insolubles dans l'eau, à l'exception des car- 
bonates de potasse, de soude, d'ammoniaque et de lithine. Plusieurs se 
dissolvent à la fiiveur d'un excès d'acide carbonique, ce sont particuliè- 
rement les carbonates de chaux, de magnésie, de fer. Cette circonstance 
explique comment on peut rencontrer ces derniers sels en dissolution dans 
les eaux acidulés, et comment ces eaux peuvent former des incrustations 
sur les corps qu'elles baignent. 

Le carbone, à l'aide d'une très-haute température, agit sur les carbo- 



Digitized by VjOOQIC 



Carbonates. — ciimiB généiule. 297 

nates et les décompose tous, même alors qu'ils sont indécomposables par 
la chaleur seule. L'oxygène se dégage à Tétat d'oxyde de carbone. Si l'on 
fait passer de la Tapeur de phosphore sur un carbonate alcalin chauffé 
au rouge, l'acide carbonique est complètement décomposé, et il se dépose 
du charbon qui colore la masse en noir. 

L'action des acides donne lieu au phénomène d'effervescence présenté 
plus haut comme propriété caractéristique et essentielle des carbonates. 
Il est à remarquer toutefois que l'acide carbonique étant soluble dans 
une certaine mesure, l'effervescence peut n'être pas apparente si le 
carbonate se trouve mêlé, à une quantité d'eau assez considérable pour 
maintenir dissous Tacide carbonique dégagé. De même, le dégagement 
d'acide carbonique peut ne pas être manifeste dans le cas d'un carbonate 
alcalin en dissolution, si la quantité d'acide ajouté n'excède pas celle 
qui est nécessaire pour décomposer la moitié du carbonate neutre. C'est 
qu'alors Tacide carbonique, au lieu de se dégager, se porte sur le car- 
bonate non décomposé, pour le changer en bicarbonate. 

L'acide carbonique peut se combiner en plusieurs proportions avec les 
bases, et donner des carbonates neutres, acides ou basiques. 

Les carbonates neutres sont ceux dans lesquels l'acide et la base sont 
combinés à équivalents égaux : leur formule générale estXO,CO'. 

Les carbonates acides^ appelés aussi bicarbonates y renferment deux 
fois plus d'acide pour la même quantité de base. Leur formule générale 
est X0,2C0*. Malgré cette constitution, ils agissent sur les couleurs vé- 
gétales comme de véritables alcalis; ils verdissent le sirop de violettes 
et ramènent au bleu le tournesol rougi par les acides. Les bicarbonates 
alcalins sont moins solubles dans l'eau que les carbonates neutres : ils se 
distinguent d'ailleurs de ces derniers en ce que leur solution ne précipite 
pas à froid les sels de magnésie. 

Quant aux carbonates basiques, ils sont peu nombreux, et leur com- 
position ne peut point se représenter par une formule générale. C'est 
ainsi que le carbonate de magnésie (magnésie anglaise ordinaire), est 
formé de trois équivalents d'acide carbonique, combiné avec quatre équi- 
valents de magnésie et un équivalent d'eau. 

Il est souvent utile de doser l'acide carbonique contenu dans un car- 
bonate, ou même dans un mélange salin : on y parvient très-facilement 
à l'aide d'un petit appareil imaginé par Fresenius et Will. Cet appareil 
se compose de deux petits ballons à fond plat, A et B, de 60*^*^ environ de 
capacité, reliés entre eux par un tube courbé C, et présentant chacun un 
tube droit disposé comme l'indique la figure 77. 

On introduit dans le ballon A un poids déterminé de la combinaison 
solide à analyser, et on y ajoute de l'eau. Le ballon B contient deVacide 
sulfurique concentré. On tare exactement tout l'appareil sur une balance 
de précision, ce qui peut se faire très-bien, le verre étant ordinairement 
très-mince, et le pouls total du système n'excédant pas cent grammes. 
Après s'être assuré que les jointures sont hermétiques, on ferme l'extré- 
mité supérieure du tube b avec une petite boule de cire, et on aspire par 

Digitized by VjOOQIC 



298 CARBONE. — ses composés. — caractères et usages. 

celle du tube d. L'air des deux ballons se trouyant ainsi raréfié, une cer- 
taine quantité diacide suUurique, aa 
moment où on cesse d* aspirer, passe 
de B en Â, et détermine immédiate* 
ment la décomposition du carbonate. 
L'acide carbonique, n'ayant dautre 
issue que celle qui lui est offerte par 
le ballon B, traverse l'acide sulfu- 
rique qui s'y trouve contenu, et t 
dépose l'humidité qu'il entraîne avec 
lui. A mesure que le dégagement se 
ralentit, on fait arriver par aspiration 
une nouvelle quantité diacide sulfo- 
rique, et on continue ainsi jusqu'à 
ce que tout le carbonate soit décom- 
posé. On fait alors passer en A un 

F,c. 77. - Appareil Fresenius et Will pour S^^^^ ^xcès d'acide sulfurique poUf 

le dosage de l'acide carbonique. élever la température du liquide, et, 

après avoir détaché le tampon de 
cire placé en i», on aspire à plusieurs reprises par le tube d. L'aci(k 
carbonique qui restait dans l'appareil est ainsi complètement expulsé et 
remplacé par de Pair. On laisse refroidir l'appareil, puis on le pèse, la 
perte de poids exprime la quantité pondérale d'acide carbonique que ren- 
fermait le sel analysé. 

L'action médicale des carbonates ne saurait être présentée d'une ma- 
nière générale, car, en se combinant aux divers oxydes alcalins, terreux 
ou métalliques, Tacide carbonique n'apporte aucun caractère thérapeu- 
tique propre. Pour les oxydes alcalins, il afTaiblit considérablement leur 
action, les duleifie, suivant Tancienne expression de Black, et lui laisse 
toujours un certain degré d'alcalinité, même alors qu'il intervient dans 
la proportion de deux équivalents pour un seul équivalent de base. C'est 
ce qui rend le bicarbonate de soude si précieux comme médicament in- 
terne, pour modifier les humeurs de l'économie et détruire leur trop 
grande acidité. Quant aux oxydes terreux et métalliques avec lesquels il 
forme des combinaisons insolubles, outre qu'il permet de les présentera 
Festomac sous une forme plus douce et plus acceptable, il offre encore 
l'avantage, par son dégagement au sein de l'économie et par le mouve- 
ment qu'il y produit, de faciliter l'action dissolvante des acides de ïes- 
tomac, et de rendre ainsi l'action du médicament plus prompte et plus 
sûre. Les carbonates de chaux, de magnésie, de manganèse et de fer, 
sont particulièrement dans ce cas (voy. chacun de ces carbonates en 
particulier). Henri Buignet. 

CARBUltfE et «e* campoiiés. — Caractères et usages. — Sous 
le nom de Carbone on désigne une matière simple qui entre comme élé- 
ment dans la composition de toutes les substances végétales et animales, 



Digitized by VjOOQIC 



CARBONE. — SES composés. — dumànt. 



399 



et qui fait également partie d'un très-grand nombre de substances miné- 
rales. C'est certainement un des principes dont la nature a disposé ayec 
le plus de profusion pour former les composés des trois règnes. 

Le carbone ne se rencontre que rarement à Tétat de pureté ou d'isole- 
ment ; mais il s'y présente sous des aspects si variés qu'il serait bien dif- 
ficile de le définir par ses caractères extérieurs. Tantôt il est transparent* 
et incolore, comme dans le diamant ; tantôt il est noir et opaque^^mme 
dans le charbon ; tantôt il est dur et cristallisé ; tantôtil est mou et amorphe. 
Sous telle apparence, il brûle facilement et conduit très-bien la chaleur 
et l'électricité; sous telle autre apparence, il n'est que difficilement com- 
bustible et ne propage les deux agents qu'avec une extrême difficulté. 

Les seuls caractères physiques qu'il présente d'une manière perma- 
nente sont les deux suivants : 1^ il est infusible et fixe aux plus hautes 
températures que nous puissions produire; 2** il est insoluble dans tous 
les liquides connus. A ces deux caractères qui sont invariables il faut 
ajouter, comme appartenant exclusivement au carbone, une propriété 
chimique essentielle : porté à une haute température dans un excès d'air 
ou d'oxygène, il disparait d'une manière complète en produisant un gaz 
doué de la propriété d'éteindre les corps en combustion, de rougir le 
tournesol, et de précipiter Tcau de chaux, gaz qu'il est facile de recon- 
naître comme étant Y acide cat^bonique. 

Les diverses variétés naturelles ou artificielles du carbone sont : le 
diamant, le graphilCj la plombagine, Vanthracite, la houUle^ le coke, le 
noir de fumée y le charbon végétal et le charbon ammal. 

j^Ummaiii. — Le diamant est du carbone pur. Lorsqu'on le chauffe 
dans un excès d'oxygène, non-seulement il y disparait tout entier, mais 
6 décigrammes de ce corps donnent très-exactement 22 décigrammes 
d'acide carbonique, ce qui est l'indice d'une pureté absolue. II est trans- 
parent et cristallisé. 

Les cristaux appartiennent au système régulier. Ils représentent tan- 
tôt des octaèdres (Gg. 78), tantôt des dodécaèdres rhomboïdaux (fig. 79), 
tantôt des solides de forme sphéroïdale (fig. 80), terminés par quarante- 




Fm. 78. — Carbone 
cristallisé en oc- 
taèdre. 



FiG. 79. — Carbone crislal- 
Usé en dodécaèdre rhom- 
buïdal. 



Fie. 80. — Carbone carbo- 
nisé sous forme d'un so- 
lide sphéroîdaU 



Digitized by VjOOQIC 



500 CARBONE. — graphite, plombagine, anthracite, houille. 

huit facettes triangulaires curvilignes, dont six répondent à chacune des 
faces de l'octaèdre. 

Sa densité est 5^ 50. Son indice de réfraction rapporté à la raie D 
est 2° 50. C'est le plus dur de tous les corps connus ; aussi ne peut-on le 
tailler qu'au moyen de sa propre poussière. On le rencontre dans cer- 
tains terrains d'alluvion : ses gisements les plus importants sont au Bré- 
sil, dans les royaumes de Golconde et de Visapour, et dans Tile de Bornéo. 

La double propriété que possède le carbone de ne pouvoir être liquéfié 
ni par le feu ni par les dissolvants, fait que le diamant ne peut être ob- 
tenu par les moyens artificiels. Ce n'est pas que les tentatives aient man- 
qué pour atteindre ce résultat, mais elles sont demeurées jusqu'ici sans 
succès. La fonte de fer peut, il est vrai, dissoudre plus de carbone à 
chaud qu'à froid, en sorte que la portion qu'elle abandonne par refroi- 
dissement affecte, en réalité, certaines formes cristallines. Mais ces 
cristaux sont des lames noires très-brillantes qui n'ont aucune ressem- 
blance avec le diamant. On a donné à ce carbone cristallisé le nom 
de graplilte. 

Plombagine. — Il est une autre variété que la nature nous offre à 
l'état cristallisé, et qui diffère aussi du diamant par sa forme et sa couleur, 
c'est ]di plombagine. Elle est en petites paillettes hexaédriques, très-min- 
ces, formant une masse d'un gris métallique que l'ongle raye avec facilité 
et qui laisse des traces d'un gris de plomb sur le papier : c'est avec cette 
matière que l'on fait les crayons de mine de plomb. 

Le charbon métallique ou de cornue est le charbon que l'on trouve dans 
rintérieur des cornues qui ont servi à la fabrication du gaz de l'éclairage. 
Il est en masses grisâtres, brillantes, très-dures et très-sonores. Ce n'est 
pas sans raison qu'on l'appelle charbon métallique; car, indépendamment 
de ce qu'il est dur, compact et pesant comme les métaux, il possède, au 
même degré qu'eux, la propriété de conduire la chaleur et l'électricité. 
Du reste, le graphite et la plombagine, quoique très-délitables, jouissent 
également de ce caractère, puisqu'il suffit, comme on sait, de recouvrir 
de plombagine les moules en plâtre et en stéarine que l'on forme dans les 
opérations de la galvanoplastie, pour donner à leur surface la propriété 
de conduire le fluide de la pile et de provoquer les dépôts métalliques 
que ces opérations ont pour but de former. 

Aniiiraeice. — On la trouve le plus souvent au milieu des roches 
schisteuses et arénacées ; c'est du carbone presque pur renfermant a peine 
6à 8 pour 100 de matières étrangères. Elle est en masses noires, très- 
brillantes, et ne brûle, comme les précédentes espèces, qu'avec une très- 
grande difii culte. 

Houille. — Elle provient,sans doute, comme l'anthracite, d'une dé- 
composition particulière des matières ligneuses; elle est de formation 
plus récente, et renferme à poids égal une moindre proportion de carbone. 

L'exploitation des mines de houille est soumise à des conditions hygié- 
niques et à des chances d'accidents ou de mort qui seront l'objet d'un 
article spécial (voy. Mineurs). 



Digitized by VjOOQIC 



CARBONE. — HOUILLE, COKE, MOIE DE POMÉE, CUAnBOR ^-<G£TAL. 301 

11 peut se déclarer des accidents spontanés d'incendie dans les masses 
de houille qui composent rapprovisionneroent des bateaux à sapeur. Le 
feu se déclare souvent dans les soutes à charbon disposées à portée des 
chauffeurs, et fermées, d'un côté, par une des parois de la chaudière, de 
l'autre par la paroi même du navire. On trouve quelquefois des foyers à 
un pied et demi de profondeur dans la masse de la houille. On a paré à 
peu près à ce danger en établissant, entre la paroi de la chaudière et le 
charbon, une cloison de tôle, dans l'intervalle de laquelle Tair pénètre, 
de manière à préserver le charbon de l'action immédiate de la chaleur. 
Les accidents du feu se déclarent le plus souvent après l'extinction des 
feux et l'expulsion de Teau des chaudières. Janvier en donne l'explication 
suivante : La température de la chaudière est une limite que la houille en 
contact avec elle trouve de la difficulté à dépasser; or cet obstacle, à son 
ignition disparaît dès que Teau et la vapeur sont expulsées de l'appareil. 
Ces accidents disparaissent par suite d'une aspersion abondante d'eau de 
mer; Janvier a remarqué encore que les accidents du feu sont d'autant 
plus à craindre que les houilles sont de meilleure qualité. 

c^lce. — En calcinant la houille à l'abri du contact de l'air, on ob- 
tient un résidu que l'on désigne sous le nom de coke^ qui est amorphe 
comme les précédents, mais qui diffère considérablement d'aspect, sui- 
vant la nature de la houille d'où il provient. La houille en fournit ainsi en 
inoyende 65 pour 100. Il est dur et d'une combustion difficile. 

En distillant la houille dans des appareils appropriés, on recueille un 
mélange de produits volatils parmi lesquels se trouve Vhuile de houille^ 
appliquée aujourd'hui à divers usages industriels. 

N^r de ftamée. — Certaines substances très-riches en carbone 
n éprouvent, en brûlant à l'air, qu'une combustion incomplète. Elles don- 
nent une flamme rougeàtre, très-fuligineuse, qui dépose du charbon sous 
forme de poussière noire sur les corps qu'on y plonge. C'est ce qu'on 
remarque lorsqu'on place une plaque de verre ou de porcelaine dans la 
partie supérieure de la flamme d'une chandelle. Ce charbon pulvérisé 
porte dans les arts le nom de noir de fumée. On le prépare ordinairement 
en brûlant des résines ou du goudron, et dirigeant les produits de la com- 
bustion dans une pièce appropriée, munie d'un cône en tôle qui sert de 
cheminée pendant l'opération, et de râcloir quand celle-ci est terminée. 
L'intérieur de ce cône et surtout les parois de la chambre se recouvrent 
d'une quantité considérable de noir de fumée que l'on fait tomber sur le 
«ol en descendant le cône mobile. 

Ce noir de fumée ne saurait être considéré comme du charbon pur. Il 
retient toujours une certaine quantité de matière goudronneuse dont on 
le débarrasse en le calcinant en vase clos, et traitant les produits de cette 
calcination par des dissolvants convenablement appropriés. Il est em- 
ployé dans certaines préparations pharmaceutiques ; mais c'est plutôt un 
produit industriel, utilisé notamment pour la fabrication de l'encre de 
Chine et de l'encre d'imprimerie. 

CiuirlMii wététal. — Le charbon végétal est le produit de la calci- 



Digitized by VjOOQIC 



SOS CARBONE. — charbon TÉGéTAL, charbon arimal (usages). 

nation en vase clos des matières organiques végétales. Lorsqu'on soumel 
à une température élevée Tune quelconque de ces substances, Toxygène, 
rhydrogène et une partie du carbone dont elle est formée, se dégagent i 
rétat de combinaisons volatiles, tandis que l'autre partie du carbone reste 
comme résidu, présentant les aspects les plus variés suivant la nature de 
la matière d'où elle dérive. Ainsi le charbon de bois a la forme du bois 
lui-même; il est noir, dépourvu d'éclat et d'une densité variable, suivant 
que le bois était lui-même plus ou moins dense. Le charbon de sucre, an 
contraire, a une forme complètement différente de celle qu'avait le sucre 
avant sa combustion : il est d'un noir très-brillant, extrêmement l^;er, 
et présente l'aspect d'une matière qui a subi la fusion. C'est qu'en eflet 
le sucre a fondu avant de se carboniser et de se détruire. 

On fabrique depuis quelque temps des charbons artificiels connus sous 
des dénominations très-diverses, telles que Boules pyrophUes^ Braise dâr 
unique^ Charbon de Paris. On les obtient en calcinant des mélanges de 
composition très-variable. Le but que se proposent les inventeurs est de 
produire un combustible qui ne donne que peu ou point de fumée appa- 
rente et qui puisse être vendu à bas prix. 

Le charbon de Paris, dont l'emploi est aujourd'hui assez répandu dans 
le commerce, est obtenu en agglomérant à Taide du goudron de gaz les 
poussières et résidus de charbon de bois, de tourbe et de coke, et ea 
soumettant là masse à la carbonisation. Le chaii)on qui en provient est 
moulé, et pesant quoique assez poreux. II s'allume plus difficilement que 
le charbon de bois ordinaire, mais il dure plus longtenlps que lui. 

Les mélanges qui servent à la préparation des charbons artificieb peu- 
vent dégager des gaz nuisibles, lorsqu'ils renferment le nitrate de plomb 
au nombre de leurs éléments, et devenir ainsi une cause d'insalubrité. Il 
peut même y avoir danger d'empoisonnement par ces gaz si l'on brûle 
ces charbons dans des vases qui ne soient pas munis d'un tuyau destiné 
à porter au dehors les produits gazeux de la combustion. 

Le charbon végétal, en brûlant au contact de l'air, peut produire des 
accidents et déterminer l'asphyxie {voy. Asphyxie, t. III, p. 562, iA 
Carbonique (acide), t. VI, p. 325 et 338). 

Gliarbon animal. — On obtient le cliarbon animal en calcinant eo 
vase clos certaines matières organiques animales, et particulièrement des 
os que l'on a préalablement dépouillés de la graisse qui les accompagne 
en les faisant bouillir avec de l'eau. U représente un mélange intime de 
charbon trcs-divisé et de sels terreux. Ce n'est pas un combustible, à pro- 
prement parler, car il ne renferme guère que le dixième de son poids de 
carbone. Mais, en raison même de l'état de division de celui-ci, il pré- 
sente, à certains points de vue, des avantages particuliers qui le rendent 
très-précieux pour les usages économiques ou industriels. 

Parmi les propriétés qui appartiennent au groupe des charbons amor- 
phes, il en est une très-importante par le parti qu'on en tire journelle- 
ment, c'est la propriété i'cifsorption. Elle se manifeste par deux phéno^ 
mènes que l'on peut produire à tout instant et très-facilement, la 



Digitized by VjOOQIC 



CARBONEL — CHARBON animal (usages). 505 

décolorêtian et la désinfection. Si Ton suppose un liquide coloré, du vin 
rouge, de la teinture de tournesol, il suffit de Tagiter quelques minutes 
ayec du charbon pour lui foire perdre complètement sa couleur; de 
même que, si le charbon est agité avec une eau infecte, de Teau de mare 
ou d'égout, par exemple, il absorbe les matières gazeuses ou odorantes 
que cette eau renferme, d'une manière si complète et si parfoite que, 
lorsque celle-ci est filtrée, elle ne présente plus la moindre trace d'in- 
fection. Cette double propriété tient à la porosité du charbon; car, en 
rangeant les différents charbons dans Tordre de leur porosité relative, 
on remarque que cet ordre est exactement celui de leur faculté d'absorp- 
tion. Ainsi le coke, qui est le moins poreux de tous, est aussi le moins 
absorbant, tandis que le charbon animal, que son extrême porosité place 
au sommet de l'échelle, est aussi celui qui occupe le premier rang par 
l'énergie avec laquelle il absorbe les matières colorantes et odorantes. 

On peut prouver par expérience directe que le charbon jouit réelle- 
ment de la propriété d'absorber les gaz. Si l'on prend dans un foyer un 
morceau de charbon incandescent, et si, après Tavoir plongé dans le 
mercure pour l'éteindre à l'abri du contact de l'air, on vient à le faire 
passer dans une cloche contenant un gaz, de l'acide carbonique, par 
exemple, on voit le volume de ce gaz diminuer graduellement et dans un 
très-grand rapport. Pour l'acide carbonique, le volume de gaz absorbé 
repr^nte 35 fois le volume du morceau de charbon que l'on a employé. 
Oo reconnaît, du reste, en répétant l'expérience avec des gaz de nature 
différente, qu'ils ne sont pas tous absorbés avec la même puissance. 
D'après Th. de Saussure, une mesure de charbon de bois absorbe : 



Gaz ammoniac 90 

Gaz chlorbydriqne 85 

kààe salfureux 65 

Acide sulfhydrique 55 

Protoxyde d'azote 40 

Acide carbonique 35 



Hydrogène bicarboné 35.0 

Oxyde de carbone 9.4 

Oxygène 9.0 

Azote 7.5 

Hydrogène 1.75 



Ces nombres semblent indiquer qu'il existe une relation entre l'ab- 
sorption des gaz par le charbon et leur solubilité. 

Il est à remarquer que le gaz qui a été ainsi absorbé, n*a nullement 
changé de nature : il est simplement emmagasiné et condensé dans les 
pores du charbon, de telle sorte qu'on peut l'en dégager soit en chauCEant 
le fragment de charbon, soit en le portant dans le vide. 

Cette condensation des molécules gazeuses qui les place dans la même 
condition que si elles étaient comprimées à un très-grand nombre d'at- 
mosphères, parait très-propre à exalter les actions chimiques. C'est en 
effet ce que l'on observe. Si Ton introduit dans une cloche remplie de 
gaz oxygène un charbon poreux qui a séjourné pendant quelque temps 
dans une atmosphère d'acide sulfhydrique, et qui, par suite, a condensé 
une grande quantité de ce gaz, le charbon s'échauffe, une grande quan- 
tité de soufre se sépare, et il se forme de leau et de l'acide sulfureux. 
Quelquefois la combinaison est tellement subite qu'il se fait une explo- 



Digitized by VjOOQIC 



304 CARBONE. — charbon xiiiiiAL (osages): 

sion. Des phénomènes semblables se manifestent avec d'autres ^iz com- 
bustibles. 

Lorsque le noir animal a servi plusieurs fois à la décoloration et à la 
désinfection des liquides, il n'a plus, à beaucoup près, la même puissance 
d'absorption; maison peut lui rendre ses propriétés primitives en le sou- 
mettant à plusieurs lavages à l'eau et à une nouvelle calcination dans des 
creusets de terre. Cette opération s'appelle la révivification du charbon. 
Quand elle a été pratiquée à plusieurs reprises, et que le noir anintal 
n'est plus jugé propre à ses usages primitifs, on peut l'employer a\ec 
beaucoup d'avantages en agriculture : il constitue alors un engrais très- 
recherché. 

Le pouvoir absorbant du charbon animal ne s'exerce pas seulement sur 
les matières colorantes et les gaz : il peut aller jusqu'à faire disparaître 
du sein de Teau des matières qui y sont réellement dissoutes, des sels 
métalliques, des principes amers, etc. Ainsi, lorsqu'on agite le charbon 
avec une solution d'acétate de plomb, de bichlorure de mercure, d'acé- 
tate ou de sulfate de cuivre, Teau est complètement dépouillée de ces 
sels, que l'on peut ensuite enlever au charbon, sans qu'ils aient' perdu 
aucune de leurs qualités. De même, si Ton soumet à l'action du charbon 
certains liquides médicamenteux, une décoction de quinquina par exem- 
ple, on voit qu elle perd son amertume et qu'elle devient sans action au 
point de vue médical. Ce principe amer n'est pas anéanti cependant : il 
est condensé dans les pores du charbon, et on peut l'en extraire en (ai- 
sant bouillir celui-ci dans un dissolvant approprié. 

Ces faits montrent la possibilité de rendre potable une eau qui, outre 
des substances odorantes et infectes, renfermerait en dissolution une trop 
grande quantité de matières salines. En l'agitant avec du noir animal pen- 
dant un temps suffisant, on parvient à la débarrasser des unes et des autres 
d'une manière assez complète pour en faire une eau de bonne qualité. 

Le charbon qui provient de la calcination des matières végétales ou 
animales, n'est jamais du carbone pur : il contient de l'hydrogène dans 
le premier cas, et de l'azote dans le second. Celui que l'on préfère pour 
l'usage médical est le charbon de bois léger. On l'obtient en introdui- 
sant dans un creuset de terre des fragments de bois blanc, non résineux, 
comblant les intervalles qu'ils laissent entre eux avec de la poudre de 
charbon ordinaire, et élevant ensuite graduellement la température jus- 
qu'au rouge, le creuset étant couvert. Lorsqu'une petite quantité de char- 
bon, étant détachée de la masse comme prise d'essai, ne colore plus la 
solution bouillante de potasse caustique, on cesse l'action du feu, et on 
laisse refroidir le creuset : on en extrait les fragments de bois carbonisé, 
et on les débarrasse, à l'aide d'une brosse légère, de la poussière charbon- 
neuse qui les recouvre. 

Les propriétés désinfectantes et décolorantes du charbon sont mises à 
profit dans une foule de circonstances, et deviennent la source d'appUca- 
tions importantes, non-seulement pour l'industrie, mais pour la toxico- 
logie et l'hygiène. 



Digitized by VjOOQIC 



CARBONE. — cHARBo:« végétal (thérapeutique). 305 

Slenhouse a imaginé une foule d'appareils variés ayant pour objet la 
préservation des vapeurs méphitiques ou la guérison des affections pu- 
trides. Cest dans ce but qu'il a présenté à l'Exposition universelle de 
Paris, en 1855, un respirateur au charbon, sorte de masque en toile 
métallique dont la doublure est remplie de charbon, et à Iravers lequel 
respire exclusivement le malade asthmatique ou l'ouvrier placé dans une 
atmosphère viciée. Le même inventeur a également recommandé l'emploi 
des bandages au charbon, destinés à être appliqués sur les plaies gangre- 
neuses et les différentes parties du corps atteintes d*ulcères ou autres 
affections de mauvais caractère. 

Comme décolorant, le charbon est employé journellement et avec succès. 
Celui qui se prête le mieux à cet usage est le noir atiimal qui représente, 
ainsi que nous Pavons dit, un mélange de charbon avec du phosphate et du 
carbonate de chaux. En cet état, il peut être employé sans inconvénient 
dans beaucoup d'opérations des arts ou de la pharmacie, telles que la déco- 
loration des vins, des vinaigres, des eaux-de-vie, des miels, des sirops, etc. 
Mais lorsqu'il s'agit d'opérations toxicologiques délicates, il importe 
que le noir animal soit amené à l'état de charbon pur, afin qu'il ne puisse 
céder aux liquides dont il a le contact, ni les sels de chaux qu'il conte- 
nait primitivement, ni Tacide chlorhydrique qu'il a pu retenir par suite 
d'un lavage imparfait à Peau distillée. L'expert ne doit donc jamais se 
servir de noir animal , sans avoir vérifié son état de pureté. Le noir ani- 
mal bien lavé ne doit pas faire effervescence avec l'acide chlorhydrique 
étendu, et le liquide filtré ne doit donner aucun trouble lorsqu'on y verse 
de l'ammoniaque en excès. De même, l'eau qui a bouilli sur du noir ani- 
mal bien lavé doit demeurer parfaitement limpide quand on y verse, soit 
du nitrate d'argent, soit de Toxalate d'ammoniaque. La vérification de 
ces caractères est de première importance si l'on veut se mettre en garde 
contre les erreurs qui résulteraient infailliblement de l'emploi d'un noir 
animal imparfaitement lavé. 

Les propriétés désinfectantes du charbon seront exposées page 509. 

FiooEA (0.)> Sur la décoloration du vinaigre et nouveau procédé pour décolorer cet acide et aulrea 

liquides végétaux par le charbon animal (Ann^de chimie, 1811, t. LXXIX). 
Patk5, Théorie de l'action du charbon animal, sur les matières colorantes et son application au 

raffinage du sucre- Paris, 1822. 
BcssT, Sur la propriété quo possède le cliarbon animal de décolorer certains liquides (Journal de 

Pharmacie, t. VIU, p. 257). 
Jattvieb, Sur les causes de l'inflammation de la houille dans les dépôts dcslmés à l'alimentation 

des fourneaux (Compt. rend, des séances de VAcad. des sctences, i. V, p. 851). 

Henri Bcignet. 

Thérapeutique. — Les variétés du carbone usitées en thérapeutique 
sont : le charbon végétal^ le charbon aninuil, la houilley la plombagine^ et, 
parmi ses composés, le sesquichlorure de carbone. 

Cliarlioii Téfétal. — Les anciens n'ont eu que très-rarement recours 
au charbon; cependant Pline le recommandait contre Tanthrax. A une 
époque plus rapprochée de nous, Zacutus Lusifanus l'employait comme 

novr. DicT. h£d. et chib. VI. — 20 



Digitized by VjOOQIC 



506 CARBONE. charbon TÉGÉTAL (THilUPBUTlQDE). 

emménagogue. Il a été préconisé contre Tépilepsie, la lienterie, les eoK- 
ques, etc. Le charbon préparé avec le bois de tilleul était seul usité. 

Malgré les nombreuses propriétés dont on avait doué le charbon, il k 
bien vite oublié, et il faut arriver au commencement de notre siècle pov 
le voir recommandé par divers auteurs. Les travaux de J. B. DuYil,(le 
Brachet, en établissant, avec plus de soin, les propriétés du charbon, en 
lui assignant les limites rationnelles dans lesquelles ses effets denie&t 
s'exercer, ont fait connaître, sans trop d'exagération, les actions curalJTes 
qu'il pouvait déterminer. Mais c'est surtout aux divers mémoires de Bdloc, 
ancien médecin militaire, que Ton doit réellement la réhabilitation do 
charbon dans la thérapeutique. 

Le mémoire que ce médecin présenta en 1847 à la Société de méde- 
cine de Bordeaux, celui qu'il adressa en 1849 à TAcadémie de médecine, 
et qui fit le sujet d'un rapport favorable rédigé par Pâtissier, ont pou- 
samment contribué à rendre plus commun Tusa^e du charbon. Aussi, 
depuis cette époque, il en est fait mention dans quelques traités de matière 
médicale, et il a été inscrit dans le Codex de 1866. 

La plupart des médecins qui ont recommandé l'usage du charbon 
n'employaient que celui préparé avec des bois légers, tels que le tilleol, 
recommandé par Martin Ruland, le peuplier, que Brachet et Belloc pré- 
fèrent. Le nouveau Codex propose l'usage de bois blanc léger et non rési- 
neux. Un médecin anglais, Leared, a émis une opinion coolraire. 1 
rapporte que, d'après ses essais, les charbons préparés avec les bois les 
plus compactes étaient supérieurs à ceux qu'on obtient des bois légers. 
L'expérience, qui s'est prononcée, depuis plusieurs années, en faveur des 
charbons légers, a infirmé à Tavance les assertions de ce médecin. 

Le charbon de peuplier, qui est le plus communément employé aajoor 
d'hui, doit être préparé, d'après Belloc, avec les pousses de trois à quatre 
ans, très-vertes, n'ayant jamais été émondées, et dont l'écorce n'a pis 
sourfert; le bois sera coupé au moment de la sève ; il faut rejeter les peo- 
pUers qui croissent dans les terrains bas et humides, peu exposés as 
soleil. Les branches choisies, dépouillées de leur enveloppe, sont placées 
dans des vases en fonte bien clos que l'on chauffe au rouge blanc; le char- 
bon qu'on en retire est léger, brillant; on le fait tremper dansdeFeto 
pendant 3 à 4 jours, en ayant soin de renouveler l'eau tous les jours; 
on le met à sécher et on le pulvérise avant qu'il soit complètement sec. 
Le charbon de peuplier ainsi préparé contient 52 pour 100 de carbone. 

Le charbon végétal est employé à l'intérieur et à Textérieur. 

Emploi intérieur. — Effets physiologiques. — Pris dans une caillera 
bouche, légèrement humectée d'eau fraîche, la poudre de charbon dét^- 
mine une sensation de sécheresse et d'astriction de la muqueuse buccale, 
de courte durée ; n'étant qu'incomplètement déglutie, s'attachant m 
dents et à toutes les parties de la bouche, elle provoque souvent des 
nausées, et c'est là un des grands inconvénients de ce mode d'admim^ 
tration qui, pourtant, est préféré par Belloc. 

Le charbon donne lieu à une sensation de Craicheur dans le creux épi- 



Digitized by VjOOQIC 



CARBOiNE. — CHARBON VÉGÉTAL (thÉRAPEOTIQPe). S07 

gastrique, suivie bientôt par de la chaleur; Fappétit est exalté, les 
digestions sont plus faciles, les évacuations alvines activées; les selles 
sont d'une couleur noire due au charbon qui n'est ni digéré, ni absorbé ; 
il ne fait que traverser le tube digestif en s'emparant des matières 
gazeuses et liquides. 

Propriétés thérapeutiques. — Le charbon végétal qu'Odier (de Genève) 
employait contre les coliques venteuses, que Récamier administrait contre 
le météorisme gastro-intestinal sous le nom de magnésie noire^ a été pré- 
conisé contre les affections nerveuses gastro-intestinales idiopathiques ou 
sympathiques. Belloc le recommande surtout contre les pesanteurs d'esto- 
mac qui surviennent après le repas, contre le pyrosis, la gastrodynie et 
contre la dyspepsie flatulente. 

J'ai souvent prescrit le charbon et fe n'ai pas obtenu des résultats 
satisfaisants. Belloc affirme qu'il combat très-efficacement les douleurs 
gastralgiques, et cependant, toutes les fois que je l'ai employé, j'ai noté 
que les éructations gazeuses étaient diminuées, mais que les douleurs per- 
sistaient avec la môme intensité. Le charbon végétal n*a, à mon avis, 
qu'un seul avantage, celui de faire disparaître momentanément la flatu- 
lence de l'estomac, et cette action absorbante n'est pas toujours constante, 
j'ai remarqué, dans bien des cas, que le météorisme stomacal n'était, en 
aucune manière, atteint par cette substance. Chomel a reconnu cette im- 
puissance fréquente du charbon, et Guipon (de Laon) a constaté que les 
rapports nidoreux, fétides, que les gastralgiques présentent parfois, sont 
assez souvent neutralisés par ce moyen dont Teflicacité toute palliative et 
passagère, dit-il, n'est démontrée que dans ce cas seulement. 

Administré par la voie recto-colique, le charbon, dilué dans une suffi- 
sante quantité d'eau, a été utile pour combattre le météorisme intestinal 
que Ton observe souvent pendant le cours des fièvres graves. Nous l'avons 
fréquemment employé en lavements contre ce symptôme et presque tou- 
jours avec succès ; mais nous devons dire qu'en même temps nous pres- 
crivions l'application' sur l'abdomen de serviettes trempées dans de l'eau 
chlorurée, inoyen qui, à lui seul, guérit quelquefois la pneumatose intes- 
tinale. 

Le charbon végétal a été recommandé contre plusieurs autres mala- 
dies de l'appareil digestif. Banks (de Dublin) le prescrit contre le ptya- 
lisme nerveux; Fuch, Hahnemann, Brachet l'ont préconisé contre les 
diarrhées rebelles ; Rayer l'associe au sous-nitrate de bismuth contre les 
diarrhées des tuberculeux et celles de la fin des fièvres graves. Bird, des 
Ëlats-Unis, l'a recommandé en lavement dans les cas de ténesme intense, 
accompagné d'évacuations muqueuses et même sanglantes; cet auteur 
assure que le charbon uni à Tipéca et à la poudre de rhubarbe, agit avec 
une merveilleuse promptitude contre les dérangements intestinaux déter- 
minés par la présence des vers chez les enfants. 

Le charbon par sa grande porosité, absorbant avec une très-grande 
promptitude les gaz avec lesquels il est mis en contact, a été, en raison 
de cette propriété, recommandé comme un auxiliaire utile dans le traite- 



Digitized by VjOOQIC 



.308 CARBONE. — charbon végétal (thérapeutiqce). 

ment des maladies fournissant des produits putrides; aussi Ta-t-oi 
prescrit dans la dysenterie avec selles fétides, à l'intérieur et surtout en 
lavements (Brachet, Farre). Trousseau Ta employé avec succès dansk 
cancer de Testomac pour détruire la fétidité des éructations, et dans le 
cancer de Fintestin, pour faire disparaître Todeur infecte desselles;» 
savant professeur a remarqué que consécutivement à ces résultats, k 
charbon végétal faisait disparaître Tanorexie, les nausées et la Gèfre 
hectique, symptômes qui sont réellement la conséquence de Taltération 
putride des produits fournis par le cancer, que cette substance, par ses 
propriétés désinfectantes, amendait indirectement. 

Trousseau a aussi modifié Todeur fétide des cancers du rectum en em- 
ployant des mèches enduites de cérat et auxquelles on incorporait do 
charbon et une petite quantité 4'extrait de ratanhia. 

Des injections avec le charbon ont été recommandées contre la putres- 
cence de Tutérus. Eisenmcnger rapporte le fait très-remarquable d'une 
femme qui, après être accouchée d'un enfant mort, ne put être délime 
du placenta entier; il survint des lochies extrêmement fétides, des sym- 
ptômes généraux graves ; après avoir employé sans succès un giând 
nohibre de moyens, ce médecin eut recours au charbon; des injections 
furent pratiquées trois à quatre fois dans les vingt-quatre heures; et^an 
bout de deux jours, il constata une amélioration notable, et le troisième, 
tous les symptômes inquiétants avaient disparu ; la malade se rétablit 
promptement. 

Nous avons quelquefois prescrit avec succès contre les hémorrhoîdes 
une poudre composée avec parties égales de charbon de Belloc, de quin- 
quina pulvérisé et de crème de tartre. Nous administrons ce mélange à ii 
dose d^une cuiller à bouche, le soir, au moment du coucher ; nous pres- 
crivons quelquefois, dans la journée, une ou deux doses semblables qaand 
le malade éprouve une pesanteur incommode à la région sacrée et une 
tension douloureuse à Tanus. Cette poudre agit en débarrassant l'intestin 
des gaz qui sont abondants chez les hémorrhoïdaires, en tonifiant les 
membranes intestinales et en facilitant les évacuations alvincs. 

Nous avons vu employer une fois, avec de bons résultats, un mélange 
à parties égales de charbon et de sous-nitrate de bismuth, contre les hé- 
morrhoîdes douloureuses et fluentes (Mége, de Toulon). 

Le charbon végétal a été recommandé comme fébrifuge. Le docteur 
Calcagno le donnait pendant l'apyrexie à la dose de 4 grammes. Maccadios 
et Buscarelli disent en avoir obtenu de bons effets contre les fièvres inter- 
mittentes. Les faits qui constatent cette propriété sont trop peu nombreui 
pour qu'il soit possible d'accepter cette action curative. 

Emploi extérieur. — Lov^itz, après avoir découvert les propriétés déco- 
lorantes du charbon, en 1788, reconnut quelques années plus tard qu'il 
était un désinfectant d'une grande puissance et le proposa pour purifier 
Teau qui devait servir à la provision des navires. A l'époque où LowiU 
écrivait, des barriques en bois où Teau se corrompait avec une grande 
facilité étaient employées dans toutes les marines. 



Digitized by VjOOQIC 



CARBONE. — CHARBON VÉGÉTAL (thébapectique). 309 

S'inspirant des travaux de Lowitz, Schaub, ayant reconnu que le char- 
bon enlevait aux matières animales l'odeur fétide acquise par la putréfac- 
tion, a recommandé de l'employer pour la conservation des viandes pen- 
dant ]*été; ce procédé, du reste, était d un usage populaire en Hollande. 

Cette propriété désinfectante du charbon a été mise à profit pour 
divers usages hygiéniques et médicaux. Plusieurs médecins anglais, et, 
entre autres Basfort, l'ont employé pour désinfecter les salles des hôpi- 
taux, de dissection, les lieux d'aisances, etc. Pour cela, on place dans 
des vases du charbon pulvérisé, et quand il a servi pendant quelque temps, 
on* doit avoir la précaution de le faire chauffer dans un vase clos et renou- 
veler celte opération toutes les vingt-quatre ou quarante-huit heures, pour 
détruire et chasser les gaz qu'il a absorbés. 

Un médecin irlandais, le docteur Flowel, a eu Tidée aussi simple qu'in- 
génieuse de placer sous le siège des malades atteints d'incontinence 
d'urine ou de matières fécales des coussins remplis de charbon pulvérisé. 
A l'aide de ce moyen peu coûteux, il a fait disparaître les odeurs fétides 
qu'exhalaient les malades et a pu entretenir autour d'eux une minutieuse 
propreté. 

L'action désinfectante du charbon a été employée dans le traitement de 
la gangrène, de la pourriture d'hôpital , des plaies de mauvaise nature 
fournissant une suppuration abondante et fétide. Dans ces cas, il faut sau- 
poudrer toutes les surfaces malades avec la poudre de charbon, porter 
dans les parties anfractueuses des ulcères des boulettes de charpie roulées 
dans cette poudre et recouvrir le tout avec un plumasseau huilé. Ce pan- 
sement détruit la mauvaise odeur du pus et par suite contribue à déterger 
les parties et à diminuer la suppuration. Quand les solutions de continuité 
sont irritées et douloureuses, il est quelquefois utile de mêler 1 gramme 
d'opium brut en poudre à 100 grammes de charbon. 

Celte substance est d'un emploi banal comme dentifrice ; elle entre 
dans la composition de diverses poudres, d'opiats, etc. ; elle entretient la 
blancheur des dents, assainit la bouche quand il existe une carie ou une 
maladie des gencives. Le charbon a été recommandé en gargarismes 
contre les altérations de là muqueuse buccale que présentent fréquem- 
ment les scorbutiques. 

Le charbon a été préconisé contre diverses éruptions cutanées ; Brachet 
rapporte que les charbonniers sont rarement atteints par les maladies de 
la peau, et Billaut assure qu'ils sont constamment épargnés par la gale et 
les dartres. 

Divers auteurs, tels que Thomann, Duval, Paulet, Griois ont traité la 
gale par le charbon de bois, mais avec des résultats peu satisfaisants ; il 
aurait mieux réussi contre la teigne, et on sait qu'il entre dans la compo- 
sition de la poudre des frères Mahon^ qui a joui dans son temps d'une 
grande réputation d'efficacité. 

Le charbon a été aussi recommandé contre l'ozène, pulvérisé et prisé. 

Bonnafonta proposé une formule d'un charbon qu'il nomme caustique j 
destiné à remplacer le cautère actuel, dans le cas où il ne faut que pra- 



Digitized by VjOOQIC 



310 CARBONE. — charbon végétal (tiiébapeutiqde). 

tiquer des cautérisations superGcielles. C'est là une heureuse innoTatioo 
qui permet de supprimer les sinistres préparatifs que nécessite l'emploi 
du fer rouge. Ce charbon, préparé avec de la gomme adraganle et de 
l'azotate de potasse, et ayant les dimensions d'un crayon ordinaire, brûle 
avec la plus grande facilité ; il a l'avantage de continuer à brûler jusquao 
dernier morceau ; il est très-utile pour pratiquer la cautérisation ponctuée. 
Aran en a obtenu de bons résultats dans le traitement des affections chro- 
niques de l'utérus, et en particulier des engorgements et des ulcératioDs 
granuleuses de cet organe. 

En résumé, le charbon végétal possède deux propriétés importantes, il 
est absorbant et désinfectant ; c'est sur elles que sont basés les cfTets ca- 
ratifs qu'on lui a reconnus. 

Comme absorbant, il est utile contre certaines dyspepsies avec produc- 
tion de rapports nidoreux et fétides, et contre le météorisme intestinal. 
Mais, dans ces cas, il ne faut pas oublier que son action est fugace et pas- 
sagère et qu'il ne peut être considéré, ainsi que l'avaient prétendu quel- 
ques auteurs, comme un agent curatif de la gastro-entéralgie; il n est 
qu'un auxiliaire utile. 

Comme désinfectant, son influence est plus évidente ; il modifie h 
selles fétides des dysentériques, les produits infects des cancers, les plaies 
fournissant une suppuration de mauvaise nature. En raison de cette pro- 
priété, le charbon est un topique qui est souvent d'une heureuse appli- 
cation dans tous les cas où il est nécessaire de détruire la putriditc de cer- 
tains liquides anormalement sécrétés. 

Doses et modes d'administration. — Belloc conseille d'administrer le 
charbon à l'état pur délayé avec un peu d'eau dans une cuiller à bouche; 
on l'emploie quelquefois en bols, en pilules, sous forme d'opiat, avec do 
miel (Brachet), en pastilles associé au chocolat, ou uni à un mucilage et 
à une substance aromatique. Ces pastilles sont prescrites contre la mau- 
vaise haleine, et pour détruire chez les fumeurs Todeur du tabac. 

Leared, de Londres, conseille de le donner dans des capsules en géla- 
tine ; cette forme ne peut être acceptée, car I4 dose journalière étant en 
moyenne de quatre à cinq cuillerées à bouche, il faudrait pour arrivera 
cette quantité de charbon, ingérer un très-grand nombre de ces capsules. 
Certainement l'administration de la poudre d'après la méthode de 
Belloc a de grands inconvénients, et les tentatives qui ont été faites pour 
faciliter l'ingestion de cette substance sont très-louables. Du reste, il sera 
toujours facile de le faire prendre, même aux personnes les plus difficiles 
en l'enveloppant dans du pain azyme. 

A l'extérieur, on l'emploie en poudre pour recouvrir les plaies, les 
ulcères, pur ou additionné de camphre ou de poudre de quinquina. Ou 
le mêle parfois avec la farine de graine de lin pour faire des cataplasmes; 
on le prescrit aussi sous forme de pommade. 

Le charbon végétal est la base de la poudre de Saxe recommandée 
contre l'épilepsie. 

Le charbon en poudre est difficile à appliquer sur les plaies, il noircit 



Digitized by VjOOQIC 



CARBONE. — CHARBON ANIMAL (THÉhAPEUTIQUE). 311 

les pièces de pansement, les parties voisines, la literie. En présence de ces 
inconvénients, il était nécessaire de chercher à lui donner une forme 
commode sans nuire à ses propriétés absorbantes et antiseptiques ; c'est 
ce qu'ont tenté Pichot et Malapert ; ils ont préparé des produits qui ont 
pour base le charbon en poudre, et pour excipient la cellulose seule ou 
additionnée d' éponge, et qu'ils nomment carbonifères. Pour les obtenir 
on fait une pâte de charbon et de cellulose avec ou sans éponge, puis on 
fabrique avec ce mélange une espèce de papier qui sert aux pansements 
sous forme de compresses ou de bandes, et une charpie par le râpage. II 
est préférable que celle-ci ne contienne pas d'épongé, car, d'après 
Chalvet, qui a souvent employé ces produits, elle irrite alors les plaies et 
les rend saignantes. 

Les applrcations du papier carbonifère sont utiles pour absorber les 
émanations qui s'exhalent des cautères et des vésicatoires, pour désinfecter 
et cicatriser les plaies à suppuration fétide; quand celles-ci sont étendues, 
qu'elles fournissent un pus abondant, la charpie doit être préférée. 

Henry, pharmacien du Haut-Rhin, a proposé un mélange de fer et de 
charbon qui donne un produit formé par un charbon poreux, léger, im- 
palpable, non pyrophorique, il est d*une activité plus grande que les pré- 
parations ferrugineuses insolubles. 

CMarlion animal. — Ce charbon a été très-rarement employé en 
thérapeutique; en 4832, Biett le recommanda contre le choléra; ayant 
remarqué qu'aucun des employés des usines où l'on fabrique le noir ani- 
mal n'avait été atteint par cette maladie, et que, en Angleterre, à New- 
casile et dans les contrées où l'on exploite la houille, le nombre des cho- 
lériques avait été très*restreint, il pensa que cette substance pouvait avoir 
une puissance curative qu'il voulut mettre à profit; en conséquence, il ^ 
prescrivit à ses malades 2 grammes de charbon animal par heure, en éle- 
vant graduellement la dose jusqu'à 15 grammes. Sur 104 malades, tous 
très-graVement atteints, Biett n'en perdit que 50. Les essais qui ont été 
faits dans les épidémies ultérieures n'ont pas confirmé cette action cura- 
tive da charbon animal. 

Cette substance,, d'après les travaux de Payen, de Dubrunfaut, de 
Dupasquier, de A. Chevallier, deGirardin, d'Esprit (de Rouen), possède 
la propriété de s*approprier les matières salines en dissolution dans l'eau. 
Esprit a fait sur ce sujet des expériences très-remarquables ; il a employé 
le charbon de sang qui a un pouvoir absorbant très-développé, et il a 
reconnu que le plus grand nombre des sels métaUiques en dissolution dis- 
paraissait au contact du charbon, au point qu'il était impossible de 
retrouver dans la liqueur filtrée des traces de leur présence ; les disso- 
lutions de sulfates de soude, de potasse, de magnésie, de Tazotatc de 
cuivre, d'acide arsénieux font exception, car elles ne sont absorbées que 
dans des limites fort restreintes ; aussi ne peut-on considérer le charbon 
eomme leur contre-poison. 

Il résulte des expériences d^Esprit, qu'au point de vue de l'art de lor- 
muler, le charbon est incompatible avec les substances qu'il s'approprie, 



Digitized by VjOOQIC 



512 CARBONE. — charbon mikéral (thérapeotiqde). 

puisqu'il les rend insolubles, et que, dans les recherches médico-légales, 
son emploi peut être la source d'erreurs graves; car, ainsi que l'a tiil 
remarquer A. Chevallier, un grand nombre d'auteurs prescrivent de déco- 
lorer par le charbon les liquides dans lesquels on doit rechercher les sels 
métalliques qui sont susceptibles d'être enlevés par cette substance. 

Le charbon animal est Tantidote de tous les sels métalliques qu'il fixe; 
il faut donc dans les cas d'empoisonnements, après avoir évacué le toii- 
que, réduire le charbon en poudre très-fine et le donner en grande quan- 
tité délayé dans de l'eau. 

D'après les expériences de Garrod (de Londres), le noir animal est le 
contre-poison des solanées vireuses ; une petite quantité ajoutée à une 
solution de belladone, de jusquiame, de datura stramonium, détruit oq 
neutralise entièrement leurs effets ; ceux de la jusquiame sont plus faci- 
lement amendés que ceux du datura ; la belladone réclame une plus grande 
quantité de charbon. Il résulte des travaux de Garrod que le charbon vé- 
gétal ne possède aucune de ces propriétés. 

L'action neutralisante du noir animal parait s'étendre, d'après Garrod, 
à tous les alcalis végétaux, à la quinine, à la morphine, à la stry- 
chine, etc.; mais ces assertions ont besoin d'être contrôlées de nouveau, 
avant d'être acceptées en toxicologie. 

Ciiarbon minéral. — Ce charbon est très-rarement employé, cepen- 
dant, dans quelques pays, son administration est populaire contre cer- 
taines maladies ; dans Tile d'Œsel (Baltique) on le recommande mêlé avec 
de Teau-de-vie contre la dysenterie, et on Ta considéré comme très-effi- 
cace incorporé à de l'huile, pour résoudre, ramollir et faire suppurer les 
abcès. 

L'huile pyrogénée de houille a été prescrite par Devergie contre diverse 
variétés d'eczéma; il l'applique sur les parties malades à Paided'un pin- 
ceau ; cette huile détermine d'abord une douleur vive qui bientôt devient 
supportable; la sécrétion se supprime, et ensuite apparaissent des squa- 
mes plus ou moins épaisses qui s'amincissent graduellement et tombent 
en laissant la peau souple et de couleur naturelle ; ce moyen u'a bien 
réussi que sur les eczémas très-chroniques. 

La plombagine a été anciennement prescrite à l'extérieur incorporée 
dans un corps gras comme dessicative et antidartreuse. 

DcvAL (J. B.), Appel aux médecins sur l'emploi du charbon, considéré sous le rapport médialrt 
hygiénique [Journ. gén. deméd., Paris, 1802, t. XVI). 

Brachet (P. V.), Considérations sur Tusage du charbon en médecine (Thèse pour le dodont. 
Paris, 1805, in-8). 

Griois (F. J. B.], Considérations sur l'utilité de la poudre de charbon de bois dans le traitement de 
la teigne, de la gale et d'autres affections cutanées (Thèse pour le doctorat, Paris, 18031 

Palm AN (J. F.), Recherches sur les propriétés médicales du charbon de bois, etc. Paris, 18i9, io-& 

Marte, De l'asphyxie par la vapeur du charbon. Paris, 1837, in-8 de 56 pages. 

Pâtissier, Rapport sur un mémoire sur l'emploi du charbon végétal contre les affections ner- 
veuses gastro-intestinales idiopathiques et sympathiques, par le docteur Belloc, chirorgio- 
major du 6« régiment de hussards [Bull, de VAcad. de méd., 1849, t. XV). 

EsvRiT fils. Résumé d'une monographie du charbon (Thèse pour le doctorat, Paris, 1849). 

Banks, Ptyalisme nerveux traité avec succès par le charbon végétal à Fintérieur (Dublin nff- 
pilai Gazelle, et Bull, de th&ap„ 1854, t. XLVII, p. 52). 



Digitized by VjOOQIC 



CARBONE. ACIDE CARBONIQUE. 513 

Basport, Emploi du chnrbon comme désinrectant [The iMficet^ décembre 1854, et Bull dethér,, 

i855,LXLVIlI,p.i84). 
t BoifNATOTiTf Note snr un nouveau crayon caustique (Union méd.^ 1851, p. 580). 

I Chetaluer (â.), Du charbon sous le rapport de l'hygiène publique [Annales d'hygiène publique, 

2* série, 1856, t. YT, p. 68). 
' Chalvbt, Des désinfectants et de leurs applications à la thérapeutique et à l'hygiène (Mém, de 

\ PAcad. imp. de médecine, t. XXYI, 1863). 

I AuG. Barrallier (de Toulon). 

COMBINAISONS DU CARBONE AVEC l'oXYGÈNE. 

i 

, Lorsqu'on chauffe le carbone au rouge dans un excès de gaz oxygène, 

, il ne tarde pas à disparaître en se transformant complètement en acide 
[ carbonique. Et si cet acide carbonique vient à son tour à passer sur un 
excès de charbon chauffé au rouge, il perd la moitié de son oxygène et se 
' transforme en un gaz neutre qui est l'oxyde de carbone. De là deux com- 
posés oxygénés du carbone qui tous deux ont de l'importance au point de 
vue médical, l'acide carbonique, dont la formule est C0% et l'oxyde de 
carbone, dont la formule est CO. 

Acide cariMiiilqae G0<. Synonymie : esprit sylvestre, acide aérien, 
air fixe, air méphitique. — L'acide carbonique est un gaz incolore, dont 
l'odeur est légèrement piquante, et la saveur aigrelette. Agité avec la 
teinture bleue de tournesol, il lui communique une couleur d'un rouge 
vineux ; il produit dans l'eau de chaux un précipité blanc de carbonate 
de chaux. Il éteint les bougies et asphyxie les animaux qui le respirent. 
Sa densité est égale à 1,529. Il est donc beaucoup plus lourd que l'air, 
et cette circonstance explique comment on peut le transvaser d'une 
éprouvette dans une autre. Elle explique encore certains phénomènes na- 
turels tels que ceux qui sont présentés par la girolle du Chien^ qui se 
trouve aux environs de Naples, et dans laquelle les voyageurs peuvent 
impunément pénétrer, tandis que les chiens qui les accompagnent pé- 
rissent asphyxiés s'ils y demeurent quelque temps. C'est que le sol de 
cette grotte présente de nombreuses fissures par lesquelles se dégage in- 
cessamment de l'acide carbonique. Cet acide carbonique, beaucoup plus 
dense que l'air, forme une couche qui se maintient à la partie inférieure 
de la grotte, et dont la hauteur à peu près constante tient le milieu entre 
la taille de l'homme et celle du chien. Il est à remarquer, toutefois, que, 
si l'acide carbonique est un gaz asphyxiant, il n'a pas, à proprement par- 
ler, d'action dé)étère. Il est vrai qu'en examinant les atmosphères rendues 
mortelles par la combustion du charbon, on n'y a jamais trouvé plus de 
4 à 5 pour 100 d'acide carbonique; mais on doit admettre qu'en pareil 
cas la mort est occasionnée par un autre gaz, notamment par l'oxyde de 
carbone, qui se forme également pendant la combustion du charbon. On 
a vu, en effet, en formant des mélanges d'air et d'acide carbonique en 
proportions variables, qu'il fallait environ 30 pour 100 d'acide carboni- 
que pour rendre l'air irrespirable. 

Faraday est parvenu à liquéfier le gaz acide carbonique, en le soumet- 
tant à une pression de 36 atmosphères, à la température de 0*. En abais- 



Digitized by VjOOQIC 



314 



CARBONE. ACIDE CARBONIQUE. 



Fie. 81. 



- Appareil pour la liquéfaction du gaz 
acide carbonique. 



sant la température à — 30**, il a suffi d'une pression de 1 8 atmosphères; 
tandis qu'en l'élevant à H- 30° il a fallu employer une pression de 75 aU 
mosphères. L'appareil dont on se sert aujourd'hui pour obtenir Facide 
carbonique liquide et même solide est celui qui a été imaginé par Thilo- 
rier (fig. 81). Dans un cylindre de fonte, A, disposé verticalement, et sus- 
ceptible de se mouvoir autour 
d'un axe horizontal, on place 
1,800 grammes de bicarbonate 
de soude, sel qui contient pr^ 
de la moitié de son poids d'acide 
carbonique à l'état combiné. 
Après avoir délayé ce sel dans 
trois litres environ d'eau tiède, 
on y fait plonger un vase cylin- 
drique en cuivre, contenant 
1 kilogramme d'acide sulfa- 
rique concentré, puis on adapte 
à la partie supérieure du cy- 
lindre un obturateur à vis, 
avec lame de plomb, formant 
une fermeture parfaitement hermétique. Les choses étant en cet état, on 
incline le cylindre en le balançant autour de son axe horizontal : l'acide 
sulfurique se déverse sur le bicarbonate de soude et le décompose. Il ^e 
produit une quantité considérable d'acide carbonique qui, n'ayant aucune 
issue, se comprime lui-même et se liquéfie. Pour le séparer de l'eau pri- 
mitivement introduite, et du sulfate de soude que la réaction a engendré, 
on le dirige, à l'aide d'un tube en cuivre à robinet, C, D, dans un second 
cylindre en fonte, B, en tout semblable au premier. 11 suffit d'ouvrir le ro- 
binet du tube pour que la distillation s'effectue. L'acide carbonique passe 
<lu premier cylindre dans le second, s'y accumule et s'y condense à l'état 
liquide. 

Si l'on vient, maintenant, à faire communiquer ce réservoir avec l'air 

extérieur, au moyen d'un tube étroit. A, 
on voit l'acide carbonique s'échapper avec 
violence hors de ce tube; et la partie qui 
se volatilise ainsi enlève assez de chaleur 
à celle qui reste pour la solidifier complè- 
tement. On accumule cet acide carbo- 
nique solide en dirigeant le jet de vapeur 
à travers une boîte métallique à parois 
minces, B, dont on voit la coupe en B". et 
dans l'intérieur de laquelle il est forcé de 
tournoyer avant de se rendre dans l'air 
(fig. 82). Lorsqu'on ouvre cette boîte au 
bout d'un certain temps , on la trouve remplie d'une espèce de neige 
blanche qui n'est autre chose que du gaz acide carbonique solidifié. 




Fi6. 82. — Appareil pour la solidifi- 
cation du gaz acide carbonique. 



Digitized by VjOOQIC 



CARBONE. — ACIDE CARBONIQUE. 315 

L'acide carbonique solide peut rester exposé à Tair pendant quelque 
temps, sans éprouver d'évaporation sensible. Mais vient-on à le mélanger 
avec de l'éther, il disparait promptement en produisant un froid consi- 
dérable. Le mercure que l'on plonge dans ce bain, s'y solidifie facile- 
ment. Les gaz eux-mêmes, au moins pour la plupart d'entre eux, s'y 
liquéfient et s*y solidifient. Faraday a vu qu'à l'exception de l'oxygène, 
de rhydrogène, de l'azote, du bioxyde d'azole et de l'oxyde de carbone, 
tous les gaz jusqu'ici connus pouvaient changer d'état par l'action de ce 
puissant réfrigérant. 

L'eau pure dissout son volume d'acide carbonique à la température et 
à la pression ordinaires. Mais cette solubilité varie, comme celle des autres 
gaz, selon les conditions dans lesquelles elle s'effectue. Ainsi, elle diminue 
à mesure que la température s'élève. Bunsen a déterminé le coefficient 
de cette solubilité depuis 0*, jusqu'à 20^, et il a trouvé les nombres sui- 
vants : 

1000«' d'eau pure dissolvent : 



à 0. . . 


i796»* 


à 7. . 


. 1534" 


à 14. . 


. 1032" 


1. . 


1721 


8. . 


. 1281 


15. . 


. 1002 


2. . 


1648 


9. . 


. 1231 


16. . 


. 975 


3. . 


1579 


10. . 


. 1185 


17. . 


. 952 


4. . 


. 1513 


11. . 


. «42 


18. . 


. 932 


5. . 


1450 


12. . 


. 1102 


19. . 


. 015 


6. . 


1590 


13. . 


. 1065 


20. . 


. 901 



On voit, d'après ce tableau, que la solubilité décroit assez rapidement 
à mesure que la température s'élève. A 15°, l'eau ne peut plus dissoudre 
que les deux tiers de l'acide carbonique qu'elle dissolvait à 4"". 

L'influence exercée parla pression rentre dans la loi générale de Henry . 
<le Manchester : La quantité pondérale du gaz dissous est proportionnelle 
à la pression supportée, ce qui veut dire que, sous une pression artificielle 
de cinq atmosphères, l'eau peut dissoudre cinq fois plus diacide carbo- 
nique que sous la pression normale d'une atmosphère. 

Il suit de là que, si l'on vient à déboucher une bouteille dans laquelle 
se trouve de l'eau saturée d'acide carbonique sous une pression de plu- 
sieurs atmosphères, la solution se trouvant tout à coup ramenée à la 
pression ordinaire, perd instantanément la majeure partie de son gaz, ce 
<iui donne lieu à une ébuUition vive et tumultueuse. Les eaux ainsi satu- 
rées d'acide carbonique sous une pression supérieure à celle de l'atmo- 
sphère portent le nom iïeaux gazeuses. Dans certaines localités, Seltz, 
Soultzmatt, Vichy, on trouve des eaux gazeuses naturelles. Mais il en est 
beaucoup d'autres que l'on prépare artificiellement à l'aide d'une pompe 
aspirante et foulante qui puise l'acide carbonique dans un réservoir où il se 
trouve contenu, et qui l'accumule ensuite dans un récipient rempli d'eau. 

On peut, en ayant égard aux lois de la solubilité de l'acide carbonique 
dans l'eau, connaître assez exactement la proportion de cet acide qui se 
trouve à Tétat libre ou combiné dans une eau minérale. Dans la plupart 
des eaux de cette espèce, l'acide carbonique existe sous deux états diffé- 
rents : à l'état combiné, formant des bicarbonates alcalins, terreux 



Digitized by VjOOQIC 



316 



CARBONE. — ACIDE CARDONIQUE. 



OU métalliques; à Tétai libre, constituant une simple dissolution de 
ce gaz dans Teau. Les procédés chimiques ordinaires ne permettent 
pas le dosage direct et séparé de ces deux quantités. On dose en bloc tout 
l'acide carbonique à Taide du chlorure de baryum ammoniacal; oa 
prélève sur cette somme ce qui est nécessaire pour former des bicarbo- 
nates avec les bases trouvées par l'ana- 
lyse, et on regarde comme acide carbo- 
nique libre tout celui qui excède celte 
quantité. 

Ce dosage indirect et par différence 
a conduit souvent aux erreurs les plus 
grossières. C'est ainsi qu'on a trouvé 
moins d'acide carbonique libre dans 
Teau de Vichy des Célestins que dans les 
eaux de l'Hôpital ou de la Grande-Grille, 
quand il était évident pour tout le 
monde qu'elle en contenail beaucoup 
plus. 

L'emploi d'un simple tube baronoé- 
trique gradué, imaginé par Buignet 
(fig. 83), présente à ce point de vue 
des avantages qu^on ne peut méconnaître. 
Après avoir rempli ce tube aux trois 
quarts avec du mercure, on y introduit 
20 centimètres cubes de l'eau à exami- 
ner, on achève de remplir le tube avec 
du mercure, puis on le renverse sur un 
bain du même métal. A l'instant même 
se manifeste une vive ébuUition dans 
le tube : c est l'acide carbonique qui 
se dégage dans le vide barométique. 
Quand le dégagement a cessé, et que tout est tranquille, on mesure le gaz 
sous ses deux états : 1"* à l'étal de fluide élastique, en lisant le volume V 

H' 
que l'on corrige d'après la formule V „. . ; T à l'état de dissolution, 

H' 
en lisant également le volume V du liquide, lequel devient vo) »,. ; 

(I) représentant le coeflicient de solubilité indiqué par le tableau de Bun- 
sen pour la température de l'expérience. 

Un second tube barométrique placé à coté du premier, donne la pres- 
sion H au moment de l'expérience. Quant à la température, elle se trouve 
indiquée par un thermomètre placé sur le support de l'appareil. 

Quand on a une fois déterminé l'acide carbonique libre, on peut doser 
celui qui est à l'étal de bicarbonate. H suffit d'introduire 4 ou 5 centimè- 
tres cubes d'acide sulfurique au 1/10® dans le tube. Il se produit un nou- 
veau dégagement très-abondant; on attend de même qu'il soit terminé, 




Fig. 83. — Appareil pour le dosage'^de 
l'acide carbonique libre et combiné 
dans les eaux minérales. 



Digitized by VjOOQIC 



CARBONE. — ACIDE CARBONIQUE. 317 

et on mesure de nouveau le gaz sous ses deux états. Le nouveau vo- 
lume, diminué du premier, donne Tacide carbonique qui existait à Tétat 
combiné. 

La chaleur est sans action sur le gaz acide carbonique ; mais il se dé- 
compose partiellement lorsqu'on le soumet à une série d'étincelles élec- 
triques. 

Si Ton fait passer un courant très-lent diacide carbonique à travers un 
tube de porcelaine rempli de charbon chauffé au rouge, on reconnaît fa- 
cilement qu'il est décomposé et changé en oxyde de carbone. On peut 
même reconnaître, si Ton mesure les deux gaz avant et après l'expérience 
que le volume de Toxyde de carbone produit est précisément double de 
celui de Tacide carbonique employé. Cette transformation s'exprime au 
moyen de la formule C0*H-C=2C0. 

Ce phénomène explique ce qui se passe dans les hauts fourneaux et 
même dans nos fourneaux ordinaires, lorsqu'ils renferment une couche 
épaisse de charbon. L'air qui arrive à la partie inférieure, et qui se 
trouve en excès par rapport au charbon rouge qu'il touche, le brûle com- 
plètement et le change en acide carbonique. Mais cet acide carbonique 
se trouvant à son tour en contact avec un excès de charbon rouge, 
se décompose, comme dans l'expérience précédente, en deux volumes 
d'oxyde de carbone qui débouche à la partie supérieure du fourneau. Puis, 
cet oxyde de carbone dont la température est très-élevée, se trouvant en- 
veloppé, à sa sortie, par un excès d'air, brûle de nouveau en donnant une 
flamme bleue caractéristique, et en régénérant l'acide carbonique qui est 
le dernier terme de la combustion du charbon. 

Quoiqu'il suffise de faire brûler du carbone dans un excès d'air pour 
produire l'acide carbonique, ce n'est pas ainsi qu'on obtient ce gaz dans 
les laboratoires. On le prépare le plus ordinairement par l'action des aci- 
des sulfurique ou chlorhydrique sur le carbonate de chaux que l'on trouve 
en abondance dans la nature. On emploie le carbonate de chaux tantôt 
à l'état de marbre, tantôt à l'état de craie. Dans le premier cas, on ne peut 
employer l'acide sulfurique, parce 
que le sulfate de chaux résultant de 
la réaction, étant insoluble, forme- 
rait à la surface des morceaux déjà 
attaqués, une sorte de vernis qui 
arrêterait l'action. L'acide chlorhy- 
drique, au contraire, formant du 
chlorure de calcium soluble, donne 
lieu à un dégagement d'acide carbo- 
nique parfaitement régulier ; on in- p,^ §4 _ ^pp^^ii p^^^ la préparation du 
troduit le marbre en fragments dans gaz acide carbonique. 

un flacon à deux tubulures à moitié 

rempli d'eau (fig.84), et on fait arriver l'acide chlorhydrique par petites 
portions au moyen d'un tube à entonnoir : l'acide carbonique se dégage 
par le tube abducteur B, et se rend sous une cloche disposée pour le rece- 




Digitized by VjOOQIC 



318 CARBONE. — acide carbonique. 

voir. Si le dégagement de gaz devient trop rapide, on arrête l'addition de 
Tacide ; on en ajoute, au contraire, si l'action se ralentit. 

Lorsqu'on fait usage de craie, qui est une variété de carbonate de 
chaux très-tendre et très-perméable, l'emploi de l'acide chlorhydriqoe 
ne peut plus convenir ; par cela même que le sel résultant de la décom- 
position est soluble, l'action s'établit presque instantanément sur tous les 
points à la fois, le gaz carbonique se dégage avec violence, et le dégage- 
ment cesse presque aussitôt pour reparaître de nouveau tumultueusemeot 
lors de Taffusion d^une nouvelle quantité d'acide. C'est à l'acide sulforiqœ 
qu'il faut recourir en pareil cas : on pulvérise la craie ; on la délaye dans 
l'eau de manière à en faire une bouillie claire (1 partie de craie et 5 par- 
ties 1/2 d'eau), et l'on y verse par parties Tacide sulfurique concentré; 
on renouvelle la surface à l'aide d'un agitateur. 

Par quelque procédé que le gaz acide carbonique ait été produit, il et 
indispensable de le laver pour le débarraisser des portions d'acide étran- 
ger qu'il a pu entraîner avec lui. C'est à quoi l'on parvient en le faisant 
passer dans un flacon de lavage qui renferme une petite quantité d'eau 
pure ou de solution de bicarbonate de soude. Le gaz qui sort de cette dis- 
solution est ensuite recueilli en nature, ou dirigé dans des appareils ap- 
propriés, lorsqu'on le destine à la préparation des eaux gazeuses. 

La composition de l'acide carbonique peut facilement s'obtenir à Taie 
de la synthèse. Il y a pour cela, deux méthodes, la méthode des volumes 
et la méthode des poids. 

1*^ On prend un ballon à trois tubulures, rempli d'oxygène pur et sec; 
on engage dans les deux tubulures latérales qui se correspondent, deux 
tiges métalliques portant chacune à leur extrémité un petit fragment de 
charbon pur (du diamant par exemple). En faisant communiquer les ex- 
trémités de ces tiges avec les deux pôles d'une pile, le diamant brûle et 
finit par disparaître complètement. Lorsque l'opération est terminée, e( 
que l'appareil a repris la température ambiante, on trouve que l'acide 
carbonique qui a pris naissance, occupe exactement le même volume que 
l'oxygène qui a servi à le former. La densité de l'acide carbonique étant 
1,592 et celle de l'oxygène 1,106, la différence 0,423 représente néces- 
sairement le poids de vapeur de carbone qui entre dans la composition 
de 1,529 d'acide carbonique. On arrive à reconnaître que 22 d'acide ca^ 
bonique contiennent 6 de carbone et 16 d'oxygène. 

2® On introduit dans un tube de porcelaine une petite nacelle de pla- 
tine contenant quelques fragments de diamant dont on a préalablement 
déterminé le poids. On dispose à la suite du tube de porcelaine un tube à 
combustion contenant du bioxyde de cuivre, puis une série de tubes des- 
tinés à arrêter l'acide carbonique et l'eau. Le tube de porcelaine étant 
chauffé au rouge, on fait arriver sur le diamant un courant d'oxygène par 
et sec, et on continue jusqu'à ce que la combustion soit complète. I^ 
bioxyde de cuivre, qui est également chauffé au rouge a pour effet de 
changer en acide carbonique la petite quantité d'oxyde de carbone qui 
aurait pu se former. L'expérience terminée, on pèse le tube dans lequel 



Digitized by VjOOQIC 



CARBONE. ACIDE CARfiONIQUE (THÉRAPEUTIQUE). 319 

s'est condensé Tacide carbonique, raugmentation de poids qu'il a subie 
donne la quantité de ce gaz fournie par la combustion d'un poids connu 
de diamant. On trouve de même que 6 décigrammes de diamant donnent 
22 décigrammes d'acide carbonique. 

L'acide carbonique se rencontre dans la nature soit libre, soit combiné. 
L'air atmosphérique en renferme un demi-millième environ de son vo- 
lume. Presque toutes les eaux en renferment en dissolution ; certaines 
sources en contiennent même des quantités assez fortes : telles sont les 
sources de Vais, de Vichy, de Carisbad en Bohême. 

Plusieurs causes, plusieurs phénomènes chimiques, tels que les com- 
bustions vives ou leutes, les fermentations, la respiration des animaux, 
versent incessamment dans l'air des quantités d'acide carbonique plus ou 
moins considérables. Et cependant la proportion de ce gaz se maintient à 
peu près invariable à un demi-millième du volume de l'air. La constance 
remarquable de ce rapport tient à ce qu'à côté des causes qui déterminent 
la production de l'acide carbonique, il en existe d'autres qui tendent à 
opérer sa destruction. Ainsi les parties vertes des plantes absorbent l'acide 
carbonique de l'air, fixent son carbone, et rejettent son oxygène. 

L'acide carbonique communique à l'eau la faculté de dissoudre beau- 
coup de matières salines sur lesquelles elle n'exerce aucune action à 
l'état de pureté. C'est ainsi que les eaux chargées d'acide carbonique dis- 
solvent beaucoup de phosphates et de silicates insolubles^, et leur per- 
mettent de pénétrer dans l'économie végétale par l'intermédiaire des 
racines. Hekri Bctgnet. 

Thérapeutique. — Historique. — Les applications de l'acide carbo- 
nique à la thérapeutique ne remontent pas au delà de la seconde moitié 
du dernier siècle. Dès les premiers temps de son emploi, il jouit en 
Angleterre, où il fut le mieux étudié, d'une grande vogue, et fut suc- 
cessivemeni prescrit dans un grand nombre d'affections soit médicales, 
soit chirurgicales. Cette vogue dura, quoique en s'affaiblissant, une tren- 
taine d'années environ, de 1770 jusque vers 1800 ou 1805; elle était 
due sans doute en partie à la curiosité qu'excitait alors l'étude des gaz 
nouvellement découverts, mais surtout aux bons effets que Ton retirait 
de Tadministratton de ce gaz, effets dont témoignèrent plusieurs méde- 
cins distingués du temps, Priestley, Percival, Dobson, Hey, Falconer, 
Ingenhousz, Beddoës, etc., etc. En France, où il fut aussi employé à la 
même époque sur la foi de nos voisins d'outre-Manche, ce gaz n'obtint 
pas le même succès; aussi il ne tarda pas à tomber dans Toubli. Il n'y a 
guère qu'une trentaine d'années que Mojon (de Gênes) essaya de remettre 
en lumière les propriétés thérapeutiques de l'acide carbonique ; son mé- 
moire ne parait pas cependant avoir eu un grand retentissement dans le 
moment, car il s'écoula encore vingt ans avant que Simpson (d'Edim- 
bourg) et Herpin (de Metz) appelassent de nouveau l'attention des prati- 
ciens sur les effets remarquables produits par Tapphcation de ce gaz. 
Dès lors, les essais se multiplièrent et l'acide, carbonique fut successive- 



Digitized by VjOOQIC 



320 CARBONE. — acide carbonique (thérapeutique). 

ment employé à Textérieur dans un grand nombre d'afTections chinirgi- 
^ cales : il suffit de rappeler les heureux résultats obtenus dans c^ dii 
dernières années par nous, Broca, FoUin, Ch. Bernard, Haisonoeuve, etc., 
et exposés avec talent par Salva. Enfin, tout récemment, Tacide carbo- 
nique a été presque simultanément, de la part de Herpin et de nous, 
l'objet de deux monographies, qui, conçues et exécutées à un point de 
vue un peu différent, se complètent mutuellement. 

Il est facile de se convaincre par la lecture de ces deux travaux de 
quelles nombreuses applications est susceptible l'acide carbonique et 
s'il n'a pas été jusqu'ici plus généralement employé, cela a tenu proba- 
blement à l'opinion erronée qu'on se faisait des propriétés prétendues 
toxiques de ce gaz, et aussi à la difficulté que l'on avait pour s'en pro- 
curer et l'administrer commodément, difficulté qui aujourd'hui n'existe 
plus, grâce à l'extension rapide que vient de prendre l'usage de ce gaz à 
Paris et en Allemagne. 

Action physiologique. — Appliqué sur une partie limitée de la sur- 
face de la peau saine, soit en enfermant la partie dans un manchon 
(jui reçoit le gaz, soit surtout sous forme de douche, l'acide carbonique 
produit d'abord une sensation de froid assez marquée à laquelle succède 
une chaleur douce et agréable au début, mais qui peut acquérir une 
certaine intensité; puis, au bout de quelques instants, on voit naître une 
certaine rougeur qui s'accentue davantage à mesure que la douche conti- 
nue d'agir, et qui ne tarde pas à être accompagnée de picotements et 
même de cuisson assez vive. Ces effets sont localisés à la partie qui subit 
l'épreuve du gaz et disparaissent promptement après la cessation de son 
action. Si l'on prolonge assez longtemps l'influence de la douche, on peut 
voir succéder à l'état d'excitation de la surface cutanée une diminution 
plus ou moins marquée de la sensibilité. Toutefois cet effet n'est rien 
moins que certain et peu prononcé, d'ailleurs, tant qu'on agit sur la peau 
saine et intacte ; aussi ne peut-on compter produire à l'aide de l'acide 
carbonique un degré d'anesthésie locale suffisant pour les besoins de la 
chirurgie. 

Si au lieu d'agir sur une partie limitée de la surface cutanée, on sou- 
met le corps à un bain général d'acide carbonique, la tête étant préser- 
vée avec soin pour qu'il n'en pénètre pas dans les voies respiratoires, les 
mêmes effets décrits plus haut se produisent^, mais plus énergiquement : 
après un froid assez vif ressenti pendant quelques instants, la chaleur 
revient et prend bientôt une grande intensité; on éprouve des chatouille- 
ments et des démangeaisons par tout le corps, surtout aux endroits où la 
peau est fine; les organes génitaux en particulier sont ordinairement ex- 
cités ; la peau devient rouge et se couvre de sueur, le pouls diminue de 
fréquence. A cet état d'éréthisme superficiel, limité à la peau, succède un 
état de bien-être général, et une plus grande activité des phénomènes vi- 
taux ; on sent le besoin d'exercice musculaire. Quelquefois ces derniers 
phénomènes sont moins prononcés, et on est pris d'une espèce d'engour- 
dissement; on a de la peine à résister au sommeil qui vous envahit. Les 



Digitized by VjOOQIC 



CARBONE. — ACIDE CARBONIQUE (thérapeutiquk). 32! 

premiers effets tiennent principalement à Taction locale du gaz, les der- 
niers sont dus à l'absorption de ce principe. 

Si lorsqu'on est dans un de ces appareils à bains gazeux, on laisse 
échapper le gaz par l'orifice supérieur, de façon à ce que Taoide carbo- 
nique vienne baigner la figure, on éprouve des picotements dans les 
yeux, des éblouissements, des tintements d'oreille, etc., enfin des phéno- 
mènes analogues d'excitation des organes des sens se produisent comme 
du côté delà peau. 

Nous dirons plus loin le parti qu^on a tiré de ces faits et les différentes 
applications thérapeutiques auxquelles ils ont donné lieu. 

Les organes digestifs paraissent éprouver une action de môme genre 
que celle éprouvée par la peau : c'est donc vraisemblablement à l'excita- 
tion produite sur l'estomac par le gaz qu'il faut rapporter les bons effets 
que ressentent beaucoup de personnes, à l'état physiologique, de l'usage 
de l'eau de Seltz ou des eaux minérales dites de table^ lesquelles n'agis- 
sent guère que par l'acide carbonique qu'elles renferment. En outre de 
cette action locale, il se produit souvent quand on ingère une certaine 
quantité d'eau chargée de ce gaz, un peu de vertige et même un état 
passager d'ébriété. Cela s'observe parfois chez les femmes très-nerveuses, 

i mais surtout chez les buveurs des sources les plus riches en acide car- 

I bonique. 

! Si on injecte de l'acide carbonique dans le tissu cellulaire ou dans le 

i péritoine des animaux, on est frappé de ce fait que ce gaz ne détermine 
* aucun accident, qu'il est^ résorbé plus rapidement que n'importe quel • 

1 autre gaz, et qu'il détermine, de même que l'air, l'oxygène, l'azote, etc., 
une exhalation des gaz renfermés dans le sang et dans les tissus. Cette 

I innocuité d'action est à noter, car elle est déjà un argument en faveur de 
l'opinion d'après laquelle l'acide carbonique est simplement irrespirable 
et nullement toxique. 

Injecté dans les Veines ou dans les artères, ce gaz ne produit pas d'ac- 
tion appréciable si l'opération est menée lentement, si Ton a soin de ne 
pousser dans le vaisseau que très-peu de gaz à la fois, de 4 à 6 centilitres 
environ. Sous ce rapport, il se distingue de l'air et de l'oxygène qu'on 
ne peut injecter aussi impunément, du moins en quantité égale, à cause 
de leur bien moins grande solubilité dans le sérum sanguin. Si au con- 
traire on injecte le gaz un peu brusquement et en assez grande propor- 
tion, 20 à 25 centilitres à la fois, l'animal ne tarde pas à succomber par 
suite de la distension des cavités du cœur et du trouble profond apporté 
à la circulation par la présence de colonnes de gaz dans le système san- 
guin. C'est à Nysten que sont dues ces expériences, qui depuis ont été ré- 
pétées et confirmées par Claude Bernard et par nous. 

Quant à l'action exercée par l'acide carbonique introduit dans l'écono- 
mie par les voies respiratoires, elle est de beaucoup la plus importante 
à étudier. 

Les premiers observateurs qui se sont occupés de l'acide carbonique, 
tout en remarquant que ce gaz était irrespirable à l'état de purct?^, sa- 

HOUT. DICT. «ÉD. ET CHIR. VI. — tîl 



Digitized by VjOOQIC 



522 CARBONE. — acide CARBOifiQUE (thérapeutique). 

valent parfaitement qu'avec une dose suffisante d air on pouvait le respi- 
rer sans danger et même en retirer ainsi de bons effets. Seulement, h 
cause, la nature de cette nocuité du gaz a toujours été un sujet de con- 
troverse. Dobson^ Fontana, Fourcroy, Collard (de Martigny), Christison, 
Brown-Séquard et d'autres savants ont prétendu que l'acide carbonique 
est un agent toxique, très-énergique même suivant quelques-uns. Percival, 
Beddoës, Guyton de Morveau, Nysten, sans compter plusieurs auteurs 
plus récents, ont adopté une opinion contraire et croient que ce gazeâ 
tout simplement impropre à la respiration. La première assertion était 
fondée presque uniquement sur des faits mal interprétés et des eipé- 
riences entachées d'inexactitude ; la confusion trop longtemps commise 
des effets de Toxyde de carbone et de ceux propres à Tacide carbonique, 
a contribué plus que toute autre chose à Tappuyer et à la faire persister. 
Ce n'est qu'après avoir nettement déterminé l'analyse qualitative etqnan- 
titative de la vapeur de charbon, qu'on a pu se rendre compte de la put 
minime qui revenait à lacide carbonique dans les accidents produits par 
cette vapeur. D'un autre côté, l'expérience avait démontré depuis pb 
d'un demi-siècle aux médecins établis auprès de sources minérales riches 
en acide carbonique, l'innocuité relative de ce gaz respiré joumelleuMBl 
par les baigneurs, mêlé avec de l'air. 

Parlons d'abord des phénomènes produits par la respiration, à l'élâi 
physiologique, d'un mélange gazeux renfermant une certaine quantité 
d'acide carbonique. 

Le point important à établir, ce n'est pas l'innocuité relative de cegax^ 
laquelle se trouvera démontrée d'elle-inême par les faits suivants, mais le 
degré de respirabilité d'une atmosphère renfermant une proportion de a 
gaz plus forte que celle contenue dans l'air à l'état normal, le praticteo 
qui veut prescrire Tusage de ce composé doit être bien fixé sur la dose 
qu'il peut administrer sans danger. Mieux renseignés aussi sur ce sujet, 
les médecins hydrologues oseront plus qu'auparavanl^mettre à pro6tpoor 
la thérapeutique le gaz que la nature fournit en abondance dans un gnad 
nombre de sources minérales. 

Les faits que nous allons consigner ici, reposent tous sur des expé- 
riences qui nous sont propres. 

Si on respire un mélange de 8 ou 10 parties d'oxygène ou d'air poff 
1 d'acide carbonique, on éprouve d'abord une sensation de chaleurdao» 
la poitrine, sensation qui s'irradie bientôt dans tout le corps ; la face s'in- 
jecte plus ou moins suivant le tempérament des individus, la respira- 
tion augmente de fréquence (environ 5 ou 4 inspirations de phis pir 
minute), et cela quoi qu'on fasse pour empêcher ou ralentir cette accéié- 
ratiori; parfois on éprouve, mais seulement au bout de 3 ou 4 minutes, 
un peu de vertige. Puis, si l'on arrête l'expérience, ces phénomènes dis- 
paraissent immédiatement. Si on augmente la dose d'acide carboaiqoei 
en respirant par exemple, un mélange au cinquième au Keu de au dixiûD^ 
comme précédemment, les phénomènes que nous venons d'énumérer 
s'accentuent davantage et persistent quelque temps après l'expérience; oo 



Digitized by VjOOQIC 



CARBONE. — ACIDE CAnnoNiQUE (tiiéiiapeutique). • 323 

ressent en ontreun certain degré d'oppression, pour peu que l*on prolonge 
ces inspirations. Enfin, si on fait un mélange de 3 parties d'oxygène 
pour 1 d'acide carbonique, c'est-à-dire un mélange au quart, on peut 
encore respirer cette atmosphère artificielle quoique très-chargée d'acide 
carbonique, mais Fexpérience nous a démontré qu'il ne serait pas pru- 
dent d'augmenter la dose. Si dans le mélange précédent, on remplace 
l'oxygène par de l'air, quoique la quantité de gaz respirable diminue à 
peu près des 4/5 par cette substitution, la respiration n'en est pas sensi- 
blement plus entravée qu'auparavant, dans le même laps de temps, ce qui 
s'explique parce que la quantité d'acide carbonique restant la même, 
réchange de gaz peut continuer à se faire dans le poumon. 

Dans toutes les expériences précédentes, comme on opérait avec des 
ballons de capacité variant entre 24 et 32 litres, la durée de chaque ex- 
périence ne dépassait pas 4 à 6 minutes. Dans tous ces cas, on n'a pas 
constaté le moindre degré d'anesthésie pas plus que dans un autre où 
120 litres d'un mélange d'air et d'acide carbonique au huitième ont été 
consommés en 10 minutes. Nous ne prétendons pas infirmera l'aide seule 
de cette dernière expérience, l'assertion d'Ozanam concernant l'action 
anesthésique puissante de l'acide carbonique; mais cette action nous 
paraît au moins problématique avec les doses de gaz auxquelles on est 
obligé de se tenir dans les expériences tentées sur Thomme, sous peine 
de voir se produire des accidents. Nous ne voulons pas en nier la possi- 
bilité, puisqu'elle s'exerce facilement sur les chiens quoique rarement 
d'une manière complète, mais seulement établir qu'on ne peut songer à 
la provoquer chez l'homme à l'aide de cet agent. 

Les faits qui précèdent nous montrent une tolérance remarquable de 
l'organisme humain relativement à l'acide carbonique : ils suffiraient cer- 
tainement pour éloigner toute idée d'influence toxique. Si nous passons 
ipaintenant aux animaux, nous verrons cette tolérance aller encore plus 
loin, mais sans que l'expérimentation sur ce terrain apporte de nouveaux 
éléments bien notables concernant l'action physiologique du gaz. 

llerpin (de Metz), tout en proclamant et défendant l'innocuité relative 
de l'acide carbonique, affirme que « l'air qui ne contiendrait que 40 0/0 
de ce gaz est irrespirable )> (p. 147). Or, voici ce que nous apprennent 
nos expériences dans lesquelles nous nous sommes servi de l'appareil ici 
représenté figure 85. 

Un chien a respiré pendant 4 minutes un mélange à parties égales d'air 
et iïacide carboniquey sans en éprouver d'autre effet qu'un certain degré 
d'aneçthésie et pas le moindre effet consécutif. Un autre a pu respirer 
aussi un mélange à parties égales pendant 13 minutes avant dé succom- 
ber; il avait consommé pendant ce temps 60 litres de gaz. Dans d'autres 
expériences, l'acide carbonique formant toujours la moitié du mélange 
gazeux, mais en substituant l'oxygène à l'air, un chien a pu respirer 
pendant 15 minutes cette atmosphère et en consommer, sans danger 
imminent, 100 litres une première fois et même 140 litres dans une 
autre séance. Enfin^ dans une autre série d'expériences, nous avons pu 



Digitized by VjOOQIC 



324 CARBONE. — acide CAnBosiQUE (thérapeutique). 

une première fois faire respirer pendant 8 minutes à un chicû un mé- 
lange formé de 3 parties d'acide carbonique pour 1 d'oxygène, et cela 
sans danger; la seconde fois, avec la même dose, la mort n'est venue 
qu'au bout de 22 minutes. Un autre chien a pu respirer pendut 
22 minutes le même mélange dosé comme précédemment et consommer 
130 litres de cette atmosphère; il a été, il est vrai, très-mal, mais il 
s'est parfaitement remis. 



Fie. 85. — cCf Ballons munis à leur face inférieure de deux lubes en caoatchouc lerminé p» 
uo tube en cuivre : l'un de ces lubes sert à introduire le gaz ou mélange gazeux que loo Test 
doser: l'aulre sert à faire passer la quantité voulue de ce contenu dans un autre balloot 
non gradué et de capacité de ô2 litres, destiné à renfermer le mélange gazeux dosé tel qo» 
▼eut l'expérimenter. De ce récipient le gaz se rend au dehors par un tuyau en caooldw* 
muni d'un robinet iet terminé par une espèce de muselière très-solide, assez large pour re- 
cevoir la tète de l'animal, et muni d'un manchon de caoutchouc qui s'adapte autuur da en 
«le ranimai. Le tuyau qui aboutit à la muselière est surmonté d'un autre tuyau e, qui com- 
munique avec lui et avec l'air extérieur au moyen d'un orifice situé à l'angle de réunion «les 
deux tuyaux. Cet orifice est fermé au moyen d'une bille en moelle de sureau. Quand l'aniinil 
fait son inspiration, il opère le vide dans le tuyau; alors la bille empêche l'air d'entrer par 
l'oritice, et par suite le mélange gazeux arrive seul dans les poumons de l'animal ; pendant 
l'expiration, l'air qui sort des poumons soulève la bille de sureau et s'échappe dans l'aUB»- 
sphère. 

En résumé, introduit dans Torganisme par les voies respiratoires, 
Tacide carbonique ne produit pas les phénomènes toxiques qu'on lui a si 
souvent attribués : en effet, d'abord à la dose de 1/5, ou même il» 
pour 4/5 ou 3/4 d'oxygène ou d'air atmosphérique, les mammilêres 
peuvent le respirer longtemps sans paraître sérieusement incommodés; 



Digitized by VjOOQIC 



CARBONE. ACIDE CARBONIQUE (THERAPEUTIQUE). 325 

chez rhomme, il ne survient quelques troubles, assez légers du reste, 
qu'au bout d'un temps variable suivant le degré de susceptibilité des 
individus, mais généralement assez long pour qu'un effet thérapeutique 
ait la latitude de se produire, si l'emploi du gaz est indiqué. De plus, 
les lésions après la mort dans ce gaz, tant sur Thomme que chez les ani- 
maux, ne ressemblent pas à celles causées par un agent toxique avec 
lequel il a été souvent confondu, l'oxyde de carbone. 

La plupart des accidents produits par la vapeur de charbon, Tair con- 
finé, les vapeurs des cuves en fermentation, mis à tort sur le compte de 
Tacide carbonique, doivent être en grande partie imputés, soit à l'oxyde de 
carbone (voy. p. 535), à l'hydrogène sulfuré, aux vapeurs alcooliques, ou 
bien à d'autres composés mal connus qui prennent naissance dans ces cas. 
L'acide carbonique est simplement irrespirable. Il ne Test pas à la 
manière de Tazote ou de l'hydrogène, sans être pour cela plus nuisible 
que ces deux gaz. La respiration consistant essentiellement en un 
échange de gaz entre le sang et Tair, et cet échange ne pouvant se faire, 
comme le prouvent les lois physiques, qu'entre des gaz de nature diffé- 
rente, il est parfaitement évident que Tacide carbonique respiré pur met 
un obstacle matériel à la fonction pulmonaire, et par suite détermine 
Tasphyxie. L'azote et l'hydrogène, quoique impropres à jouer le rôle 
d'agent vital dans l'hématose, quoique irrespirables en un mot, le sont 
moins cependant que l'acide carbonique, parce que, étant différents par 
leur nature du gaz qui doit être éliminé, l'échange peut se faire pendant 
quelques instants. 

Les phénomènes très-rcels d'anesthésie obtenus à l'aide de ce gaz chez 
plusieurs espèces d'animaux, ne nous paraissent pas pouvoir être provo- 
qués chez l'homme sans danger d'asphyxie, d'après ce que nous venons 
d'établir, et aussi d'après le résultat de nos expériences sur nous-même. 
Applications médicales. — Si on trouve un grand vague dans le dia- 
gnostic de quelques-unes des maladies traitées au dernier siècle par ce 
gaz, au point qu'on ne peut accepter qu'avec la plus grande réserve les 
dénominations de fièvre putride j et surtout de ptithisie, cependant il faut 
bien admettre que des observateurs d'un mérite généralement reconnu 
à cette époque ne se sont pas tous trompés, et que lorsqu'ils ont constaté 
une guéri